CHAPITRE Xlir
pour retourner en Silésie, il arriva, le i4» à Breslau.
En partant de Neiss , le roi avait laissé Fouqiiet avec i3 bataillons et 20 escadrons, pour tenir tête à Deville. Après quelques petites opérations , Fouquet ayant reçu, le 9 décembre, des renforts du margrave Cbailes, força son adversaire à retourner en Moravie. Les armées prussiennes occupèrent alors leurs quartiers d'hiver dans l'ordre suivant , à partir de la gauche.
lo Le corps de Fouquet de 25 bataillons et 3o escadrons , aux environs de Ratibor , Zulz , Ottmachau et Oberglogau ; 2° Celui de Ziethen , consistant en 36 bataillons et 35 escadrons, dans les montagnes de Greifenberg, Hirschberg, Loewenberg jusqu'à Silberberg ; 3° Seize bataillons et 3o escadrons dans l'intérieur de la Silésie, vers Breslau, Sagan, etc. ; 4° L'armée de Saxe avait /[i bataillons, cantonnés dans les environs de Meissen et Dresde et en Voigtland: sa cavalerie forte de 3o escadrons dans le voisinage de Leipzig; 5° Enfin , 3 bataillons et 3o escadrons , se trouvaient répartis dans les différens postes de rintérieur et des montagnes.
On sait que Dohna était retourné" en Poméranie avec ses 21 bataillons et 35 escadrons.
L'armée autrichienne prit ses quartiers dans
les cercles de Saatz , Lenitmeritz et Bunzlau : le quartier-général était à Prague , le corps de Harsch dans le cercle de Koenigsgratz , celui de Deville en Moravie , l'armée des Cercles en Franconie.
Avant de passer à la relation des opérations contre les Russes et les Suédois, je ne puis me dispenser de faire quelques observations sur les précédentes.
On ne peut trop admirer la conduite de Frédéric après la bataille de Holienkirch. La rapidité avec laquelle il conçut , pour ainsi dire , un nouveau plan de campagne, et la profondeur de ses combinaisons, sont un monument éternel de son génie. La campagne était à peu près terminée , lorsque Frédéric fut surpris et battu ; toute balance entre ses forces et celles des Autrichiens se trouvait rompue ; Daun , en profitant de sa supériorité, pouvait expulser les Prussiens de la Saxe , y prendre ses quartiers d'hiver et bloquer Dresde. Le roi ainsi privé d'une province , si nécessaire à l'entretien et au recrutement de ses armées , eut commencé la campagne suivante en Brandebourg. D'un autre côté, pendant qu'il aurait vainement lutté contre la supériorité de Daun, le général Harsch eut pris Neiss et se fut établi en Silésie.
Frédéric jugea en maître que Daun n'étant point pourvu d'équipage de siège, le petit corps de Finck rendrait en Saxe, les mêmes services qu'une armée; qu'il tiendrait la campagne jus-
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cjii'au dernier moment et se jetterait enfin dans Dresde , plus aisément qu'un corps nombreux. Il pénétra, avec la promptitude de Téclair, ce qui lui restait à faire ; et résolut de porter le théâtre de la guerre en Silésie. Si Daun le suivait dans cette province , la Saxe était sauvée ; s'il se contentait de l'y faire suivre par de forts détacliemens, il ne conservait plus assez de nerf pour ses opérations principales, et Dresde était également sauvé, parce que la direction intérieure de ses lignes , y ramènerait promptement la grande armée prussienne et les corps opposés aux Suédois et aux Paisses, et qu'avec ses trois armées réunies, le roi accablait celle des Autrichiens affaiblie par ses détachemens. Ainsi, avant que les Russes eussent pu rassembler leurs quartiers dispersés en Pologne, pour profiter de l'absence de Dohna, le siège de Neiss était levé , la Saxe délivrée, et l'armée de son lieutenant de retour sur les frontières de la Poméranie.
Tels flirent en effet les brillans résultats des lignes intérieures du roi , et de l'heureux choix d'une ligned'opérations accidentelle. La postérité admirera toujours l'armée battue, qui change deux fois en six semaines au coeur de l'hiver la direction de la guerre , délivre deux places du premier rang, arrache , à une armée supérieure, tous les fruits de sa victoire, et la rejette au-delà de ses frontières. Uu semblable résultat prouve
mieux que tous les raisonnemens systématiques, l'avantage des lignes manœuvres-intérieures contre les extérieures.
La conduite de Daun offre un grand contraste avec celle de Frédéric. 11 est deux maximes reconnues à la guerre : la première est de ne Iwrer bataille que lorsqu'il en peut résulter un grand avantage ^ ou que la position des armées la rend indispensable ; la seconde est , qu'après la ^victoire , on Jie doit pas laisser aux ^vaincus le temps de se remettre ; mais qu'il faut les poursuivre sans j^eldche. Le maréchal avait su profiter de sa supériorité et de la mauvaise position de l'armée ennemie pour Tattaquer, la surprendre et la battre. Son plan étant de chasser les Prussiens de la Saxe et de prendre Dresde , ce n'était certainement pas en rentrant au camp de Kittlitz qu'il eût forcé le roi d'évacuer ce pays. S il osa se décider à attaquer 3o mille hommes avec 60 mille, pourquoi craignait-il d'en attaquer les débris après les avoir battus? Ses troupes avaient acquis une force morale précieuse à la guerre; celle des ennemis était au contraire détruite , et leur nombre se trouvait réduit à 22 mille. Qui l'empêchait donc de renouveler l'attaque le lendemain , de marcher sur Dresde , ou partout où l'ennemi eût porté ses pas? N'était-il pas ridicule de se retrancher devant une armée vaincue , inférieure de moitié à la sienne? En comparant cette conduite à celle du roi, la