JÉSUITES ET LA LIBERTÉ
§ I. VUnwersité et le protestantisme.
L'Université de Paris, épuisée par ses succès comme par ses bassesses, était tombée en décadence. L'enseignement qui avait fait son honneur n'existait plus; les études avaient dégénéré; la scolastique n'était qu'une fatigante routine; les langues anciennesn'étaientpluscultivées.Françoisr''enavait honte. « Depuis un long temps, disait-il, les bon nés lettres ont été discontinuées et peu honorées dans le royaume, y Chacun attaquait cette science appauvrie. Les savants surtout, les hommes de la renaissance païenne, ne se firent faute de frapper sur les formes vieilUes, sur la méthode servile, sur lés puériles questions. On ridiculisa l'expression barbare» et la langue inintelligible de l'école. On opposa l'idiome pompeux des anciens, les leçons brillantes du paganisme. À peine se trou va-t-il quelques champions pour la scolastique condamnée; elle
£T BK tk LIBEBTÉ d'êNSEIGNEMÈITT. SoQ
tomba aux applaudissements de la foule. Et cependant elle emportait dans sa chute la seule science profonde , la seule philosophie véritable. Gardiens ignorants de trésors inépuisables , les indignes successeurs de saint Thomas, d'Albert le Grand , de saint Bonaventure laissèrent ensevelir sous leurs sièges renversés le travail de six siècles, l'œuvre des plus grands génies que l'humanité ait jamais admirés. Nul n'y prit garde alors. A l'invasion de Fantiquité sensualiste et matérielle, nul ne résista. L'Université essaya de se défendre ; elle n'avait plus que le corps, l'esprit 8*était enfui. Elle n'eut pas même la force de tourner la difficulté , de prendre dans la renaissance ce qu'il y avait de bon et d'utile, et de rejeter le reste. François I** désespérait d'elle. 11 lui porta un coup terrible.
De sa pleine autorité et puissance royale, il institua, par lettres patentes du 24 mai 1589, des professeurs et lecteurs royaux qui devaient enseigner publiquement les langues anciennes, les mathématiques , etc. Payés directement par le trésor royal, ils formaient un corps a part, n'étaient pas obligés de posséder les grades universitaires , et cependant professaient dans les collèges de l'Université, où bon leur semblait. L'Université fut bouleversée de cette décision. Elle sentait bien que le roi était dans sod droite et elle ne se dissimulait pas et la portée de l'outrage et la portée du préjudice qu'elle allait subir. Mais que faire? Se révolter? Avec François P' on ne l'eût pas osé ; et puis par quel motif? Malgré l'envie qu'elle pouvait avoii* de conquérir le monopole , cette prétention eût été
5îQ HïSTOï^E flB ^.'ïirsT^pçTfPîr ppiw;*ïWF trop viol^pt^y et le bon sens publie en eût fajtjju^? \\ççi avîmt que le poqvQirnfB l'çût reppussée. EUp \i)r trigH3 , fit des représeptatioRS, o^ilint des ^pm-up-, i^çnts; fpais pl^Ân pile devint ipïpprïvne.Françq^ ypulajt êtrp Q\}é\ , \\ \i\\ixxï^ ^ ypfonté ^ saJiHp diçp,
Alqrs cofnipepça pqtre le Collège royal et la Sofbonqe uqp guerre wqrde, intes^pe, qui préssigpa des y^Qleppes pt pxcita d'irrëçopcilIfiWes inimitié^. Il est vrai 4e dire que les prpfe^pufsrpysjux usiEiient et al^p^aient d^ leur liberté; Cps érudits prépaient en gr^nd dé4aip 1^ science 4^s dpcteur^ et frpndaiept volontiers |es décisions de la t\iéplpgie. l^ Fî^culté se tenait sur ses gardes^, et: au prepaier mot qui lui paraissait susppct, elle jetait l'alarnfe. En tout autre cas, c'aurait été upe ^iniple rjyaUté sans copséquencp. Mais, dan^ le3 cirpon^tapçe§ pré^entps, ce ne fut riep mqins que le schisipe et l'hérésie.
Le protestantisme avait pénétré en France. Fr^inçois r' en contint l'explosion paf la terreur ; ms^is çpmpie, topt pp faisftpt brpler le^ liérptjqpes à la
filace de )'Estr£(padp| \\ dpnn^it la pi^in à la ligue p^l^prienpp de l^^lV^ldèn, |p îppips ne pppvait être éloigné oxx Ips rpfpfo^és lèverftippt Ifj tête cj^PS le royjiume. Sops spn règnp il n'y eut donp pas dç soulèvement. Elevé apx traditjop^ 4ç ^P^ père, flppri n vint facilement ji bout 4e qpelqijes révoltes qui troplilsient le n»idi ; qus^pdlp^ yap4fli^, réveillés par l'écho des pré4ieaûon§ protestantes , r^^^^"^" pf^encèrent leprs excp^^jun qfdrp du parlement d'Ai:?. j^fijffit} i|s fufept écrasé^.
