CHAPITRE VI
les quatre autres attaquèrent le village sous la protection de la batterie de 1 o pièces de 1 2.
Nadasty avait été placé sur l'aile gauche , afin de déborder les flancs de Farmée prussienne : on. vit en effet sa cavalerie déboucher en amère du bois et attaquer celle des Prussiens. Elle réussit d'abord à la faire ployer ; mais les bataillons de Tavant-garde , formés en H , dirigèrent sur elle un feu nourri qui la força de se retirer précipitamment. Alors le feu d'artillerie et de mousqueterie commença des deux côtés ; il était une heure ; les 6 bataillons indiqués ci-dessus attaquèrent l'abattisgardé parles grenadiers wurtembergeois, et les en délogèrent. Le général Wedel , avec les 4 autres bataillons de l'avant - garde , marcha sur la grande batterie ennemie placée sur les hauteurs de Sagschulz , et l'enleva après une courte résistance. Toute la division Nadasty fut mise par-là dans le plus grand désordre; quelques bataillons seulement tentèrent de se reformer en arrière d'un fossé , mais ils furent bientôt culbutés.
CependantDaun qui avait détaché mal à propos sa réserve pour soutenir sa droite , découvrant les colonnes du roi sur sa gauche, y dirigea la cavalerie d'Esterhazy , et la seconde ligne d'infanterie sous les ordres des généraux Maquire et Angern; Farmee prussienne avauçait toujours, en se prolon-
géant à droite , et comme ravant-garde suivait la mém.e direction , l'ennemi se trouva constamment débordé sur son flanc gauche , tandis que les 6 bataillons de droite de Tavant- garde le prenaient à revers par la disposition de leur marche. De cette manière, les corps de la ligne ennemie qui arrivaient successivement au soutien, étaient battus aussitôt qu'ils voulaient se former. Leur aiîe gauche se retirant ainsi en désordre , le roi ordonna à la grande batterie de l'avant-garde de se diriger à gauche et de suivre le mouvement de larmée : cette précaution fut très - utile. Les Autrichiens voulurent établir , en arrière de Gohlau , une ligne en potence , afin de couvrir leur flanc ; mais la batterie la prit décharpe , tandis que son front fut exposé au feu de la mousqueterie ; il fut impossible aux troupes de s'y maintenir.
La cavalerie prussienne de laile droite, qui avait été jusqu'alors paralysée par les broussailles , haies et fossés , trouva enfin en arrière de Golhau un terrain favorable pour agir. Les lius^ sards de Ziethen (i) tombèrent sur l'infanterie
(i) Tempelhof a laissé une lacune dans sa relation ; c'est le défaut d'indication delà destination et de l'emplacement de la cavalerie qui était à l'avant-garde ; les hussards de Ziethen en faisaient partie ; je suppose de là que cette cavalerie se réunit à celle de la droite , et qu'elle formait une des trois lignes portées sur le plan de la bataille.
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de Bavière et de Wurtemberg qui se retirait en désordre , en sabrèrent une grande partie et firent 2 mille prisonniers.
Dans cet intervalle , les généraux autrichiens formaient, avec le reste de leur armée, un crochet, dont l'angle saillant appuyait à Leuthen , et plaçaient toute Fartillerie qu'ils purent réunir, sur les hauteurs en arrière de ce village ; on l'avait occupé dès le commencement par une division d'infanterie , à laquelle se réunirent successivement la réserve venue de la droite, et les fuyards qui se jetèrent dans le cimetière et dans les maisons : tous paraissaient résolus à s'y défendre jusquâ la dernière extrémité. L'armée prussienne arrivée en L , n'était pas moins résolue d'emporter ce poste à tout prix. Les deux bataillons de la garde et un de Retzow donnèrent directement sur le village , où s'engagea alors le plus terrible combat qu'on ait jamais vu. Les ennemis se défendirent avec acharnement ; Frédéric fit avancer sur eux toute son infanterie , de manière que l'aile gauche qui devait être constamment refusée , se trouva aussi engagée , et prit une part très-active au combat.
