CHAPITRE IX» ly
S'il avait choisi le premier parti , le comte de Clermoiit en opérant avec la grande armée, eût été à même de lui arracher ses conquêtes , en le forçant à voler au secours de la Westphalie et du Hanovre.
Le duc préféra passer le Pdiin , s'étahlir sur la gauche des Français , et manoeuvrer entre la Meuse et le Rhin, de manière à porter le théâtre de la guerre sur les frontières de France. Les panégyristes du général prussien en ont élevé jusqu'aux nues ce plan , dont le plus grand mérite consistait dans la témérité ; car il l'eût exposé aux plus grands dangers avec un ennemi entreprenant et actif, qui renforçant l'armée de Broglie dans la Hesse, lui eût fait descendre le llhln, par la rive droite, et coupé toute retraite aux alliés. La connaissance des généraux français rassura le duc sur ce point : il demeura convaincu que le comte de Clermont une fois battu, Soubise s'empresserait d'évacuer la Hesse , pour venir à son secours. Si le projet de passer le PJiin , devant une armée de 60 mille hommes, était audacieux, la conduite du général ennemi au passage de l'Aller pouvait donner l'espoir de le faire réussir complètement.
Ferdinand , craignant toutefois une diversion
du côté du Mein , détacha , le g mai , le prince
d'Ysenbonrg , avec une petite division , pour
observer les Français dans le comté de Hauau ,
l8 TRAITÉ DES GRANDES OPERATIONS BlILITAIRES.
et y arrêter leurs progrès par une sage défensive. L'armée, elle-même, reçut ordre le 16 , de quitter ses cantonnemens , et le 26 elle marcha de Notteln à Dulmen.
Après cinq jours de préparatifs et de mouvement , dont le but était de donner le change à l'ennemi , par des détachemens multipliés, le duc se porta le 3o avec lavant-garde, à Emerich; le corps , sous le prince héréditaire , campa à Vrasselt ; le général Wangenheim marcha de Duis- Lourg à Rattingen , à une lieue de Dusseldorf ; le gros de l'armée qui était à Lembeck , y séjourna , sous le général Sporken , et détacha seulement une brigade à Rosf eld , sur la direction de Wesel.
Tous les militaires instruits saisiront l'habileté de ces dispositions. Les divisions, quoique isolées, étaient à même de se soutenir réciproquement, et tous leurs mouvemens combinés de manière à se réunir au besoin (1). 11 y eut quelques petites affaires, que je crois inutile de rapporter, la prise de Kaiserwerth , par le major Scheiter, fut la plus remarquable.
L'armée française restait ti^nquille dans ses cantonnemens. Le comte de Clermont se reposant
(i) Sans cloute les divisions isolées sont moins dangereuses lorsqu'elles peuvent se soutenir et former , dans une marche , un corps d'armée réuni ; mais ce qui justifie mieux encore le système du duc dans cette occasion , c'est l'emplacement des forces ennemies , qui n'étaient point concentrées de manière à l'inquiéter , et dont il se trouvait d'ailleurs séparé par le Rhin.