III. ESSIIS DE MONOPOLE ET d'^DUCATION UNIFORME
Permanence pe la liberté.
§ I. Erwahissement des collèges des Jésuites.
La succession des Jésuites était aussi lucrative à recueillir que difficile à soutenir.
Ce fut entre les vainqueurs un partage éhonté, une sorte de sauvage et d'avide curée. L'Université de Paris s'établit avec sa cour, avec son tribunal, avec ses suppôts, avec ses hauts et bas officiers,
* Essai sur le principe générateurdes eonstitations politiques.
KT DE LA LIBERTE d'eWSEÎGÏTEMEIîT. 365
dans le collège de Louis-le-Grand ^ et s'appropria tout ce que, depuis leur rétablissement, les Pères avaient acquis dans la capitale et spécialement dans le quartier Latin. Le reste des dépouilles opimes se divisa entre les universités de province, qui bénéficièrent des établissements placés dans les villes de leur juridiction; le clergé séculier, qui obtint des administrations municipales la survivance des Pères dans quelques rares collèges; le jansénisme enfin eut la part du lion , et il s'en mit en possession dans la personne des Oratoriens.
Mais ce n'était pas tout d'envahir, il fallait conserver, et ici commencèrent les embarras. La Société de Jésus avait été expulsée de cent vingt-quatre collèges, la plupart riches et importants. « Sous ce rapport, avoue M. Villemain % elle laissait un vide difficile à remplir. » Sous d'autres rapports , sous celui de Téducation, de l'instruction, de la confiance , le vide était plus grand encore. Sur les quarante établissements qui , dans le ressort de Paris, changèrent de maîtres , il s'éleva au sein des corps municipaux de vives et d'interminables discussions. L'Université et les Oratoriens refusaient de continuer les méthodes des Jésuites : les familles qui avaient apprécié la supériorité de l'enseignement des Pères, réclamaient d'abord, murmuraient ensuite , puis retiraient leurs enfants. Partout où elles étaient libres, les magistratures municipales confièrent leurs collèges à des prêtres séculiers qui rappe-
' Exposé des motifs du projet de loi de 1844 t^ février, Moniteur du 3.
366 msTOiu 0k l'iusteuction puuique laient, autant que possible , les traditions de la société proscrite. Mais la confiance ne se comoiande pas; les élèves abandonnaient les maisons nouvelles* L'Université de Paris fut obligée de restreindre le nombre de ses collèges» Dans l'espace de quinze ans y elle en supprima vingt-huit y qu'elle réunit au collège de Louis-le-Grand; il est vrai qu'elle garda les revenus, qui s'élevaient à plus de 'jk/^OyOOO livres. 11 ne resta que dix collèges dans la capitale ^
Néanmoins, l'éducation tombait en décadence.
L'Université et les parlements ne se le dissimulèrent pas. Que faire? Les cours de justice ne pouvaient pas avouer qu'elles avaient prévu les suites de l'expulsion des Jésuiles. Bien peu avaient eu, comme le parlement de Bourgogne ^ le courage d'intercéder auprès du roi, et de lui dire : « C'est au nom de la religion et de la justice que nous venons réclamer en faveur d'un ordre religieux, utile à l'Église ,, d'un corps qui existe dans l'État depuis près de deux«iècles à l'abri des lois^ et qui remplit sous rwsjeuxy à la satisfaction du pub/icy les fonctions les plus intéressantes ^. » La plupart des tribunaux étaient encore aveuglés sur les conséquences de leurs actes. Ils ne voyaient pas que, «croyant servir la religion^ ils servaient la raison.
* Ce furent teiXx de Harcôurt, du cardinal Lemoyne, de Navarre, àe Itôntaign, du Pfessis, de Lisieux, dé la Mafchc, des Grassins, de Mazarin et le collège Louis-le-Grand. (Kilian, op.cit.^p. 40.)