Enfin , la garde pénétra dans Leuthen et força les Autrichiens à labandonner. Cet événement contribua beaucoup à la victoire ; néanmoins , ils ne paraissaient pas disposés à céder entière-
ment le champ de bataille ; ils se défendirent encore long-temps de l'autre côté du village derrière quelques ravins , où les grenadiers et d'autres corps d'infanterie tinrent ferme ; mais le désordre se manifesta bientôt dans Tarrnée , et elle commença à prendre la fuite.
Pendant l'attaque du village, le général Driésen chargea en front avec la cavalerie de l'aile droite , celle de l'aile gauche des Autrichiens , tandis que les dragons de Bareith se dirigeaient à droite pour la prendre en flanc. Quoique les Prussiens fussent exposés à un feu de mitraille très-meurtrier , ils parvinrent cependant à culbuter ce corps ennemi , et à l'expulser du champ de bataille. Driésen porta alors sa division sur 1 infanterie autrichienne , la chargea avec impétuosité, et lui prit des bataillons entiers.
La droite des Impériaux n'eut pas un meilleur sort ; elle avait quitté sa position pour se prolonger à gauche , pendant que le reste s étant reformé à Leuthen j tenait encore ; elle se porta en P ; la cavalerie de l'aile gauche du roi , qui était jusqu'alors restée à Lobetintz, s'apercevant de ce mouvement, marcha de suite à l'ennemi, le chargea, déborda ses flancs , et après l'avoir culbuté , tomba sur 1 infanterie. Ces deux attaques contribuèrent à accélérer l'évacuation de Leuthen,
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Les Autrichiens tentèrent enfin Je se reformer , pour la troisième fois ; mais l'armée prussienne continuant vivement sa marche dans la même direction , ils furent encore débordés sur leur droite: leur cavalerie ayant d'ailleurs quitté la partie , celle du roi chargea Tinfanterie et fit un grand nombre de prisonniers ; il ne leur resta alors d'autre parti que de se retirer derrière la Schweidnitzwasser, par les trois ponts de Rathen, Lissa et Goldschmiede ; les Prussiens prirent, après la bataille , leur dernière position entre Gukerwitz et Lissa.
L'armée ayant fait halte , Frédéric accourut à cheval devant le front, et demanda si quelques bataillons avaient envie de le suivre jusqu'à Lissa. Les grenadiers de Mauteufel , de Wedel , et le régiment de Borustedt prirent aussitôt les armes et le suivirent. Les maisons du village étaient encore remplies d'Autrichiens, parmi lesquels se trouvaient beaucoup de blessés. Le roi se rendit au château , accompagné de quelques officiers de son état-major , et passa au milieu dun grand nombre d'ofliciers autrichiens pour occuper l'appartement qui lui était préparé; mais lorsque les grenadiers entrèrent dans le village , on tira sur eux de toutes les maisons ; ils ne balancèrent pas un instant , s'y précipitèrent , et passèrent au fil de lépée tout ce qui résista. Lorsque les généraux
2'y2 TRAITÉ DES GRANDES OPERATIONS MILITAIRES.
prussiens furent arrivés à Lissa , le roi leur dit dun air satisfait , qu'il convenait de se reposer après des travaux aussi pénibles ; les remercia dans les termes les plus obligeans , des nouvelles preuves de zèle et de bravoure qu'ils venaient de lui donner, et les chargea de donner à toutes les troupes des témoignages de sa satisfaction.
L'armée marcha le 6 ,par lignes et par la droite, et passa la Schweidnitzwasser. L'ennemi s'était retiré derrière la Lohe , et avait réuni ses débris aux environs de Breslau. Le général Buccow occupait Hoefgen et Mocliber avec l'arrièregarde; il se retira à l'approche des hussards prussiens. Le prince Charles partit à trois heures après-midi , et se retira successivement par Borau sur Schweidnitz , et de là en Bohème.
Ziethen fut chargé de le poursuivre , le y , avec 1 1 bataillons et 65 escadrons ; il le força à quitter laSilésie en quatorze jours; la garnison de 3 mille hommes , que les Autrichiens avaient laissée à Liegnitz , capitula avec la faculté de se retirer , ce qui paraît inconcevable, puisque les Prussiens pouvaient la forcer de se rendre. Les armées prirent alors les quartiers d'hiver.
Tempelhof fait le calcul suivant des pertes que les Autrichiens essuyèrent par les résultats de cette bataille mémorable :