CHAPITRE XX
incompréhejisihlc donna donc à ses enjiemis les moyens de former , à leur tour, une masse intérieure, qui déconcerta tous les mouvemens successifs, découragea les Russes, et fut plus utile aux Prussiens que la victoire de Kunersdorf ne l'avait été aux confédérés.
Daim aurait sûrement bien plus déconcerté le prince, s'il s'était porté à marches forcées sur Luben, et eût coupé les communications de Frédéric, déjà pressé à Waldausur son front par l'armée russe.
Malgré toutes ces fautes , on doit néanmoins des éloges au maréchal pour l'affaire de Maxen ; il profita avec habileté du gros détachement cpie Frédéric avait imprudemment poussé sans le soutenir. Sa conduite en cette occasion, est une forte preuve de ce que Von peut faire avec une masse centrale contre des parties isolées , en prenant V initiative du mouvement , et le cachant ainsi pendant quelque temps. Finck était détruit, et le roi qui ne s'en doutait pas, restait tranquille dan» son camp de Wilsdruf.
Mais Daun ne profita pas de ses succès : la prise des corps de Finck et de Dierke avait rendu de la confiance à son armée; il avait à Dresde une place d'armes, où en cas déchec il pouvait s'appuyer. Il n'osa ni marcher contre le roi , ni Taltaquer vigoureusement, en manœuvrant par sa droite poiu- le couper de lElbe et de sa base d'o- 2. 3o
pérations. On a dit que la saison était avancée; cependant on s est battu depuis en Pologne par un froid aussi rigoureux; d'ailleurs dans les sables de la Saxe et du Brandebourg, les routes sont meilleures en hiver qu'en été'. Finalement il laissa à Fi édéric le temps de réparer la perte de la moitié de son armée , et en fut bien puni la campagne suivante.
Je rie m'étendrai pas sur les opérations de Sollikof; il manoeuvra fort bieii contre Dohna , et se tira avec honneur de la bataille de Zulicliau : il'renut celle de Francfort dans une position forte à la vérité , mais dont l'ennemi tenait les communications , et exposa ainsi son armée à une ruine totale ; le courage de ses soldats , et l'attaque de Laudon faite au moment décisif, le tirèrent heureusement de ce mauvais pas. Le maréchal commit une faute plus grave avant la bataille, en ne s''éclairant pas dans la direction de Bischofsée, vers la foret par où le roi devait déboucher : cette faute permit à Frédéric de cacher ses premiers mouvemens, et de surprendre, avec toutes ses forces, une e^itrêmité de la ligne ennemie , qui aurait été perdue , si les Prussiens avaient profité vivement de ce grand avantage.
L'inaction de Sollikof , dans les momens qui suivirent la bataille de Kunersdorf, est d'autant m,oins excusable , qu'avec sa nombreuse cavalerie 5 il pouvait pousser vivement l'armée prus-
sienne déjà en déroute , sans craindre beaucoup de résistance, et avec certitude de la cidbuter dans roder. Après que le roi eut repassé ce fleuve, il pouvait encore l'accabler ; mais si sa conduite fut contraire aux règles de la glierre, elle trouva du moins une excuse dans de justes mécontentemens politiques.