CHAPITRE VI
des Prussiens , et qu'il attendait un renfort considérable de Bavarois et de Wurtembergeois(i). Deux partis s'offraient donc au prince , celui d'entreprendre le siège de quelque place , ou d'attaquer le duc de Bëvern sous Breslau. Son énorme supérionté aurait dû lui faire adopter lé dernier, qui promettait les plus grands résultats ; mais les conseils autrichiens étaient trop pusillanimes pour arrêter une entreprise qui présentât la moindre chance contraire : ils n'osèrent se décider à celle-ci , de peur d être inquiétés en cas de revers parla garnison de Schweidnitz , et résolurent de faire préalablement le siège de cette place , 1° parce qu'en la prenant , on se rendait maître des principaux défilés qui conduisent en Bohême , et des villes et villages qui se trouvent en arrière ; 20 qu'alors on avait la facilité de tenir une grande partie de l'armée en Silésie pendant l'hiver; 3° que si on parvenait à la faire capituler
(1) Ces raisonnemens , les motifs allégués, et les résultats <jae l'on se proposait , sont des combinaisons aussi étroites que toutes celles des Autrichiens dans cette guerre : au lieu de chercher les points décisifs, d'y porter ses masses et de combattre, on s'amusait à des calculs sans fin et sans but; mais je ne puis arranger les raisonnemens des généraux de Marie-Thérèse , d'après le système moderne , ni d'après mes propres principes ; je les présente tels qu'ils étaient; le lecteur saura les apprécier en les comparant aux guerres qui ont eu lieu depuis.
en peu de temps , on pourrait ensuite attaquer le duc de Bévern , ou former sans crainte toute autre entreprise , puisqu'on aurait une retraite assurée (i).
En conséquence , Nadasty fut envoyé avec un corps considérable pour former ce siège ; il fut joint par les troupes de Bavière et de Wurtemberg. La ville de Schweidnitz , située dans une belle plaine , à une lieue des montagnes qui séparent la Silésie de la Bohême , est riche et bien peuplée. Lorsque les Prussiens s'en emparèrent dans la guerre précédente , elle n'était défendue que par un mur gothique avec quelques tours; mais le roi appréciant les avantages de sa position, tant pour faciliter l'exécution des projets qu'il pourrait former contre la Bohême , que pour couvrir la Silésie , résolut de la fortifier. A la fin de la guerre , ce prince ordonna d'y construire plusieurs forts ou redoutes étoilées. On
(i) Voilà ce qu'on peut appeler une guerre trop compassée : craindre avec une armée de 85 mille hommes , d'en attaquer 3o mille , de peur de ne savoir où se retirer ! De semblables combinaisons caractérisent l'esprit du siècle; on donnait alors aux armées, aux forteresses et aux magasins , des valeurs de convention , à peu près comme à des pièces du jeu d'échec. Les raisonnemens du conseil autrichien ne sont ni d'un prince Eugène ni d'un Montécuculli. Schweidnitz n'eût pas été mis dans la balance par le général le plus médiocre de nos jours.