I. Plan de Chaptal
Chaptal fut admis le premier à l’honneur de réglementer l’instruction publique.
Il commence, dans son rapport, par tracer net* tement l’état des écoles du gouvernement. « L’éducation , dit-il , est presque nulle : presque partout les écoles centrales sont désertes. »
Pour remédier à ce triste résultat, voici ce qu’il propose :
« L’instruction publique sera partagée en 3 degrés, et donnée dans les écoles :
i° Municipales;
2° Communales ;
3° Spéciales.
i° On sera reçu de 6 ans à 12 dans les premières. On y enseignera : les connaissances nécessaires , c’est-à-dire, lire, écrire, chiffrer, arpenter , toiser, et la morale, puis Y explication de la Constitution. Le maître cT école (on revenait à ce vieux et modeste titre) recevra un traitement proportionné à l’importance de la population des villes et bourgades où sera l’école , et qui ! pourra s’élever de 400 fi\ à 1,000. <- .
Les écoles communales seront composées de cinq çlasses, où les instituteurs distribueront la
ET DE LA LIBERTÉ d’eNSEIGICEMENT. 'J 5 science, et le directeur donnera des leçons de morale.
3° Dans les écoles spéciales, où l’on sera reçu à 16 ans, après un examen prouvant que l’on sait tout ce qui s’enseigne dans les écoles communales, des professeurs expliqueront et développeront les connaissances relatives à :
La médecine ;
La législation;
L’agriculture;
L’art vétérinaire;
Les arts mécaniques;
Les beaux-arts ;
La musique ;
L’histoire naturelle;
Les lettres et sciences;
Les services publics ;
Les langues vivantes.
Enfin, et c’est pour nous le point capital, un article spécial établit : « qu’il était libre à tous les citojens de former des établissements d’ instruction, a
Ce plan fut soumis au premier consul et à son conseil d’État. Serait-ce qu’il déplut au maître et que déjà le mot et l’idée de liberté d’enseignement fussent proscrits par le futur empereur? Toujours est-il que, réduit à l’état de brochure, il ne subit même pas l’épreuve d’une discussion à la tribune législative. Les phrases suivantes nous rendent peut-être raison de sa disgrâce : « Tout privilège , disait-il , est odieux de sa nature : il serait absurde en matière d’instruction : l’autorité n’a que le droit d’exiger de celui qui exerce la profession d’institu-
HISTOIRE DE L’iNSTRUCTION PUBLIQUE teur les obligations qu’elle impose à tous les citoyens dévoués à une profession quelconque ; elle a sur lui une surveillance qui doit être doutant plus active que l’ exercice de cette profession intéresse plus essentiellement la morale publique : là se
bornent tous les pouvoirs du gouvernement Ainsi
il dérive de la nécessité d’assurer l’instruction et delà rendre générale et accessible à tous, que le gouvernement doit créer partout des écoles publiques. Mais il appartient aux droits d’un chacun , d’ouvrir aussi des écoles et d’t admettre les enfants de tous ceux qui n’aüront pas pour l’instituteur public le degré de confiance nécessaire. De la liberté del’enseignementdoit naître celte rivalité précieuse entre les instituteurs, qui tourne toujours au profit de la morale et de l’instruction. S’il en était autrement, quelles affreuses conséquences n’en verrions-nous pas découler? Le gouvernément, maître absolu de l’instruction, pourrait, tôtou tard, ladiriger au gré de son ambition : ce levier, le plus puissant de tous , deviendrait peut-être dans ses mains le premier mobile de la servitude ; toute émulation serait éteinte , toute pensée libre serait un crime ; et peu à peu l’instruction, qui doit éclairer, dégénérée bientôt dans la main de quelques instituteurs timides , façonnerait toute une génération à l’esclavage ! »
On conçoit que de pareilles maximes ne fussent pas goûtées de Bonaparte. Mais le temps n’était pas encore venu de les violer ouvertement. Napoléon préluda par l’expérience à la théorie, et les ministères de son frère Lucien et de Chaptal , en faisant un essai sur le Prytanée , préparèrent la formation
fcT CE LA LlfcE&Tlî D*ËNSBIGNÈMÈNT. ^
de l’Université. Napoléon essayait peu à peu le joug qu’il forgeait pour la France.