]^ais 4?Q§ I? 3phèrp des idéps | |es pripce^^ laisr
sgjpnt à \fi î^forpip ^p tprfit|le3 auxiliaires. J^ pli^t pa^-t des professeurs rpy^qx pppçhajef^f yfivs Ips dqçr tvinpsppuvellesef; sapaient l'éfijfip^ p£|tlK)|ique p^f ^^ b^^ç. l^p bérp^ ^e petfe triste lq|:t^, p'gst ^o^us. Ranjus coipmepp^ p^^ épouser tpHtps Ipsjpjîpjjips de ^oq corps coptrp l'y piversité : il 1^ bat ep brèp||g ef ^ipnté^t l'exîispère en présentant qn pl^n dp r^fpripe pontre pUe pp 1 562. Il depi£^nd^it qu'on repf|f Ie§ leçons pul^Ijqqes ^e 1^^ fup ^4 Fpu^fre, qq'qn jBpspignâf le§ jpptl^éui^f iqqps , la pjîysjque , 1^ fppr raie. II en veut surtout à la philosophie : d'u^ ^^aH il efTacp le^ thp^es, Ips exapapps, tqpt Jp h^g^ <|î^l^ctique et scieptjfiquequp les facultps traînaient §prps pUes. C'pt^it une grapfjp hîjrdiessp : on |a lui ^14t pardpnnep ppptriêtre. Çeqp'pp np luiparflpppa pas , c'eîjt qu'il réc|£|p^àt la diipinutipp pp fpprpp ]^ refrftuçhepjepl; a}:)splu ^es fraj^ d'pt:ude§. ^Upir yersité rpppps^a (jurep^ep]: ces prqjets , ef gayd^ ik leuf auteur une hainp implacable.
Au re^tp, R^ipus np dqpn^jt que t^pp ^e spjets fie c}éfiappe. ^^es prpfpstapts avaient , fl^PH^^ la mp^f: fie Heprj II ^ g^gpp sipgpljprpn^ept dp ^prr^iq. Pp l i^Sp j|s n'fiyaient qp'up ferppie : il^ en ppS3édaiep|; plu^ de dpux «pille dix aps aprèi^. Ils pg fip contepferppl: p|us f|e §e f éppir en pjeip yept pour epfendrp les h^raqgpes de$ ministres hpgPPRpt^. I|s mirent l'épép à la paain e\ se prif ept à repyerspp |es autels e\ à )iép^o)ir les ipiages. Ces ppuveautps ef; ces occasions de tropbles séduisaient les pcolieî*s 4^ rUpjyersH^î I? pr^ apx Clercs était deyepu un préchpperrflîmepj,et s^ns pp^se pa|hpliqpp^efréfprp|és s'y livraient ha^f^ille. P,4PS dp pafpillps poqjopgtMreç
3ia ttiSTOlRE DE L^lKSTRUCriOîr PUBLIQUE
il aurait fallu d'autres hommes sur le trône que les trois fils de Henri II. Leur mère, l'Italienne Catherine dcTMédicis , formée à l'école de Machiavel, voulait diifiser pour régner. Au lieu de réduire les protestants, comme c'était son droit et son devoir, son esprit étroit et astucieux préféra les soutenir pour établir une sorte d'équilibre entre deux factions qui ne pouvaient pas faire la paix. Elle espérait les vaincre l'une par l'autre, et dominer sur leurs ruines : elle ne parvint qu'à les armer contre elle et contre la royauté.
Le colloque de Poissj est un des premiers traits de cette politique bâtarde. Les catholiques n'en voulaient pas, et avec raison. La Faculté de théologie refusa d'y assister. Mais le coup était porté. Rien n'égala l'audace des protestants après cette discussion solennelle. Le prêche se faisait publiquement à la cour et à la ville : les maîtres de l'Université y menaient eux-mêmes leurs écoliers. Enfin arriva l'éditdejanvier i562, qui accordait aux religionnaires le libre exercice de leur culte hors de l'enceinte des villes. L'Université s'opposa à l'enregistrement de cet édit: elle fut vaincue,etles protestants triomphèrent. C'est alors que Ramus se déclare : à la fin de janvier il brise les images qui se trouvaient dans la chapelle du collège de Presle , disant « qu'il n'avait pas besoin d'auditeurs sourds et muets. » En vain l'Université le cite à son assemblée; il en appelle, insulte le Recteur, et, s'unissant aux professeurs attachés comme lui à Thérésie, il essaye de jeter le trouble dans la ville. Mais les catholiques étaient les plus forts , Ramus est obligé de fuir, et le
BT DE LA LIBERTE D^ENSEICKEMEKT. 3 là
roi lui donne un asile à Fontainebleau. Il revint après la mort du duc de Guise, et après l'édit de pacification de mars 1 563. Il allait avoir de bien plus redoutables adversaires à combattre.
§ 2. Les Jésuites , tUnwersité et les écoles libres.
