‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne (volume 2)Chapitre 70 sur 200 · CHAPITRE XI I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI I

vait s'en promettre un heureux résultat. Le maréchal Daun ht les dispositions suivantes : Le corps du général Laudon fut d'ahord renforcé par 4 bataillons, i5 escadrons et toute la cavalerie de l'aile gauche, excepté les 16 escadrons de grenadiers à cheval détachés de lavant-garde. Ce renfort marcha derrière les hauteurs par Halben et Dahle , et se réunit à Laudon qui prit position à Soritz derrière le ravin de Steindorfel. L'aile gauche de l'armée impériale marcha sur trois colonnes pour suivre le corps de Laudon.

La première, avant-garde , sous le général Odonell , était de 4 bataillons et 36 escadrons de grosse cavalerie.

La deuxième, sous le général Sincère, de 12 bataillons de fusiliers , 4 tle grenadiers.

La troisième, sous le général Forgatsch, de la même force.

Ces colonnes passèrent la montagne par les routes qu'on avait pratiquées dans le bois , et se formèrent auprès de cette montagne, entre Wuischka etSornzig, vis-à-vis du flanc droit des Prussiens. Ce mouvement , exécuté dans le plus grand silence, malgré l'obscurité, fait honneur aux généraux et aux officiers qui le dirigeaient : pour le favoriser, on avait employé pendant la nuit un grand nombre d'ouvriers, à construire des abattis dans la foret, et il leur fut enjoint de

faire un grand bruit entre eux, outre celui que produisait naturellement la chute des arbres qu'ils coupaient.

L'aile droite de l'armée autrichienne , sous les ordres du duc d'Ahremberg , marcha sur deux colonnes. La quatrième , aux ordres du duc d'Ahremberg était de i4 bataillons dont deux de grenadiers. La cinquième, commandée par le général Buccow, comptait lo bataillons et 32 escadrons.

La quatrième colonne et la cavalerie de la cinquième , se formèrent derrière Koditz , la gauche au Stromberg et la droite à Weiche, l'infanterie de la dernière colonne se plaça entre Serka et Tschorna. Ce corps était destiné à attaquer l'aile gauche du roi , lorsque sa droite serait battue , et à l'empêcher, dans tous les cas, de porter du secours à celle - ci. Le général Colloredo s'avança derrière Kolwesa avec 8 bataillons et 5 escadrons, pour inquiéter le centre des Prussiens. Le général Okelly gardait le Stromberg et Glosen, avec 6 bataillons; le général Wiese avec 6oo fusiliers détachés et lo escadrons, était au défilé de Ploetzen pour couvrir le liane droit des attaques de la gauche. Enfin le prince de Dourlach devait attaquer le corps de Ketzow à Weissenberg.

Tous ces corps arrivèrent à leurs postes pendant la nuit , sans qu'on s'en aperçut. Le i5 octo-

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bre , à cinq heures du matin , on entendit quelques coups de fusil du côté des bataillons francs dans les buissons en avant du flanc , et l'on n'y fit pas plus attention qu'à l'ordinaire ; mais le feu s'étant prolongé, les 3 bataillons de grenadiers Diringshofen , Beukendorf et Platow s'élancèrent de leurs tentes à moitié habillés, et marchèrent du côté de l'ennemi , malgré un brouillard épais qui couvrait Fhorison et empêchait de rien distinguer. A peine étaient-ils formés qu'ils se trouvèrent enveloppés et forcés de se faire jour l'épée à la main , ce qu'ils exécutèrent avec intrépidité quoique le plus grand nombre y fût tué ou blessé; le bataillon de Beukendorf fut surtout maltraité par les escadrons du corps deLaudou, qui le chargèrent dans sa retraite.

Alors toutes les troupes se rangèrent en bataille. Le régiment de Forcade , placé en deuxième ligne en arrière de Holienkirch, avança le premier au soutien des grenadiers, culbuta tout ce qui se trouvait devant lui, et rejeta quelques bataillons jusque dans les taillis où les bataillons francs étaient postés au commencement ; mais il se vit bientôt entouré comme les grenadiers , et il aperçut, sur ses derrières, les dragons de Lowenstein prêts à le charger , ce qui le força à revenir promptement en arrière d'Hohenkirch. Les hussards de Ziethen et les dragons de Zetteritz, fiuent surpris , malgré toutes les précautions qu'ils

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avaient prises, et néanmoins ils parvinrent à se retirer en bon ordre ponr attendre le jour.

