CHAPITRE XII
henkircli; le revers de ces hauteurs , du côté du camp prussien, était gardé par les Croates et les hussards du corps de Laudon, ainsi que les villages de Wuisclika , Raclilau et Meschwilz ; le Stroinberg se trouvait occupé par 5 bataillons de grenadiers avec une nombreuse artillerie; le général Esterhazy posté à Nostitz avec ses hussards , faisait front vers le corps de Retzow ; tous les villages et les bois devant le front étaient garnis de troupes légères, et le comte deBrown se jeta dans le village de Glaussen avec 4 bataillons de grenadiers.
Frédéric fut très-mécontent que le général Retzovsr eut négligé d'occuper le Stroinberg : et en effet ce petit incident devint cause des événemens imporlans dont nous allons rendre compte, car Daun n'aurait pa^ campé dans la position où il se trouvait, si le Stromberg, qui dominait toute sa, ligne, depuis le flanc droit jusquàrextréme gauche, eût été fortement gardé par les Prussiens. Le roi ordonna d'attaquer cette hauteur dans la nuit du 10 au 1 1 ; mais comme elle pouvait alors être soutenue par toute l'armée autrichienne, cet ordre fut révoqué , et le général Retzow mis aux arrêts.
Bataille de HolienkircJi.
Jamais deux armées ne campèrent plus près
l68 TRAITÉ DES GRA.^DES OPÉRATIONS MILITAIRES.
qu'à Ilolienkirch , avec autant d'avantage d'un côté et de circonstances défavorables de l'autre. Daun qui avait vu déjouer tous ses projets , et qui se voyait sur le point d être rejeté en Bohême , malgré la supériorité de ses forces , sentant enfin qu'il fallait agir avec plus de vigueur, résolut d'attaquer le roi , puisque d'ailleurs les succès récemment obtenus parLaudon et Lascy , lui faisaient penser qu'il était facile de surprendre les Prussiens.
Tempelhof , toujours persuadé que l'infanterie légère est une troupe d'une nature toute différente que les autres, pense que le grand nombre qu'en avaient les Autrichiens leur donnait beaucoup d'avantage pour une telle entreprise (i). Ils en eurent encore un plus grand dans cette occasion , parce que l'aile droite de l'armée prussienne fut inquiétée pendant plusieurs jours parle tiraillement des Croates, qui sortaient régulièrement du taillis vers les quatre à cinq heures du matin : le soldat, habitué à ces événemens, finit par n y faire aucune attention (2). Il était donc
(i) J'ai déjà observé, dans le chapitre X, que cette idée me parait peu fondée ; si Frédésic avait eu uu plus grand nombre de bataillons , il aurait bien su en employer quelques-uns pour former des chaînes de postes en opposition aux postes ennemis; un fantassin est toujours propre à ce jervice; le nom de corps franc ne constitue pas l'infanterie légère.
(i) Celte assertion par&îtra juste , sans doute , si on observe gue^
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très-possible de changer un jour une de ces pandourades en bataille décisive.
Inaccessibles à la crainte , les grands hommes sont ordinairement calmes au milieu du danger : Alexandre et Coudé, la veille des batailles d'Arbelles et de Rocroi , dormaient si profondément, qu'il fallut les éveiller pour combattre. Un sentiment intérieur de leur force , de leur supériorité, et la confiance qu'ils ont dans la fortune et leur génie , sont souvent cause qu ils se mettent peu en garde contre de petits incidens qui dérouteraient une tête plus faiblement organisée ; ils cherchent moins à éviter les écueils, qu'à les braver et à les surmonter; ils veulent commander aux événemens et non les éviter ; ils commettent des fautes , les réparent , en font de nouvelles et les ellacent alors par de grandes actions. Le roi connaissait le côté faible de sa position , m.ais le danger ne lui parut pas assez grand pour se retirer devant l'ennemi; il avait l'intention néanmoins d'en prendre une autre, aussitôt qu'il aurait reçu des vivres, et détacha , le i3, la brigade Lattorf à Bautzen avec tous les caissons. Ce général avait ordre de revenir par Burschwitz à Weissenberg; le général Ranuaker marcha à Dresde avec 3 batail-
(lepuis le conimcncenient de la guerre , le roi n'avait jamais été attaqué par les Autrichien»; il en devait résulter une confiance poussée jusfjuà l'aveuglement.
l'JO TRAITE DES GRANDES OPERATIONS MILITAIRES.
Ions et 2 GO hussards , pour y charger de la farine. Le roi se proposait de quitter sa position par un mouvement de nuit , de passer la Loebau à Graditz , de repousser le prince de Dourlach, et de camper à Schoeps sur le liane droit des Autrichiens. Dans ce dessein , il se transporta à Weissenberg, sous escorte de 2 balaiiJons, pour reconnaître le terrain et la position du prince; enfin il fixa la nuit du 14 au i5 pour exécuter cette entreprise. Ainsi le résultat de toute la campagne et le sort de 10 mille braves, dépendit de la différence d un jour.
Daun, en effet, continuait ses préparatifs de défense , et fit construire encore ,1e 1 3 , une nouvelle batterie devant son centre. Tous ces mouvemens étaient connus ; on les considérait comme préparatifs d'une marche rétrograde. Mais aussitôt, après le coucher du soleil, l'armée autrichienne se mit en mouvement sur plusieurs colonnes, qui, à la faveur de la nuit, arrivèrent aux postes qui leur étaient assignés : on détacha cjuelques hommes de chaque bataillon pour entretenir les feux du camp; les tentes restèrent dressées jusqu au point du jour, et furent conduites alors avec les bagages , sur les hauteurs de Herrenhout. La principale attaque fut dirigée sur le liane droit de l'armée prussienne. Comme les troupes légères de Laudon se trouvaient établies sur ce flanc et même sur les derrières, on pou-