De tous les auciens établissements de Paris , le collège Louis-le-Grand seul subsistait encore avec un pensionnat et une dotation au 18 brumaire. Sous la Convention, il avait été conservé, grâce à la conduite révolutionnaire de son chef, et il avait pris le nom de Collège de l'Égalité. Sous le Directoire il devint l 'Institut central des boursiers. Rentré en possession, comme les hospices, de ses biens non vendus, il jouissait d’un revenu de 256, ooo francs, et il recevait les boursiers nommés par les l\o. départements substitués dans ce droit aux diocèses qui l’exerçaient avant la révolution. François (de Neufcliâteau), ministre de l’intérieur, changea le nom à' Institut central en celui de Prytanée , « plus noble et plus exact, » selon lui. On ne peut guère se figurer l’impiété révoltante, la scandaleuse anarchie et la honteuse dépravation qui distinguaient ses élèves , les enfants de la patrie.
Lucien Bonaparte en fut effrayé lui-même, et il adressaaux consuls un rapport dans lequel il avoue en principe : « que depuis la suppression des corps enseignants , T instruction est h peu près nulle en France. » Il semblerait que l’observation portât avec elle sa réponse, et qu’il n’y eût, pour rétablir l’instruction, qu’à rappeler ces corps enseignants qui seuls l’avaient fait fleurir. Mais Lucien n’allait pas si loin : il proposa de diviser le Prytanée en quatre collèges; d’affecter à ces collèges cent places payées par le gouvernement, et de les autoriser à recevoir
78 HISTOIRE DE LINSTIUJCTIOjy PUBLIQUE
des élèves payant huit cents à mille francs de pension. « Par là, la réorganisation des collèges s’annonce à la France,» disait Lucien. Les consuls approuvèrent; mais voyons quelle était cette réorganisation. Le règlement général qui la contenait fut rédigé par Cljaptal, ministre de l’intérieur.
Les élèves furent divisés en deux sections : la
première (au-dessous de 12 ans) reçut une éducation commune; la seconde se partagea en deux sections, les élèves qui se destinaient à l’état .militaire et ceux qui aspiraient aux carrières civiles. Enfin, unediscipline toute militaire domina l’ensembledes institutions. Dans chaque maison, il y avait un dépôt d’armes, et les pensionnaires étaient divisés en compagnies composées d’un sergent, 3 caporaux et 21 fusiliers. On consacrait deux jours par décade à enseigner le métier du soldat. Du reste, pas un mot de religion : les fêtes décadaires seules étaient chômées, et le mépris absolu de toute instruction religieuse formait la base de l’enseignement.
Cependant, la veille de l’apprQbatiop de ce règlement ( il date du 16 juillet 1801, % 7 messidor an X), le premier consul avait signé le concordat avec S. S. Pie VII, de glorieuse mémoire, et le i3 germinal, le conseiller d’État Portalis, en présentant cet acte si important au Corps législatif, avait dit: « Il est temps que les théories se taisent devant les faits. Point d’instruction sans éducation , et point d’éducation sans mprale et sans religion. Les professeurs ont enseigné dans le désert , parce qu’on a proclamé imprudemment qu’il ne fallait pas parler 4ç religion dans les écoles. L’instruction est
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nulledepuis dix ans. Il faut prendre la religion pour base de l’éducation. Les enfants sont livrés à l’oisiveté, au vagabondage le plus alarmant; ils sont sans idée de la Divinité, sans notions du juste et de l’injuste: de là des mœurs farouches et barbares ; de là un peuple féroce. Si l’on compare ce qu’est l’instruction avec ce qu’elle devrait être, on ne peut s’empêcher de gémir sur le sort qui menace les générations présentes et futures. . .. Ainsi, toute la France appelle la religion au secours de la morale et de la société. »
Après de telles paroles , le Pry tanée et son règlement général étaient frappés de mort. Aussi Fourcrojr , que nous retrouvons après une assez longue éclipse, vint-il présenter un projet complet d’instruction publique, qu’il fit adopter par le Corps législatif, et qu’il mit lui-mèuie à exécution pendant plusieurs années.