* La vérité démontrée par les faits f p. 19a.
£X DE LA LIBERTÉ d'eNSEIGNEMEUX. 36^
sans s'en douter, comme écrivait Voltaire '• Ce sont des exécuteurs de la haute justice pour la philosophie dont ils prennent les ordres sans le savoir. » Qu'ils le sussent ou non, ils ne voulaient pas convenir du tort immense qu'ils avaient £siit à Téducation. Mais s'ils sentaient la nécessité de le réparer, ils ne confessaient pas leur impuissance, et leur fertile imagination n'épargna ni les plans ni les comptes rendus.
§ II. Plans â éducation nationale.
Le parlement de Paria , principal auteur de k proscriptiott , et mieux placé qu'auctln autre pour comprendre les périls de la situation nouvelle, ouvre le premier la voie des réformes. 11 commence par faire appel à tôUs les parlements du royaume et aux Universités pour obtenir l'exposé d'un système général d'éducation'. La centralisation, on le sait, était la pensée dominante des magistrats de la captale^ et ceux qui prétendaient réduire les autres cours à ne plus être que les classes du par^ lement de Flrailce^ espéraient préluder utilement à leurs desseins en crés^nt pour la Fratice un eh^ei* gûemekit uniforme.
L'Université de Paris de hâta de iréj)t)ttdre au Tûeu des hommes qui l'avaient si merveilleusement servie. Dans son mémoire, elle n'ôse pas «icore articuler le monopole , mai^ elle le fait pressentir et die le prépare éti quelque sorte.
' Lettre à d'Alembert, du 4 mai 176a 1 iôo^é ' Arrêt du 9 septembre 1762.
368 HISTOIRS DE l'iNSTRUCTIOIT PtlBLlQUÊ
Elle savait bien que le temps n'était pas encore venu, et, tout entreprenante qu'elle fût, elle n'avait pas l'audace de heurter à ce point le droit public et lé sentiment général. Aussi quelles précautions ne prend-elle pas! Elle sollicite une simple correspondance des Universités entre elles et des collèges avec les Universités. Ce sera le moyen d'imprimer à l'éducation publique le caractère à^ éducation nationale. Ce mot magique était destiné à éblouir les esprits. Puis elle déplore le peu de ressources dont disposent les collèges isolés; ainsi abandonnés à leurs propres forces, ils ne peuvent porter la science à ce degré de perfection qui fait le bonheur d'un grand peuple* L'Université oubliait le siècle de Louis XIV et l'admirable fécondité dont elle venait de tarir la source en étouffant la concurrence, cet aliment des grandes choses. L'idée se dégage dans le courant du mémoire. Bientôt ce n'est plus une simple correspondance ; il est question de \ autorité des Universités sur les écoles, et des bienfaits incalculables de cette autorité qui doit être un principe de mouvement et de vie. « Les collèges recevront de l'Université à laquelle ils seront soumis des maîtres habiles et exercés dans l'art de former les coeurs et les esprits, une discipline fondée sur des statuts sages et réfléchis, des principes de goût puisés dans la meilleure source, la tradition des maximes chères à l'État, des livres élémentaires faits aveio clarté et exactitude, et surtout une méthode d'enseigner dont une longue expérience a justifié la perfection, t^ Ainsi tout sera pour le mieux quand la France sera moulée à l'eflfîgie de
ET DE^ LA JABSB.TÈ D'EJfSEIGlfEMJBlfT. 3%
rUniversité de Paris, hommes, livres, et méthodes!.
