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454 HI&TOÎtofe 1)E L’îWSTRtJCflON PDBËKjÜE des exfcrcices de la caserne, mais eelni qu’ont décimé le fer et le feu. Aidez-nous. Faites-nous perdre un peu de cette graisse de la paix, qui nous rend pesants et lâches : vous retrouverez les hommes à qui Tertullieu pouvait dire : Il n'est pas nécessaire que vous viciez ; il est nécessaire que vous serviez Dieu ; et qui faisaient comme il leur dit.
Mais enfin , que ferons-nous ? car il ne s’agit pas de mourir.
Nous ne mentirons pas; nous ne conspirerons pas, nous ne résisterons pas par la force.
Ou je me trompe fort, ou vous pouvez compter sur tout le reste.
Cette pensée, de l’action pacifique et légale, fut merveilleusement développée par l’un des plus courageux défenseurs de la liberté, par un homme dont le nom est cher à l’Église et à la foi , par M. le comte de Montalembert, dans sa brochure : du Devoir des catholiques1 .
La liberté ne se reçoit pas ; elle se conquiert , dit l’éloquent écrivain. Cela est surtout vrai de la liberté dans l’ordre moral et religieux.
La constitution politique de la France offre aux catholiques tous les moyens qui leur sont nécessaires pour revendiquer leurs droits et en consolider à jamais. la possession. Malheur à nous, si elle continuait à être pour eux l’objet d’une défiance absurde ou d’une indifférence coupable ! C’est un instrument admirable et irrésistible; mais à une coudition toutefois, c’est qu’on veuille et qu’on sacne s’en servir.
Cette Constitution effraye les plus perfides de nos ennemis, qui préparent déjà le sacrifice de la Charte à la philosophie.
Cette Constitution nous fournit le moyen de contraindre le pouvoir à se prononcer devant la France, l’Europe et l’Église,
1 Aa bureau de <’ OiuVerv./Iforeinbre J 843.
ET DE Ï.A LIBERTÉ D'ENSEIGNEMENT. /[SB entre le système belge qui sauve la religion par la liberté , et le> -f- système russe, qui, un peu moins généreux que M. Villemain, ne laisse pas meme aux pères de famille la ressource des précepteurs domestiques.
Cette constitution nous garantit la liberté de la presse, la liberté de la tribune et le droit de pétition.
Avec ces armes-là, mais moins bien assurées queles nôtres, lès catholiques belges ont créé une résistunce légale au despotisme hollandais, et après avoir renversé le trône de Nassau, et fondé une Constitution qui ne consacre pas un seul privilège à ' leur profit, c’est encore avec ces armes qu’ils maintiennent le droit commun contre les libérâtres qui voudraient les en exclure.
Avec ces armes-là , l’Irlande catholique, guidée par ses généreux évêques, a reconquis sa nationalité, fait trembler la puissante Angleterre , et se trouve à la veille d’accomplir ce que les politiques ont si longtemps déclaré impossible : le rappel de l’union.
Avec ces armes-là, les catholiques français peuvent briser, au bout de quelques années d’efforts et pour jamais , le joug d’une législation abusive , qui est un attentat aux droits de la conscience , de la famille et de la société;
Les catholiques répondirent avec empressement à l’appel du courageux pair de France.
M. Lamache, avocat à la Cour royale, dévoila dans un rapide tableau les dispositions les plus oppressives (le la législation du monopole 1 ; rien ne devait exciter davantage le zèle des adversaires de l’Université, que cette exposition de ses tyran* niques décrets, que la mise à nu du joug odieux qu’elle fait peser depuis trente-six années sür notre patrie.
En même temps , M. Laurenüe retrouvait toute
1 Aux bureaux de tUniven, rue du Vieux-Colombier, 39,
cette vigueur de langage, toute cette énergie de conviction, tout cet entraînement de logique avec lesquels déjà il avait poursuivi le monopole. Les ennemis étaient les mêmes; la liberté avait de plus la Charte et seize années de souffrances. La brochure de M. Ixiurentie est le second tome de son œuvre de 1828, avec plus d’autorité et non moins d’éloquence *.
