‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 112 sur 196 · IU · texte numérisé non relu

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TUA lit DKS GRANDES 0PEHAT10NS MILITAMES.

aussitôt pour aller occuper lea hauteurs de Oelscher ; le gros de l'armée ne tarda pas à la suivre; la cavalerie traversa l'Oder à Oelscher. Tous les sacs et les équipages restèrent aux ponts, sous la garde de 9 bataillons et 7 escadrons aux ordres de Wunsch.

Le reste de l'armée composé de 53 bataillons et 95 escadrons, formant en tout environ 40,000 combattants, prit position, la droite à Leissow, la gauche en arrière de Hichofsée; lavant-garde en échelon en avant de l'aile gauche et de ce village; le corps de Finck s'établit sur les hauteurs en arrière de Trettin, en échelon intermédiaire à droite, entre F avant-garde et l'aile droite de l'armec. (Pl. Wll. ) Le roi se porta sur les hauteurs de Trettin, pour reconnaître le* Russes, et donna à son retour les ordres suivants :

■ Si l'ennemi reste dans sa position, l'nr-

• niée marchera au point du jour, par li-

• gnes et par la gauche : le général Finck

• fera des démonstrations sur les hauteurs

■ avec une tète de colonne pour faire croire

■ aux Russes que le roi a l'intention de les » attaquer sur ce point. Mais il attendra, . pour s'engager, que l'armée du roi com- » mence le feu; alors il couronnera les . hauteurs en avant de Bichofsée et de » Trettin , avec de l'infanterie et beaucoup

• d'artillerie. L» cavalerie de ce corps

• prendra une position intermédiaire dans > la plaine , afin de soutenir au besoin l'in- » fanterie, et de profiter des moments favo-

• rables pour charger l'ennemi. Pendant

■ que ceci s'exécutera , l'armée continuera » >on mouvement sur deux lignes par la

• gauche : Seidlitz, avec la cavalerie de » l'aile gauche , précédera la première li-

• gne d'infanterie, et le prince de Wurtein-* . berg, avec celle de Fade droite la suivra.

» Ces deux généraux se formeront en troi- » sième ligue, lorsque l'infanterie se mettra » en bataille, les hussards de Kleist débor- , dam le flanc droit. En gênerai on aura

» attention de refuser la gauche, pour faire

• effort par la droite. ■

Un peu plus tard, le roi ajouta que : • ti

> l'ennemi marchait dans la nuit à Reppen ,

> Farinée le suivrait à trois heures du ma-

• tin, sur 3 colonnes par lignes : • on pensait qu'il prendrait position , la droite à Reppen, Ja gauche à Neuendorf, le front couvert par un ruisseau. L'avaut-garde se serait alors formée près de ce village, et la bataille aurait été de même engagée par l'aile droite. Les ordres ultérieurs devaient être donnes sur le terrain.

Avant de commencer la relation de cette bataille , il convient de jeter un coup d'œil sur la position des Russes. Sur la rive droite de l'Oder, se trouve une vallée, ou plutôt un bas-fond formé par les débordements do fleuve, d'environ trois mille pas de largeur près de Francfort et qui a plus bat jusqu'à trois lieues : cet espace de terre, qu'on a conquis insensiblement sur les eaux , est couvert de fermes et de villages.

Il est limité par une chaine de collines qui longent la route de Kunersdorf. Le Judenberg, qui se présente en sortant de Francfort, est un groupe de plusieurs hauteur»

très-escarpées, qui domine la plaine jusqu'à kunersdorf. Depuis ce point, le terrain est presqu'uni jusqu'au mamelon de Spitiberg qui s'élève à huit cents pas de ce village. A droite de Kunersdorf, en remontant ver* Francfort, se trouve le kuhgrund, espèce de ravin qui coupe la plaine transversalement, et en forme deux plateaux. Trois étangs considérables divisent le village, et s'étendent à «anche jusqu'à la forêt ; enfin à un quart de lieue eu arrière de Kunersdorf, est située la colline de Muhlberg, aussi élevée que le Jûdenberg, et qui commande l'intervalle de ces deux monticules. Ce champ de bataille est borne par la forêt de Reppen.

Les Russes s'étaient établis sur les hauteurs , faisant d'abord face à l'Oder, leur gauche sur le Jûdenberg, la droite au Muhl berg, et s'y étaient retranchés. Mais lors-

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qu'il* Tirent que le roi voulait les tourner, il* firent un changement de front, de manière que leur droite se trouva sur le Judenberg, et la gauche au Muhlberg. Chaque aile était couverte par quelques retranchements et des batteries formidables . il en était de même du Spitzberg qui protégeait le centre. Laudon formait réserve; son inlanterie à la Ferme Rouge, la cavalerie plus <*u arrière vers le faubourg de Francfort :

la cavalerie russe était également dans la prairie, à gauche de celle des Autrichiens.