L'Université de Bourges était phis traitable. Née. en province, elle résisté àFuriiformitéj rivale de> Paris, elle demande une circonscription pour chaque Université; corporation jalouse, elle pré* tend que chaque Université ne devra donner les degrés guaux étudiants nés sur son territoire et ayant étudié dans un collège correspondant de cette Université; Paris est excepté de la règle commune/ Mais en même temps, elle respecte les droits de* l'instruction privée, en se prononçant énergiquement « pour que l'on laissât, dans l'intérêt des lettres, une entière liberté d'étudier dans toutes Içs écoles du royaume. »
Au reste, tout eii réclamant J'interventioil du pouvoir, en concluant même au monopole à leur profit ^ les docteurs redoutaient le joug de l'État et protestaient contre son autorité : « Les sciences doivent être sun^eillées, dit l'Université de Paris, mais elles ne doivent pas être servilement conduites ; il est une gêne qui leur serait plus nuisiUe.que le défaut de protection , et pourvu qu'elles soient encouragées avec discernement , elles acquièrent d'elles-mêmes le degré de perfection dont chaque âge les rend susceptibles. » ,1
Cette exclusion de l'État dans tout ce qui ne te* nait pas à la surveillance, n'était pas goûtée par les magistrats. M. de la Chalotais, au parlement de* Bretagne, s'écria' : « Je préteurs i*6veadtquer pour
I Essai' d'éducation nationale, conâpte rendu présenté aux di«iibre^a3i6ad»lées,lea4inarsx764. iv. - :....-.[
ijÙ HISroiBB HB L'iJfBTBUGtlOlf 1?^BLlQtT£
la ikatidii^ Une éducation qui ne dépende que de rÉlat^ pèavê qaCune hation u Un droit inaliénable €i imprescriptible dinstruire ses niembres^ partie qu^ enfin le^ enfants de l'État doivent être êleçés pat les membres de l'État. * C'est la maxime c|ue nous irei^rons pi*odamer par Robespierre et t)at)ton k la Convention. Le fils de M^ delà Chdlotais iftit envoyé à féebâfaud le aa messidor an 11^ i^v Robespierre au nom de oé même État^ dont son père avait con^ tribuë à exagérer le despotisme* - Jute îparlekient de Paris ne se pressait paà de conchite I il attendait les mémoires et avis. Enfin, en 1768 j le président Roland d'Ercevillè présente le compte rendu des différents projets adressés, et y igoute set vues. Le président^onne d'abord son adhésion complète au principe d'une éducation nationale. S'il n'avait d'attre but que de généraliser et die réglementer l'instruotion publique^ d'appliquer line loi plus ou moins semblable aux diverses Univei^és dépositaires de cette instruction pu-» Uique, rien n'était plus juste et plus utile. La r^xyauté fui aVmtle drcÂt, comme nous le lui avons reconnu de tout temps , comme elle l'avait presque toiyoïlrse&éroé. 11 est miéme^ jusqu'à un certain point , dans le devoir du goùVet-nement de consti* tufp un enseignement officiel et permanent, type et modèle ÛBi éjtoblis^ments particuliers. Mais sons ee prétexte et sous cette trompeuëé apparetieé, étaWir wnjnonopolej livret! la guérie «tii dfbitsdes familles et confisquer la liberté, c'était une flagrante çt coupable uwrpationj «tles intentioiis du président Roland, .quelque : gét^éréme* qu'elle^
£t D£ tA tt^Efti^ i>'ËBrstioi!nH£irr. 37 1 pusâetit être d'ailleurs , ne le laveront pas de cet attentat porte aux intérêts les plus sacrés. Ainsi y quand il propose la centralisation de Penseigne^ ment public à Paris, quand il veut obtenir cette centralisation par Tétablisseinent d'une école 9imèrè et surintendante des cadres écoles , » il a beau voilei^ cet acte d'arbitraire par l'espoir de procurer à là France « des mœurs sembl^les, une législation commune, et surtout un même droit national, » l'oppression n'en reste pas moins inique et pas moins condamnable aux yeut de la postérité.