L'année même où les doctrines des réformateurs faisaient invasion en France (i534), le jour de l'Assomption de la très-sainte Vierge, à Paris, dans la chapelle souterraine de Montmartre, quelques hommes réunis autour de la table eucharistique, s'engageaient à renoncer à tout ce qu'ils possédaient en ce mopde , et à aller offrir au vicaire de J. G. leurs âmes et leurs corps, pour annoncer la parole de Dieu en quelque lieu que ce fût. L'un de ces hommes était un Espagnol, don Ignace de Loyola; les autres étaient de divers pays; il y avait des Français, comme Pierre Lefèvre. Ils éprouvèrent des obstacles incroyables, et ils souffrirent avec une inébranlable constance. Quatre ans après, \ins' titut d'Ignace de Loyola était approuvé par le pape Paul III ,, et le saint-père s'écriait en le bénissant : <c Le doigt de Dieu est ici : si j'en augure bien , cette société ne contribuera pas médiocrement à essuyer les larmes de l'Église, dans l'état de désolation où elle se trouve. » La Compagnie de Jésus était fondée.
Éclairé par l'inspiration d'en haut^ saint Ignace avait compris la situation de l'Église au milieu de l'ère moderne. Il voulut que la compagnie de Jésus suffît à toutes les exigences; il voulut que ses frères
3^4 HiKFP^Wî m f.'fHSTOVCFiqN JUJÎyl^E
fusant }es {fp^tr^^ des de\|x mon^^,^^ j( y |^ps$it. Ç|es dqot^iir^ pour l'Église, de^ say^jntgj ppvjr Tijif- {rpction pqt^Hqqe, des ipMtr^s et ^es prqfp^çpnp^ pour la jeunesse catholique, 4P8 pr?rficjitfîprs pfl^r les incrédules y comme des missionnaires pour les l)4rb^reset pour le^^ sauvages , il çr^^. ^outçt paiv vint à tout. Et voilà trois cents ans que , malgré le$ h^iqesi m^ilgr^ les s)ippUce^ des gouverf^^mcoits pplipés;^ malgr^ 1^^ tortDres de» h(:ir4f^ ^odqpipfpeç, la ^ocjét^ fie Jésus ^ s^ps çpsse ^pcqiqpli l^ gén^r reuse^ intentiqns de $oq fof^clat^qr ^
Munis d'une bulle de P^^l lH en |54q> 4'Hn« aVJtrp dp Jules III e^ i55o, Ip^ JésHitpi^ »p pFP^Rtpn|: en Francp et obtiennent 4^$ lettre» p^|;ppte» 4u roi Henri II. IjC p^r]ppiep|;, l^qstile fi |q^t ce qyj éfpsinait dp souverain pontife, fit de^ difïipHlfps pour Tepregiçtremep^. L'UpiYpr^itp ^u^^i s'éflfiu|, pt, cbqse étrapgp, ellp alla çfiprcl^pf 4ps appHJ^ paipptii $p^ pnperpi^ jqre$ 4^ 1* vpUle. [^ factîop pppte^tamp 4" ÇpPégp rqy^l e}: lp§ gall}C^p» dq l^ F^ç^iUfi de th^olqgip §e donnèrppt la iqsijp pt q^r l^iièr^flt ^ûute§ Ippfs apiîppgj^ps po^r s'qpir pORtrp l'in^tftvit apprpuvé du ^ipt^l^iége. ^ UUqiyersifp dp
t Aujourd'hui encorq les Jésuites sont l'honneur de la «flifittSeçUagIpire de U chîMrp chrétienne dans notre p^tc^ç. Attaf]Uj^s {^ar la cs^loipnie, 11$ sp vengent pfir leuf^ b^epfai^. pn leur reproche de se cacher, et voici que, par le plus illustre fie leurs organes, ils décls^rent pe qu'ils sont, ce qu'ils ont toujours été, et réclament le droit de vivre au soleil de la liberté et de se dévouer au service de leurs frères et de leur patrie. Voir l'admi- Tabteécâtdul^. B.d<&ayigiiansuri'i^«{^(«/{C9 ei liimùMdef
Pfiris fs^pit }Qr^ t^Ieg^ent assfiégée 4'hér^»e, et ceHx 4«î la prélpn4"^ y estoient ^p tel pombre, qu'on aiflRQif ^p pleine chaire le$ professeurs ça-. t^ç4iqMps. Ç'psV ^e pe çostçjà gije ^ipflrept }ps grapd^s oppositiops qp'on fajsoit ^ tqqt çpt Ordr^ p^r l'entrepii^e de R^iqiis, Merceruç, ^t autr^^ attpipts delq ppp^giop dq t^pips ?. » Jo^u^ lo mppr ^^mpqt de FPpivpfsitp, du parleipppt et des héré-r tiqqe^ , se brjsa cpntrp de pqpvell^s lettres pa^epteq de Frapçpi§ II, fjpcpp^pjigq^es cfp lettrps de jussipp pqur l'epi^gistpefpent.
