II. Destruction des Jésuites
m. Essais de monopole et d'éducation uniforme. Permanence de la liberté. — J i. Envahissement des collèges des Jésuites. — 5 a. Plans d'éducation nationale. — J 3. Les écoles des ordres religieux y les collèges des villes, les sémioaires, les petites écoles.
Nous arrivons à la dernière période de l'existence des Universités. Pendant les deux siècles qui leur restent à vivre, leur importance, déjà singulièrement diminuée, va décroître encore. Elles ont perdu leur indépendance native ; elles se verront enlever leurs derniers privilèges, et, de leur rôle politique, de leur splendeur intellectuelle, elles ne conserveront que des regrets et des souvenii's. Si maintenant, acceptant la situation que les circons**
^3tf HiarcNOUi iib L'i J y s T k u c moy mBKiQUE timees et leur propre conduite leur ont faite ^ elles savent se résigner à être dés institutions d'études^ environnées des reflets d'une gloire passée, disposant seules des avantages attachés à la concession des grades honorifiques que seules elles confèrent ; si elles consentent à courir les chances d'une concurrence loyale et à respecter \ei droits de leurs voisins, et même de leurs rivaux; si, chargées par l'estime générale et par leurs antiques constitutions des honneurs et des fonctions de Vinstruction publique , elles ne veulent pas porter atteinte à la Abertéj et ne sohgent qu'à triompher par la prépondérance de leur savoir et de leur mérite; elles peuvent aspirer encore à jouer un noble rôle, moins brillant peut-être, mais plus utile et surtout plus généreux ; elles peuvent rendre d'admirables services à leur foij à leur prince et à leur patrie. Par malheur, il n'en sera pas ainsi. L'esprit de jalousie et de domination les entraînera de nouveau dans utie lutté acharnée, injuste, impitoyable, contre les établissements dont la supériorité les humilie; et pour satisfaire leur haine, elles n'hésiteront pas à s'associer aux mauvaises passions, à donner la main aux hérétiques^ aux ennemis de l'ordre et de la religion. Elles se feront les satellites des parlement!^ des jansénistes et des philosophes, sans s'sqcieree^ voir que cette alliance funeste doit tourner contre elles, et qu'elles creusent l'abime où bientôt elles seront englouties sous les débris du catholicisme et de la monarchie*
Dans cette voie funestç^ où iont engagés les dé* positairei les plus élevés dé l'instruction publique^
1^ France courait risque de perdre lea elémi^Dti d^' sa^ prp&périté intellectueU^, si la liberté, proteçtrioei des ipsdtutioDS d'éduc4tion privée, proteji^tnce deif ordres religieux, protectrice des écoles ecclésiasfi'' ques; n'eut ménagé de fécondes re^sourceâ , et n'e^. détourné en partie le coup terrible porté parla destruction de la compagnie de Jésus,
Aussi , malgré la décadence des Universités^ malgré la chute des collèges dirigés par les Jésuites, le regard se repose avec un sentiment d'admiration et de regret sur le spectacle qu'offrait encore Téducav tion en 1 789, et sur cette multitude d'écoles de toute nature dont cinquante années d'efforts n'ont pas pu relever les ruines.
h LDTTBB* t'uiflVlIWITlÉ COBTTRE LA LIBBETli JUSQu'a
li'EXPbLsioor BEâ JÉsurrEs.
§ I . Réforme de VUnwersité de Paris et concur^ rence des Jésuites.
Il y avait deux choses que l'Université de Parii ne pouvait pardonner aux Pères de 1^ compagnie d0 ^ésus; La première , c'était , comme le disait Henri Vf i ^ de faire mieux quelle , » mieux par leurs excellentes méthodes , mieux par la gratuité de leur enseignement, mieux par l'affluenc^ de leurs élèves. La seconde , c'était de n'être pas sortis de France, après l'arrêt de 1594. Quand l'Université vit que, soumis aux lois, les Pères quittaient le ressort du parlement de Paris, mais restaient dans le ressort des autres parlements qui œ
dUlà HISTOIRE DE t'ilTSTRUCTIOir PUBLIQUE
Ites Avaient pas condamnés; que, loin de se décourager par les violences dont ils étaient les victimes, ils donnaient au contraire plus de développements à leurs collèges, et y attiraient une multitude plus avide et plus nombreuse que jamais; quand elle vit la plupart des évéques confier leurs séminaires à ces pères dont le Pape Grégoire XIII avait érigé en Université la maison de Pont-à-Mousson % elle comprit que la calomnie et la persécution ne suffiraient pas contre de pareils adversaires , et, sans renoncer à ses plans de destruction , elle voulut essayer de lutter par la concurrence , et de réformer les abus que le contraste avait mis dans toute leur nudité,
L'Université ne faisait en cela que se prêter à un vœu de Henri IV. Le roi, fort peu confiant dans les protestations de sa fille ainée, lui avait demandé de travailler elle-même à corriger les défauts de sa constitution, à prévenir le retour des excès qu'elle avait commis^ à prendre, en un mot, les mesures nécessaires pour se renfermer dans l'étude, et s'interdire toute excursion dans le domaine de la politique. Comme l'Université , îtoute soumise qu'elle fût, ne paraissait pas très-empressée, Henri avisa, et nomma des commissaires, qui étaient l'archevêque de Bourges , grand-aumônier, le premier président de Harlay, le président de Thou, le procureur général de la Guesle, Je lieutenant civil Sé-
I La bulle d'érection se trouve dans le BuUarium Romanum , t. IV, pag. 95, et dans le BuUarium Magnum ^ t. II, p. 5a8. — -Cett^ érection date de i585.
ET DE LA. LIBERTE V*ENSMiGNEMMS(T. 335
:guier, et le premier préskient au parlement de Rennes y Faucon de Riz. L'Université dut être sensiblement blessée de cet acte d'autorité et du pouvoir discrétionnaire dont les commissaires étaient reyétus. C'était la première fois que la royauté agissait seule en pareille occurrence , et entreprenait de re viser des statuts, de réformer un corps que le pape avait fondé, que ses légats avaient seuls ré^ glementé jusqu'à ce jour. On se souvenait parfaiter ment que, même à l'époque de Charles Vil, les gens ^u roi n'avaient pari^ qu'en seconde ligne : le cardinal d'Estouteville, l'envoyé du siège apostolî- ,que, ordonnait comme législateur, et les pouvoirs des commissaires ne s'étendaient même qu'aux privilèges émanés de la couronne. Que les temps sont changés! Au lieu de l'indépendance, c'est la servitude. Et il n'y à pas à réclamer ; le président de Thou le fait bien voir dans son discours, où il établit la puissance des princes « sur la manutention de ta police et discipline ecclésiastique, » ce qu'il prouve à force de citations tirées des lois du Code Jusùfuen, et de l'exemple des empereurs de Rome païenne. L'Cniversité recueillait le fruit de ses r^v<4tes et de ses bassesses; elle courba humblement là tète. Personne, pas même le souverain pontife, ne compatit à son humiliation, et ne songea à la plaiqdrç pu à la défendre.