Les moeurs publiques résistaient d'ailleurs à ce^ entreprises de la puissance parlementaire et de là corporation savante; quoi que pussent tenter les cours someraines, elles ne réussirent pas aies faire consacrer par la législation. Disons-le cependant^ quelques essais d^orçanisation furent tentés, et des actes du pouvoir royal fixèrent une sorte d'administration générale applicable aux divers collège^ répandus sur là surface du royaume. Mais ces or^ donnançes ne s'appliquèrent qu'aux maisons qui ne dépendaient ni aes Universités, ni des corporations enseignantes. Elles appartiennent à Tbistoire de la liberté.
§ III. Les écoles des ordres religieux^ les collèges des villes^ les séminaires^ lés petites écoles.
Quelle qu'ait été la perturbatiofi apportée dan^ l'enseignement par l'expulsion des Jésuites^ le coup qui les frappait , tout attéuftatoire qu'il fut aux droits lesplûâi l^^timësf , ne t'etombsdt pas diréMe-
37^ HISTOIIIE DE L'nrSTWCTlOir PUBLIQUE
ment sur la liberté d'éducatioo. Ij'illustre Coupipa* gtiie était proscrite pour ses doctrines; ses services, ses bienfaits, sa gloire, \oilà ses crimes. Mais jamais on n'avait songé à la condamner poar l'exercice du droit en y^tu duquel elle avait ouvert ses collèges et ses Universités; jamais aux plus mauvais jours y on ne lui avait contesté la jouissance de cette liberté dont tout catholique était eq posses- ^jion. Victimes de la haine et de la violence, les Jésuites souf&aient pour la liberté, mais la liberté n'était pas exilée avec eux. Les événements qui suivirent leur retraite, et même le partage de leurs dépouilles , firent en quelque sorte éclater l'indépendance des divers corps qui s^emparèrent de leur succession. Le pouvoir royal n'intervint pas directement : il laissa les Universités, les ordres religieux, les municipalités remplacer çà et là les Jésuites. Avec des fortunes diverses, les établissements se soutinrent; et si quelques-uns dépérirent, la plupart survécurent, sans reconquérir toutefois Jeur ancienne supériorité.
Ainsi les Bénédictins, les Oratoriens, les Doctrinaires ou Pères de la Doctrine chrétienne virent augmenter le nombre de leurs maisons. Juilly^ Sorrêze, Pontlevoy, Senlis, Chartres, aux portes de Paris Nanterre et une foule d'autres, dont l'énumération serait trop longue, conservèrent une louable et utile émulation. Chaque province, chaque ville avait son collège. Ceux-ci étaient confiés aux ordres que nous venons de nommer , les lautres étaient tenus par des prêtres séculiers : des Jaiiques enfin en occupaient quelques-uns.
ET DE LA. LIBERT15 d'enSEIGNEMENT. 378
Le pouvoir royal respectait ces divers établissements y et il étendait sur tous sa protection et sa sollicitude. Il en donna une preuve solennelle en 1763, dans un Édit dont quelques dispositions pouvaient prêter à l'arbitraire, mais dont le principe était juste et les intentions excellentes. Les différents collèges, qui ne dépendaient d'aucune congrégation, et qui par conséquent n'offraient pas à rÉtat la garantie des statuts d'un Ordre autorisé et reconnu par la loi, avaient besoin d'être placés d'une manière plus complète sous la surveillance des magistrats. Jusque-là cette surveillance s'était exercée sans unité, tantôt par les parlements ou les officiers de justice, tantôt par les corps municipaux ou les représentants de l'autorité royale. Le roi songea à soumettre tous les collèges à une législation uniforme, ou du moins à leur imposer diverses mesures propres à assurer la conservation et l'amélioration de leurs biens et la discipline des éludes.
