CHAPITRE XVir
clia à gagner le rebord opposé que Laudon avait garni de toute son infanterie. 11 faisait une chaleur excessive; les troupes prussiennes qui marchaient et combattaient depuis près de dix heures étaient déjà harassées; tous levu'S efforts, pour gravir cette pente , fureilt vains ; quelques braves y parvinrent et reçurent la mort dans les rangs ennemis. Le carnage fut effroyable , car on se fusilla et mitrailla à cinquante pas. Toutefois le roi ne perdit pas l'espérance, et renvoya à la charge les plus braves des bataillons repoussés , jusqu'à ce qu'enfin le plus grand nombre eut succombé. Le corps de Finck ne fut pas plus heureux à l'attaque des hauteurs de lElsbuch; il fut constam.ment culbuté , et laile gauche, qui voulait emporter le Spitzberg, éprouva le même sort.
Dans cette position critique , Frédéric envoie l'ordre à sa cavalerie de voler à la droite , et de chercher à entamer l'infanterie ennemie. Le duc de Wurtemberg part aussitôt à la tête de quelques régimens , forme près du grand mouiin autant d'escadrons que le terrain le permet, et se dispose à charger à l'issue duKuhgrund , lorsque blessé grièvement, il tourne les yeux derrière lui et voit fuir ses escadrons , épouvantés du feu terrible de l'ennemi. En vain , le général Putkamer s'avance avec ses hussards, il perd la vie et son attaque reste sans succès. En moins de six heures , les Prussiens eureut 16 mille hommes
hors (le combat. Pourtant iis faisaient encore des prodii^es pour se maintenir; mais (pielques escadrons autrichiens ayant chargé le flanc droit de Finck, au pied de l'Elsbuch, le culbutèrent et décidèrent la retraite. Le désordre fut si grand pour repasser les ponts du ruisseau de Huuerllies, que la plus grande partie de l'artillerie du roi, au nombre de i65 pièces , fut abandonnée. Frédéric , couvrant la retraite avec le régiment de Lestwitz, reçut une contusion , et vit prendre 2 bataillons derrière lui. 11 ne repassa le défilé qu un des derniers , poursuivi de très-près par l'ennemi.
L'armée adverse était elle-même en si mauvais état, que Soltikof ne lança à la poursuite des Prussiens, que quelques escadrons autrichiens de Laudon. Les restes de larmée victorieuse passèrent la nuit pêle-mêle sur les hauteurs de Oetscher; le roi ralliant les débris delà sienne au pont de roder , passa la nuit à la réorganiser, et le lendemain à midi , cette opération fut terminée^
Afin de rendre la victoire décisive , Frédéric avait ordonné au général Wunsch , resté à la garde des ponts de bateaux , de se porter avec quelques bataillons sur Francfort , d'enlever la ville et de couper la dernière retraite de Soltikof en semparant du pont. Wunsch avait pris de si justes dispositions , quil fit la garnison prisonnière et i^arda les ponts; la perte de la bataille seule le força à revenir sur ses pas.