II. Les lycées de Fourçroy. — Loi du 1 1 floréal an X. — Arrêté du 1 9 frimaire an X. — Les écoles libres.
Il devait en coûter beaucoup à celui qui en l’an IY s’était extasié par avance devant ces quatre vingt-dix écoles centrales sortant tout h coup du néant, d’avouer qu’elles y étaient rentrées, ou plutôt qu’elles n’en étaient jamais sorties. Il s’y résigna cependant, et reconnut le peu cF utilité des écoles centrales ,• la nullité presque totale des écoles primaires, dont le gouvernement était effrayé, et les
8d HiSÏOîAË »Ë t’iSsfRUCfldîf fUfcLlQÜK lacunes indispensables à remplir dans les écoles spéciales.
Le plan de Fourcroy devait-il remplir ces lacunes et parera ces inconvénients? Examinons-le rapidement.
i° Il divise l’enseignement en quatre degrés. C’est toujours cette manie de partage égal et de niveau absolu, sortie du cerveau de M. deTalIeyrand, avec ses inconvénients et ses impossibilités, avec sa brutale et impitoyable classification des intelligences.
i° Le titre deuxième parle des écoles primaires ; c’est le degré le plus bas. Fourcroy ne fait ici que consacrer l’œuvre de ses devanciers, mais sans porter atteinte à la liberté, et en respectant les droits des familles , même dans l’établissement des écoles publiques. Ainsi , l’instituteur, logé aux frais de la commune, rétribué par les parents, est nommé ' par le maire et les conseils municipaux : c’est une juste et utile garantie. Enfin , l’État garde aussi ses droits en prenant les instituteurs sous sa responsabilité , dans la personne des sous-préfets.
« L’expérience , dit Fourcroy, et ces paroles ont une grande importance dans la question qui nous préoccupe ; l’expérience de ce qui se faisait autrefois, a convaincu le gouvernement qu’il faut confier le soin de l’organisation de ces écoles aux administrations locales qui y ont un intérêt direct, et qui en feront dans chaque commune une affaire de famille. »
3° Le titre 3 est relatif aux écoles secondaires.
Il faut bien savoir ce que Fourcroy entendait par
fcf DÉ LA ItÉËRîi t»*ENSfe<GNEWËNf. 8t tes écoles secondaires. Grâce à Dieu , et sous l’influence de la liberté telle quelle concédée par les dernières lois révolutionnaires, il s’était formé dans la France un certain nombre de maisons d’éducation qui, malgré les attaques et malgré les décrets, avaient ouvert à la jeunesse des asiles de science, de religion, de paix et de bon ordre. Fourcroy est trop heureux de les trouver et de leur rendre hommage : il n’ose pas encore porter sur elles une main spoliatrice; s’il les convoite, il les respecte encore, et d’ailleurs la pensée tyrannique du maître n’a pas jusque-là étouffé chez lui tout instinct de liberté, tout sentiment de générosité et de justice. « Depuis la suppression des collèges et universités, dit-il, les écoles anciennes ont pris une nouvelle extension, et il s’est formé un assez grand nombre d’établissements particuliers pour l’instruction littéraire de la jeunesse; » et il cite avec éloge Sorrèze , Juilly, la Flèche, Évreux, Fontainebleau, Metz, etc. Le gouvernement serait tout disposé sans doute à faire jouir la population d’un bienfait pareil à celui que répandent les fondateurs de Ces collèges ; mais l’état de ses finances ne le lui permet pas, et il adopte un autre mode. « Le gouvernement a pensé que s’il réunissait des moyens d’encouragement à ce que l’industrie particulière a déjà produit dans ce genre, les écoles secondaires qui existent déjà prendraient une plus grande activité, et que de nouvelles seraient bientôt ajoutées aux anciennes. » Les moyens d’encouragement sont des concessions de local et des gratifications annuelles aux maîtres des écoles qui se seront le plus distingués. « Ceux des pull. 6
