‹ Histoire critique et législative de l'instruction publique et de la liberté de l'enseignement en France (volume 2)Chapitre 21 sur 30 · ET BE I.A LIBERTÉ D^6EIGNEMEKT · texte numérisé non relu

ET BE I.A LIBERTÉ D^6EIGNEMEKT

révolte contre le Saint-Siëge. Elle avait annulé autant qu'elle le pouvait la puissance des papes : qu'y avait-il d'ëtonnant à ce qu'on lui enlevât ce qu'elle tenait de cette puissance ?

Encore moins dut-elle songer à réclamer quand le roi lui intima de corriger les nombreux abus qui s'ëtaient glisses dans son sein. Comme elle ne se pressait pas, elle reçut en i45i un noui>eau coup (F aiguillon ^ par une lettre du monarque. Enfin , Charles agit d'autorité : il pria le cardinal légat d'Estouteville de visiter etréformer l'Université, et lui adjoignit des commissaires royaux pour cet office. Le légat avait tout pouvoir de la part du Saint- Siège, et les gens du roi ne devaient songer qu'à la réforme des privilèges royaux. C'était un dernier reste de respect, une derni^ garantie cf indépendance que Ton n'osait pas encore ravir à la fille des papes. Elle la perdra plus tard.

L'œuvre du cardinal d'Estouteville fut une oeuvre de règlement intérieur : elle ne changea rien à l'existence légale et aux rapports de la corporation avec le pouvoir civil. La sollicitude du légat se porta sur les qxialités morales requises dans les candidats aux honneurs académiques, sur la décence de l'habillement, sur l'ordre des délibérations^ Siur les attestations d'assiduité pour les écoliers. li détermine l'organisation des thèses et des leçons, il réprime avec une j usité sévérité les e^^actions des maîtres, et il diminue les droits que payaient les auditeurs ; cette réforme s'applique surtout aux

' Crevier.

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professeurs de droit canon ou de décret. Il s'occupe ensuite de la faculté des arts et de l'élection du recteur et essaye de prévenir les brigues et les fraudes; puis il passe aux collèges et au choix des régents, ordonnant aux pédagogues ou maîtres de pension de nourrir leurs régents et de leur donner des appointements convenables. Enfin^ il établit une nouvelle magistrature, celle de quatre censeurs, fc un pour chaque nation, gens de bonne réputation, craignant Dieu et intelligents en affaire. Leur commission est de visiter les collèges et pédagogies K » et d'y veiller au maintien de la discipline et au progrès des études. Les statuts du cardinal d'Estouteville furent lus et publiés en assemblée générale de l'Université, le i^'juin i452.

Avec le règne de Charles VII , l'Université dut comprendre que son rôle politique était fini , ou au moins suspendu. Le roi n'avait plus besoin d'elle; il ne la craignait plus, il ne voulait pas qu'elle s'immisçât davantage dans les affaires du royaume. Instrument désormais inutile, brisé et flétri par les di- . vers despotismes auxquels il avait servi, l'Université n'avait plus qu'à se renfermer strictement dans sa mission scientifique, sans sortir de son quartier latin, sans troubler les bourgeois, surtout sans occuper d'elle les gens du roi qui en auraient eu facilement raison. Si Sa Majesté avait envie de ses conseils. Sa Majesté saurait les prendre. A ce prix, le repos^ le calme et mémelabienveillance du maître lui étaient accordés. Encore ne fallait-il pas que les

' Crevier , Hv. VII , t. IV, p. 189.

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disputes thëologiques fissent trop de bruit et que les querelles des écoles de la rue du Fouarre retentissent au delà des ponts.

§ 3. Diminution des privilèges universitaires.

L'Université se résigna à son sort sans trop de difficulté. Elle consentit à voir une commission du parlement régler un différend élevé à l'occasion de l'élection de son Recteur; dans une contestation qu'elle eut ensuite avec les généraux des aides , elle entendit le maréchal de Lohéac lui parler avec une rudesse toute militaire , et elle courba la tête. Elle chercha un refuge dans le travail, et les études reprirent faveur. Accueillant avec bonté les vaincus de Constantinople, elle leur ouvrit ses chaires. Puis elle seconda les efforts de Timprimerie naissante et la multiplication des livres.

Cependant elle ne négligeait pas les occasions de parler de ses intérêts. Louis XI, embarrassé dans la guerre A\x Bien public, lui ayant paru plus traitable que son père, elle en obtint une confirmation de ses privilèges. Mais le roi était plus fin que les docteurs, et il prit sa revanche. Une bulle de Pie II vint interdire absolument les cessations de leçons : c'était Louis qui l'avait sollicitée. Bien plus, en i467,etavec toutes les précautions oratoires les plus gracieuses, il enjoignit à sa fille aînée « de se donner de garde d'une ancienne pratique vicieuse, suivant laquelle il lui arrivoit quelquefois de s'entremêler avec peu de retenue dans les querelles entre les princes. » S'il survenait quelque nouvelle dissension, il menaçait

d^ pl\is grandes pein^a les faurinUfi^teurs, et aTe^ 1 tissait ceux qui ue croiraient pas avoir assev de force sur eux-mêmes pour contenir levlr» langue», de se retirer dès le moment actuel, afin d'éviter de plus grands dangers. « Çq(iq , coq^ii^e \\ q'^tort pas a juste de disposer de la fille sans que le père en fiit ^ instruit , » il or4QunA qu'un eomniiîssetire du roi assistât à r^lecfipn ^u Hecleur.