L'aile ganche de l'ennemi, conduite parle maréchal Daun, avait ainsi gagné les hauteurs de Hohenkirch , et le corps de Laudon celles de Steindorfel sur les derrières du roi. Le maréchal fit arrêter ses troupes pour les remettre un peu en ordre et se réunir àLaudon , afin de poursuivre plus vigoureusement ce premier avantage. Les Autrichiens se portèrent alors sur la batterie de dix pièces de 1 2 , défendue par le premier bataillon de margrave Charles; ce bataillon fut entouré, et forcé , après une résistance opiniâtre , d'abandonner son poste et la batterie. Le jour commençait à paraître, mais le brouillard ne permettait pas de reconnaître la force de l'ennemi , ni ses dispositions. Le roi était monté à cheval à la première alerte, et se trouvait avec le régiment de Wedel, lorsqu'on lui annonça la défaite des grenadiers et l'enlèvement de la batterie; il ordonna de suite au prince François de Brunswick, de marcher par sa droite avec sa brigade , et de chasser l'ennemi des hauteurs.

Sur ces entrefaites, le deuxième bataillon de margrave Charles s'était jeté dans le cimetière de Hohenkirch, le premier de Geist dans les jardins, et le second, enlongeant le village à gauche, attaquait la batterie avec la plus grande impétuosité; cependant l'ennemi considérablement ren-

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forcé, rendit ces efTorts inutiles. Le maréchal Keith qui arriva au même instant , se mit à la tète du régiment de Kannaker et de tout ce qu'on put réunir des bataillons qui avaient déjà donné , et marcha à l'ennemi à gauche du village. Ce mouvement eut d'abord un résultat heureux ; il fut culbuté et poursuivi jusque sur la hauteur où les 3 bataillons de grenadiers avaient été postés ; mais le régiment fut bientôt entouré et forcé de se faire jour avec la baïonnette , au travers des grenadiers autrichiens. Le maréchal Keith criblé de balles resta près du village. Les hussards de Ziethen et dragons de Zetteritz , qui se trouvaient à droite de Hohenkirch , soutenus des cuirassiers de Schoeneiclî, et dragons de Normann, chargèrent alors sur les grenadiers autrichiens , et en firent un grand carnage ; les cuirassiers de Schoeneich se distinguèrent particulièrement, et culbutèrent, malgré un feu meurtrier, une ligne d'infanterie que l'ennemi avait formée:la cavalerie fit 5oo prisonniers, et plus de 1,000 hommes désertèrent. Cependant tous ces efforts partiels ne pouvaient produire de résultat , car l'ennemi ayant entièrement gagné les derrières , il arrivait sans cesse de Steindorfel de nouveaux régimens de cavalerie, qui, au moment où les Prussiens étaient engagés, les chargeaient en flanc et à revers, et les forçaient d'abandonner leurs avantages.

l'jG TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES.

Le combat devenait de plus en plus meurtrier; les forces des Autrichiens s'étant beaucoup augmentées sur les hauteurs , ils dirigèrent tous leurs efforts sur IJohenkirch, dont la prise devait décider du succès de cette journée : le feu prit au village, et les troupes postées dans les jardins, furent forcées de se retirer. Malgré cela , le second bataillon de margrave Charles, qui occupait le cimetière , s'y défendait en désespéré. Daun, voulant à tout prix , emporter ce poste , y fit marcher successivement -y régimens pour soutenir ses grenadiers presque détruits. Lorsque le second bataillon de margrave Charles eut épuisé toutes ses cartouches , le major Lange, qui le commandait, conçut encore le projet hardi de se faire jour pour rejoindre l'armée ; la mêlée fut terrible , enfin une partie de la garnison du cimetière parvint à percer, mais le plus grand nombre fut lue avec ce brave officier. L ennemi resta ainsi maître dé Hohenkirch.

Onze bataillons et 2 5 escadrons de l'armée du roi se trouvaient seulement engagés, quand la brigade du prince François arriva enfin , ayant à sa tête le margrave Charles, le prince Maurice et le prince François de Brunswick. Le régiment prince de Prusse avança à droite de Hohenkirch ; celui de Itzenplitz se porta sur le village , le margrave Charles le soutint avec le régiment de Kannaker, qui s'était reformé; le prince Maurice se mit à la

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tête de Forcade , et le mena à rennemi.Cet effort vigoureux eut d'abord un très-bon résultat; le village fut emporté , etl'eiinemi chassé jusque sur les hauteurs. Les gendarmes, les hussards de Ziethen et les dragons de Normann , chargèrent de nouveau 1 infanterie , tandis que les cuirassiers Gardes-du-corps , carabiniers et Bredow, repoussaient la cavalerie autrichienne. Mais Daun avait déjà obtenu trop d'avantages; lorsque quelquesuns de ses régimeus étaient enfoncés , il s'en trouvait d'autres sur les flancs et les derrières des Prussiens; la cavalerie du roi fut donc de nouveau repoussée, et ne put empêcher celle des Autrichiens de charger sur les régimens prince de Prusse et Itzenpiitz ; Hohenkirch fut évacué , le prince François tué , et le prince Maurice blessé mortellement de deux coups de feu, qu'il reçut en galopant dans l'obscurité devant la ligne ennemie. Dans cet instant , le roi se mettait lui-même à la tête des régimens Wedel, Retzow, Bornstedt, et du second bataillon des Gardes. Ces braves corps firent des efforts incroyables pour arracher la victoire aux Autrichiens ; ils pénétrèrent ensuite à droite de Hohenkirch, contre les hauteurs où le flanc droit avait été campé, et repoussèrent l'ennemi. Peut-être l'attaque serait-elle devenue décisive , si à l'instant où ils chargeaient, ils n'eussent été de nouveau pris en flanc et à revers par une nombreuse cavalerie.

j'-8 TRAITÉ DES CRAIVDES OPÉRATIONS MILITAIRES.