C’est ensuite X Appel à la France ou Réclamation des pères famille , publié avec X approbation de plusieurs évéques'1, où sont énumérés à la suite lesgriefs des citoyens et des parents, les vœux et les devoirs des catholiques et des amis précieux de la liberté. C’est un jeune écrivain qui a déjà donné des gages à la cause chrétienne, M. Théod. Nizard, et qui examine le Monopole au point de vue politique 3, en disant : Religion et liberté , voilà notre devise! C’est M. dExauvillez(\u\ a voulu ajouter aussi quelques mots sur la liberté d enseignement parce que c’est un devoir à tout citoyen de joindre sa voix à celles qui se sont déjà élevées pour protester contre une illégalité qui compromet à un si haut point la prospérité publique et la paix intérieure des familles. C’est M. L. F. Guérin qui apporte une Nouvelle protestation contre le monopole universitaire 5, etc., etc 6.
‘ Chez Sagnier et Bray , 64 , rue des Saints-Pères.
1 Même maison.
3 Chez Gauthier frères, rue Hautefeuille, 16.
4 Chez Sagnier et Bray.
* Chez Camus, rue Cassette.
9 II est impossible que nous n’ayons pas oublié quelques-
ET DE LA. LIBERTÉ d’eWSEIGNEMENT. 4^7
Dans la province, le mouvement n’est pas moins général et pas moins actif. A Nanci, une petite brochure populaire, à cinq centimes, expose les Devoirs du citoyen français au sujet de la liberté t d’enseignement; à Moulins *, M. Mazeron donne un écrit plein de force sur les droits de la famille ; à Rouen , M. L. <T Estaintol développe cette pensée : la liberté d’enseignement est un droit que la société a toujours revendiqué et dont à aucune époque elle ne s’est départie *; à Bordeaux , M. Jules Pommez , dans ses Quelques considérations sur la liberté d! enseignement 3, résume avec une netteté parfaite, un style toujours élégant et une argumentation pressée et convaincante, les vrais principes qui dominent la discussion entière.
Tout rapide et tout incomplet qu’il est, cet examen prouve deux vérités incontestables et qui nous remplissent de joie et de consolation. D’abord, l’intérêt puissant et universel que soulève l’une des plus graves questions qui se soient jamais agitées au milieu d’un grand peuple; puis l’amour ardent et pur que de nobles âmes portent encore à leur foi et à la liberté. Chez tous les écrivains dont nous venons
unes des remarquables publications auxquelles a donné lieu dans ces derniers temps la grande lutte de la liberté. Nous en demandons pardon aux auteurs, et nous serions heureux de réparer cette omission involontaire à la plus prochaine occasion.
' Chez Desrosiers. — A Paris, chez Chamerot , quai des Aogustius.
* Chez Haulard ; et à Paris , chez Schwarts e t Gagnôt , quai des Augustins, 9.
s Chez Prosper Faye , Fossés de l’Intendance.
458 HISTbinM né L’INSTRUCTION PUBLIQUE
de tracer les noms à la hâte, et dont nous atiriohs vivement désiré reproduire au moins quelques paroles, on retrouve lin sentiment profond de dévoûmentà la cause de la religion catlioljque, line intime et inébranlable confiance dans la liberté. Tous revendiquent leurs droits, sâhs violence, sans injustice; tous reconnaissent les droits de l’État, cette tutelle supérieure de surveillance et ce pouvoir souverain de répression qui sont la garantie de l’ordre dans un gouvernement libre; et tous réclament, non la destruction de l’l!nivèrsîté, mais la ruine de son monopole, de ce monopole condamné par la loi naturelle, par la Charte et par le bon sens, antérieur à la Charte!
C’est aussi cette confiance dans la liberté qui fait lé caractère de deux livres dont l’importance et la nature méritent une mention séparée. Nous voulons parler de l’ouvrage de M. L. Corne , député, sur X Éducation publique * et de celui de M. de Gas parin , député, sur les intérêts généraux du protestantisme en France *.
M. Corne cependant n’est pas partisan de la liberté au même degré que les publicistes dont nous citions les noms tout à l’heure. En tant que législation, il se contenterait d’un régime analogue à celui de i833 pour l’instruction primaire. Ce dont il s’occupe spécialement, c’est le côté moral de l’éducation; ce qu'il veut, c’est sa réforme ; car il y trouve des désordres effrayants.
