‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne (volume 2)Chapitre 59 sur 200 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

En examinant le carré des Russes, on conviendra qu'il était plus avantageux de l'attaquer par i'angle aigu vis-à-vis de Ziclier. Cette extrémité était , à mon avis , le point où les troupes pouvaient être le moins promptement soutenues; mais les deux longs côtés du carré se seraient trouvés pris dans leur prolongement, comme la ligne des Autrichiens l'avait été à Leuthen. Le roi aurait donc atteint le but qu'il se proposait , et même avec plus d'espoir de succès , s'il eût attaqué par sa droite renforcée de l'avant-garde et de toute la cavalerie, tenu la gauche en arrière de Zorndorf , et dirigé ses efforts sur l'extrémité mentionnée. Sa meilleure infanterie était sur cette aile , où il plaça les braves régimens qui avaient combattu à Prague, à Rosbach, à Leuthen. Au milieu de l'action le roi fut forcé d'en revenir à une attaque par la droite ; les seuls régimens qui s'y trouvaient, culbutèrent la ligne ennemie et l'extrémité du carré dont nous venons de parler; on peut juger ce qu'ils auraient fait si l'avantgarde et la cavalerie eussent été là, et si l'aile gauche , au lieu d'être rompue , eût été à mêirfe de soutenir successivement l'attaque. L'armée russe eût été fortement compromise si l'action avait commencé par où elle finit. Ces deux lignes prises dans leur prolongement, attaquées en flanc et à revers , battues successivement , et hors d'état

l^S TRAITÉ DES GRANDEs'oPÉRATIONS MILITAIRES.

lie se rallier, auraient eu bien de la peine à se faire jour.

Le roi , dans cette position , ne risquait pas davantage de perdre ses communications avec Custriu; la gauche appuyant obliquement à Zorndorf, aurait reçu la droite repoiissée, et pris la route de cette place aussi facilement que si Tennemi eût débordé la gauche dans remplacement qui lui fut assigné pour son premier mouvement. On voit par-là qu'il ne sufiit pastoujoursde suivre un système reconnu pour bon, mais qu'il faut encore le coup-d'œil, le tact, le jugement rapide, pour l'appliquer au point convenable. Si Frédéric eut le bonheur de pouvoir sans inconvénient changer ses dispositions au fort de l'action , il en fut redevable à sa cavalerie et au général Seidlitz; d'ailleurs, quelle différence n'y eut-il pas dans les résultats de la victoire?

Ces observations n'ôtent rien au mérite d'une attaque oblique sur la gauche renforcée; si l'on avait suivi exactement les ordres du roi, il est très-vraisemblable qu'elle eût réussi; mais elle était dans tous les cas moins avantageuse que l'autre.

Quant à la conduite de Frédéric après l'action , il n'est pas difficile d'en pénétrer les motifs; la relation qu'on vient de lire prouve , que l'élite de sou armée rétablit le combat , par des efforts

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inouïs et au prix de 1 1 mille brav'es : il ne lui restait donc qu'environ 20 raille hommes , dont la moitié de troupes sur lesquelles il ne pouvait guères compter; Fennemi en avait le double en comprenant les Cosaques; outre cela la posia lion du roi sur les derrières des Piusses , eu assu7 rant leur ruine, s'ils essuyaient une défaite, les eût fait battre en désespérés. Il est donc incontestable que le parti le plus sage était de leur faire un pont d'or , et de les laisser retourner en Pologne. Le roi avait atteint son but, et la situation de 8€S affaires eu Saxe et enSilésie lui conseillait de ne pas risquer une bataille dont la perte aurait pu lui être funeste, et dont le gain ne lui promettait que de faibles avantages.

Cette circonstance fit que les deux partis s'attribuèrent la victoire, et si elle futréeîllement indécise sur le champ de bataille , le roi y eut plus xle droits par les suites qu'il sut en tirer.

l5o TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES.

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