Le préambule de cet édit est un des actes les plus curieux que nous possédions sur l'état de la législation à cette époque. Il résume parfaitement la situation des établissements, leur origine, les droits de chacun, et consacre le double principe de 'l'instruction publique et de la liberté. Après avoir rappelé que les lettres avaient trouvé asile dans les réglises cathédrales et dans les monastères, et que les rois de France avaient favorisé le développement des Universités, redit continue ainsi: « Au grand ouvrage de l'établissement des Universités, il en a été ajouté un autre d'un ordre moins élevé, mais d'un détail plus étendu , auquel lautôrîté et
374 QiiTOiRE DE i^'fvsTRiTcnpK PxnaïQim là sAge3$e de$ rois, nos prédécesseurs, ne ^ sont pas moins intéressées, Cojnme Jes écoles des Universités fixées dans nq certain nombre de yiUes ne pouvaient servir qu'à çeu\ cjqi étaient en état de les fréquenter, la jeunesse S0 trouvait privée partout ailleurs, même dans les autres villes les plus pombreuses et les plus distinguées , des secours et des avantages de Téduc^tion publique. Pour y remédier autant qu'il était possible , la plupart des villes de notre royaume ont successivement obtenu l'établissement de collèges particuliers, bornés à t' éducation et à r instruction, si utiles en ellesmêmes, indépendamment des degrés^ et propres en même temps à jr préparer ceux qui, pour les obtenir y voudraient passer aux Universités et y accomplir Je cours des études jEicadémiqups. Tout a concour^ à la dotation de ces collèges : Ip ojergé , par V application des prébendes préceptoriales y destinées à l'instruction de la jeunesse; les cqrps muifiGiP4UX , par les efigagements quUls ont pris pour aider à en soutenir les charges; les particuliers dé tout ordre et de toute condition, /7«r leurs dons et leurs libéralités i les rois même par leurs grâces et par leurs bienfaits ^ . . • . p
,,,,,,<« DBtJjf SOKTï» p'ÉqoLBs e^ûstei^t aujourd'hui dans nos Étatp : les unes gowernées par les Universités, sous leur inspectiçn et leur discipline j soumises à leurs lois et à leur^ statuts; -r- las autres subsistant chacune par son propre établissement , et dispersées dans toute l'étendue de notre rojaum^n Nçuf devons ^A.;jpf ent ^ toutes notïieprq-
Certes, il c^t diffipile d'étahUr . plus n^tti^m^ les yrm principes , il est difficile de consacrer pjus énçrgiqm^ment la liberté. O'wne pan, ou ypit If? Vqiyersités distribuaot l'instruçtiQ» wp^wure «t ^ conférant les degrés académique? sous la Ipi de la cppçurrepce; de l'autre 1 les collèges dçs viHeSi fondés spit par le clergé, soit par les municipalitéSi spit par les citoyens, soit même par la rpyautç; pnjs les écoles de§ ordres religiew^i %lè^ cçngrégac thm régulières et séculières ^ que Tédit recponaît, et anxquelles il déclare expressément vouloir rester étranger ; tows ces établissements, çi^fîn > indépeiidants les uns des autres, placés également sous la protection paternelle du pouvoir rpyal, Çest la liberté sincère et positive, la liberté spus l'antprité, la liberté sans la licence.
Et redit prenait grapd spin de prptester qu'il entendait ne porter « aucun préjudice aua; droits iégitirnes de^ fondateurs^ » qu'il se gardait bien de vouloir modifier <c /e,^ conditions prir^iU^es des fçnr datiorfs, » et que ses dispositions ne tendaient qu'à ipettre un ordre meilleur dans tpus les collèges çc qui s'étaient formés sans aucune règle communef )» C'était d'ailleurs une simple afEsiire de pplice extérieure et d'administration intérieure; il ^'agissait seulement de la constitution d'un bureaii qui offrît des garanties de stabilité et de bonne ge^tiout Aussi point de tentative de monopole , point de centralisation, point d'entraves. Chaque collée aura sop bureau parfaitement indépendant. La composition dp ce l)ureau ne sortira pai| tpute faite d'un mini^tèrf piégeant à Paris ; elle nç sera pas ipvaria-
376 HISTOIRE DE L^rirSTRUCTIOir PUBLIQUE
blement fixée et limitée entre les mêmes membres d^une régie privilégiée. Le bureau sera formé de divers ordres de personnes , « soit du clergé, intéressé à plusieurs titres à y prendre part ; soit de la magistrature, pour qui ce genre d'administi'ation' est un objet de bien public et de police ; soit du 'torps municipal et des notables habitants du lieu , -à qui surtout l'éducation des enfants des citoyens doit être recômmandable. » Ainsi le clergé souvent comme fondateur , toujours comme gardien de l'unité religieuse, la magistrature comme dépositaire du maintien de l'ordre public, les municipalités •représentant à la fois les villes et les familles, voilà les éléments naturels et nécessaires de ce conseil, où tous les intérêts sont défendus et tous les droits garantis.