1 Chez Hachette , rue Pierre-Sarrazin , ia. ’
* Chez Delay, rue Tronchet , a.
ET DE LA LIBERTÉ ft’EÏÏSF.tGWEMÊNT.
«L’éducation de collège , dit-il 1 , n’est autre chose tjn’ün'é sorte de compression morale qui peut arrêter pour un temps l’expansion de quelques vices, mais qui n’en détruit' pas leS germeS; encore plus est-elle impuissante à créer les motifé d’honorables déterminations, et elle laisse le cœur des jeunei gens dans un dénuement déplorable de sentiments et de principes propres à régler leur vie. »
Dans la bouche d’un homme comme M. Corne, d’un homme qui défend l’Université, mais qui exige qu’elle s’améliore , de pareils reproches sont écrasants, et ils justifient bien d’autres attaques. Surtout quand ils trouvent tant d’échos, et quand, par exemple, un homme tel que M. le comte Agénor Je Gasparin, l’organe le plus distingué du protestantisme, vient y ajouter ses plaintes :
«Avant tout, dit-il en parlant de 1* éducation nationale que répand l’Université, avant tout, je lui reproche son origine. Elle nous vient en ligne directe des républiques de l’antiquité, en passant par Rousseau, la révolution française et Napoléon. Eh bien ! je dis que c’est là une origine suspecté de despotisme , suspecte de mépris pour les droits des consciences individuelles 3.
e Mais quelque emprisonné que fût le principe de liberté religieuse admis par l’Empire, il n’en subsista pas moins comme l’ennemi né de l’éducation nationale. C’est lui qui se lève aujourd’hui contre elle, plus fort, plus vivace qu'elle; et il la tuera.
«L’éducation religieuse n’existe réellement pas dans les collèges.
« Ce sera l’un des étonnements de l’avenir, que d’apprendre
» Page 62.
» Page 580.
4 6o HISTOIRE DE L’iNSTRUCTION PUBLIQUE qu’une société, qui sc disait chrétienne, avoué les sept ou huit plus belles années de la jeunesse de ses enfants à l’étude exclusive des auteurs païens; quelle lésa nourris, exclusivement nourris , de leurs fausses idées, de leurs fausses vertus, de leurs fausses gloires; qu’elle leur a lentement et laborieusement inspiré tous les sentiments les plus opposés à l’Évangile ; que cet Évangile a été relégué à une place tellement subordonnée, tellement infime, qu’il a pu rarement contrebalancer l’influence de ces détestables doctrines, si bien adaptées à nos penchants naturels; et qu’au nom de Jésus-Christ on s’est efforcé de faire beaucoup de disciples de Socrate ou de Zénon »
Certes, ces récriminations sont terribles ; et devant de pareilles imputations, que peuvent faire quelques démentis officiels jetés du haut de la tribune ou dans un discours d’apparat?
Enfin voici deux voix parties des rangs les plus avancés de l’opposition radicale, deux voix de la démocratie qui lancent aussi leur anathème contre l’Université. C’est d’abord M. Ledru-Rollin, qui, avec la rudesse de son expression , s’écrie a :
« Pour délivrer aujourd’hui les diplômes , l’État exige que le candidat ait paru un certain temps dans ses collèges; mais , si ces collèges sont, de bonne foi, considérés par certains hommes comme des écoles de pestilence ; si la conscience de certaines familles s’épouvante de livrer leurs enfants aux dangers de l’enseignement officiel , n’y a-t-il pas injustice, n’y a-t-il pas violation de la liberté dans cette condition antérieure à l’examen? Existe-t-il une souffrance plus grande pour l’individu que /'oppression de sa conscience, que la déportation de ses fils
* Page 64.