Résignée à son. sort, elle tacha d'en tirer le meilleur parti possible, et de rétablir au moins la force des études, puisqu'elle ne pouyait sauver ses pri* viléges et sa liberté. Trois années durant, elle travailla de concert avec la commission ,^ <eV çnfin
334 HISTOIRE 1» l'instruction PUBLIQUE
Tarrét de réfqrme, enregistré en iBgèy fut publia en 1600. Cest la dernière charte du corps enseignant. Pe^x traits spéciaux attirent l'attention dans ces statuts : la hatne contre la méthode des Jésuites^ et repvie, la nécessité de les imiter. Ainsi, d'une part, les livres de latin moderne composés par les Pères sont Hgoureusement proscrits, et, en même temps, on rend hommage à leurs idées d^aitiélioratio(i -en défendant l'usage des livres de l'antique barbarie. On admet le grec, on en recommande l'étude , et en même temps on exige que le latin soit l'unique langue des classes, et le français est banni comme un idiome vulgaire. On maintient Aristote, et on prohibe les commentaires. On réduit le cours de philosophie, on institue une chaire de mathématiques, tnais on résiste à l'enseignement de l'histoire. Enfin, quand M. Pavocat général prend la petne de tracer les devoirs de chaque faculté, il a grand soin de prescrire aux théologiens et aux décrétistes de n'avancer rien de contraire aux lois et libertés de l'Église gallicane, et il fait espérer à rUniversité que si elle est exacte à obéir à ses statuts, elle « se rétablira dans son ancien lustre sans avoir besoin de nouveaux hommes. » « Il désignait lés Jésuites, iajoUte Crevier '; il$ sont indiqués ici "d'unie manière assez yague. Mais l-Uttiversllé, dans un discours en action de grâces au parlement, s'explique sur leur compte avec beaucotip pliis d'énerçie. Elle leur attnbue en grande partie la cause de sa décadence, et elle les appelle «une nouvelle
»t.Vi[,Uv.xn,p.S9.
ET BX LA. LIBSRTi D'ENSEIGimfinrr. 335
Cartbage qui étoit \enue établir son €mmp aa mit Ueu du pays Latin , un astre contagiei» dont lu malignes itifluencès ont flétri Téolat, non-seulement 4e Tacadéinie de Paris, mais de la plupart des aoadémias du royaume. »
4u reste 9 c'était peu de chose que de lutter datM l^S questions de discipline , TUniversité essaya d'au* trps p^qyens* Elle tenta quelques mesures de mono^ pôle : tous les régents des collèges durent obtenir là maîtrise èâ arts, et la prendre dans l'Université de Pai'is; double infraction à la loi ancienne, qui n'ô* bligeait nullement les régents au degré de maîtrise, et qui surtout admettait ce titre comme valable, ep qUelquf tlriiversité qu'il eût été conférée Mais la grande affaire restait toujours la gratuité. Impçssiblf de s'y résigner, impossible de la fhire adopter. On s'en rapprocha cependant; on abaissa les hono«^ raires des régents, on fixa un minimum, on doqna à cette rétribution le caractère de don volontaire^ QU eiempta en principe tous les enfanta pauvres^ L'œuvre fut entreprise et soutenue avec toutf Far* àwr de l'intérêt personnel et de la rivalité. Enfin ^ pour couronner l'édifice , pour assurer le maintien dâs statuts, quatre Censeurs furent adjoints au recteur^ fit durent tous les trois mois faire la visite de^ c^oU^eQ. Sous cette législation parlemenlâire,. lé pays l4iéin, le quartier des écoles devint un asile qU'x)n entoura de mille précautions, qui fiit soutni^ à une surveillance particulière. Tous les obj^s qui auraient pu distraire les étudiants ou les corrompre, furent écartés; les baladins, ks danèèurs, les
336 HISTOIRE J)E l'iBTSTRUCTION PUBLIQl/E
joueurs d'instruments, les maîtres d'escrime furent relégués au delà des ponts. Jusqu'ici , rien de plus naturel et de plus équitable. L'Université voulut aller au delà : un article porta défense expresse à toute personne d'instruire à Paris, même dans les maisons particulières, les enfants au-dessus de l'âge de neuf ans. Cette disposition était tyrannique, et l'Université moderne pourrait l'envier à l'ancienne Université. Elle ne tint pas , l'odieux la fit sîuccomber : un appendice restreignit la défense au quartier de CUnisfersité; « Nul, dit le statut, ne doit. garder des enfants qu'il enseigne par des leçons privées, sans les envoyer au collège; » et, de plus, dans ce quartier-là même, on exempte de la loi les bons bourgeois^ à qui il est loisible d'avoir chez eux des précepteurs qui instruisent leurs enfants dans leurs maisons, ou qui les conduisent aux écoles publiques. « Cette disposition était raisonnable et presque Qiage,dit M. Jaquemet ' ; c'était une conséquence de toutes les précautions prises pour bannir ce qui pourrait nuire à la jeunesse, qu'on exigeât qu'aucun étranger ne vint porter dans le quartier entièrepaent affecté à l'Université , des méthodes nouvelles et des mœurs suspectes. » Si le pays Latin était une terre c^ose, partout ailleurs la liberté demeurait: l'exception confirme la r^le. D'ailleurs, telle était I9 pi3i$s^nce de la liberté même en ces domaines iphospitaliers , qu'elle garantissait encore l'éducation de Ja famille et l'indépendance du foyer do* mesHique.
, ,1 DehUkméÂ*enêei^ienient,i^,'à^,
ET DE JJl tlBERTÈ D'ENSEIGNÊMBirT. 337*
En faveur des avantages que la corporation savante espérait retirer de ses statuts réformés , et surtout en vue de la protection qu'elle comptait acquérir de la part du pouvoir royal et de l'autorité judiciaire , elle fit volontiers le sacrifice de ce qui lui était resté de ses anciens privilèges, et elle passa condamnation sur la violation de tous ses droits et de tous ses usages. En théorie, les règlements délibérés par les commissaires du parlement parurent admirables: en pratique, ils furent éludés dans leurs plus utiles dispositions, et ils ne parvinrent pas à sauver une institution qui se perdait par son oi^ueil et son amour de la domination. La magistrature des Censeurs, les visites rectorales, les prescriptions contre le luxe et contre l'avidité n'existèrent bientôt plus que comme une lettre morte. Un instant ranimée par quelques accès de zèle, l'instruction universitaire retomba dans ses routines, le corps recommença ses manœuvres, et la concurrence qu'il ne put empêcher et qu'il né sut pas vaincre fit ressortir sa faiblesse et son impuissance.
Ce n'est pas que les princes et les grands n'accordassent protection et appui à l'Université ; ainsi le cardinal de Richelieu en acceptant le titre de proviseur du collège de Sorbonne, le fit rebâtir magnifiquement. Mais les princes et les grands comprenaient l'immense utilité sociale de l'émulation , et ils respectaient les droits antérieui*s de la &mille et des citoyens dans l'enseignement. Le grand, cardinal disait: « Il convient que les Universités et les Jésujitçsi^seigiiept à, J^'ewvi, .^^^5]Me,à'«mllktion
338 HISTOIRB BB L'iirSTRUCmOir TfJBUQUE
aiguise leurs vertus et que les sciences soient d'autant plus assurées dans l'État, qu'étant déposées entre les mains de plusieurs gardiens , si les uns viennent à perdre un si sacré dépôt, il se trouve chez les autres'.» EtLouisXllI, en 1610, autorisait les Jésuites, réintégrés depuis sept ans dans leur collège de Clermont , à faire des leçons publiques de toutes sciences. Voilà ce que rUniversité ne pouvait souffrir, et il fallut un arrêt du conseil, le i5 février 1618 , pour mettre les RR. Pères à l'abri des tiaeasseries et des attaques de la corporation.