Laudon, prévoyant l'attaque, vint se poster dans le fond, formé par le dernier mouvement de terrain du Judenberg.

Le là août , à trois heures du matin, le roi se mit en marche par la gauche. 11 voulait d'abord prendre l'ordre de bataille de l<euthen, et aborder l'aile gauche ennemie avec sa droite, tandis que le général Finck l'attaquerait à revers: mais il parait que, malgré toutes ses précautions pour connaître le terrain, il n'en acquit pas de donnée mi Misante, car les colonnes, après avoir longtemps marché par la gauche, rencontrèrent les étangs dont nous avons parlé, et lurent forcées de revenir sur leurs pas chercher des débouchés. Cet incident fut très-fâcheux, parce que la chaleur était exeessive ; que les troupes se harassèrent et qu'on perdit un temps précieux. Enfin, à dix heures, l'armée fut formée en bataille dans la forêt; la droite sur les hauteurs, près du ruisseau de Hunerflies, la gauche au bois :

un plaça, sans que l'ennemi s'en aperçut, une forte batterie sur le Kleistberg , à la ! droite.

Les Russes , occupés par les démonstrations de Finck sur les hauteurs de Trettin, ne troublèrent point ce mouvement, et lorsque les Prussiens parvinrent à la lisière de la forêt, ils se contentèrent d'envoyer audevant d'eux quelques Cosaques, croyant que ce n'était qu'un détachement chargé de faire diversion en sa faveur.

Frédéric fit alors avancer 8 bataillons,

formés sur deux lignes en échelons devant l'aile droite, pour emporter les retranchements et les batteries du Muhlberg. Toute la cavalerie fut assemblée derrière l'aile gauche, à l'exception de quelques escadrons de dragons. L'année se trouva en bataille visà-vis du flanc gauche de l'ennemi, vers onze heures et demie , que la canonnade commença ; pendant ce prélude, on établit une batterie sur la montagne de Seidlitz. Tout ce tapage se réduisît à ébranler l'infanterie russe, parce que les batteries étaient trop éloignées; celle du kleistberg, qui enfilait la ligne ennemie, et tirait à ricochets jusqu'à Kunersdorf , causa seule du ravage dans les bataillons.

Les Russes n'ont jamais manqué d'artillerie ; ils avaient, sur leur gauche, près de 100 pièces de gros calibre, et un grand nombre d obusiers ; ils répondirent au feu prussien avec une immense supériorité, et s'efforcèrent de mettre le feu aux abali* ; rien ne saurait donner l'idée d'une scène plus épouvantable. Le roi ordonna , dans cet instant, aux grenadiers de s'emparer des retranchements et des batteries du Muhlberg. Le général Scheukendorf avec la brigade de première ligne , et le général Lindstedt avec celle de la deuxième , les franchirent et pénétrèrent dans le vallon , entre les bois et les retranchements, avec un aplomb difficile à dépeindre. Jusqu'alors, il est vrai , les grenadiers souffrirent peu , parce que les batteries ennemies mal disposées n'y atteignaient pas ; mais lorsqu'ils eurent gravi la hauteur et furent à cent cinquante pas des retranchements, ils reçurent des salves de mitraille et de mousqueterie qui semèrent la mort dans leurs rangs. Cette réception ne les déconcerta point ; après avoir fait une décharge , ils croisèrent la baïonnette. La réputation d'opiniâtreté si justement accordée aux Russes , faisait attendre une résistance désespérée, lorsqu'au grand étonnement de tous, le desordre se mit dans leurs bataillons. Les grenadiers

TRAITE DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES

prussiens s'élancèrent alors dans les fossés, escaladèrent les parapets, et s'emparèrent, en moins de dix minutes , d« 70 pièces de canon.

L'aile gauche des Russes se trouvant ainsi refoulée ; tout le terrain entre le Muhlberg et Kunersdorf fut bientôt couvert de petits pelotons , comme cela arrive souvent dans leur année. Il ne manqua qu'une forte division de cavalerie pour charger, et la victoire eût été complète ; par malheur celle arme se trouvait à l'aile gauche , comme nous l'avons dit plus haut, et l'artillerie « tait encore en arrière , en sorte qu'on ne put tirer tout le fruit de cette glorieuse attaque. Si l'on avait placé de suite 30 pièces légères sur le Mulhberg, et battu sur-lechamp les masses désorganisées de l'ennemi, les suites de cette canonnade eussent été incalculables ; car il est difficile d'imaginer une position plus propre à l'artillerie; la pente du Muhlberg, vers Kunersdorf, est ni douce, que les ricochets auraient parcouru deux mille pas sans s'élever au-dessus d'un homme , et l'ennemi , ne pouvant déployer plus de 2 régiments, eût été écrasé dans toute sa profondeur. Mais l'artillerie prussienne, trop lourde, n'avait pu suivre «on infanterie.

