‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne (volume 2)Chapitre 198 sur 200 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

ie^ suites de la bataille de Kunersdorf. Pendant que les Russes se battaient avec tant d'acliaruement, Daun demeurait à Pribus , et Haddick à Guben : ces deux corps , formant 5o mille hommes environ, restèrent dans l'inaction, au lieu de se diriger vers Mulroseet Francfort, pour porter le dernier coup au roi; les débris de l'armée prussienne eussent été coupés de leur base , jetés sur la rive droite de l'Oder et acculés successivement à la mer vers Stettin. Daun et Haddick avaient d'autant plus d'intérêt à exécuter ce mouvement, qu'ils pouvaient, en cas de revers, couvrir la retraite de l'armée: russe le long de l'Oder, et se réunir à elle pour rétablir les affaires.

Si l'inaction du général autrichien fut blâmable à cette époque , elle devint impardonnable , après la nouvelle de la bataille de Kunersdorf. Depuis que Frédéric faisait la guerre , il avait été battu à Kollin , surpris à Hohenkirch, mais navait été complètement défait qu'à Kunersdorf On connaissait la force de ses débris : Daun pouvait, en trois marches , se réunir à Haddick vers Lubben , et se porter directement sur Berlin, pour gagner les derrières des Prussiens; le roi perdait par cette manoeuvre tous moyens de salut , car la niasse de ses ennemis victorieux eût été établie au coeur de ses petits états , dont le sort ne serait pas resté long-temps douteux.

Cette vérité prouve encore que Daun, loin d'at-

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tendre à Piibus et à Tribel , jusqu'au 2 septembre, devait marcber à Midrose ou du moins à Gubeii , pour être en mesure , soit de se joindre aux Rus^ses, soit de porteries derniers coups au roi , suivant la tournure que les aflâires auraient prise. L'inaction de Soltikof , après la bataille, est excusable, parce que son armée avait réellement tout fait, et qu'il était scandaleux que celle de Daun n'eût pas encore brûlé une amorce. Ladissention qui 1 égna entr'eux, est un défaut inhérent aux coalitions qui ne reconnaissent pas de chef; il en résulta que Frédéric gagna du temps , et le temps fait tout à la guerre. C'est en perdant quelques heures , que l'on peut être engagé partiellement ; que l'ennemi vous accable de sa masse , que Ton perd ou l'on gagne les communications et les grandes chances; enfin que les vaincus mettent un terme aux désastres d'une défaite. Le génie ne préside pas toujours au gain des batailles; mais lui seul sait tirer parti de la victoire. Napoléon peut encore être cité ici comme un exemple. Quelle distance n'y a-t-il pas, en effet, des combinaisons qui ont amené les résultats de Bassano, deMarengo, d'Ulm, d'Jéna et de Friedland, aux faibles conceptions de ces généraux médiocres, victorieux par hasard? Toutefois ce n'est pas aux combinaisons , garans du succès, que se restreint le talent d^un grand capitaine: on le retrouve encore dans la vigueur qui

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fait recueillir les fruits de ces plans primitifs. Les manoeuvres qui devinrent si funestes aux armées deWurmser, de Mêlas, de Ma ck et du duc de Brunswick, n'auraient été que de vaines menaces, si le génie qui les enfanta n'avait présidé à leur exécution. Napoléon ne livrait pas une bataille pour la gagner simplement; mais bien pour achever l'anéantissement des corps organisés de l'ennemi, S il est vrai que la force d'une armée ne réside pas moins dans l'unité de plans et de mouvemens que d<ins la constitution physique , après une défaite , cet ensemble n'existe plus ; les généraux battus sont souvent sans projets , incertains sur la direction de leurs colonnes , et les corps désorganisés sans communication avec le chef qui donne l'impulsion. C est le moment favorable d'attac]uer, surtout si l'on a une bonne base; il serait absurde de rester tranquillement devant les vaincus, et de donner le temps à son adversaire de réorganiser ses moyens de résistance.

Xi'armée de Fi-édéric II aurait été détruite , si Daun eût manœuvré comme Napoléon après la bataille de Jéna en 1 806, et Frédéric III eût sauvé les débris de la sienne , s'il avait eu après la bataille d'Auerstedt, autant de temps que le maréchal autrichien en accorda aux débris de Kunersdorf(i}.

(i) Depuis la première édition de cet ouvrage , Napoléon a été

Jusqu'alors les fautes du général autricliieii provenaient de son manque de résolution : mais sa retraite sur Bautzen est impardonnable. Parvenu par suite d'un bon plan primitif, et les fausses manœuvres du roi, à réunir les armées combinées dans une position centrale, au cœur des états prussiens , et à isoler les deux armées ennera.ies ; il n'avait rien de mieux à faire que de diriger un effort décisif contre l'une ou l'autre de ces parties isolées. Peu importait que le prince Henri menaçât la Haute - Lusace, il fallait le laisser courir , puisqu'il s'éloignait de plus en plus de la ligne secondaire qu'il devait soutenir, et à laquelle il aurait dû chercher à se lier de nouveau. Cette promenade donnait au contraire la facilité d'écraser le faible corps de Frédéric à Furstenwalde. Mais au lieu de se réjouir de la manœuvre du prince , Daiin prit l'épouvante, renonça à tous les avantages de la concentration , et vint camper à Bautzen pour couvrir quelques sacs de farine. Cette conduite

renversé par l'applicalion des mêmes principes ; la vigueur déployt'» par les armées russes en I Si 2 , a ébranlé son empire, et la poursuite après la bataillé de Leipzig l'a fait crouler. Si Daun et Soltikof avaient agi avec cette énergie, Frédéric n'eût pas résisté un mois à leurs attaques. Les hommes qui voudraient mettre ces deux guerres en parallèle , et juger de la résistance de Frédéric , d'après les é\énemensde nos jours, se tromperaient ^ossièremçnt.

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