Le bureau nomme le principal, les professeurs et les régents ; le principal nomme les sous-principaux , les maîtres et les sous-maitres. Si les pensionnaires sont à sa charge, il n'en est pas comptable : il ne rend compte que des boursiers ou des fonds alloués par les cités. Le bureau enfin arrête les règlements généraux qui devront être homologués par les parlements.
Toutes ces prescriptions étaient fort sages : la dernière seulement pouvait fournir prétexte à l'immixtion de la magistrature dans des faits qui pas^ saient sa compétence. On reconnaît là les tendances envahissantes des corps judiciaires.
Le parlement de Paris en donna bientôt une preuve plus manifeste. Des lettres patentes de 1764
ET Dfi L\ LIBERTE D'ENSETCNEMElfT. 3^7
avaient exempté «les principaux^ préfets des études, professeurs et régents, de tout guet et garde , de cforvées , de collectes et de toutes chaires municipales, même des fonctions de tuteurs et de curateurs. ...» Les collèges étaient déclarés ce exempts de tous logements ou contributions pour les gens de guerre. » Quand l'édit et les lettres patentes furent présentés à l'enregistrement, la Cour, de son autorité privée , y joignit une instruction réglemerUaire afin d'établir fwmybrmiV^ d'administration entre les divers collèges, et recommanda aux bureaux de «je conformer j autant que possible^ aux usages et méthodes de Wniversité de Paris. » Le parlement n'abandonne donc pas son plan favori d'éducation nationale, et l'Université de Paris ne renonce pas à se transformer un jour en Université de France. Peu à peu elle s'avançait vers son but : l'établissement de soixante places de docteurs-agrégés dans la Faculté des arts, agrégés parmi lesquels les régents des collèges de Paris devaient être exclusisfement choisis ', fut un pas immense. Cependant la force de la liberté exigea qu'à ce concours d agrégation tous les maîtres es arts des Universités du royaume fussent admis; et si on exchit de la lutte les réguliers y Findépendance de leurs collèges n'en fut que plus sûrement constatée. Remarquons d'ailleurs que les places d'agrégés étaient lucratives; qu'en retour de la difficulté des épreuves, les candidats admis recevaient un trai-
* Lettres patentes du 3 mai 1766. — Règlement du conseil, 10 août 1766.