3 Manifeste de M. Ledru-Rollin publié dans le National et cité par l’Univers, 3 janvier 1844. - * *
ET DE LA LIBERTÉ D’ENSEIGNEMENT. 4^1, dans des écoles qu’il regarde comme des lieux de perdition , que cette conscription de l'enfance traînée violemment dans un camp ennemi et pour servir l’ennemi? «
C’est ensuite M. de Lamartine, le grand poète et le grand orateur, qui gémit sur l’éducation de la génération actuelle :
« Que voulez-vous, demande-t-il aux hommes qui célèbrent chaque jour les merveilles de l’enseignement universitaire , que voulez-vous que devienne l’homme moral et intellectuel dans un état d’enseignement et de société où l’enfant, comme ces fils des barbares qu’on trempaitjtour à tour, en naissant, dans l’eau bouillante et dans l’eau glacée pour rendre leur peau insensible aux impressions des climats, est jeté tour à tour ou tout à la fois dans l’esprit du siècle et dans l’esprit du sanctuaire, dans l'incrédulité et dans la foi? Il sort de la maison d’un père peut-être croyant, peut-être sceptique; il a vu sa mère affirmer et son père nier; il entre dans un collège, divisé d’esprit et de tendances. L’enseignement du professeur n’y concorde en rien avec l’enseignement du sacerdoce. En supposant même que ces deux enseignements se tolèrent et ne se heurtent * pas dans le collège , ils se séparent entièrement à la fin de l’enseignement élémentaire; et au sortir du collège, dont les murs garantissent sa foi de l’air du siècle, il trouve à la porte et dans les cours transcendants la philosophie, l’histoire, la science, la liberté, le scepticisme, qui le saisissent pour lui enseigner une autre foi. Il lui faudrait deux âmes , et il n'en a qu’une ! On la tiraille et on la déchire en sens contraire. Les deux enseignements se la disputent; le trouble et le désordre se mettent dans ses idées. Il en reste quelques lambeaux à la foi, quelques lambeaux à la raison. Il s’étonne de cette contradiction entre ce qu’on lui disait dans sa famille, ce qu’on lui enseignait dans son collège, ce qu’on lui démontre dans ses cours. Il commence à se douter qu’on lui joue une grande comédie , que la société ne croit pas un mot de ce qu’elle enseigne, qu’elle a deux fois et deux morales, deux Dieux dans
46a HISTOIRE DE t’iNSTRUCTIOW PUBLIQUE le ciel, une foi et un Dieu pour les adolescents, peut-être une antre foi et un autre Dieu pour les hommes faits. 11 pense en secret qu’il faut que tout cela ne soit pas bien important pour que la société et l’État s’en jouent avec eette légèreté et avec cp mépris. Sa foi s’éteint ; sa raison , sans ardeur, se refroidit ; son âme se sèche , son enthousiasme se change en indifférence et en découragement. Il ne lui reste d'une pareille éducation que juste assez des deux principes opposés dans lame, pour que cette âme soit une guerre intestine de pensées contraires, et polir qu’il ne puisse pas même vivre en paix avec lui-même dans une vie qui a commencé par l’inconséquence, et qui se prolonge dans la contradiction *.»
si
Sous tant d’ennemis, l’Université se sentait accablée. Le fer était resté dans la blessure, et elle le traînait partout avec elle. Elle redoubla de cojère* et sa colère, de nouveau , accusa son impuissance. Elle fit traduire devant les tribunaux l’un de ses agresseurs les plus redoutables, M. l’abbé Combalôt, auteur d’un Mémoire aux éve'qucs, et elle obtint line condamnation. Il ne nous appartient pas dç pqrfer de cette affaire; nous respectons la chose jugée, et nous gardons un silence que les convenances nous imposent plus impérieusement encore. Mats l’Université croit-elle avoir démontré, en vertu de l’arrêt, que son enseignement est irréprochable ?