Au§^tpt après ce\ epreg^tfefpeuf, |ps PP. jésuites s'aflresseqt, le 5 févrj^r i563, s|q rficteqp dfl rUp^vefsité, M* ^u|ieQ 4^ Saint-Germain. Cet }^piqnip n'ay^it pqs |rempé ^aps le con^plot; c'étaif qn Ipyal cathpljque , up pefsonn^ge de vprtq et ^'bppnpup. |1 JpHF appQr^a » lettres testîpipniîjlps et de ppot^ct^pn ppqr les faire jpuyr des privilège^ d'icp|lp UnjvefsiM, pQfpipe les aqtres cpUjéges ^'ipe||e. >> ï^pcqnnus et a^mis dpqs la çofppfqjipq ^q qi^qip fitfe qpp toqs les cpHëges e^istapts/ les Jéspitps font venir dp* régeqts pt cppipoencppf à epsejgppf : « ^d quas statim fit co/icfjrsçf^ : uf yUif. ef af^fij sfatim probqfi^f djsajt Pierre Vpfspris*. Lppr doctrine est e^timép, Ipqr p^éthpdp approuvée, leur jpdustrip f^epompaandép, pt leqr libéralité et chs^rité en réputation, ffinç ircç. ».
Eq efTety rien p'égalait la renommée naiss^ptp 4i? cpllpgedeClerpiont. L'Université s^en iqcjigna. Ellç
* Plaidoyer de J. de Montholon pour les Jésuites, en i6ia.
* Dans son plaidoyer de 156/^.
3l6 ttlSTÔlRR DÊ L*mSTfttrCTlÔN PtJBLtQUfi
fut blessée au cœur de voir ces nouveaux venus lui enlever ses élèves par la puissance de la concurrence et par l'excellence de leurs méthodes. Reje tant de leur enseignement les vaines et inutiles subtilités pour s'attacher aux principes essentiels et aux connaissances certaines, les Jésuites ruinaient l'échafaudage intellectuel sur lequel reposait la science vide et vermoulue des docteurs. Mais surtout, et c'est là l'impardonnable grief, ils donnaient des leçons gratuites, tandisque MM. delà Faculté des arts se faisaient largement payer, au témoignage même de Ramus.
A ce dernier coup, l'Université se crut anéantie ; le Recteur convoqua une assemblée extraordinaire, où les Pères furent traités d'orgueilleux, de sectaires. Cependant , on n'osait pas contester leur droit. « Qu'ils aillent rendre le service d'enseigner dans les lieux où on manque de maîtres, et qu'ils ne troublent point le bel ordre d'études qui règne à Paris. » Forts de la justice de leur cause^ les Jésuites, dont toute la prétention se bornait à être reçus dans l'Université, portent l'affaire au parlement, et un arrêt les maintient provisoirement en possession de faire des leçons publiques '. Puis ils renouvellent leur requête à l'Université. C'était pour elle une question d'argent : elle ne devait céder que par la force. Elle plaida , mais elle était fort embarrassée de trouver un avocat. « Elle en avait quatre, dit Crevier: Montholon, qui fut depuis garde des sceaux; Choart, Chauvelin et Chippart. Le premier avait servi les jésuites de ses
« Crevier, 1. XI, t. VI, p. 172.
kt bt La tittKti D^slfdttiGiriKMËirt. Si 7 t^onseils; Choart était suspect, parce que son beau* père se montrait dévoué aux jésuites; Chauvelin et Chippart avaient aussi signé pour eux dans quelques occasions ^. » L'Université prit une consultation du protestant Dumoulin , et choisit Estienne Pasquier pour son défenseur. Tout le talent de l'avocat et toutes ses diatribes ne purent exercer d'influence sur le parlement, a Maistre Pierre Vereoris défendit les jésuites, lequel fit si dignement, répondant seul à huit advocats, que la cour, appointant la cause au conseil , les maintint en possession d'enseigner publiquement, ce qu'on a continué l'espace de trente ans, c'est-à-dire, depuis l'an 1 564 jusqu'à l'an 1694, avec très-grande affluence d'escholiers*.x* — «Chacun gagna et perdit sa cause, dit Pasquier; car ils ne furent agrégés au corps de l'Université, mais aussi ne leur fus t' il défendu de continuer leurs lectures (ou leçons) publiques. »
IjSl liberté triomphait donc dans l'arrêt du parlement; les prétentions de monopole que l'Université avait semblé mettre en avant, étaient absolument condamnées. « Il fallait bien , dit M. J. Jaquemet^, que le droit de prohibition dans les mains de l'Université, ne fût guère soutenable pour que son avo-
' Ibid., p. 181. Il y a loin de ce récit à celui que M. Dupin , procureur général à la cour de cassation^ a cm devoir faire dans son JE loge d' Estienne Pasquier. Voir , au surplus , ce que nous avons dit sur cette affaire dans la Lettre que nous avons publiée au sujet de cet éloge. (Brochure in-8*^, au bureau de VUniçers^ 1843.)