Il faut lé dire, la haine de l'Université ne trouvait d'écho nulle part; l'opinion publique au contraire soutenait les Jésuites, et le roi ne faisait que céder à des vœux unanimes, légitimés parle succès des collées de la compagnie. Lors de rassemblée des états tenus à Paris en i6i4et en 161 5, voici ce qu'on lit mot à mot dans les cahiers des deux chambres de rÉglise et de la noblesse ; a II a été ordonné que l'article ci-devant fait en faveur de la compagnie des pères Jésuites et de leur rétablissement pour l'instruction et lecture publique en cette ville de Paris, et pour l'érection d'autres nouveaux collèges es autres villes du royaume, sera mis et inséré dans les principaux et plus importante articles du cahier, et que messeigneurs qui auront soin de la sollicitation des réponses seront suppliés d'avoir en particulière recommandation à ce qu'une réponse favorable à l'effet dudit article soit au plustôt accordée. » L'article est conçu en ces termes : «Les grands fruits
' > JMamênipêlkiqm^ première partie, th. U , sect. 10,
vt jûfB "ljl libertjS jimsmawmxKT. 2^ etnotables servicesquelesPP. de la Société et Compagnie de Jésus ont fait et font journellement àTÉgligo catholique et particulièrement à votre royaume, nous obligent de supplier très-humblement Votre Majesté^ qu'en considération des bonnes lettres et de la piété dont ils font profession, il lui plaise leur perraetn tre d'enseigner dans leur collège de Clermont et faire leurs fonctions ordinaires dans leurs autres maisons de Paris , comme ils l'ont fait ci*de\ant ; et pour terminer toutes les oppositions et différends de l'Université et autres mus pour ce regard en votre cour de parlement, les évoquer à Vous et à votre conseil, et en interdire la connaissance à tous autres juges. Plaise aussi à Votre Majesté, en les conser-* vaut es lieux et endroits de votre royaume où ils sont de présent, les accorder encore à ceux qui les ' demandei*ont à l'avenir, les prendre tous en sa protection et sauvegarde, comme il avait plu au feu roi ^ » Cet enthousiasme pour les Jésuites était partagé par la nation entière ; tandis que la jeunesse de haut rang afQuait dans leurs maisons d'éducation supé-^ rieure, les enfants des classes inférieures recevaient l'instruction gratuite dans leurs autres écoles, et l'espoir du sacerdoce était remis aux séminaires qu'ils dirigeaient. En réalité, ils étaient les maître de l'éducation publique, et ils avaient conquis cette gloire au milieu des périls, des calomnies, de la persécution, par le seul ascendant de leurs vertus et de
leur supériorité. ; .
■ Xa vérité défendueetpromée par le$ faits y %^ édition, ii%^
d^à HISTOIRE DB l'iNSTRUCTION PUBLIQtTi;
- Comment en aurait -il été autrement? Leurs ennemis sont bien forcés d'avouer ce qu'ils avaient adopté un système plus en rapport avec les moeurs du siècle'.» On a beau ajouter avec une certaine intention d'ironie : a Leurs collèges étaient ouverts à tous les arts d'agrément; la danse^ l'escrime même n'en étaient point bannis. Tous les ans la distribution des prix était précédée, non-seulement de tragédies remplies d'allusions politiques^ , mais encore de ballets composés par les RR. Pères et dansés par les plus agiles de léurs' élèves. Chez eiix les études graves devenaient une sorte de récréation. La physique consistait en une série d'expériences amusantes où un démonstrateur ambulant venait montrer quelques phénomènes électriques ou magnétiques, quelques expériences dans le vide, la circulation du sang dans le mésentère d'une grenouille , le spectacle du grossissement de quelques objets par le microscope. L'histoire, dont il n'était pas encore question dans lès collèges de l'Université, s'apprenait surtout par l'inspection des médailles. » « La grammaire et la latinité, dit un de leurs règlements, sont des pays assez secs. Il faut égayer l'esprit si l'on veut qu'il s'éveille : les buissons plaisent quand ils sont fleuris^ »
On le voit, le dépit perce sous l'exposé des faits :
, 1 Kilian, Tableau de V instruction secondaire , p. 33.,. ■ Y aurait-il une malignité cachée sous cette expression? Dans ce cas , le reproche irait bien plus directement à lUniversité, dont les statuts obligeaient les juges des concours gêné-mux annuels à donner poor sojet décomposition aux coocurfents les événements publics, x'iV/ en a. (Voir Crevier.) .
ET BE LA LIBERTlî d'eHSHIGXEUIENT. 34^
retranchons ce que dictela partialité, il restera que les sciences physiques et mathématiques, que Phistoirej quelesbelles-lettresétaipntenseignéesavecgrandebabileté par les RR. Pères; qu'ils savaient rendre leurs leçons aussi intéressantes que profitables^ et qu'ils y ajoutaient tout ce qui pouvait compléter l'homme. « Quoi ! dit à ce propos un écrivain qui nous est cher' , non-seulement les Jésuites ont donné asile à l'histoire qui n'avait pas droit de cité dans les col* léges universitaires ; non-seulement ils ont expliqué dans leurs classes les phénomènes des sciences physiques, objet du profond dédain des maîtres es arts; non-seulement ils ont prétendu jeter quel* ques fleurs sur les buissons de lagrammaire etde la latinité dont l'Université n'aime que les épines, mais^ juste ciel! jusqu'où va leur audace? k l'éducation religieuse, à l'éducation scientifique et littéraire ils joignent l'éducation du monde ! A cette jeunesse qui se partagera toutes les carrières , à ces enfants qui seront un jour des gens d'épée et des hommes de cour, à cette société en germe qui a besoin d'être brave, polie , intelligente , les RR. Pères permettent les exercices gymnastiques, les courses à cheval , le maniement des armes , la tragédie , quoi de plus ? la danse ! la danse , quel scandale ! est-ce le comble de l'horreur? Eh bien, non. La dernière cir* constance qui aggrave encore toutes ces profanatioDS, c'est que ces pièces et ces ballets, exécutés sous les yeux des RR. Pères, eux-mêmes en étaient lés auteurs.
■ M. Charles de Riancey, dans V Université catholique, t. XV, p. 3oo. (Compte rendu de l'ouvrage de M. Kilian.)
34^ HISTOIRX DS L'iirSTRUCTIOir PUBtilQli^E
Voilà pourquoi TUniversité, gardienne delà religion et des mœurs, leur a livré une guerre de trois cents ans. »
U est vrai que les Jésuites se vengèrent; d'abord, en multipliant partout leurs établissements , en réunissant à leur collège de Paris ceux du Trésorier, des Cholets, de Bayeux, de Laon, de Narbonne, de Dormans-Beauvais,du Plessis, de Marmoutiers, ^e Reims, de Séez, du Mans, etc.; en fondant de nouvelles institutions à Reims, à Amiens, à Vendôme, à Sens, àAlençon, à Blois, Angouléme, Lyon, etc.; ensuite, en préparant parleurs leçons le glorieux siècle de Louis XIV. C'est à eux, en effet, que revient l'honneur d'avoir créé la plupart des bommes de génie qui illustrèrent cette merveilleuse époque. Aussi, quand , après une visite du grand roi à leur maison de Paris , ils inscrivirent sur la porte: Collegium Ludovici Magni^ ce titre n'était pas usurpé, il revenait de droit aux maîtres qui avaient formé : «c dansl'épée, les Condé, les Conti, les Bouillon , les Rohan , les Soubise , les Luxembourg , les Villa rs, les Montmorency , les Duras, les Brancas, les Grammont, les Boufflers, les Richelieu, les Mortemart, les d'Estrée, les Broglie, les Choiseul, les fieauveau, les Gréqui, etc. ; dans l'Église, les la Ro-^ -chefoucauld^ les Polignac, les Fléchier, les Bosquet, les Huet, les Mailly, les Fleury, lesTencin, les Rochechouart , lesBelzunce, etc.; dans la robe lesLamoignon, les Séguier, les Pontchartrain , les Bignon , les Novion , les d'Argenson , les Talon , les d'Aligre, les d'Ormesson, les le Bret, les Pothicr, les Bouhi^r, les Montesquieu, les Maupeou, les
ET 2>B LA LIBSRTii D*XNSSI01fBlIXrr4 543
Nicolaî, les Mole, les Hënault^ etc. ; dans li» lettres et les sciences, les Juste Lipse, les Descartes, les Cassini, les Tournefort, les Corneille, les Rousrâeaii, les Crébillon , les Molière, les Fontenelle, les Mairan, les Buffon, les d'Olivet, les Voltaire^ les Gresset , les Pompignan , etc., etc. \ »
Que pouvait l'Université conti*e de semblables
résultats? I-ia lutte était trop défavorable et elle
. ne l'acceptait qu'à contre-cœur. Quelques tentar
:tives d'une meilleure organisation des études ne
lui réussirent pas. Elle -se jeta dans l'intrigue , ei
jura dô détruire ceux qu'elle ne pouvait surpasser.