Eu tout cas, elle n’aurait pas eu le don de le persuader à la n t d'autres, et à de bien plus puissants adversaires qu’elle rencontre à chaque pas sur sa rôute ; elle n’aurait pas eu le don de conjurer d’au-
! Dans son écrit intitulé t État, t’ Église et l'Enseignement, Chez Pagnerre, ruedeSeine. . y , >
®T DE LA LIBERTÉ d’eTÎSEIGWEMEITT. 463
1res et bien plus terribles condamnations, qui tombent sur elle du haut de la conscience de nos piètres et avec l’autorité invincible de la parole épiscopale. ' . > -..' j
IV. Attaques du clergé et des évêques contre F Université. — U épiscopat défend la liberté. ,
Ce n’est pas d’hier que le clergé qvait manifesté publiquement et sa répulsion profonde contre le monopole, et l’ardent espoir qu’il plaçait dans Ja liberté. Dès 1 843 » M. Carie, docteur en théologie \ démoutrait parfaitement dans un écrit remarqua? ble1, que la liberté de l’ enseignement est taie nécessité religieuse et sociale. Dès cette même époque^ MrJT i archevêque de Paris publiait des Observation, f sur la poqtroverse élevée à l’occasion de la libeptç d’epseignement a, et le prélat établissait solidement les droits des familles, la nécessité de les reconnaître, l’impossibilité pour le gouvernement de conserver le monopole de l’instruction, lui qui est incapable de poser la base essentielle de l’enseignement public. Attaquant les divers projets qqi avaient déjà été émis par le pouvoir, S. G. repoussç l’obligation du certificat de moralité, preuve illusoire; celle des grades, qui n’a jamais été exigéç pour l’enseignement avant la création de rUniverjsité, et qui pourrait être bien plus utilement req^plqçée par des garanties plus réelles et plus pr%» . tiques.
1 Chez Herman , rue de Tournon , 7.
* Ad. Leclère , rue Cassette , 39. '
46/j HISTOIRE DE l’iNSTRÜCTIOW PUBLIQUE
Msr l’archevêque de Paris, en se plaçant sur le terrain inexpugnable de la liberté , avait courageusement renoué les traditions de 1841, et son exemple devait être promptement suivi par ses illustres collègues dans l’épiscopat. Le mot de saint Anselme ; est encore aujourd’hui , comme dans tous les temps, la devise de l’Église catholique, et la règle de conduite de ses premiers pasteurs : « Nil magis diligit Deus , quarn libertatem Ecclesiæ suce. » L’infatigable antagoniste du monopole, le savant et pieux évêque de Chartres continua avec une ardeur inépuisable sa lutte à outrance contre le pliilosopbisme éclectique et panthéiste des chefs du corps enseignant. Et bientôt parut dans la lice un des plus intrépides et des plus invincibles défenseurs delà liberté: c’est Msr Parisis, évêque deLangres, qui présenta un Examen de la question delà liberté d enseignement au point de vue constitutionnel et social1.
Nous n’hésitons pas à le dire : cette brochure et les deux qui la suivirent 1 sont de vrais chefsd’œuvre. Il est impossible de poser les principes avec une plus admirable netteté, de tirer des déductions plus claires et plus pressées,* d’offrir une démonstration plus lucide et plus convaincante; c’est la splendeur du vrai! Jamais la liberté n’inspira de plus purs, de plus irrésistibles accents. Qu’on nous permette, puisque nous nous voyons contraints à analyser des pages , que nous vou-
' Paris, chez Sirou,rue des Noyers, 37.
* Deuxième et troisième examens ; chez le meme libraire.
ET DE LA LIBERTÉ d’eNSEIGNEMEWT. 4^5
drions pouvoir reproduire intégralement, qu’on nous permette de citer au moins la conclusion du premier examen, et l’alinéa où sont formulées les demandes des catholiques :
Ainsi , ce sont pour nous deux choses démontrées jusqu’à la dernière évidence * :
i° Que la liberté d’enseignement est une nécessité, parce qu’elle est un droit pour tous les Français ;
2° Que, vu l’état de notre société, la liberté d’enseignement ne peut, sous tous les rapports, qu’être un bien pour la France.
Maintenant, nous ne voyons plus qu’un mal possible, le voici : . .
La liberté d’enseignement vous est due, mais vous ne l’aurez pas, PARCE QUE NOUS NE VOULONS PAS.
Nous ne savons si quelqu’un osera prononcer ce mot; mais nous ne pouvons avoir la crainte que la législature le consacre jamais par un vote solennel , autrement nous y verrions en germe la ruine de la société. 11 est écrit que celui qui sème l’injustice moissonnera des malheurs : Qui seminat iniquitatem metet mala. (Prov., XXII , 8.)