* Jacques de Montholon , plaidoyer cité.
^ De la liberté d'enseignement^ 1840.
3lB HlfiTOiaB INB L'UrSTAUCTIOir FUBUQGE
cat, si abondant d'ailleurs dans son discours et si explicite, l'eût négligé. C'était en réclamant leur exclusion absolue du royaume^ que l'Université es*pérait arriver à imposer silence à cette voix rivale dans l'enseignement. »
La bonne intelligence passagère établie entré les gallicans et les huguenots contre les jésuites , ne pouvait pas durer. La guerre civile venait de recommencer : Ramus saisit l'occasion ^ fit une scis** sion éclatante , et passa dans le camp du prince de Condé. Le parlement répondit par un arrêt qui le destituait, et l'Université exigea de tous ses suppôts et de tous les maîtres une profession de foi catholique. Les lecteurs royaux alors refusent de se soumettre à l'injonction de l'Université,» non pas, disent-ils , qu'ils fassent difficulté de sigiler l'acte de foi, mais parce qu'il n'y avoit aucune lettre du roi qui leur enjoignit d'obéir à l'Université, et qu'ils ne dépendoient que de S. M. et du cardinal de Lorraine , président de leur collège. »
On voit que l'Universilé n'était pas heureuse dans ses tentatives de domination sur lés conamunautés et les corps; elle ne réussit pas mieux <^ontre les individus. Un des poètes illustres de k coUr de Charles IX, une des étoiles de Isi pléiade française y Antoine Baïf , s'imagina de se faire chef et enirepre- /îôwr d'une académie de poésie et musique, et demanda des lettres patentes poiir ^ compagnie^ qui devait se composer de musiciens, poètes, chatitetirs, et d'honrtes^s auditeurs. Le roi goûta fort ce projet, qui devait lui donner plaisir , et voulut être Xeprotecteur et premier auditeur de l'académie nouvelle.
LTInitersitë, toujours prompte à prendre l'alarme/ s'ëmut : on eût dit qu'il ne fût plus permis de chanter sans elle. Baif y mit d'abord de la déférence, et présenta requête afin de n'être pas troublé dans l'exercice de son œuvre; mais comme l'Université suscitait mille difficultés^ il conclut qu'il n'obtiendrait jamais son consentement, et résolut de s'en passer. De secondes lettres du roi défendirent à qui que ce fût de faire obstacle à l'académie de la rue des Fossés-Saint-Victor^ et appelèrent les contrevenants au conseil» L'Université se le tint pour dit, ne songea même pas à protester^ tant elle avait peu de confiance en ses propres exigences; et Baïf fit de la poésie et de la musique en dépit d'elle et pour le plaisir de Charles IX et de Henri III ^ tant que les événeilieilts publics le lui permirent.
Voici, en effet, les guerres religieuses qui recomroenceutavec un acharnement inouï. De part et d'autre on recourt aux massacres. Les protestants inondent de sang toutes les villes du midi; à INimes, ils remplissent les puits des cadavres des catholiques. Ceux-ci se vengèrent cruellement dans la funeste journée de la Saint-Barthélémy (1572). Ramus s'était caché dans une cave; Charpentier, un de ses collègues au Collège royal , le livra aux couteaux des assassins. Les écoliers de l'Université fla- |;ellèrent son cadavre, le traînèrent dans lès rues et le mirent en pièces.
Passons rapidement sur les dernières années du XVI® siècle. L'Université, enfermé^e danfe Pari'ià, dominée par les Seize, reclevient la proie des factieux.
Dans les collèges , a il se faisoit des catéchismes d'hérésie calvinienne et de toute mauvaise doctrine, -il s'y vendoit des livres scandaleux et hérétiques ; il yrégnoitune excessive corruption de mœurs, et ces maisons, destinées à la science et à la vertu, étoient devenues des repaires de femmes de mauvaise vie, de monopoleurs et d'assassins ^ » A cela que pouvait faire le roi? Trop faible pour garder son autorité, il n'avait pas la force de remédier même aux abus des collèges. D'ailleurs l'Université aurait-elle obéi? Ses écoliersdevinrentbientôt les plusardents champions du duc de Guise et poussèrent leurs barricades jusqu'au Louvre. La corporation accueillit redit de réunion avec enthousiasme. La Faculté de théologie décréta «que l'on pouvoitôterle gouvernement aux princes qu'on ne trouvoit pastels qu'il falloit, comme l'administration à un tuteur qu'on avoit pour suspect*. » Et elle répondit au prévôt des marchands que l'on pouvait refuser l'obéissance à Henri Ilf , et prendre les armes contre lui. Enfin, lorsque le poignard de Jacques Clément eut frappé le roi , elle fit l'apologie du régicide.