Cependant le roi tenant sa gauche refusée, lit soutenir ces deux brigades par l'aile droite qui couronna bientôt les hauteurs enlevées. Les grenadiers, que leur attaque avait mis un peu en désordre, se reformèrent aussitôt; les Russes profitèrent de ce moment pour faire avancer quelques bataillons, et rétablir l'ordre dans ceux qui avaient été dépostés. Les grenadiers à la vue du roi qui vint au milieu d'eux, et de la première ligne qui s'avançait, se jetèrent de nouveau sur l'ennemi et le culbutèrent.

Malgré cet avantage , la marche des quatre lignes d'infanterie de la droite, ne s'opéra pas sans confusion. Les Russes eurent le loisir de lirer de l'artillerie de la droite, et de diriger les batteries du Spili-

berg vers leur gauche : quoique pelotonnés, c'était des masses de braves résolus «le ne point céder le champ de bataille. Leurs généraux garnirent d'infanterie et d'artillerie la plaine qui s'étend depuis le petit mou lin jusqu'à Kunersdorf, formant ainsi un crochet avec leur premier ordre de bataille, et présentant un front redoutable à la place du flanc qui tout à l'heure avait été surpris. Laudon, s'ébranlait pour seconder leurs efforts.

D'un autre côté, les Prussiens avaient mis leur gauche en mouvement : Finck avait passé le ruisseau, au gros moulin et à celui de Beckers. La canonnade recommença alors avec une plus grande fureur, et Frédéric conduisit sa première ligne à l'ennemi. Celui-ci tint mieux qu'aux première* attaques; la fusillade fut vive et opiniâtre; de part et d'autre on brûla ses cartouches sans céder: enfin, Finck, menaçant détourner les Russes , les força à se replier derrière Kunersdorf. Le désordre s'introduisit une seconde fois dans leurs rangs, et Laudon hit obligé de hâter le pas pour venir occuper le bord du Kuhgrund.

Dès cet instant, la fortune abandonna les drapeaux prussiens : ces bataillons, quis'étaient si souvent couverts de gloire, lâchèrent pied, sans que la présence du roi et les dangers auxquels ils s'exposaient pussent les arrêter, et quoique la deuxième ligne, l'aile gauche entière, et le corps de Finck n'eussent pas encore été sérieusement eugngés.

Nous avons dit que Frédéric ne présumait pas que des étangs arrêtassent sa gauche ; car il est vraisemblable que son intention était de mettre celte aile en action, lorsqu'il serait temps de l'engager : cela ne devenant exécutable qu'en rompant par pelotons, et se reformant au delà des obstacles sous le feu des batteries du Spitiberg, il n'en ordonna pas moins à la cavalerie, qui se trouvait à la gauche, décharger. Le général Seidlitz et le prince de Wurtem-

berg défilèrent par sections entre les étangs, a gauche de Kunersdorf . Après s'être formés sous le feu de l'ennemi , ils avancèrent sur lui avec audace; mais la mitraille sema bientôt la mort et l'épouvante dans leurs rangs. Seidlitz fut blessé; le désordre s'introduisit , et l'apparition de quelques escadrons russes et autrichiens, sur ses flancs, acheva la déroute de cette cavalerie qui vint se former derrière l'aile gauche : celleci se porta néanmoins en avant, et enleva Kunersdorf dont le cimetière resta aux Russes. Elle attaqua ensuite le Spitzberg avec une grande bravoure, sous les yeux du roi qui accourut et harangua ses troupes , puis se hâta de retourner à l'aile droite, arrêtée par les alliés devant le Kuhgrund (1).

Ici le combat recommença avec une nouvelle fureur ; Frédéric conduisit lui-même les bataillons à la charge, tandis queFinck, se prolongeant à droite, cherchait à débusquer son adversaire de la hauteur d'EIsbuch.

L'ennemi, de son côté, avait massé toutes ses forces vers le Spitzberg, où l'infanterie se trouvait sur quatre et cinq lignes à cause du peu de largeur du terrain. Tout dépendait de la prise du Kuhgrund : ce chemin creux peut avoir quatre cents pas de long, soixante de large, et quinze à vingt pieds de profondeur, d'une pente très-roide : l'infanterie prussienne s'y élança, et chercha à gagner le rebord opposé que Laudon avait garni de toute son infanterie. Il faisait une chaleur excessive ; les troupes prussiennes qui marchaient et combattaient depuis près de dix heures étaient déjà harassées ; tous leurs efforts, pour gravir cette pente, furent vains ; quelques braves y parvinrent et re-

(1) Frédéric a donné dans ses n-uyres une relation inexacte de cette bataille; il n'y est point question de ce ravin, qui eut tant d'influence ; il dit aussi qu'on poussa l'ennemi jusqu'au cimetière des Juifs et au Judenbcrg, parce ce qu'il aura pris

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