8a HISTOIRE DE ^INSTRUCTION PUBLIQUE blicistes, continue Fourcroy,quipensentavec Smith que l’instruction doit être abandonnée aux entreprises particulières , trouveront dans celte partie du projet la réalisation de leurs idées. Ceux qui pensent au contraire que le gouvernement doit su (Tire à tous les moyens d’instruction, reconnaîtront qu’il a fait à cet égard tout ce qu’il peut faire dans les circonstances où il est placé. Une nouvelle espérance se présente a la pensée du législateur dans l’établissement de ces écoles par les communes (le projet les y engageait ) : il voit naître entre ces institutions littéraires et celles des particuliers une louable et noble émulation , garant certain du succès des unes et des autres; car l'émulation conduit à la gloire et ne tourne jamais qu’au profit de la société. » Ainsi c’était non plus l’éducation par l’E- , tat, mais l’État encourageant l’éducation libre et particulière; c’était l’État consacrant la liberté, et s’en remettant à elle, résignant entre ses mains des droits qu’il ne pouvait exercer.
4° Le titre 4 remplace les écoles centrales par des lycées dont le nombre sera égal à celui des cours d'appel. Encore une classification territoriale et hiérarchique qui a tous les dangers de l’uniformité, et qui crée des écoles trop faibles pour les grandes villes, trop fortes pour les petites. Du reste, Fourcroy avait senti lui-même ces dangers et ces inconvénients, et il espérait du temps, des renseignements, des con venancesde localités, de l’expérience enfin, la rectification desabus inévitables. Il les diminuait d’ailleurs le plus possible en établissant comme base d’opération un minimum que le gou-
ET DE LA LIBERTÉ D’ENSEIGNEMENT. 83 vernement devait pouvoir augmenter selon les circonstances. L’administration des lycées était confiée à un proviseur, à uu censeur et à un procureurgérant, qui devaient être mariés après la première organisation.
Nous aurions cru que le ridicule et l’injustice d’une pareille condition l’auraient tuée pour jamais.
Mais ce n’était pas tout que de donner aux lycées une administration forte et mariée ; il fallait y faire entrer des élèves. Fourcroy proposa le seul moyen qui eût quelque chance , et encore ne réussit-il pas toujours. Il créait six mille quatre cents pensions , dont deux mille quatre cents étaient destinées aux enfants des fonctionnaires qui auraient bien servi la République, et quatre mille aux élèves des écoles secondaires qui les obtiendraient au concours. Avec des élèves et des professeurs payés, il fallait avoir du malheur si les classes restaient vides !
5° Le projet créait enfin des écoles spéciales de droit, de médecine, d’arts, de guerre, etc.
Plus heureux què"ceiui de Chaptal , le plan de Fourcroy eut les honneurs de la discussion. Assez peu importante en elle-même, cette discussion est précieuse au point de vue de la liberté. Elle prouve combien ce principe essentiel était respecté par ceux-là même qui, plus tard, le confisquèrent à leur profit; combien le gouvernement, alors du moins, sentait la nécessité de reconnaître le droit des familles, et de n’y pas porter violemment atteinte; combien enfin les vœux des pères étaient en ce
ê4 lllSÎOlAË D£ L'iîfSTRÜCTlON MlBLlQUË temps , comme toujours, parfaitement appuyés sur leur droit imprescriptible, sur la raison, sur l'expérience.
Il faut entendre avec quelle scrupuleuse exactitude un orateur duTribunat (CAa//««)justifie la surveillance du gouvernement et Y autorisation préalable que l’art. 7 imposait aux écoles secondaires des particuliers. Et encore cette autorisation devaitelle émaner du gouvernement lui-même , et n’être soumise à aucune formalité d’examen ou d’épreuve , surtout ne devait-elle pas être conférée par un corps rival et privilégié.