On la retrouve aux états de la Ligue, on la retrouve aux pieds du dud de Mayenne , et aussitôt que le comte de Brissac a ouvert à Henri IV , réconcilié avec l'Eglise, les portes de la capitale, ' elle se précipite aux genoux du conquérant, lui demandant pardon de ses injures, implorant sa clémence et prêtant serment d'inaltérable fidélité.
* Requête du recteur au roi, en i587.
* DeThou, Hist^ L XCIV. — Censures de la faculté de théo^ /o^/^ , imprimées en 17 17.
ET DE LA LIBERTE D^ETTSEIGNEMENT. îai
Henri IV ne se fia qu'à demi aux protestations de sa bien-aimée fille, mais couvrit tout dé l'oubli et la reçut en grâce.
Elle ne tarda pas à profiter de la paix pour recommencer son procès contre les Jésuites. La supériorité des Pères l'écrasait. « Laissez les Jésuites par toutes les province^, disait son avocat Antoine Arnaud , il faut que l'Unitersilé tarisse. Et à la vérité là seule comparaison du haut degré de gloire at«fuel vous avez vu l'Université montée, sa décà'^ clei^ce continuelle depuis que les Jésuites sont irenus en France et se sont établis par toutes les ailles d'où venoit l'abondance des écoliers, et l'abime de pauvreté , de misère, d'indigence, auquel elle est maintenant réduite, prête à rendre les esprits, si elle n'est pas par vous, messieurs ses enfants, secourue en cette extrémité, ne font-ils pas assez clairement connaître la justice dé la plainte et de la demande qu'elle vous fait aujourd'hui *? » Elle concluait à l'expulsion ; c'était son seul et perpétuel argument. LeCollége royal lui vint encore en aide : l'élégant Passerat fit en pleine chaire une sortie violente contre la compagnie. Enfin, l'attentat de Châtel fournit un prétexte , et le parlement prévenu , cé^ dant aux intrigues et aux obsessions, êhassa les Jésuites de la ville (i594).
La Providence leur réservait une éclatante réparation. D'abord les parlements de Bordeaux, de Toulouse, etc.j «'avaient pas voulu se conformer à l'arrêt de Paris. Puis , en i6o3 , Henri IV, par un
^ *'C!revieri t.VI,p.458. ' ^ '
3aa HISTOTBE DE L'ïirSTRUCTIOir PUBLIQUE
Édît solennel, rétablit la société dans ses dro|ts et daqs le libre exercice de sa saipte missiop. Qu'op nous permette de citer ici quelques fragments d'une harangue prononcée par ce grand roi en f a\eur des Jésuites, L'opinion du Béarnais aura toujours en France de puissants échos. D'ailleurs c'est le démenti le plus formel des calomnies de l'Université. Henri s'adressait au premier président de Harlay t
a Vous faites les entendus en matière d'État, disait'i}, et vous ne vous y entepdez non plus que moi à rapporter un procès... J^ m'étonne sur quoi \dus fondez l'opinion d'ambition en des personnes qui refusept les prélatures et lès dignités quand elle^ leur sont offertes, et qui font vœu à Dieu de p'y aspirer jamais, et qui ne prétendent autre cho$fi ep ce monde que de servir sans récompense toui ceux qui veulent tirer service d'eu^i^... V(Jniyem(4 les a contrepointés; mais ça été ou parce qu ils f 0,1-^ saient mieux que les autres j témoin l' afflueriez d^si écoliers quHs avaient en leurs collèges ^ ou p^rce qu'ils n étaient incorporés en VUnii^ersité^ dopt iU ne feront maintenant refus quand je le leur comt p^anderai, et quand, pour les remettre, vous seret cqntraints de ipe Je$ demander. Us eptrent comme ils peuvent : aussi font bien les autres et sqi^ moir même entré comme j'ai pu en mon royaume; mais il faut ajouter que l^ur pat^eppe est grande et que ^oi je l'admire ; car , ^jvec patiepce et })opn6 vie » p^ viepnent à bout de toute chose...
(t Quapt à Châtel, les foprments pp purept Jui arracher aucune accusation à Fencontre de Varade ou autre Jésuite, et, si autrement était ^ comment
BT DE LA LIBEBTIÊ d'eNSEIGNEM^INT. 3^3
Caumz'vous épargné? DioH m'a voulu alors humilier et sauver, et je lui en réqds grâce. Il m'enseigpf de pardonner lés offenses , et l'ai fait pour sqa amour volontiers^ tous les jours jp prie Dieu pour mes ennemis; tant s'en faut que je m'en veuille souvenir, comme vousmë conviez à faire peu chrétiennement , dont je lie vous §ais poiqt gré. »
Henri fit mieux encore : il donna aux Jésuites $fi maison de la Flèche- pour y établir un collège, eft par SDH testament il leur légua son cœur; admir^i}^!^ et dernier témoignage de cette affection qu'il le^r portait et qui lui faisait dire : «c Je vous ai aimés et chéris depuis que je vous connais! »
Encore une fois la. liberté était sauvée; legrat^ nom de Henri lY la protège et la consacre.
§ 3. Les séminaires.
