‹ Histoire critique et législative de l'instruction publique et de la liberté de l'enseignement en France Par Henry de Riancey Depuis la révolution de 1789 jusqu'à nos joursChapitre 51 sur 82 · II · texte numérisé non relu

II

4oa histoire ms l’instruction publique que, se crut obligé de faire cette profession de foi: « J'aime la liberté d' enseignement autant que qui que ce soit.» Et lorsque , deux jours après soixantedix-neuf autres pétitions furent rapportées, M.. de Cormenin les soutint avec la vigueur et la netteté de son esprit.

Messieurs, la Charte de i83o a Solennellement promis la liberté de l'enseignement. C’est le corollaire nécessaire de toutes les autres libertés.

Le monopole de l’Ünivbrsité, l’une des plus .habiles inventions du despotisme, avait pour objet de plier,. par la verge de l’éducation, l’indépendance naturelle des esprits sous l’obéissance de la même pensée.

Le monopole de l’Université était pour l’instruction ce que la censure était pour la presse. On ne voulait permettre d’enseigner comme d’imprimer que ce qui convenait au gouvernement.

Mais si , ce que nous sommes au surplus loin de penser, l’on prétendait encore aujourd’hui courber les intelligences sous une direction étroite et uniforme, oe serait méconnaître les larges nécessités de l’époque; ce serait ne pas comprendre le génie dq notre siècle et les institutions de la Charte.

L’enseignement, dans un pays libre, ne doit être ni entravé parle monopole, ni frappé d’un impôt fiscal. Cet impôt est écrasant pour les pères de famille pauvres, qu’il empcche de .donner à leurs enfants une éducation plus libérale.

C’est un fait malheureusement trop vrai, que, dans beaucoup de villes moyennes; les collèges tombent en décadence, et elles se plaignent, comme tes. particuliers, de l’asservissement où les retiennent le monopole de l’Université et la rétribution fiscale des diplômes et du vingtième.

Lorsque l’enseignement sera libre, l’émulation des écoles particulières réveillera les établissements universitaires euxmemes de leur engourdissement,

1 Moniteur da 14 septembre i83i.

L’éducation refleurira partout sous les stimulants de la concurrence. Sans doute les maisons d’éducatioh ont besoin d’être surveillées, sous le rapport de la salubrité, des bonnes mœurs et de l’ordre public ; mais n’y aurait-il pas lieu d’examiner si cette surveillance ne serait pas exercée avec plus de convenance, de zèle et de fruit par une autorité toute paternelle, par l’autorité municipale?

N’y aurait-il pas lieu d’examiner si tout ce qui concerne la direction et le temps des études, le choix des méthodes et la matière religieuse , littéraire ou scientifique de l’instruction ne devrait pas être Laissé à la volonté, à la tendresse , à la discrétion du père de famille, aux caprices même de l’individualisme, aux inspirations ingénieuses et aux capacités variées des instituteurs?

De pareils auxiliaires aident puissamment au succès de la vérité; l’Université le savait bien. Aussi, s’efForçait-elle de gagner en puissance matérielle ce qu’elle perdait dans l’opinion. Deux arrêts de la Cour royale de Paris 1 .firent. rentrer sous son joug quelques maîtres particuliers qui avaient cru pouvoir se dispenser de payer les taxes impériales. Dé plus, rien ne fut négligé pour accroître et pour consolider la force. du corps privilégié, et pour élargir le cercle déjà si vaste de sa domination et de son influence.

Telle fut la préoccupation principale du ministère de M. Guizot.

1 Au mois de juin x 83 1. •

404 HISTOIRE DE L’iMSTRUCTIOa PUBLIQUE

Page 1