§ 2. Les écoles des ordres religieux y les séminaireé, les petites écoles.
L'Université était débordée de toutes parts. L'esprit de ferveur s'était ranimé à la vue des impiétés du protestantisme et à lemulationdu progrès de la compagnie de Jésus. Le seizième siècle fut un temps de fondation ou de restauration d'ordres. Le pauvre frère Mathieu de Baschi instituait les Capucins; saint Gaétan et J. P. Caraffe (Paul IV), les Théatins; César de Bus fondait la congrégation de la Doctrine chrétienne. Presque tous ces religieux se livraient à renseignement. Puis les écoles des Bénédictins, spécialement des membres de la congrégation de Saint-Maur, se relevaient avec un nouvel éclat. Enfin , l'institut de l'Oratoire , fondé -en t6i3 par le cardinal de Bérullé^ ce institut non
' Jpoloffe de l'institut des Jésuites, par Gérutti^ c XJU -
«344 fllSTOlRB Dl L^mSTEtrcrrOlf l>UBLIQtJE
moins redoutable pour l'Université que les Jésuites, disputait aussi aux anciens établissements Féduca- -tion de la jeunesse. Déjà le collège de Juilly avait acquis une grande célébrité qui s'étendit à plusieurs autres maisons dirigées par les Oratoriens '. » Leurs principes étaient graves et sévères : « Notre esprit ^ n'est pas fait pour l'érudition , disaient-ils, mais « l'érudition pour l'esprit , c'est-à-dire qu'on doit m s'en servir pour le régler et le perfectionner. « Or, sa perfection ne consiste qu'en deux choses : a qu'il fuie l'erreur et l^mal; que ses jugements « soient droits et ses affections réglées. » Ces systèmes étaient la condamnation des usages et des méthodes universitaires.
Il n'y eut pas jusqu'aux solitaires de Port-Royal qui portèrent leur coup à l'enseignement des facultés , en introduisant l'étude approfondie de la langue française dans les collèges , et en essayant de substituer la méthode de Descartes à la scolastique. Le temps n'était pas encore venu où les jansénistes , sous quel habit qu'ils parussent, devaient prêler à l'Université leur appui, et s'associer à sa haine.
Au surplus, l'Université enveloppa dans une même réprobation toute tentative d'instruction qui, de près ou de loin , lui semblait une rivalité. Les corps ne sont jamais plus jaloux que quand ils ont conscience de leur décadence. Ainsi, rien ne fut négligé par la Sorbonne pour s'opposer à l'organisation et aux développements des séminaires. L'as-
■ Kiliaa^ ep, citât, p. 34. • > .
ET DE LA LIBERTÉ I)'Eir9EICinSMEl!f'r. '34$
semblée du clergé, en 1614, avait décidé que toute personne pourvue d'un bénéfice de trois cents livres de rente serait tenue de contribuer à l'érection du séminaire diocésain '. L'archevêque de Paris, François de Harlay, à l'assemblée de 161 5, et Tévêque de Chartres, L. d'Estampes , à celle de 1625, avaient demandé le renouvellement de cette prescription. La Sorbonne prit l'alarme, les passions gallicanes s'en mêlèrent, et le mémoire de Tévéque de Chartres fut supprimé. Il est vrai que l'ordonnance de Blois, en 16119, obligea tous les bénéficiers de six cents livres à fournir quelques subsides pour les écoles ecclésiastiques.
Mais il fallait que la Providence mit elle-même la main à l'œuvre. Elle suscita trois grands hommes dont les efforts triomphèrent de tous les obstacles. Ce furent Pierre de Bérulle, dont nous avons déjà parlé, et dont les prêtres se virent appelés par plusieurs évêques pour réformer le clergé de leurs diocèses ; Adrien Bourdoise , dont la congrégation delà cléricature se voua à l'éducation des jeunes clercs, obtint , avec les bâtiments de Saint-Nicolas du Chardonnet, la direction du séminaire de Paris, et se répandit bientôt partout le royaume; saint Vincent de Paul, qui fonda d'abord un collège des Bons- Enfants, et le réunit ensuite au couvent de Saint- Lazare, dont les prêtres occupèrent rapidement la plupart des grands séminaires du midi et les com-
' Collection des procès^verbaux du clergé de France^ t. II, p. i53 et suiv. , -. ^. .,., ■ ' .^ \ ;•. \>
346 HISTOIHB DB L'iirSfniUGTION Pim.IQU£
inanderies de Malte '. L'impulsion était donnée > le .foi Louis XIV s'y associa comme à toutes les nobles et utiles fondations. ParFÉdit de 16669 il exempta les séminaires de toutes les formalités prescrites pour l'établissement des couvents, communautés Ou collèges, et il confirma aux évéques le soin ex- . clusif de leur gouvernement et leur surveillance. Louis XIV ne faisait que se rendre au vœu de l'assemblée de i665, et que favoriser le développement des établissements réalisés à l'envi par la piété et par la charité chrétienne.
Ainsi , tandis que Christophe d'Authier de Sisgau rassemblait les missionnaires du Saint-Sacrement, Jean Eudes fonde les Eudistes^ ou prêtres de Jésus et de Marie ; Claude Bernard, le pau^fre pré^ trej construit et dote le collège des Trente-Trois; Poullard Desplaces érige le séminaire du Saint-Esprit; le père de Chauciergues renouvelle les merveilles de l'éducation gratuite pour les pauvres enfants qui se destinent au sacerdoce ; le vénérable Olier enfin crée la société de Saint-Sulpice , qui a rendu et qui rend encore d'immenses services à l'Église*
On comprend qu'avec de pareils hommes, et •après de pareils efforts, la bénédiction de Dieu descendit sur notre patrie , et que Godeau, évêque de Vence, put dire, en 1660 : « Si l'on compare l'état •de l'Église de France depuis cinquante ans, avec ce qu'il était auparavant, on trouve dans ses ministres
* Voir Aog. Theiner trtid. pkt Cohen, Hist. dei institutions d'éducation ecclésiastique , 1. 1.