« Avant de former des entreprises d’éducation , disait le tribun du peuple, elles doivent être examinées , au moins sous le rapport de la morale de
celui qui s’y dispose Les écoles dont nous venons
de parler, ajoutait-il, ne sont donc sous la dépendance que pour garantir les citoyens des vices qui s’y pourraient glisser, et protéger ces mêmes écoles, lorsque les maîtres se conduiront de manière à mériter l’estime publique. Afin d’éviter les préventions qui naissent des interéfs^très- rapprochés, c’est au magistrat d’un ordre supérieur que la loi confie la surveillance , au préfet. »
Siméon vint ensuite déclarer pour le Tribunat , au Corps législatif, les principes suivants :« La loi, prenant ce qu’il y a de plus sage dans l’opinion des meilleurs publicistes, tpi’en matière (Tinstruction, il faut beaucoup laisser faire aux particuliers , commande moins qu’elle n’invite. Elle favorise beaucoup plus quelle 11 établit. Le gouvernement s’associe pour l’exécution et les communes et les
ET DE LA LIBERTÉ D’ENSEIGNEMENT. 85 particuliers... Des particuliers ont ouvert avec succès des écoles secondaires : on respecte cette propriété fondée par leurs txdents , consacrée par la confiance des citoyens »
On le voit donc, et le doute, après tant de faits et de citations, n’est plus possible, la liberté d’enseignement était reconnue, proclamée, admise en pratique, consacrée dans ses œuvres par la loi du 1 1 floréal an X : aussi énergiquement que par celle de l’an IV, par celle de l’an III, par la Constitution de l’an III, par la Convention, par l’Assemblée constituante, par la monarchie de Louis XV, de Henri IV, de saint Louis et de Charlemagne.
Un fait grave, et dont nous aurons occasion de remarquer ultérieurement les conséquences, mérite d’être consigné ici.
Le plan de Fourcroy ne parlait pas de l’enseignement religieux des lycées. Un seul orateur da Tribunat , et il faisait là un acte de trourage ,“-M .jCa*% rion-Nisas, avait osé prononcer le nom de « ces congrégations enseignantes , dont le rétablissement avait été demandé par le plus grand nombre des conseils générale des départements, » rétablissement qui aurait été singulièrement secondé par l’enthousiasme que le Concordat venait de produire. Ces efforts ne constatèrent que l’indifférence duTribu- -nat: il ne fut pas ajouté un seul mot à la loi. Le commissaire du Tribunat, Jard-Panvilliers, qui déjà, au conseil des Cinq-Cents , s’était fait remarquer par son hostilité à toute idée religieuse, e.xagéra
l'opinion du corps qu’il représentait, et dit: '(Quant à l’étude de la religion , comme elle ne peut être la même pour tous, dans un pays où l’on ne connaît pas de religion exclusive , elle ne peut être non plus un objet d’enseignement dans les écoles où doivent être admis indistinctement les enfants de citoyens, quelles que soient leurs opinions religieuses. Il est des vérités reconnues par toutes les religions, qui feront sans doute partie del’ibstruction. Ce sera sur ces vérités reconnues que des professeurs sages et éclairés établiront dans les écoles ün système de probité 4 d’égalité et de tolérance. »
Un des orateurs du gouvernement se chargea de justifier plus nettement encore le projet. « Il eût été impossible d’établir en France des milliers d’écoles secondaires et d’y réunir tous les élèves qui ont besoin de l’instruction de cet ordre si on y eût enseigné la religion 8i le gouverne-
ment s'était chargé de la religion dans les écoles ^^secondaires, H aurait fallu remettre l’enseignement aux sacerdoces des différents cultes; il aurait fallu un fenseignement pour chaque culte avoué par l’État dans chaque école ; il aurait fallu en écarter les enfants dont les parents sont attachés à un autre culte. L’on sent combien de raisons détournent de ce système.» Nous avouons, pour notre part, ne pas trop comprendre les raisons qui détournent de ce système, et nous aimerions cent fois mieux i’&tablissement de quelques écoles de plus, que ce pêle-mêle révoltant d’enfants de tous les cultes, qui, éh définitive, les méprisent tous et n’en sui-