Quatre ans aprèfi (147 0^ 1^^^ ^^ ^ guerre ayec h duc de Bourgogne) IjOuîs exigea le serment de Rdé- \\\é de tou$ \fis suppôts 9 maitres et écoliers, envoya qp s^qfconduit aui^ étudiants sujets du due, et quan4 qu^^tre c^iits d'entre eux furent sertis de la vill^ \\ confisqua tous leurs bieqs. L'Université se plaignit, réclama, et ne fut pas écoutée. Le rcji Louis XI, pialgrë s^ belles p^iroles, était enôor^ plus impérieux que ChsHrles VU.

Un jour enfin , il s'irrita de ce que la vieille querelle des nominaux ^l des réalistes reooiqmençait dans 1^ écoles. Une ordonnance parut, défendapti pous peine de banniasemeut , d'enseigner les ppinions d^ nominaux, séquestrant tous leurs Uvr^si, et obligea^nt les maîtres de s'engager par serinent à l'observation de cette loi. Le premiw président opéra la saisie, les œuvres nomie^istes furent enchaînées daasi les bibliothèques. « On traite ces pa^uyres écrits, dit Robert Gaguîn, comme les lions et les ours indomptés que Von m^ aux fers* » Le s^m^t fii^t prêté par toute TUmv^Mté.

Il e&l vi^i que les nombiaux furent reedvis à la HJberté en 1 4s i • Le prévM de Paris éerivit : ic à Méati^^r 1§ R^çieur et à Afeâaîeut'& de noàre mère l'U-

niversité de PaHs* Monsieur le Heoteur, je me r^commiuide à vous et à Mes^urs de notre mè^ rUnivfqrsité de Pam» tant comme je puis* Le roi m'a diurgé de faire dedbper et d^rmer tous Im Uyres def nominaux qni jà pieçà ftir«]t soellea efc do^ez par M. d'Avranehe» es collées de ladite Université de Parts, et que je vous fisse sçavoir que chacun y estudiast qui voudroit : et pour ee je yow plie que le &ssiea sçavoirpar touslesdttaec^ léges; en pHant Dieu» Messieurs, qu'il voua donne bonne vie et longue. Vostre fils et serviteur^ J. n'Es^i» TomsyjUaS^ j> Mais les vieux privilèges et Taptique i^épendance de rUniversité ne furent pas décloués et défermés. Au fond le roi a'inquiétait peu d'un débat de régetits ; mais il teaoait fort à garder aous lo joug s£( tri4*ckère et trèsntmée JiUe.

L'Université se tint pour aTortie. Elle ne remua pas pendant les dfrnières années de LouisXI. Sous Charles YIII j elle se contenta de le voir assister en eérémonie à quelques-unes de ses thèses. Etlele laissa déterminer par unfi ordonnance quels étaient ses liciers prit))é|iés et exempts, la seule affaire à k« quelle elle employa toute aon at^tîvité et toute sa «ouplease^ ce fut la question des bénéfices. On m t'iaiagine pas combien de démarches, de sollieitct^ tioBS, qudquefoâs de menaces, plus souvent d'ûh^ ssquiosttés furent dé[doyées pour assurer «la suppôts et aux gradués un droit aux dignités Iw eratives de l'Église. Il semblait que ce fût une ques^ tkm de vie ou de mort pour la sdence.

Et néanmoins l'Université perdit chaque jour qudque fleuron de sa couronne. Louis XII restrei«

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gDit singulièrement ses privilèges; quand elle se plaignit , il lui fit répondre sévèrement par George d'Âmboise et ajouta : a Allez , saluez de ma part les hcmnétes gens qui sont parmi vous; car pour les mauvais je n'en tiens compte. Ils m'ont taxé moimême dans leurs sermons. Ah! je les enverrai prêcher ailleurs ! » Et il tint parole. C'en était fait de la puissance universitaire. Quelques oppositions se manifestèrent à l'époque du concordat de Léon X et de François I®'; elles ne témoignèrent que le dédain où était tombée l'Université.

Ce prince, qui mit les rois hors de pages y se souciait fort peu des immunités de la corporation enseignante. 11 la fit réformer sans façon par son parlement; un arrêt du i3 juin i534 réduisit le nombre des professeurs, régla les épreuves que les candidats devaient subir, prescrivit l'usage exclusif de la langue latine, et traça des plans de discipline intérieure pour les collèges.

Voilà l'Université démantelée; en même temps elle a perdu le sceptre de la science. Dans ces sanglantes arènes où les passions des partis l'ont fait descendre , elle a laissé les lambeaux de son antique renommée et les débris de sa gloire. Les écoliers sont devenus des artisans de désordre ; les maîtres ont oublié leurs leçons piour les ititrigues de la cour et pour les hontes de la place publique. Les fortes études ont péri ; il n'est plus resté de la scolastique qu'un langage barbare, qu une forme pédantesque, que de puériles arguties. Le bon sens public se révolte contre l'ignorance hautaine et la sotte vanité des docteurs; l'esprit satirique de la

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littél^ature moderne les livre à la risée et au mépris, et Rabelais les couvre d'un ridicule immortel. Ainsi déshéritée de son antique splendeur, privée de ses droits séculaires, ITfniversité va subir encore une dernière atteinte, celle de la concurrence et de la liberté. Saura-t-élle se retremper datis les épreuves de la rivalité et de la lutte ?

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