ET M ti lillERTli D'EWSEIGlfBMEin'i 3^7
autant d'instruction , de zèle et de piété qu'il y avait autrefois d'ignorance, de tiédeur et de scandale ^ » Hendons aussi une éclatante justice au grand prince qui dirigeait alors les destinées de la France : rien de plus admirable que son pieux empressement à •^conder les désirs de l'épiscopat. Il faut lire les préambules de ses lettres patentes de i645 à 1664 % ttï faveur des séminaires : ce sont des modèles de sagesse, des témoignages de foi et de générosité qu'on a*a pas assez appréciés, et qui honorent au plus -haut degré les sentiments chrétiens du petit-fils de saint Louisi.
Enfin la grande voix du successeur de Pierre ne œssait de se faire entendre pour encourager l'ardeur des évêques, pour exciter leur sollicitude. L'illustre Benoit XIV, surtout, rappela avec une force tout apostolique combien était étroite et sa- <5rée l'obligation des pasteurs , et combien ils de*raient veiller à ce que le clergé reçût une éducar tion convenable et appropriée aux besoins de l'époque^*
L'Eglise ne manquait pas à sa mission. Mais si elle s'occupait de la milice sacerdotale , si elle donnait À la jeunesse des classes élevées l'instruction de ses couvents et de ses congrégations, le peuple et les
' Traité des séminaires, p. ^6,
* Le docteur Theiner en donne plusieurs fragments que nous regrettons de ne pouvoir faire entrer dans les limites de ce livre.
^ Epistola encyclica et commonitoria ad omnes episcopos in BuUmmMtn<cUctiP. M* JCIF^ ti I^ p. 4>
348 HISTOIRE : DE x'ufSTKUCTIOIf / PUBLIQUE
pauvres n'étaieDt pas oubliés* hes petites écoles conr tinuaient toujours. Seulement des précautions plus sérieuses que jamais étaient devenues nécessaires.
On pense bien que les protestants n'avaient eu garde de négliger un moyen aussi puissant que l'instruction des enfants pour propager leurs doctrines. Aussi, dès 1570, le parlement de Paris renditil un arrêt contre les écoles « secrètes et buissonr nières, tant de masles que de femelles^ tenues sans avoir esté approuvées par le sieur chantre de Paris^ collateur des petites écoles. » Et en 1670, monseir gneur de Harlay ordonna ' que « les maistrès et maistresses d'école seront établis dans la ville, fauxbourgs et banlieue par le chantre de son église, et ailleurs par les curés des lieux , qui auront soin que les maistrès ne reçoivent en, leurs écoles que des garçons ; et que s'il se fait autrement, les curés en advertiront , si c'est dans Paris ou la banlieue, le chantre de son église; et si c'est ailleurs, ils en advertiront le promoteur de son officialité pour y mettre ordre. » Ces mesures de sûreté, destinées à garantir l'orthodoxie de l'enseignement, étaient de toute justice dans les écoles soumises à la juridiction ecclésiastique.
A côté des écoles du chantre se trouvaient les écoles de charité, fondées par des particuliers et régies par les curés.
Il advint, nous ne l'ignorons pas, d'assez vives contestations à leur sujet, spécialement à Paris. Le chantre de la cathédrale prétendait avoir le droit
' Statuts synodaux du oixîéiti^ jour de juillet 1673, ch. i3.
ET 0£ LA lABEStTÉ D^EVSm&VMHVJSrr^ ' 349
exclusif d'institution sor ces écoles ; les curés soutinrent énergiquement le contraire, et l'affaire alla au parlement. Lés curés demandaient à tf estre maintenus dans leur droit et possession de pourvoir respectivement en leurs paroisses à l'instructioD chrétienne des pauvres enfants d'icelles, et d'y commettre à cette fin des maistres pour les garçons et des maistresses poui' les filles. » Le chantre, qui aurait désiré faire dégénérer son droit d'inspection sur les écoles paroissiales en un monopole sur toutes les écoles primaires , offrit par voie d'accommodement de faire instruire les pauvres dans les écoles de quartier. Les curés ne se fiaient pas à ces écoles pour deux raisons, parce que les maîtres ou n'enseignaient pas les malheureux, ou les traitaient mal et les faisaient déserter, parce que les pères et mères ne souffraient pas qu'on mêlât a les pauvres gueux, garçons et filles, avec leurs enfants, lesquels les auroient à mépris, et leur saleté, et leurs haillons. «Enfin, ils disaient avec grande vérité : « Il ne faut point craindre, ni par luy (le premier chantre), ni par les maistres et maistresses , la conséquence, et qu'enfin ces escoles de charité rempliront toutes les paroisses , qu'au contraire, il le faut souhaiter : et la charité est une huile d'espanchement dont personne ne peut tarir l'effusion , et qui séparera les curez de la charité? 11 est plustost à craindre que cette charité ne refroidi/sse, et que les escoles d'icelle ne s'affament trop, tost. » Le ps^rlement goûta ces motifs, et protégea la l^)erté:le àS.mai 1666, ilnait les. parties hors de. çf>\xv9i et cepsfldaijit « pearmit , aux Br^trq& préppsés/
35o HISTOIRE DB L'ilTSTRUGnOV PUBLIQUS
par les curez des paroisses et aux femmes de conti-» Buer d'instruire, à la charge de ne monstrer qu'aux enfants des pauvres, et par charité. »
Le chantre ne fut pas plus heureux dans ses pré* tentions contre les religieuses qui enseignaient aussi par charité. Non pas qu'il osât contester en principe; mais, disait-il, l'instrpction que donnent les Ursulines ne serait pas 'moins bonne si elle se faisait avec la participation et sous Fautorité du chantre de l'église métropolitaine. Les religieuses résistèrent. Ursulines, Dames àe la congrégation de Notre - Dame se retranchèrent derrière leurs institutions approuvées du saint-siége, et se mirent à l'abri sous l'égide du droit commun et de la liberté : elles soutinrent qu'elles avaient la faculté d'instruire les pauvres et les riches, les externes et les internes. « Ce serait aller contre la liberté PUBLIQUE et la chanté y s'écriaient-elles ,. que cTem" pécher les personnes de choisir Vinstruction qui leur semble la meilleure et la plus commode. » La vérité parlait pour les bonnes religieuses; le droit et l'opinion publique les soutenaient : elles gagnèrent leur cause. Il en fut de même pour les Sœurs de la Croix, qui obtinrent un arrêt, le 3 mars i65i, qui leur permettait « de continuer d'instruire les filles et personnes du sexe , et deffenses de les troubler. »
On conçoit d'autant 'moins les tentatives de monopole du chantre de l'Église de Paris, que luimême était sans cesçe occupé à défendre sa propre liberté et celle de ses petites écoles contre les envahissements de FUûiversîté, La corporation jalouse
ET DB tiA LlBERUi D'sNssicinEBrEirr. 55 1 s'irritait du succès de ces petits établissements qui, selon elle, rendaient les collèges déserts. Elle était bien obligée de reconnaître la liberté du dignitaire capitulaire , et le droit qu'il avait d'instituer desécoles Ae grammaire. Mais elle éleva des dbicanes ' sur les mots ; elle prétendit que la grammaire ne devait pas s'étendre au delà de la lecture et de l'écriture. C'était une iniquité et une absurdité : le chantre répondit victorieusement, cita Quîntilien, Cicéron, saint Augustin , Érasme, Vossius, invoqua l'ancienneté et Fusage , récrimina même contre l'Université et contre le grand nombre de classes qui y étaient établies pour les humanités , et spécialement a les septième et huiclième qu'on a érigées depuis quelques années dans certains collèges, où l'on apprend aux enfants à lire '. » Le chantre avait cent fois raison : l'équité était pour lui; mais il plaidait contre l'Université; et le parlement, lié d'intérêt et d'affection à la fille des rois, consacra ses injustes demandes, sans oser toutefois lui accorder le monopole. Un arrêt de 1675 porta défense aux maîtres d'école d'eqseigner autre chose que la lecture et l'écriture. Le chantre était puni par où il avait péché.