ET DE LA. LIBERTÉ d’oTSIIGSEMENT. 87
vent aucun : ce qui arrive dans l’Université actuelle. En l’an X , au moins , il y avait une réponse toute naturelle à faire : celait l’existence des écoles libres où les cultes divers dominaient exclusivement, et où les parents pouvaient envoyer leurs fils. M. Jard-Panvilliers ne néglige pas cet argument , et, consacrant en même temps un fait qui honore la France et dénote l’esprit religieux qui fait le fond de notre nature, il dit: « L’expérience a prouvé que la plupart des pères de famille voulaient que leurs enfants fussent élevés dans les principes de leur culte, et qu'ils préféraient les écoles salariées par eux-mémes , où l’on enseignait leur religion, aux écoles gratuites qui ne l’enseignaient pas * »
L’Assemblée se contenta de ce motif, et la loi de Fourcroy fut votée sans enseignement religieux.
Il est vrai qu’en dépit du Tribunat, lè premier consul rendit, le 19 frimaire an X(io décembre 1802), un arrêté portant règlement des lycées, dans lequel il glissa un article fort bref ainsi conçu : a, U% j aura un aumônier dans chaque Ijcée. » C’était une coqcession aux vœux des familles; c’était aussi un leurre et la réalisation de cette parole inspirée par le premier consul à Daru : « Il ne faut pas que le 1 \ gouvernement permette que l’instruction religieuse s’introduise dans l’instruction publique; il faut qu’il l’y appelle pour la diriger et la surveiller. » C’était enfin l’accomplissement de ce mot du premier consul lui-même : « II faut bien laisser une marotte à l’opinion publique. »
Que maintenant Fourcroy, nommé en récom-
pense ' de ses services directeur général de l’instruction publiqué et conseiller d’État, établisse avec toute son activité ses lycées et ses écoles spéciales, l’avenir ne lai appartient pas encore. Et avant d’arriver à la grande création de l’Universite impériale, nous jetterons un rapide coup d’œil sur les maisons d’éducation nées à l’ombre de la liberté. ;
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Nous; avons entendu les éloges arrachés parla mérité au directeur général de l’instruction publiques et pour que le fondateur des écoles centrales, pour que le conventionnel se résignât à louer ces écoles tant de fois accusées de répandre le poison du royalisme et de la superstition, il fallait que la réalité fût bieu puissante et que son ascendant fût vraiment irrésistible.
./ Plusieurs villes, à l’exemple des particuliers , avaient fondé des établissements sur le modèle , sur •les stiuvenits des anciens collèges. D’anciens mem- -bres de congrégations enseignantes , de pieux ecclésiastiques s’y dévouèrent à l’instruction, et la régénération sociale recommença par l’enfance. ' u En même temps les évêques créaient des pensionnats qui, sous lè nom de petits séminaires et d’écoles ecclésiastiques, eurent dès l’origine un succès extraordinaire. Les offrandes des fidèles les rendirent bientôt plus considérables et plus nombreux que les lycées. Le désintéressement des supérieurs, le nombre d’enfants pauvres qu’ils recevaient gratuitement, les porta au plus haut degré de prospérité , et les mœurs ainsi que la science -réfleurirent sous leur tutélaire abri.
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Si, maintenant , le gouvernement consentait à . garder la tolérance qui était son devoir et que lui imposaient les lois et la Constitution , l’éducation publique et particulière devait nécessairement se rétablir en peu de temps avec des succès inespérés. La volonté souveraine qui dominait alors en décida autrement, et l’Université impériale sortit tout armée du cerveau de Napoléon.