temept foe de d^ui^ cent^ livre* par an,^t qu'm^fm Je jury p9«vaii; ei^wxpUfrd^ tout ou piirti^ des ^hè^es et de$ leçons ^ le# ancien^ profi^seurs», les professeurs çu ej^erciciç qui d4sir^qf oj^tepir le titre 4'agrégés, ^ ççu^ 4^ aspin^t^ qui ayawpt obtepu \e pri^ 4'éloquencé ^ qu les prix de rfe^ torique daPS !« wnçQurs général ^ deg qpUéges de P?ri^
B|^ l'Uniyeriïité Avait beau ^ire; ses règleiaQpts p'fItteigPfiient pas les èpqle^ niopa^liqpe^, ni les f^colç» privées, ni Jes spmipftire^, x\i les petites écoles. Ces maisops étaient autant d'agiles ppverts à la liberté, l.es séipinaires ep particulier restaient sous la Juridiction absolue des évêqu^, et jjouîsj^aiént toujours du bénéfice des lois protectrice de i^uis XJY* 3i la proscription des Jésuites avait prjvé répiseppat d'^^ Sppui à jamais regrettable? les congrégatiqps de Saint-Sulpice, de l'Oratoire, du Saint- Esprit, e|ç,, perpétuaient beure^^epient la traditiop de la science ecclésia^|:ique ; et si trop sopvept elles pe réparaient pa^ le pial, cependant: elles continw^iept à pourvoir ^opdanipient au reeruteroept dp sacerdoce^
' Ce prix ayail été fondé, par la FaeuHé des arts en f 347* ? « JL^e poqpoqr^ général ay^Jt ét^ établi fn i944,poiir tous Iç? ççllé^es 4e Paris, Un phfinpiue fie la métropole, Louis I^egendr^9 avait )égué 69,760 livres pour une distribution de prix entre les élèves de rhétorique , de seconde et de troisième. !> règlement du concours fiit approuvé par le parlement. La première distribution eut lieu le i3 août 1768. Le premier prési- ^en|; y assista ^ la têffi i'mp ^putaUo^ <lii pfiflemept.î^ Kilian, op, cit. p. 67.
ET DE LA. LIBERTÉ p'£N$^6|rpiPfT, 379
Le ?èle de la Royauté s'était étendu ^q^^i çur les écoles de campagne. Un Édit du ï4 ^^ 1724 s'eçprime ainsi : « Voulons qu'il 3oit établi» «lutant au'il sera possible, de§ maîtres et maitressçs d'école où il n'y en a point, pour ini^truire toui^ les enfants de l'un et de l'autre sexç des principaux mystères et devoirs de la religion çfithplique^ apo^ tolique et romaine, les conduire è la messe tpus les jours ouvriers, autant qu'il ser^ poçsible» leur donner les instructions dont ils ont besoin sur ce sujet, et avoir soin4]u'ils assistent au servjpe divin les dimanches et fêtes ; comme aussi pour y apprendre à lire et même à écrire , à ceux qui pourront en avoir besoin , le tout ainsi qu'il sera ordonné par les archevêques et évéques , conformément à l'édit de 1693. Voulçns k cet effet que dans les lieux où il n'y aura pas d'autres fonds , il puisse être imposé sur tous les habitants la somme qui manquera pour rétablissement d^sditj^ maître ^t maîtresses, jusqu'à celle de i5o fr. par an, etc. »
A ces écoles de campagne, que l'on ajoute les mattrises des cathédrales, les petites écoles de quartier, les permissionnaires et Iqb écpl^s d^ cha- ' rite ; et Von *ura à peipç une idée de qe que , MU» l'égide de la liberté et de la qoncurreuRÇ? la Fraufie possédait en établissements 4'instructiou de tous Îqs degrés.
BTpUS ne p^lerpu^ p^s non plus des écoles spé-
. ciales pour les armes de terre et de ruer, et de éette
éducation professionnelle qui se donnait à l'ombre
de l'atelier dans les rangs pombreui^ de Taj^ren-
tissage, et qui formait l'artiste, l'QUvi^i^^riiidMS-
380 mSTOTRE i)E L'irrSTRUCTIOir PUBLIQUE
triel, sous la protection trop souvent jalouse elexclusîve des corporations.
Ce simple énoncé suffit , nous l'espérons du moins, pour constater la permanence de la liberté jusqu'à Fépoque de la révolution française. Jetons seulement un dernier coup d'œil sur ces siècles qui vont finir, sur cette société qui va disparaître sous les ruines , sur ce passé dont les abus n'échappent ni à nos regards ni à notre réprobation , mais dont les institutions ont droit aussi à nos respects et à notre justice.