ET DE LA LIBERTÉ ©'ENSEIGNEMENT
Chez un peuple pieux jusqu'à la superstition, accoutumé à regarder ses prêtres comme les oracles infaillibles et directs de la Divinité ; chez un peuple qui ne faisait pas difficulté de se laisser décimer pour les horribles sacrifices qu'exigeaient des dieux sanguinaires y il était tout naturel que le collège des druides^ bardes et vatesy dans les divers ordres de sa hiérarchie, gardât le secret des sciences qui faisaient en partie sa force et sa prédominance. La médecine, réduite alors à la notion de quelques simples, et presque uniquement fondée sur des incantations et d^s opérations théurgiques; l'astronomie, bornée à de vagues pratiques d'astrologie religieuse ; la musique , toute consacrée à la pompe des cérémonies ou au chant des nobles actions; la poésie, vouée au service des dieux et des grands hommes; la philosophie, soigneusement abritée derrière les ombres du sanctuaire, et confiée ainsi que l'histoire à la seule mémoire des disciples , étaient presque nécessairement des attributs sacerdotaux, et les druides ne négligeaient rien pour s'en réserver le domaine. C'est ainsi qu'ils attiraient dans leurs écoles toute la jeune aristocratie du pays-, et qu'ils perpétuaient à l'aide de leurs leçons cette suprématie qui a fait dire à un orateur grec que , « assis sur leurs trônes d'or, les rois euxmêmes étaient les serviteurs de leurs prêtres'. »
Néanmoins ce serait une grave erreur que de considérer l'ordre des druides comme une caste jalouse et exclusive, ne se recrutant que dans son propre
^ Dion. Chrysost., or. 4.
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ra msTOFRiç de î. iwsTRrcTîow piîitn seîn. Si, ïMiiis heaiicotijï ûe rapports, c des analogie*» rr;«ppanle!f^ avec \e% hrimiinc. \e^ mageîî de In Perse pf les fincercjntos Aê ] y â en(i^ eu\ nue dîfft^reiice eajïitalerc'i d ni i ries aectifHtlait'nt p»rnîi eux les hi tout rang l'I fie (oiife ccniditiiin. Qu'un i pnrtinl k la tJol>le«$se ou au peuple^ qu1t royale ou rpi'il sortit des degrés les plus suniîiLiit qu'il se vnuAt au noviciat^ pn accès dan*% la lucrarclne et poureti paita V liages. Le noviciat *^tait pi^utble aans (allait^ vingt atinées durant, se livrer tions de la f îe aste^tîque au milieu des fo la solitude des caveruesi; tnaîs u ce prît < l'exemption de tontes les charges publiq du service militaire; on acquérait la universellcj et la plus redoutable autor jamais.
Or, pour peu que Ton fasse attention à renouvellemenl du sacerdoce qui sVip^n d'initiation scientiliciue % et qui mettait ^ sorte la nation entière à la portée de connaissances j que Ion observe surtout de condamnation portée par les mœur génie des Gaulois contre Tidéede mono] dans les choses oit le monopole est le pi dans les sciences sacrées; Ton sera con dans rëducatîon le même fait se reprod plus forte raison. Là comme ailleurs , les
* Voir VHîsioire des origines et des institutions c la Gaule armoricaine et de la Brtîagne insulaire, ] Coarson.
KT 1>E lA LnSEllTlÉ D^ENSEïGIfEMEîTr. If
gnaient par Fascendant de leur caractère et de leur érudition y mais nullement par l'arbitraire ni par la loi.
Ajoutez de plus la multitude de bardes et dé vates que les cités entretenaient, que les grands attachaient à leur personne, et qui, à leur profession de poètes et de prophètes , joignaient aussi la pratique de la médecine et renseignement de quelques notions élémentaires. Nul doute qu'ils ne fussent, à de certains degrés, les professeurs et les instituteurs particuliers des familles qui les prenaient à leurs gages.
Enfin, quand on examine de près la constitution de la tribu en Gaule, quand oïl y reconnaît le régime patriarcal , ou du moins le régime de clan avec ses distinctions de personnes , avec ses membres de la famille y ses clients et ses débiteurs (obcera^i^; quand on voit l'influence suprême, pour ne pas dire l'omnipotence des chefs de race ' , on arrive nécessairement à conclure qu'avec un pareil cortège la gens , la famille, trouvait moyen de se suffire à elle-même , sous le rapport de l'éducation moyenne. Que les héritiers présomptifs de ces souches antiques se rendissent aux écoles sacerdotales pour s'y perfectionner dans les sciences divines et humaines, nous le croyons volontiers; mais que ce fût une obligation pour eux, et qu'ensuite pour tout ce qui faisait l'éducation de l'homme
' M. A. de Courson , dans Touvrage cité plus haut , a parfaitement établi Tétat des personnes dans la Gaule celtique. Nous sommes heureux de rendre ici témoignage à son érudition et à ^on talent.