Il ne faudrait pas croire que la liberté succombât sous cette attaque : elle en avait bravé de plus redoutables , et elle survivait malgré tous les obstacles.
■ Traité historique des écoles cathédrales et ecclésiastiques.
^%: HISTOIRE J>B I/'lA$TaUCTIOK PUBI,IQUE
§*3. Écoles particulières.
C'est elle en effet qui soutient le zèle des particuliers comme elle a soutenu celui de TÉglise. C'est elle qui 9 sous la protection des* grands , fonde de nouveaux collèges , tels que le fameux collège des Quatre-Nations^ , auquel le cardinal de Mazarin affecta deux millions, une bibliothèque de 4 19640 volumes, onze régents, dont un de mathématiques; tels encore que le collège des Irlandais , rétabli par les soins de Bailly et la munificence de Louis XIV. C^est elle qui défend contre les envahissements de l'Université, et ces Pédagogies y qui sont devenues de véritables collèges, dont la concurrence nuit à la corporation privilégiée et profite aux études ; et ces nombreuses pensions de Permissionnaires quise sont soustraites à la tyrannie des maîtres es arts, et qui vivent sous l'égide du chantre de Notre-Dame. C'est elle enfin qui perpétue les établissements municipaux et ces maisons confiées par les villes^ à des , ecclésiastiques , à des religieux ou à des laïques. C'est" elle qui sauve les efforts individuels des hommes de progrès et d'invention; et c'est elle qui garantit et consacre les admirables créations de la charité des fidèles.
La Faculté des arts d'un côté, le premier chantre de l'autre, essayent bien parfois de faire de l'arbitraire: ils n'y réussissent pas mieux l'un que l'autre. La Faculté «jette les hauts cris de ce qu'on voit dans Paris des affiches et des placards de gens sans autorité qui se veulent immiscer d'enseigner dans
' il fut agrégé à FUniversité en 1674.
£T BS LA. LIBERTÉ d'eiTSEIGNEMENT. 553
trois ou six mois les langues latine et grecque ^ tous les arts libéraux et toutes les sciences relevées. » Elle a beau se plaindre « d'un nommé du Roure^ logé au Palais, rue de Lamoignon , qui promet d'enseigner la grammaire y la rhétorique, la philosophie, les mathématiques, la théologie , la jurisprudence, la médecine et beaucoup [d'autres choses qui sont dans son tableau. » Elle a beau réclamer contre crie fameux Yander-Enden quienseignoitl'Alcoranàses escoliers..., et le nommé Chevaher, logé rue Chapon. » En vain le premier chantre leur faisait-il défense et inhibition, et les condamnait-il comme buissonniers , du Roure et Chevalier n'en poursuivaient pas moins leurs leçons ; l'Université en était réduite à accuser le premier d'avoir excité des troubles en Vivarez. Si le chantre condamnait Vander- Enden, le Châtelet rendait une sentence contraire; si le promoteur faisait casser la sentence , Vander- Enden s'en faisait donner mainlevée. Il continua son exercice, et le parlement n'agit contre lui que quand il fut démontré que son école «servoit de lieu de conférence aux conjurés contre l'Estat*. » La même jouissance du dpoit d'enseigner se trouve encore chez les maîtres es arts ou bacheliers qui, forts de leurs degrés et de la licence de professer, hic et uhique ierrarwn^ se mettaient dans les petits collèges et réunissaient un certain nombre d'écoliers ; chez les répétiteurs qui échappaient à la juridiction universitaire en disant qu'ils répétaient seulement les enfants allant aux classes des collèges.
' Claude Joly , (>p, c(Va/., p. 348.
354 HI8VO|iai JM L'iHSTRUCTIiCm PUBIilQUE
Ei^ui on voyait sang cesse ^ grâce aux dotation» des particuliers^ s'élever des écoles gratuites qui ne relevaient que de leurs fondateurs. Messire Henri de Joyeuse, qui fut depuis le frère Ange de l'ordre des Capucins^ avait créé une école pour douze pauvres écoliers du faubourg Saint-Honoré^ école dont fa direction était remise aux « correcteur et couvent des Minimes de Nigeon.» £t quand le curé de Saint-Roch voulut augmenter cette fondation ^ il passa un contrat avec madame de Joyeuse^ duchesse douairière de Guise qui, a de son bon gré, lui a remis et cédé à lui et à ses successeurs curés de Saint-Roch le droit qui lui appartenoit duchoix^ nomination et institution du maistre d école ^. » En i654t M. le curé et la Compagnie de charité de l'église de Saint-Paul établissent cinq écoles pour les pauvres de la paroisse , et ils stipulent que : « il y auratoujours des maistres qui ^rouX. choisis entre messieurs les ecclésiastiques habituez delà pai*oisse par la Compagnie de charité, laquelle agréera aussi les maistresses et le maistre à escrire, après l'examen que les députez auront fait de leur vie, mœurs» conduite et capacité pour enseigner aux pauvres enfants à prier Dieu^ le catéchisme, à lire et à escrire. » Plus loin , ce sont les marguilliers de Saint- Leu -Saint-Gilles que W Santeuil, avocat , charge de nommer les maîtres d'une école de soixante JHiu* vres enfants qu'il établit de ses deniers. Ces faits sont clairs.
Faut-il ajouter encore que les écmaiM furent
' Claude Joly, • 4io.
ST D£ LA hlWBMji l>'sK6BIOIiSlISllT. 355
maintenus en possession du droit d'enseignel* « l^ enfants tant à l'écriture qu'au ject et calcul;» qu'u» arrêt de 1661 leur assura ^ contrairemeat aux pté^ tentions des maîtres d'école, « qu'ils peuvent avoir des éciits ou livres imprimez pour monstrer l'orthoj;raphe; x> que d'un autre côté les maîtresses d'école conservèrent la faculté d'enseigner à écrire^ malgré lescontestations des écrivains? Et enfin ni le chantre ni la Faculté des arts ne purent empêcher ces hommes dont ils parlaient ^vec un suprême dié* dain^oc et qui se font à eux*mémes cet honneur d^ a'establir inaistres indépendarus de tout sQpérieuri comme s'ils étoieut capables d'estudes bien pki$ relevées y à qui ils donnent le nom de beUe$4ettre$ et de langues étrangères. )i Ceux*là et les autres^ a disant qu'ils enseignent les langues allemandet italienne et espagnole y et d'autres encore qui foBt leçon des langues orientales , » n*en continuèrent pas moins comme ils avaient toujours faît;| et les récriminations ne servirent qu'à dévoiler 4e malar droites idées de domination , dont le bon sens public fit justice.
