‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne (volume 2)Chapitre 175 sur 200 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Dans cette mémorable et sanglante journée de Kunersdorf, les Prussiens perdirent 20 mille hommes , dont 18 mille hors de combat ; c'était la moitié des forces présentes. La perte des ennemis fut denviron 16 mille Russes et 3 mille Autrichiens tués ou blessés. Soltikof écrivit à limpératrice que , s il remportait encore une ^victoire semblable , il irait e/z porter la nouvelle à pied ^ un bâton à la main.

Le roi y montra un courage étonnant ; on fut obligé de l'entraîner hors de la mêlée, et sans le dévouement du major Prittwitz, il y aurait perdu la liberté ou la vie. L'armée repassa l'Oder, le i3 au soir, et rompit aussitôt les ponts; elle se porta ensuite , le 16 , à Malvitz ; le 18 , à Furstenwalde , où elle garda les passages de la Sprée et couvrit Berlin. Le roi se fit joindre par le général RIeist , qui avait jusqu'alors observé les Suédois sur la Péene aveo 6 bataillons et 7 escadrons, recompléta ses parcs, et réorganisa ainsi une petite armée de 28 à 3o mille combattans.

De son côté, Soltikof après avoir passé l'Oder le 16, campa la droite à Tzetschenow, la gauche à Lossow , le corps de Laudon vers la droite , Haddick , avec 12 a i5 mille hommes, à Hohenvv^alde; les alliés restèrent jusqu'à la fin du mois dans ces positions, singulier résultat d'une victoire sans exemple dans l'histoire de cette guerre, et era-

4oO TRAITÉ DES GRANDES OPKRATIOINS MILITAIRES.

ploi bien fautif d'une supériorité numérique qui leur garantissait la conquête de la Prusse.

On a reproché à Frédéric de ne pas s'être contenté de la prise du Muhlberg , et d'avoir continué les attaques. ïempelhof , pour le disculper , fait une longue dissertation inutile à rapporter; car il est en effet ridicule de reprocher après coup à un général , d'avoir poursuivi ses succès. Sans doute le roi aurait mieux fait de se contenter d'une demi victoire , que de perdre une bataille aussi terrible , s il avait pu prévoir comment tournerait la seconde attaque. Mais attendu que 8 bataillons seulement se trouvaient engagés ^ n' avaitil pas les plus belles chances pour donner le dernier coup à une armée pour airisi dire cernée? Toutefois, on ne saurait se dissimuler qu'après la prise du village de Runersdorf , le roi n'ait eu une sorte d'intérêt à s'en tenir là ; il occupait alors les deux routes aboutissant à la ligne d'opérations de l'ennemi , celles deReppen et de Zielenzig. En laissant reposer ses troupes, et poussant lo escadrons de hussards dans la plaine de Reipsig pour observer l'ennemi durant la nuit sur la route de Crossen , Frédéric mettait Soltikof dans l'alternative de capituler le lendemain, ou de se faire jour, ce qui eut été fort diflicile, puisque les avantages du terrain et de la victoire de la veille , garantissaient aux Prussiens le succès d'une bataille défensive.

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