12 HISTOIRE DE L IJîSTRUCTlOW PUBLIQUE
libre, éducation fort restreinte quant aux facultés de l'esprit, l'intervention des prêtres fût nécessaire, et qu'on fût réduit à ne rien savoir si l'on n'avait pas passé dans leurs collèges, c'est ce que l'histoire et le bon sens ne peuvent admettre.
En résumé, il nous semble évident que d'une part l'éducation, domestique était libre en Gaule comme elle l'a toujours été dans les autres contrées; là aussi le foyer paternel était un sanctuaire que la volonté du législateur savait respecter. De l'autre côté, il nous semble non moins évident que les druides possédaient deux sortes d'écoles t les unes ouvertes à toute la jeunesse aristocratique, comme celle d'Autun, et où ils dispensaient, dans la mesure dont ils étaient juges, les notions qu'ils possédaient ; les autres, écoles de noviciat sacerdotal, où étaient initiés aux secrets de la religion les futurs ministres des autels.
Telle ou à peu près devait être la situation des écoles gréco-gauloises , à commencer par celle de Marseille; avec cette distinction esseqtielle cependant, que l'instruction y était beaucoup plus littéraire que religieuse.
Ainsi, il est probable que dans la colonie grecique, comme dans la mère patrie i les prêtres donnaient une sorte d'enseignement tbéologique et cérémpniel pour préparer les aspirants au service du culte; que cet enseignement était surtout extérieur et poétique, ainsi que le comportait la mythologie brillante et sensuelle de l'hellénisme; que peut-être.
ET DE LA LIBERTÉ d'eNSEIGNEMENT. i3
et selon tontes les apparences , il se trouvait dans quelque sanctuaire particulier une initiation plus avancée, des mystères, une théologie ésotérique'. qui n'était confiée qu'à un petit nombre d'adeptes et sous le sceau du secret. Mais ce qui est positif, c'est que Marseille, et à son exemple les cités gauloises où ses maîtres avaient pénétré, possédaient d'abord une instruction officielle, des écoles publiques; et ensuite que l'éducation particulière, soit domestique, soit privée, y jouissait d'autant de liberté qu'il était possible d'en désirer.
Les auteurs anciens s'accordent à constater l'existence d'établissements municipaux, d'académies locales, si l'on peut ainsi parler. Des grammairiens, des rhéteurs , des philosophes, des médecins y enseignaient en public, dans des lieux disposés à cet .effet par la prévoyance des magistrats; et ces professeurs .étaient rétribués par l'Etat, qui passait un Jbail avec eux : grandi stipendio et mer cède conducebaniy dit Strabon]^'. Et du Boullay a soin de faire reniarquer que ces écoles étaient bien des écoles publiques : sckolas publicas ^ répète-t-il à plusieurs reprises ^,
Or, ces écoles ne nuisaient nullepient au développement de l'industrie particulière, qui pouvait à son gré ouvrir des maisons d'études, ni aux droits des parents, qui avaient le choix entre les établissements d« l'État, ceux des maîtres privés et l'éducation domestique. C'est ce qui résulte expressé-
« Strab., liv. 4-
' Bullaeus , Opère citato , de Academia Massiliensi.
l4 HISTOIR6 ]>£ L INSTRUCTION PUBUQUE
ment du passage suivant de Strabon ^ « Indépen* damment des sophistes qui s'y établissent à leurs propres frais, les villes entretiennent sur les fonds publics des sophistes et des médecins. »
U y a mieux : l'examen approfondi des faits prouve que les écoles privées, les écoles libres ont presque toujours été l'origine des écoles publiques. La multiplicité des premières, l'AfAuetioe qu'elles attiraient^ le mérite des professeuns, ouvrirent les yeux des magistrats. On songea à encourager les études, à favoriser l'activité, à stimuler le zèle; des récom^ penses, des privil^es, puis des fondations, furent accordés; et enfin la cité ou le prince adoptèrent une institution, et se chargèrent de subvenir à toutes ses dépenses. Quand ils voulurent mettre le dernier sceau à leurs bienfaits, cette instruction répandue en leur nom devint gratuite : ce fut là un des traits habiles de la politique roinaine.
Nous arrivons en effet à l'époque où la Gaule, l'ancienne ^dnsi que la nouvelle, la Gaule méridionale comme la Gaule celtique, dut subir le joug des maîtres du monde.