. Disons-le cependant : entre le chantre et l'Un^ versité, il y avait une grande différence. L^chantr^ agissait par l'exagératiôu d'un principe salutaire Qu'il eût un droit d'inspection et de surveillaqoç au nom de l'autorité ecclésiastique; qu?, ^elo^ l'ev pression des arrêts , il fût le gardien de )a foi o<v tbodoxe dans les petites écoles» rien d» |4us jusl(9 aune époque où la liberté religieuse n'edst^t pa^ Mais de cette surveillance à l'iostitiitiooy d^droit de fermer l'écoJ^ à cdiiii d/e doj^n^ seul i'i|u|i>riM*
3S6 HISTOIRE DE l'hTSTEUCHON PtJBLIQUÊ
tion de l'ouvrir, la distance est immense, et le chantre avait tort de la vouloir franchir. Reconnaissons néanmoins que , s'il tombait dans unexcès d'autorité , il ne cédait pas à un sentiment de jalousie et de cupidité : toujours la collation à laquelle il prétendait était gratuite, et il laissait la plus complète liberté de méthode aux maîtres qu'il approuvait. L'Université , au contraire, ne voulait que détruire et étouffer la concurrence; et si elle espérait parvenir à imposer des autorisations, c'était pour les faire payer. Ainsi agit-elle quand un arrêt du parlement de 1689 sanctionna la défense qu'elle avait faite à toute personne de recevoir , en quelque lieu que ce fût, des écoliers au-dessus de 9 ans, sans les envoyer aux collèges. Elle se réserva d'accorder des permissions pour lesquelles elle exigent un tribut de 5o livres. La prescription était trop odieuse et ne dura pas.
Ce fut néanmoins un premier pas vers de plus audacieuses entreprises. L'esprit parlementaire qui s'était courbé sous le fouet de Louis XIV, commençait à renaître : le jansénisme intriguait sourdement. L'Université leur donna la main. Us se réunirent dans la haine commune qu'ils portaient aux Jésuites. Les parlements ne leur pardonnaient pas d'être les soutiens du Saint-Siège; les Jansénistes d'être les fléaux de l'hérésie; les Facultés d'être les maîtres de l'éducation. Ces trois alliés jurèrent la destruction dé la Société. Un dernier auxiliaire vint se joindre à eux, auxiliaire sur lequel ils ti'avaientpas compté^ et qui ^devait les précipiter etailiuite dans la ruine; c'était le Pfailosophîsme.
ET DE LA LIBERTE D'EirSEIOKEMENT. 357
IL Destruction des Ji^suites.
Le premier soin fut de rendre l'Université capable de lutter avec quelque avantage contre ses redou-» tables ëmules.
On avait d'abord essayé de contester aux Jésuites le droit de conférer les grades académiques. Le parlement de Toulouse, au mépris de FArrét du conseil de 1618, leur défendit en i6a3 de continuer à donner les degrés de licence, de baccalauréat et de doctorat. Une Ordonnance de 1629 statua que <c nul ne serait reçu aux degrés qu'il n'eût étudié trois ans en l'Université , où seront conférés lesdits degrés, ou en une autre pour partie dudit temps, et en ladite Université pour le surplus, dont il rapportera certificat suffisant. » De cet article, qui au fond ne faisait que réglementer le temps d'études que chaque Université pouvait exiger de ses candidats, on voulut conclure au monopole contre les Jésuites. Cette illégale conséquence fut repoussée par les faits comme par la justice; les Jésuites restèrent en possession desUniversités qu'ils dirigeaient, et mul* tiplièrent leurs collèges.
Alors il fallut chercher d'autres moyens. L'infériorité irrémédiable de l'Université de Paris était le prix élevé de ses leçons. On agit auprès du duc d'Orléans, régent, on flatta son amour pour les lettres et sa générosité , on lui demanda d'attacher à son nom la gloire de Y instruction gratuite dans, les collèges de Paris, comme déjà il venait de s'immortaliser en décidant que « chaque paroisse aurait des maîtres
3|58 HftTOtRB VÊ L'iVSTHUeTIOlf VITBLIQITE
et maîtresses d*école , voulant que dans les lieux où il n'y aurait pas d'autres fonds j il pût être imposé sur tous les habitants la somme qui manquerait pour l'établissement desdits maîtres et maiire8se6.B Rien n'était plus simple qu'unç pareille mesure : il s'agissait de trouver sur les fonds de l'État une ré^ tribution convenable pour les maîtres èsarts^ et de doter la fille atnée des rois sur le trésor de la na* tion* Le prince adopta l'idée, et un Arrêt du conseil, rendu le i" avril 1 7 199 affecta à la Faculté le vingts huitième effectif du produit des postes et messa^ geries , évalué alors à i4o^ooo livres, k ce prix les légents ne devaient plus eatger d'honoraires de leurs écoliers.
Puis vinren tdes réformes intérieures, de nouveaux essais de nèglements^quelquesaméliorations dans les méthodes. Mais qu'était-ce que tout cela ? Rien ou a peu près. Les Jésuites triomphaient toujours. On ne pouvait les smrpasser, on les ttia.
Nou^ n'avons pas, on ie comprend , à rappeler id les circonstanoes de cette guerre acjiamée qui se termina par l'expulsion d'un grand nombre de pr^ très j la spoliation d'une foule de collèges , la desr truction d'un des ordres les plus illustres qui se soient jamais voués à la défense de l'Église. Il nous wffîra de citer quelques paroles qui dévoileront les manoeuvres, accableront les bourreaux et justifie^ ront les victimes devant le tribunal impartial de k postérité, a C'est proprement la philosophie^ di$ d'Aleadiert , qui par la bouchi^ des magistrats a porté l'arrêt contre les Jésuites ; le Jansmiîsœe n'en
BT DE LA. LIBBATÉ D*EV8SIGVIin»T. 359
a été que le solliciteur'. » Il pouvait ajouter que rUniversité avait joint ses sollicitations à celles du Jattsënisme. Voltaire lui-même n'avait^l pas écrit: H Est*ce que la proposition honnête et modeste d'étrangler le dernier Jésuite avec le dernier Jansé* niste ne pourrait apener les choses à quelque cm>* oiliation'? »
Or^ pour les faire disparaître , ces Jésuites^ c cef troupes régulières , ralliées et disciplinées sous l'étendard de la superstition , cette phalange mar cédonienne qu*il importait à la raison de voir rompue et détruite ^^ )> riey ne coûtait. Du fbod du Portugal^ le marquis de Pomhal envoyait de 800 ^ooo , à I ^aooyooo dueatspar an pour payer les écrits contre les Jésuites. En France , le duc de €hoiseul aceortdait miK commissaires chargés d'iostruire le procès contre la Société^ et à une multitude d'écrivains , d'avocats, de conseillers au parlement, une gratîr fieation extraordinaire de deux louis par jour. Le président Roland consacrait annuellemept 60,000 Ûvres au même objet. La Boite à Perrem^mky comme la nommaiaijt les Jansénistes, la Came du Sau^^mi^^ disposait par année 4^ 4oo,ooo livres , et l'^ent de la secte écrivait de Rome à Paris : « que le cprdpn lire contre les Jésuites était si bien tendu , qu'ave tout leUr crédit et tous les trésors de l'tode^ il leur serait impossible de le rompre 4. » La corruption
* Destruction des Jésuites en France ^ par Kin auteur 4ésiptfressé, p. 192.
^ (JÉAkyx^sàe Voltaire, t. LVU, p. 109.
