‹ Histoire critique et législative de l'instruction publique et de la liberté de l'enseignement en France Par Henry de Riancey Depuis la révolution de 1789 jusqu'à nos joursChapitre 27 sur 82 · LA RESTAURATION · texte numérisé non relu

LA RESTAURATION

(xrH i,fc

ESPfÎÀàNfcÉ^ DÉ CA I.mEÏÏTfr - RECONSTITUTION DU MONOPOLE. - “•! i PERSÉCUTION DES ÉCOLES ECCLÉSIASTIQUES.

.£ti h 'ïOiir.ii-:

Js ?l io<Iil ni

r,l ili -.i

( DE 4814 a 4830. )

nimsçi

«hinod

/{ el ->!>

Avec la Restauration, le principe de liberté reprend sa place dans nos institutions et devient la pierre fondamentale de tout l’édifice constitutionnel, sous la sauvegarde de la légitimité. Par le fait seul delà publication delà Charte, le régi me impérial, avec l’arbitraire dont il était entaché, se trouve renversé pour jamais, et il n’y a plus de refuge poulie despotisme sous quelque forme qu’il se présente. La tyrannie et le monopole sont proscrits de la terre de France; il fut du moins permis de l’espérer à la vue des premiers actes par lesquels les Bourbons, rappelés de leur long exil, signalèrent leur retour.

Instrument direct des volontés absolues de l’empereur, chargée à ce litre des malédictions des pères de famille , assimilée dans la haine publique à l’odieux impôt du sang, l’Université ne put se dissimuler que son dernier jour était arrivé. Elle comprenait combien elle était devenue incompatible avec l’ordre légal, avec l’esprit général, avec les mœurs et les tendances universelles. Elle courba la tètent sembla se résignera son sort.

xi r

lïlSTOÎftÉ DE î/msr. PEIlttQüE, ETC.

Le funeste épisode des Cent-jours lui rendit confiance; à l’aide des malheurs nouveaux qui pesaient sur la patrié, elle sentit renaître son espérance et elfe se crût sautée.

Elle avait raison. Maintenue provisoirement pat* Louis XVIII j elle s'humilia, triomphant en secret et s’apprêtant à ressaisir avec plus de force que par le passé le sceptre des intelligences. Sa grande habileté fut alors de persuader aux hommes d’État de la Restauration, qu’elle serait à leur service un moyen admirable de gouvernement ÿ et la grande faute de la Restauration fut d’y croire. On, se persuada que pour changer l’esprit du corps enseignant, il suffirait de déplacer quelques professeurs, que pour former une génération religieuse et monarchique, il suffirait de mettre un prélat à( la tête de l’instruction publique. On rie voulut pas abandonner cette régie de la jeunesse , cet empire unique et Souverain sur l’éducation de trente millions de citoyens; ilsemblait si facilede dispenser, au moyen des canaul universitaires, la morale, la science, la religion , le dévouement ! On ne voulut plus entendre parler de la liberté; on redouta la concurrence, on méprisa les voix généreuses qui , en réclamant les droits imprescr iptibles de la famille et des citoyens, jetaient parfois de prophétiques et de lamentables accents. Et on s’engagea de plus en plhs dans la voie de l’arbitraire , si justement et si hUuteffient Condamné quelques années auparavant.

Loin de nous la pensée d’accuser ici les intentions des hommes éminents qui préskièrent aux destinées de notre pays ! Nous rendbns pleine et entière

aia histoire de l’instruction publique justice à leurs loyaux désirs; nous savons qu’ils n’avaient rien tant à cœur que la prospérité intellectuelle et matérielle de la France, et, en particulier, nul n’applaudit plus sincèrement que nous au zèle des ministres qui se virent chargés, de l’instruction publique. Mais leurs actes appartiennent à l’histoire, et l’histoire impartiale ne saurait les absoudre de s’être laissé abuser par de dangereuses illusions et d’avoir méconnu les droits de la liberté.

Ce n’est pas impunément que le pouvoir accepte l’héritage de la violence et perpétue l’injustice; ce n’est pas impunément qu’il continue à opprimer la première de toutes les autorités humaines, l’autorité paternelle; et tôt ou tard il prépare de terribles réactions.

La Restauration en fit la triste expérience. Elle subit tous les périls de la tyrannie et du monopole sans en avoir aucun des avantages. Trop consciencieuse et trop équitable pour imiter les audacieuses entreprises de l’Empire, trop faible pour résister à l’appât du despotisme de la science, elle couvrit de sa protection un corps ennemi qui travaillait nécessairement à sa ruine et qui finit parla tuer; et quand il aurait fallu soutenir la liberté et défendre les quelques établissements nés à son ombre, elle se trouva désarmée, et elle se crut obligée de sacrifier a

de la religion et de la monarchie. Elle avait abandonné la cause de la liberté ; la liberté ne put la sauver. Elle avait maintenu le monopole; au jour de la lutte, les docteurs de l’Université montèrent sur les barricades, et trois générations de rois furent

Digilized by Coi

ET CE LA. LIBERTÉ o’ ENSEIGNEMENT. 2l3

renversées du trône par les masses populaires que guidaient les professeurs du monopole!

Pendant les quiuze années que dura le gouverment delà branche aînée des Bourbons, l’instruction publique, un instant ramenée à ses vrais principes , retomba donc aux mains de l’Université. Ce fut encore le règne du monopole, et ses annales n’offrent guère que d’insignifiantes modifications.

La liberté , qui avait eu quelques lueurs d’espérance, se réfugia dans la conscience des honnêtes gens. Elle survécut dans les incessantes et énergiques réclamations des esprits les plus élevés et elle protesta au milieu des persécutions dont les écoles ecclésiastiques furentl’objetverslesdernières années de la Restauration. Celte histoire ne manquera pas de Fournir de curieux et de graves avertissements.

Page 1