Enfin le brouillard se dissipa , et Ton put reconnaître la position des Autrichiens en deçà de Holienkirch. Leurs généraux reformaient sur plusieurs lignes , entre le village et Steindorfel, l'infanterie qui rôdait en groupes. Le roi était partout, rassemblait les bataillons repoussés, et les rangeait en bataille (bby Le troisième bataillon des Gardes , conduit par le major Moéllendorf reçut ordre d'occuper les hauteurs de Dresa , qui dominent tous les environs entre Belgern et Klein-Bautzen ; il y arriva une demiheure avant que les Autrichiens eussent repris Hohenkirch, et il était temps; car une colonne d'infanterie, venant de Steindorfel par Waditz, gagnait au même instant le pied de ces hauteurs, pour couper à l'armée , par le défilé de Dresa , la seule retraite qui lui restât, depuis que le défilé de Steindorfel était au pouvoir deDaun. Le major Moéllendorf fit de si sages dispositions , et sut tirer un si bon parti de son artillerie, que les Autrichiens renoncèrent à cette entreprise, et le poste fut conservé.

Pendant que ceci se passait , le général Saldern se postait avec sa brigade sur les hauteurs, entre Rodewitz etPommeritz. Les grenadiei^ de Piwerse placèrent sur celle de Rupritz , et ceux de Manteufel sur les hauteui^s de Niethen ; ils empêchèrent la colonne du général Colloredo , de déboucher du ravin situé entre Rupritz et Plotzen. Les

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troupes battues eurent ainsi le temps cîe se rallier, et le roi forma , avec son infanterie, une nouvelle ligne, qui s'étendit depuis Dresa, en arrière de Pommeritz , jusque sur les hauteurs de Kupritz : une partie de la cavalerie était en seconde ligne ; le reste sous les ordres du général Seidlitz , se posta dans la plaine de Belgern pour repousser celle des Autrichiens , qui faisait mine de vouloir hasarder une nouvelle attaque. Le roi fit faire un feu violent dartillerie dans cette position , où il attendit l'arrivée du corps de Retzow.

Les avantages que le maréchal Dauu avait remportés jusqu'alors , devaient être attribués à la surprise, et au brouillard épais qui la favorisa; mais actuellement il voyait devant lui une armée en bon ordre, qui l'attendait de sang froid, et paraissait résolue à lui arracher la victoire : il jugea prudent de ne pas pousser ses succès plu«[ loin, et arrêta son armée ,1a droite àHohenkirchv et la gauche en arrière de Steindorfel ; la cavalerie se forma à gauche, dans la plaine , entre ce dernier village et Jenkwitz, pour inquiéter la retraite du roi. Ce fut dans cette position que le maréchal attendit le résultat des attaques du duc d'Ahremberg sur l'aile gauche des Prussiens , et du prince de Dourlach sur le corps de Rètzow , dont il convient de reprendre les mouvemens.

L'extrême gauche de Frédéric se composait de

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5 bataillons de grenadiers et de la moitié du bataillon Unroube ; le reste de ce dernier et celui de Kleist étaient au-delà du défilé, et si éloignés , qu'ils pouvaient être facilement enlevés. Lorsque Saldern eut tiré de cette aile le réeiment de Vieux- Brunswick pour le porter sur les hauteurs de Pommeritz , les grenadiers de Ratbenow traversèrent Rodewitz , et se placèrent sur les hauteurs près de ce village; le bataillon de Heyden couvrit le délilé ; Wangenheim occupa la batterie de 22 pièces en avant de son front; le reste des troupes resta dans la ligne déjà indiquée.

• Telle était la position de l'aile gauche , lorsque le duc d'Ahremberg l'attaqua; le maréchal Daun , en lui communiquant ses dispositions , lui avait ordonné de ne rien entreprendre avant que l'aile» droite des Prussiens ne fût battue; alors il devait porter le dernier coup à Tarmée du roi ; et, pour assurer le succès de cette entreprise, sa division, composée de 23 bataillons , fut encore renforcée par 7 bataillons de la division du prince de Domlach. Lorsque le duo d'Ahremberg eut jugé, d'après la durée du feu et sa violence, que l'attaque de Daun avait réussi , il forma son corps en deux colonnes, la première conduite par lui-même, devait s'emparer du défilé de Roditz , la seconde sous le duc d'IJrsel , attaquer Lauschke. Deux bataillons prussiens s'étant retirés un peu à la hâte sur Rodewitz, et les hussards ayant été forcés d'à-

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