L’infraction volontaire, publique et persévérante d’un point essentiel du pacte social serait le sujet légitime d’un mécontentement profond et impérissable pour tous les gens de bien; il serait en même temps un prétexte de guerre toujours prêt pour tous les ennemis de l’ordre public.
Quoi qu’il en arrive, nous aurons, pour notre part, cherché à conjurer ces malheurs, en apportant notre tribut d’observations dans une question dont tout le monde s’est emparé.
Le serment que nous avons fait nous- même à la Charte, nous autorisait plus particulièrement à demander son entière exécution ; et les liens, bien plus sacrés encore, qui nous attachent à la vraie foi, nous imposaient le devoir de demander qu’elle ne soit pas plus longtemps exposée à un système d c-
i Premier examen, p. 6a.
460 HISTOIRE DE L’iWSTRUCTION PUBLIQUE duration qui, par sa nature même, tend à la ruiner. Nous avons ((ope parlé comme Français et comme chrétien.
Nous ne noqs faisons pas illusion sur la portée de nos paroles nous ne comptons pas sur elles dans |a cause sainte que nous défendons; mais elles nous ont été impérieusement dictées par notre conscience. Quel que doive être l’événement, nous n’aurons pas à nous les reprocher. Si, comme nous aimons à le croire, la liberté d’enseignement nous est rendue , nous nous féliciterons doublement d’avoir atteint ce but si désirable. Si, au contraire, ce qu’à Dieu ne plaise, malgré tant de réclamations et d’instances, le monopole était maintenu, du moins on saurait que nous n’avons pas déposé les armes, même au plus fort du combat, etque jusqu’à la lin nous avons protesté hautement contre une détermination qui serait un immense malheur pour la religion et pour la patrie.
— Que demandons-nous 1 ? L’Université nousdit : « Ce qu’il nous faut , ce sont des plans de lois positifs, et non de ces théories qui n’avancent pas d’un mot la question. » Nous ne nous blesserons pas de ces paroles, mais on savait qu’elles ne nous sont pas applicables, etque nous ne faisons pas de pures théories.
Nous DEMANDONS QUE l’aCTION I)V,NSEIONF.n NE SOIT VAS UN
délit, et que personne en France ne puisse être ni puni, ni poursuivi , ni inquiété en aucune façon , quand on ne pourra lui reprocher que d’avoir cherché à communiquer l’instruction à d’autres quels qu’ils soient, et voici comment nous comprenons que le corps universitaire se maintient concurrement avec cette liberté donnée à tous.
Il importe de bien distinguer l' instruction publique, donnée aux frais de l'État qui la réglemente, d’avec Y enseignement libre, dont la liberté consiste à être affranchi de toute entrave de la part du gouvernement, sauf la surveillance des magistrats, et la poursuite des délits devant les tribunaux. L'enseignemeotlibre prend aussi la dénomination d’enseigement privé, par opposition à l'instruction publique réglementée, parce qu’il
• Second examen, p. 76
ET CE LA. LIBERTÉ D’ENSEIGNEMENT. /|6^ émane de simples particuliers qui, sous le rapport de l'enseignement libre, ne relèvent pas du gouvernement.
L’instruction publique est réglée par la loi , parce qu’étant subventionnée par les deniers publics, par le produit des impôts publics, elle doit être soumise aux pouvoirs qui déterminent l'impôt. C'est pour l’instruction publique, et pour elle seule, que la Charte a promis une loi.
L’enseignemept privé n’est soumis qu’à la conscience de chacun, parce qu’il n’est que le résultat de la libre demande de? familles, et n’est soutenu que par les sacriGces particuliers. C’est pour lui , et pour lui tout entier, que la Charte a promis là liberté.
A. ces manifestations si dignes et si Élevées, l’opinion publique répondait par l’enthousiasme. Le sentiment national accueillait avec respect et faveur ce loyal et noble usage delà liberté; et le flot montant de l’indignation universelle se soulevait chaque joui* plus fort et plus menaçant contre l’œuvre im-
V. Discours de la Couronne. — Défehse du monopole. — Le. R. P. de Ravignan et M. de Fatimesnil. — Protestations de C épiscopat. — Présentation du projet de loi.