L'ÉgU$e , ajoutons-}^ t en qsait avec cette fécondité de ressources qui ne se trouve qu'en ejle. |^e ^int Concile de Trppte, pn la retrempant auj| e;giux vives de la vérité, ne Vient^il pas en effe|: de lui rpudre uq^ force et une énergie nouvelle? Que de soins pris pôqr l'édlication, quelle sollicitude touchante ^n &viei4r de l'instruction des ministres du sanctuaire^ de l'inçtructipn du papyrp' qtiel élan pour )a retitU^sanoe des études et du savqiri
Prenant en considération le triste état du clergp et la réforuiation nécessaire de la discipline, le saint Concile parle ainsi ' :
' Session 23 , chap. XXIII. Nous empruntons la trad. de M. Renduy dans son livre sur les Écoles secondaires,
324 HISTOIRE DE l'iNSTRVCTION PUBLIQUE
«Les jeunes gens, s'ils ne sont bien élevés et bien instraits, se laissent aisément aller à suivre les plaisirs et les divertissements du siècle ; et n'étant pas possible, sans une protection de Dieu, très^puissante et toute particulière , qu'ils se perfectionnent et persévèrent dans la discipline ecclésiastique, s'ils n'ont été formés à la piété et à la religion dès leur tendre jeunesse, avant que les habitudes des vices les possèdent entièrement, le saint Concile ordonne que toutes les églises cathédrales , métropolitaines et autres supérieures à celles-ci, chacune selon la mesure de ses facultés et l'étendue de son diocèse, seront tenues et obligées de nourrir et élever dans la piété et d'instruire dans la profession et discipline ecclésiastique, un certain nombre d'enfants de leur ville et diocèse ou de leur province, si, dans le lieu , il ne s'en trouve pas suffisamment , en un collège que l'évéque choisira près des églises mêmes, ou en quelque autre endroit commode pour cela.
«On ne recevra aucun enfant dans ce collège qui n'ait au moins douze ans; qui ne soit né de légitime mariage, et qui ne sache passablement Hre et écrire, et dont le bon naturel et les bonnes inclinations ne donnent espérance qu'il sera pour s'engager à servir toute sa vie dans les fonctions ecclésiastiques. Veut le saint concile qu'on choisisse de préférence des enfants de pauvres gens, mais il n'exclut pas cependant ceux des riches , pourvu qu'ils y soient nourris et entretenus à leurs dépens, et qu'ils té^ moignent désir et affection pour le service de Dieu et deFÉglise.
ET im i^A LiBERTié a>'£ïrsci^irEMENT^ . 3a5 « L'ëvêque, après avoir divisé ces enfants en autant de classes qu'il trouvera bon , suivant leur nombre , leur âge , et leurs progrès dans la discipline ecclésiastique^ en appliquera ensuite une partie au service des églises, lorsqu'il le jugera à propos, et retiendra les autres pour continuer d'être instruits dans le collège , ayant toujours soin d'en remettre d'autres en la place de ceux qu'il en aura tirés ^ de manière que ce collège soit un perpétuel séminaire de ministres de Dieu, ita ut hoc collegium Dei mimstrorum perpetuum seminarium siL
«Ils y apprendront la grammaire, le chant , le calcul ecclésiastique et tout ce qui regarde les bonnes lettrés ; ils s'appliqueront à l'étude de l'Écriture sainte, des livres qui traitent des matières ecclésiastiques , des homélies des saints , à ce qui concerne l'administration des sacrements, et surtout à ce qu'on jugera à propos de leur enseigner pour les rendre capables d'entendre les confessions; enfin ils s'y instruiront de toutes les cérémonies et usages de l'Église.
ce Toutes ces choses et toutes les autres qu'il sera nécessaire et à propos d'établir pour le succès de cet ouvrage^ seront réglées par les évêques, assistés du conseil de deux chanoines des plus anciens et des plus expérimentés et choisis par les évêques mêmes, selon que le Saint-Esprit le leur inspirera. Us auront en une singulière recommandation tout ce qu'ils jugeront qui pourra contribuer à conserver et à affermir un établissement si pieux et si saint , et éloigneront tout ce qui pourrait y apporter obstacle
3iâ Hiiitoiftfi hn t'iifiTRtTCTioir pi7iE.iQim
k QU6 si y danâ quelques provipces^ ]es églises se trônVerjt en si gravide pauvreté que Fdn ne puisse établir lé collège en toutes , alors le synode protiti^al ou le métropolitain , avec deux de sea plus anciens suffragants, aura soin d'établir dans l'église métropolitaine, ou dans quelque autre église àe la province plus commode , un du plu-^ sieUrs collège^, selon qu'il le jugera à propos, du revenu de détit ou de plusieurs desdites églises. Au contraire, dans les églises qui ont de grands et puissants diocèses , l'évéque pourra avoir en divers lieux un ou plusieurs pareils séminaires, selon qu'il le jugera à propos.... »
Ces citations sufTisetlt pour témoigner de la pieuse sollicitude des Pères du concile j elles suffi-» sent pour maintenir le droit imprescriptible de l'Église catholique. Les évéques Ont reçu de Dieu même le pouvoir et l'obligation de fournir au recrutement du sacerdoce et à. l'instruction de la société chrétienne. Nulle puissance en ce monde ne saurait leur ravir ce glorieux privilège.