^ Destruction des Jésuites,
♦ Voyez Proyart:, Louis XVl 4étrAnç^ p. i3A-^a8-i8s. —
36o HISTOIRE DE l'iICSTRUCTION PUBLIQUE
était si ëhoDtée^ que quelques philosophes en furent révoltés: a On a sévi contre moi, écrivait J. J. Rousseau dans sa lettre à monseigneur l'archevêque de Paris ' , pour avoir refusé d'embrasser le parti des Jansénistes, et pour n'avoir pajs voulu prendre la plume contre les Jésuites que je n'aime pas, mais dont je n'ai point à me plaindre , et que je vois opprimés. » Diderot ajoutait^ :« k quoi pense le Père Berthier, de persécuter un honnête homme qui n'a d'ennemis.que ceux qu'il s'est faits par son attachement pour la Compagnie de Jésus, et qui, tout mécontent qu'il doit eij être, vient de repousser avec le dernier mépris les armes qu'on lui offrait contre elle? Vous le dirai-je,mon R. Père? A peine mes deux lettres eurent-elles paru , que je reçus un billet conçu en ces termes : « Si M. Diderot veut se venger des Jésuites, on a de F argent et des mé^ moires à\son sen^ice. Il est honnête homme ^on le sait. Il riaqvLa dire^ on attend sa réponse. » Cette réponse attendue , la voici : Je saurai bien me tirer de ma querelle açec le Père Berthier sans le secours de personne. Je ri ai point d argent^ mais je n'en ai que faire. Quant aux mémoires qu'on m'offre , je n'en pourrais faire usage qu'après les ai^oir très-sérieur sèment examinés j et je n'en ai pas le temps. Je suis, Monsieur etR. Pèrej etc«^. » g
Feller, Dictionnaire historique, t. III , p. 53 1 ; t IV , p. 634; t. TU, p. 369 Theiner, op. ci(aty 1. 1, p. 390.
' Dans sa lettre au P. Cassel,à Voccâsioii de la critique que le P. Berthier avait faite d'un de ses ouvrages.
^ Dictionnaire historique de Feller , article Diderot,
RT DE LA LIBERTIÉ d'eNSEIGICEMEIIT. 36 1
Avec de pareils moyens, avec Tappui de ma-^ dame de Pompadour-et dii duc de Choiseul, Fintrigue réussit. En vain le pape Clément XIII éleva sa voix pour défendre et pour protéger l'institut opprimé ; en vain redoubla-t-il ses paternelles instances près du roi et des évéques, et leur exposa-t-il tous les maux qui résulteraient de sa suppression. En vain l'assemblée du clergé, en 1761, vint-elle supplier le voi en faveur .de la compagnie odieusement calomniée : a Chargés du dépôt le plus précieux pour la nation dans l'éducation de la jeunesse, disent les prélats, partageant , sous l'autorité des évéques, les fonctions les plus délicates du ministère; honorés de la confiance des rois dans le plus redoutable des tribunaux ; aimés , recherchés d'un grand nombre de vos sujets; estimés de ceux même qui les craignaient, ils avaient obtenu une considération trop générale pour être équivoque... Nous ne pouvons voir sans crainte et sans effroi la destruction d'une société religieuse, si respectable par la pureté de ses mœurs , la sévérité de sa discipline , la vaste étendue de ses travaux et de son instruction , ainsi que par les nombreux services qu'elle a rendus à l'État et à l'Église. »
L'Arrêt de 1762 passa outre, et déclara les doctrines des Jésuites « favorables au schisme des Grecs; attentatoires au' dogme de la procession du Saint-Esprit; favorisant l'arianisme, le socinianisme , le sabellianisme, le nestorianisme; ébranlant la certitude d'aucuns dogmes sur la hiérarchie, sur les rites du sacrifice et des sacrements ; renversant l'autorité de l'Église et du siège apos-
36« HiaroiBK de l'htstritction i^ublique tolique; favorisant les Luthëriens, les Calvinistes et autres novateurs du seizième siècle ; reproduisant l'hérésie de Wiclef; renouvelant les erreurs de Tichonius, de Pelage, des semi-Péla^n^, de Cassieoy de Faust^^ des Marseillais; ajoutant le blasphème à rMréste; injurieuses aux saints Pères, aux apôtres, à Abrahfim, aux prophètes, à saint Jean- Baptiste, aux anges; ootrageuses et blasphématoirefs lîoptra la bienheupense Vierge Maiie; ébranlant les fondements de la foi chrétienne ; destructives de la foi, de la divinité de Jésus-Christ; attaquant Iç mystère de la rédemption ; favorisant riinpiété des déistes; ressentant Tépicuréisme ; apprenant aux hommes à vivre en bétes , et aux chrétiois à vivre eu païens > etc. ' ^ L'institut ftit déclaré dissous, ses membres es^pulsés de France , ses biens confis* qués, les collèges fermés et vendus, à l'exception du collège tiOuis4e**Grand, qu'un arrêt spécial déclara pe pcmvoir être employé qu'à l'instruction P4hliqu0.
La conscience et l'équité frémissant d^ cette odiease violation de toutes les lois divines et huiu^pipes ; l'Université fut au comble de l'exaltation et de la joie.
piou^ compnmops ici toute ex jH^esslon de notre propre pensée, et nous demandons à de plus graves autorités cet arrêt d^ la conscience publique qui C9s$e ceux de h m&gistrftture des hommes : « Dans notr^ opinion, dit M. de Lally-Tolendal^ la destnie-
■ Recueil des articles concernant les ci-devant soi-disant Jé-
BT HE LA LIBlRTi D'EJTSErOirSMBIfT. S63
tîon des Jésuites fut une affaire de parti et non deju&* tîce ; ce fut un triomphe orgueilleux et yindicatif die l'autorité judiciaire sur l'autorité eeolésîastique ^ nous dirionii méoie sur l'autorité royale^ si nous avions le temps de nous expliquer; les mo^ tifs étaient futiles; la persécution devint batl>are; l'expulsion de plusieurs milliers de sujets » hors de leurs maisons et de leur patrie, pour des métaphores communes à tous les instituts monastiques ^ pour des bouquins ensevelis dans la poussière, et composes dans un siècle où tous les casuistes avaient profease la même doctrine, était l'acte le plus arbi* tnûneet le plus tyrannique qu'on put exercer; il ^n résulta généralement le désordre qu'entraîne une grande iniquité; et, en particulier, une plaie jus* qu'ici incurable foite à l'éducation publique. M. Se* guier^ obligé par corps de prendre une part active à cette guerre acharnée contre des religieux, y mit au moins tout ce qu'il put de modération et de dou» ceur. Élevé par eux, il pouvait juger combien on les calomniait ^ ^ Quand on soqge, ajoute l'illustre comte de Maistre, que ç^t ordre légiiilateur, qui régnait 3U Paraguay par l'ascendant unique des vertus et des talents, sans jamais s'écarter de là plus )iuf|3ble soumission envers l'autorité Içgitiine, même la plus égarée; que cet ordre, dis-Je, ven^if en même temps affronter dans no$ prison^, nos bopitaifx , nos lazarets , tout ce que la i^isère, 1^ maladie, le désespoir ont de plus hideux et de plp^f reppussfl^nt; que ces mêmes homnaes, qui couraient
364 HISTOIEl DE l'instruction PUBLIQUE
au premier appel se coucher sur la paille à côté de l'indigence, n'avaient pas l'air étrangers dans les cercles les plus polis; qu'ils allaient sur les écha- &uds dire les dernières paroles aux victimes de la justice humaine y et que de ces théâtres d'horreur, ils s'élançaient dans les chaires pour y tonner devant les rois; qu'ils tenaient le pinceau à la Chine, le télescope dans nos observatoires, la lyre d'Orphée au milieu des sauvages , et qu'ils avaient élevé tout le siècle de Louis XIV; lorsqu'on songe enfin qu'une détestable coalition de ministres pervers, de magistrats en délire, et d'ignobles sectaires, a pu de nos jours détruire cette merveilleuse association et s'en applaudir, on croit voir ce fou qui mettait glorieusement le pied sur une montre, en lui disant : « Je t'empêcherai bien de faire du bruit ! » Mais que dis-je? un fou n'est pas coupable '.»
A ce prix , l'Université se trouva délivrée de la concurrence des Jésuites.