L’Université tremblait : ses appuis se dérobaient sous elle, et elle voyait à chaque instant tomber un de ses étais. En vain avait-eJle encore évoqué les Jésuites; en vain , par une habileté nouvelle, avait-elle essayé d’iutéresser à son sort les préjugés gallicans, jansénistes et parlementaires; en vain M. le procureur général à la cour de cassation s’était-il présenté comme son défenseur officieux,
468 HISTOIRE DE L’iNSTRUCTION PUBLIQUE
et à propos d’Estienne Pasquier 1 , avait-il lancé un réquisitoire contre l’illustre compagnie de Jésus. L’efi’et était manqué : M. Dupin en était encore au temps de Ripert de Monclar; il ne s’apercevait pas que la France avait marché pendant un siècle, depuis l’auto-da-fé de 1762.
La session approchait; il fallut s’exécuter. Le ministre fit placer dans le discours du Trône la phrase suivante * :
« Un projet de loi sur l’instruction secondaire satisfera au vœu de la Charte pour la liberté de l’enseignement, en maintenant l’autorité et l’action de l’Etat sur l’instruction publique. »
« Un projet de loi sur l’instruction secondaire satisfera au vœu de la Charte, dirons-nous avec M*1, l'évéque de Langres. Voilà pour l’instruction publique, qui doit être libre, non d’après un vœu, mais d’après un engagement formel. En maintenant l’autorité et l'action de l’État sur l’instruction publique, voilà ce qui seul doit être réglé par la loi. Si, contre toute interprétation naturelle, la phrase du discours n’admettait pas cette distinction , elle consacrerait l’odieuse et l’injuste servitude du monopole; ce qui serait dérisoire en annonçant une loi de liberté, et de plus, il n’y aurait jamais eu de phrase parlementaire plus inconcevable que celle-là. En effet, elle signifierait : satisfaire au vœu de la Charte pour la liberté, c’està-dire , acquitter ce qui est promis et dû, et qu’on n'a pas réglé jusqu’ici ; l’acquitter, en maintenant l’autorité et l’action de l’État sur l’éducation publique , c’est-à-dire, en conservant précisément l’état de choses tout provisoire, sous lequel rien n’ctait ni réglé ni acquitté ; ce qui se réduirait à dire : Donner en ne donnant pas, acquitter en gardant pour soi. Nous mau-
1 Dans son discours de rentrée du mois de novembre 1843. a Séance d’ouverture, 27 décembre 1843.
ET DE LA LIBERTÉ d’eNSEIGNEMEWT. 4^9 querions de respect au pouvoir, si nous réfutions plus longuement cette interprétation insoutenable.
« La Couronne a donc compris la Charte comme nous ; elle a signalé solennellement la distinction que nous réclamons, et que nous réclamerons toujours jusqu’à ce que la loi ait irrévocablement consacré ce principe : a L’ehseickemeht privé EST libre; LA loi HE RÈGLE QUE l’iHSTRUCTIOW PUBLIQUE1.»
On le voit, à l’annonce du projet de loi, et surtout aux commentaires dont la presse universitaire entourait le discours de la Couronne, toutes les alarmes des amis de la liberté se réveillent avec une vivacité nouvelle. Sur tous les points de la France , l’agitation s’organise; des comités se constituent pour faire parvenir des pétitions aux Chambres. Aujourd’hui, plus de vingt mille signatures ont été adressées déjà au palais du Luxembourg. Les évêques favorisent le mouvement ; quelques-uns même, à l’exemple de Mgr l’évêque de Quimper, le prennent hautement sous leur patronage. L’Lniversité sent redoubler ses craintes; elle fait un dernier effort, ameute ses satellites , et se prépare à son dernier combat. Un petit pamphlet à bas prix, sous le titre: Delà liberté de t enseignement , véritable état de la question au point de vue constitutionnel , crie à la domination cléricale, à l’envahissement du clergé : «Le prêtre catholique, .dit l’auteur anonyme, s’élançant hors du sanctuaire, met le pied sur le seuil du prétoire; le dispensateur de la foi veut devenir le distributeur de la science; l’initiateur sacré demande à être aussi l’éducateur profane;