Personne, âu seizième siècle, n'eût osé le leur contester. Bien au contraire , les rois ^t les peuples^ tout opposés qu'ils pùsèent être d'ailleurs au catho# lîcisme, quelque hostilité qu'ils eussent déclarée au Saint-Siège apostolique et aux doctrines consacrées par les évêques assemblés à Trente, s'empressèrent de rendre hommage aux décisions relatives à l'éducation, et d'en faciliter l'accomplissement dans leurs empires. Les prélats rivalisèrent de zèle poUr ré* pondre à l'appel de TÉglise. Ainsi, en Fraude, tandis que les États réunis à Blois insistaient avec force &at
M liÈ lA tiBEtir£ ]>'£ïr$BtGiirÉM]Ël!rr. Si 7 là constitution des séminaires , qU'ild regâfdatëtit comme le terme des maux de la religion ', Tasdem-^ blëe de MelUn imposait leur érection aux ëvéqUës à titre de devoir indispensable, et rédigeait ]e plan de leur orgàf^isation et de leur admitiistration ^. Le cardinal de Lorraine y ayait préludé en établissant sofi séminaire de Reims , qui devint le modèle de tous leA autres. A sa suite et à son exemple^ rarchevéquti de Rouen, en 1 58 1, les archevêques de Tours et de Bordeaux, en i583 et en i584^, se firent dans leurj conciles provinciaux les apôtres de la réforme ou de la résurrection des écoles ecclésiastiques.
Les exhortations de ces pieux pontifes et de letlrt collègues furent admirablement écoutées et suivies. Partout alors les maisons d'éducation se relèvent. L'archevêque de Pourges félicite son clergé de ce qu'il voit reparaître avec une vigueur nouvelle les écoles Sacerdotales qui avaient survécu aux malheurs des temps ^. A Cambrai (i588), l'archevêque
' Ordonnance concernant l'établissement , dotation et goU* verBement des séminaires. Extrait de Tordonnance de Blois^ art, 24, p* 391.
* Extrait du règlement général, concernant la discipline ecclésiastique , dressé devant l'assemblée générale du clergé de France, convoquée à Mal un en 1579, tit. a4. L^ges seminarii, guodjuxta Cône, Trid, decretum, Sess, XXIII ^ cap, XXIII, ins" tUtU débet in quapis dieeeesi,
^ Tbeinèr^ Hist. des institutions d'éducation ecclésiastique , t. I,p. a63.
^ Non desunt quibusdam in urbibus collegia ab Ecclesiasticis Jnstituta, et proprio patrimonio dotata quae instar seminariorum sunt. (Tit. 29 ^ de seminariis maj. et minorib.) Hardutn. Coll. Conc. t Xy p. 1489.
3^8 HlSTO^&B DB^Er'njrSTRCGTIOir PUBLIQUE
yeut que toutes les sciences enseignées dans les académies le soient daps ses séminaires. Sur toute la surface de la France le moiivement est spontané, g^Aéral; rien ne l'entrave, rien nei'arrête.
. Et qui donc aurait pu s'y opposer? Qui donc aurait osé placer des bornes à la charité, au dé* vouement, à l'indépendance du sacerdoce et de l'épiscopat? La royauté ? Mais elle était trop heureuse de voir les germes de régénération et de force semés par l'Église; mais au milieu même de ses ruines, ^lle accueillait avec joie et consolation l'espoir d'un avenir meilleur, et elle l'aidait de tous ses efforts. Que sera-ce quand le calme rétabli aura donné les prémices d'une ère de grandeur et de puissance? Que sera-ce quand la majesté du trône restaurée rendra le courage à toutes les loyales institutions, et protégera tous les droits et tous les services? Les Universités sans doute avaient bien quelque velléité de résistance, mais elles sentaient l'odieux dont elles se couvriraient si elles mettaient en avant d'aussi iniques prétentions. Et puis, il y a, même dans le cœur des plus ambitieux, je ne sais quelle conscience intime des droits d'autrui qui fait rougir de les attaquer de front. Enfin, en eussent-elles la triste hardiesse, l'autorité royale les eût fait rentrer dans l'ordre : le pouvoir, qui s'inclinait devant les privilèges de l'Église., qui reconnaissait que les lettres patentes n'étaient pas nécessaires pour l'érection des écoles ecclésiastiques, aurait défendu la liberté des évêqiies comme il avait défendu celle des religieux.
La liberté sortait donc encore triomphante de
ET DE LA LIBERTE D'FNSBIGlfEffiEirr. 3l9
toutes ces épreuves, et le'grand sifde allait nattre et se former sous ses auspices.
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