CHAPITRE XIII
situation du maréchal à celle du héros prussien, on aura la mesure des avantages que la guerre de vigueur a sur celle de position (i).
Le système de la plupart des généraux autrichiens, offre les mêmes défauts, la même pesanteur. Le prince de Lorraine, daus la campagne de 1757, se conduisit avec autant d'irrésolution. Dans la campagne de 1798 , on a vu le prince de Cohourg , s'arrêter aux frontières de France devant une poignée dhommes désorganisés qu'il venait de chasser de la Belgique. Ce prince, renforcé par trois corps, anglais, hollandais et hanovrien, n'en fut pas plus entreprenant, le reste de la campagne. Clairfayt, en 1796, s'arrêta devant l'armée du PJiiu , qu'il avait battue deux fois. L'archiduc Charles , ce prince qui a donné des preuves de génie, resta pendant trois mois, devant 1 armée de Massena , qu'il avait repoussée d'une partie de la Suisse , et qui était trop faible pour garder la ligne du Gothard au confluent de l'Aar et du Rhin. Quand on réfléchit à l'importance de la conquête de la Suisse , et qu'on compare cette conduite avec la vigueur et les talens que Tarcliiduc a déployés eu d'autres occasions ,
(t) Si la faiblesse de Daun , après la bataille de Hohenkirch est inconcevable, on peut encore moins se rendre compte de l'etiiploi »ju il fit de ses forces en Saxe , tandis que Frédéric courait à Nciss.
n'est-on pas autorisé à croire que le cabinet cle Vienne y eut une grande part? L'attachement à ce système, justifie cette opinion, car il ne peut être commandé que par l'autorité qui décide des opérations politiques et militaires.
Fin de la campagne contre les Kusses.
Les entreprises des Russes , après la bataille de Zorndorf, ne présentent que lenteur et faiblesse. Sans doute, cette lenteur était un peu excusable par le grand éloignement où l'armée se trouvait de sa base et de ses moyens de guerre ; mais elle aurait pu opérer un peu plus vigoureusement après le départ du roi. La seule entreprise , digne de remarque, qu'elle forma, fut le siège de Colberg : cette place était alors très-mauvaise; mais la garnison, composée de 2 bataillons d'invalides , formant 'yoo hommes, était commandée par un brave. Le major Heyden organisa la bourgeoisie en compagnies pour la garde de l'intérieur , tandis que sa petite garnison se réserva la défense du chemin couvert et des ouvrages extérieui^s. 11 n'y avait, dans la ville, que 14 canonniers, maison instruisit bientôt assez i3o hommes, pour leur confier le service de l'artillerie. Le général Palmbach bombarda vivement , depuis le 3 octobre jusqu'au 9, qu'il reçut l'ordre de lever le siégej
CHAP I TRF. XIII. 225
maïs renforcé presqu'aussitôt , il reprit le bom- 33ardemeut le ] « ; quatre jours après , les Russes, maîtres du chemin couvert , sommèrent le commandant, qui loin de se rendre, redoubla d'activité. Sur ces entrefaites , Dohna s'étant avancé le 22 octobre, jusqu'à Stargard, poussa l'armée russe jusqu'à Drambourg, et résolut de dégager Colberg , ou du moins d'y jeter du secours : il détacha, à cet efïet, le général W opersnow, avec 5 bataillons et g escadrons. A l'approche de ces troupes, qui surprirent un poste de 3oo grenadiers à cheval , Palmbach crut avoir l'armée entière sur les bras : il chercha , mais inutilement à surprendre la place,et ses tentatives ayant échoué, il leva le siège dans la nuit du i" novembre.
Telle fut l'issue de la campagne des Russes , dont Tarniée se retira en Pologne, par Tempelbourg, le 3 novembre. Dohna avait reçu, le 27 octobre , l'ordre de retourner en Saxe , en laissant seulement 8 bataillons sous les ordres du général Manteufel , pour contenir les Suédois , ce qu'il exécuta heureusement, comme nous lavons vu dans le chapitre précédent , grâce au départ de ses adversaires.
Opérations des Suédois.
Je ne parlerai de ces opérations que comme objet de rapprochement, car elles sont d'ailleurs 3. i5
Z-àG TRAIT:! DES GRANDF.S OPl'.RATIONS iVIILITAl HF.S.
dénuées de tout intérêt. Le marquis de Monta- Jembert en a donné, dans sa correspondance, tout ce qu'il faut pour les dépeindre.
L'armée du général Hamilton , n'ayant pas d'ennemi devant elle, pénétra dans le Bi-andebourg, afin de se rapprocher de l'Oder, et d'agir de concert avec l'armée russe; quoique aucun obstacle ne s'opposât à sa marche, elle n'arriva, àPrenzlow, que le 6 septembre : c'est alors que le roi détacha Wedel avec un petit corps de 8 bataillons et 5 escadrons pour la contenir , ou du moins suspendre ses opérations. Le seul événement qui peut être cité , est l'attaque d'un carré d'infanterie suédoise , par les hussards de Moring et les dragons de Plettenberg , qui furent repoussés avec perte , malgré plusieurs charges renouvelées avec acharnement. La défense, vraiment héroïque de cette infanterie , est d'autant plus louable, cpielle avait une plaine à traverser, et que les Prussiens venaient de détruire , sous ses yeux , la cavalerie qui devait la protéger. Hamilton campa à Rupin jusqu'au 1 1 octobre , Wedel prit position à Dechtow, en face de l'ennemi.
L'armée suédoise , qui manquait de tout et se trouvait dans lui état vraiment pitoyable , se retira le i8, sur Prenzlow : eVm fut poursuivie parles Prussiens qui surprirent un de ses détachemens à Boitzenbourg. Le corps de Wedel ayant été appelé en Saxe , fut remplacé par une partie de