1 Deuxième examen , p. 79.
47*3 nrSTOlHE de l’iitstrüction FÜBLlQOE Dieu ne tui suffit plus, il lui faut César ! » Puis, dàrife les régions inférieures de la polémique, on trouve un professeur de l’Université qui, rassemblant en un éporme volume les diatribes dont, depuis deux ans, il orne les colonnes d’une feuille révolutionnaire^ prodigue le sarcasme aux choses les plus saintes du catholicisme, et essaye de rajeunir des rapsodies voltairiennes, en les intitulant : Les Jésuites et f Université. Il nous suffira de citer quelques têtes de chapitres pour donner une idée du livée : « La religion off erte au rabais ; — les Jésuites tyrans du clergé* — Tolérance du gouvernement poussée fus ‘ e/u’à la faiblesse ; — le Con fessiohnal dés Jésuites , etc* On ne répond à ces œuvres que par le déddirt , et on laisse au bon sens public le soin d’étl fait e jus* tice.
Si mal défendue par ses vassaux du ban et de l’arrière-ban , l’Université ne fut guère plus heureuse dans la sphère de la politique. Lors de la discussion de l’adresse, elle eut à subir un admirable discours de M. de Carné , dortt la voix a tdtijours été au service de la vérité catholique, et qhi flagella le monopole au nom de la constitution j et l'enseignement public au nom de la religion et de la morale. M. le ministre commençait cette période décroissante que chaque jour il descend avec plüs de rapidité. Il ne fut pas heureux ; la faiblesse de sa cause le dominait malgré son talent et son habileté. Le lendemain , nouvel et double éclieC : la France catholique recevait, le cœilr plein de reconnaissancè et de joie , la magnifique déclaration du R. P. de
-ET DE LA. LIBERTÉ d’eRSEIGITEMENT. 4? •
ft'àvty'nàn 1 , où l’homme de Dieu plaçait sous l’égide des lois et de la liberté cette société de Jésus tant calomniée, et en appelait du jugement des passions à l’honneur et à la loyauté de ses concitoyens et de ses frères; puis le Mémoire de M. de Vatimesnil a , eonsolante et noble conquête; ce mémoire où l’an* eien ministre, le jurisconsulte éminent, le chrétien courageux , mettait au service de la foi et des religieux persécutés j ce beau talent et cette sciebce profonde dont il avait jadis fait un autre usagé i loyale amehde honorable, qtii est, sans contrfeditl l’un des sublimes spectacles qui puissent être offerts à la société moderne.
Enfin, voici un dernier et soudain embarras. La querelle grandit tout à coup, et elle atteint des proportions redoutables. L’épiscopat a parlé, non plus isolément , mais âëlort les degrés de sa divine hiérarchie. Le gouvernement des églises de France s’adresse au gouvernement des peuples. Voici le fnémoire des archevêque et évêques de la province dé Paris, du cardinal-archevêque et des évêques de la province de Lyon, des archevêque et évêqué dé la province de Toulouse, des archevêque et évêques de la province de Bourges, etc., etc. Quelques jours encore, et tous les évêques auront , province pdr province, apporté au Conseil du prince et dans les assemblées de la nation , l’expressioh de leurs vœux et la déclaration de leurs droits !
* De l’Institut et fie l’existence des Jésuites; chez Poussielgüe, rue Hautefenille, 9.
1 Mémoire sur l’état légal des associations religieuses non autorüées ; chez Poassielgue , 9, rue Hautefeuille.
C’est au milieu de cet éclat universel que M. Ville* main présente à la Chambre des pairs son projet de loi !...
Arrêtons-nous ici. Aussi bien l’histoire n’est pas née encore pour la nouvelle œuvre du génie universitaire. Suspendue dans la balance des pouvoirs de l’Etat, elle n’est pas encore tombée dans le domaine de nos annales ‘.Attendons! . •;
Mais, quoi qu’il arrive, il nous restera toujours Dieu et la justice, et avec ces deux appuis, dans notre glorieuse terre de France, tôt ou tard , la liberté triomphera !