‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderneChapitre 21 sur 121 · CHAPITRE I. Ql · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. Ql

a présentées dans d'autres occasions; on s'étonnera sur-tout qu'il voulût porter un corps sur le Mein et le haut Danube pour contenir les Français et les princes de lEmpire; car ces détacliemeus, insuffisans ou compromis si la France était en mesure, et inutiles dans le cas contraire, eussent enlevé dans un moment important , des forces précieuses au point décisif.

Doué d'un coup-d'oeil vaste, l'auteur anglais a d'ailleurs jugé habilement toute l'importance du poste de Passau; mais il lui attribue néanmoins un pouvoir magique en supposant que sa situation au confluent de l'Inn et du Danube suffise pour rendre maître, à l'aide d'un faible détachement, de tout le cours de ces fleuves , et pour couper toute communication entre le cœur de la monarchie autrichienne , la Basse-Allemagne , la Flandre et même le Tyrol. Un semblable résultat serait à peine atteint par la présence d une armée considérable sur ce point; mais quelque stratégique qu'un poste puisse être , son influence n'est proportionnée qu'à raison des masses qui l'occupent et de leurs rapports avec la situation de l'ennemi.

Enfin pour occuper Passau d'une manière convenable , observer le haut Danube , établir un corps sur le Mein , un autre en Hongrie , assiéger Vienne et couvrir cette entreprise ; en un mot pour asseoir sa puissance depuis les cimes des Rrapacs jusqu'aux rives du Pvhin , le roi nau-

raîtpas eu trop de 3oo mille hommes, car le développement du front de ces lignes d'opérations eût embrassé un espace de 3oo lieues au moins.

Gomment est-il possible que Lloyd , qui a donné tant de preuves de la profondeur et de la solidité de son esprit , se soit laissé entraîner à ce point ? Gomment a-t-il pu comparer le résultat des efforts combinés de TEmpire , de la France et de la Prusse , contre TAutriche , en 1742 , avec celui qu'il devait supposer aux armes isolées de la Prusse contre l'Autriche , alors soutenue de la moitié de l'Europe? Sans doute le maréchal de Belle-ïsle avec 100 mille Français , et Frédéric avec autant de Prussiens , pouvaient faire de grandes entreprises contre l'Autriche qui n'avait point d'alliés eu 1742. Mais devait-on en attendre autant du roi , lorsqu'il se trouvait seul , que ces 100 mille Français étaient devenus ses ennemis , et qu'un pareil nombre de Russes allait se joindre à eux ?

Enfin Lloyd , dans plusieurs autres occasions, se contredit au point qu'on a de la peine à comprendre ce quil a voulu dire. Rien n'était plus facile au roi selon lui que de masquer le camp des Saxons , par une petite division , et de repousser sur le Danube l'armée trop faible des Autrichiens. Plus loin, en jugeant les fautes de ces derniers, il dit positivement qu'avec la moi-

Page 1