CHAPITRE XIX
Le premier n'ayant trouvé à Christian- *tadt aucun des approvisionnements que Daun lui avait fait espérer, ne dissimula pas «on mécontentement. A l'annonce de fonds qu'on lui fit pour se procurer des vivres, il répondit que ses soldais ne mangeaient point .1 argent, et qu'il allait repasser l'Oder à Oossen. Le marquis de Montalembert lui . yant démontré qu'il se rapprocherait bien plutôt de ses dépôts en prenant la route «le Karolath, le maréchal se décida à s'y porter pour attendre les transports de In Pologne, auxquels il traça cette direction.
L'armée se mit en marche le 22 septembre, t campa, le 2S, à Freystad. Laudon à Win- «lisch-Borau près de Neustadel.
Frédéric se porta le même jour à Sucknu, pour être à même de défendre le défilé de Veuttadel. Ce mouvement hardi faisant « roire aux Russes que le roi avait reçu de nombreux renforts, ils jetèrent un pont sur lOder, aux environs de Wartenberg, et ! année marcha, le 24, pour gagner Karolath par cette route. Laudon se dirigea sur iteulhen.
Aussitôt que le roi en fut instruit, il se mit en marche par lignes et par la droite, et alla occuper les hauteurs entre Zobehvitz, Uaune et Milkau, dans la vue de fermer la route qui conduit, par Beuthen, à Glogau.
Les Russes furent saisis d'étonnement de trouver les hauteurs de Kleinwirbitt garnies de Prussiens. Ils passèrent la nuit sous les armes, et campèrent le lendemain, 2â, un peu en arrière. Tandis qu'on jetait un pont à Karolath, le roi, que son infériorité ne mettait pas en état de repousser une surprise, faisait prendre les armes tous lesmalinsavautle jour. Fouquel lui envoya, le 27, un renfort de 3 bataillons et 3 escadrons, «H le lendemain le général Queiss lui amena fi bataillons, de sorte que son année se trouva forte d'environ 86,000 combattants.
La mésintelligence entre les généraux ennemis s'accroissait chaque jour par de petits
incidents ; entre l'emportement de Soltikof et la fierté autrichienne, il y avait peu de moyens de conciliation : Laudon a\ant demandé, le 26, au maréchal russe, ce qu'il comptait entreprendre, celui-ci lui répondit les choses les plus désobligeantes, les plus dures et serait parti sur-le-champ pour la Pologne, si les bonnes raisons du médialeur Montalembert ne l'eussent décidé à différer de repasser l'Oder jusqu'au B0 octobre.
Le roi fit poursuivre, sans succès, l'arrière-garde ennemie, et marcha, le 2 octobre, à Glogau, où il fit passer le fleuve a 12 bataillons, et à presque toute sa cavalerie qui prirent position à Klein-Zcrbau, et devaient par leur excellente position, empêcher le bombardement de la place.
Les Russes se portèrent, le 2, à Kuttlau, et le 4, à Schwusen.
On a blâmé le roi de n'avoir pas passé l'Oder, le 2, avec la totalité de ses forces, pour s'emparer du défilé de Hundpass, qui couvre Herrenstadt et Gurau, ce qui eût, peut-être, forcé les Russes à reprendre immédiatement le chemin do la Pologne; ce reproche n'est pas fondé, car il ne lui convenait point de mettre les Russes dans la nécessité de combattre pour s'ouvrir un passage ; puisqu'ils s'en retournaient volontairement, et que dans peu il en serait débarrassé. Cependant, lorsque Soltikof prit In direction de Schwusen, et parut vouloir prolonger son séjour, le roi résolut de faire passer l'Oder au reste de l'armée, et détacha seulement Schmettau, avec 7 bataillons et 10 escadrons, à Golgowitz, sur lu rive gauche, afin de canonner le camp ennemi, et d'empêcher des incursions sur cette rive.
Ayant alors reçu l'avis que les Russes voulaient se porter sur Breslau , Frédéric en vue de les y prévenir, fit jeter un pont, le 7 octobre, à Koben, marcha à Kleiu- Gafron le 8 au matin, passa l'Oder et campa àSophienlhal.
Les Russes devaient partir le 20, et les
campements s'étaient déjà mis en route, depuis la veille, lorsqu'un courrier de Pétersbourg, ordonna à Soltikof de continuer ses opérations contre Breslau. En conséquence l'armée se porta, le 22, à Sandeborschke, vis-à-vis de Ilcrrenstadt; Laudon à Babiele.
Les Prussiens arrivèrent ce jour-là à kutschen-Borwitz, sous la conduite du général Hulsen, auquel le roi malade avait confié le commandement. L'ennemi fit sommer le bataillon, qui se trouvait à Herrenstadt , avec menace de brûler la ville. Le commandant répondit en brave; le bombardement commença et réduisit bientôt la ville e? cendres , sans pour cela forcer la garnison à quitter son poste.
Cette tentative inutile termina la campagne de Soltikof. Un conseil de guerre, convoqué le même jour, déclara l'ordre de la cour de Pétersbourg inexécutable. L'armée russe partit, le 2-4 octobre, pourTribuschoù Soltikof reçut l'avis que Daun, désespérant d'attaquer le prince Henri avec succès , s'était décidé à prendre des quartiers d'hiver ; cette nouvelle mit le comble à son mécontentement, et sur-le-champ il se dirigea vers Poscn. Laudon rabattit sur Ralisch.
Aussitôt après le départ des Russes, Frédéric détacha les généraux Gablentz et Schmettau, avec 9 bataillons et 20 escadrons, vers Trachenberg, pour observer les mouvements de Laudon , sur les frontières de Silésie. Le général Meyer, avec Ji bataillons et 10 escadrons, alla relever, à Hirschberg et Landshut, les troupes de Fouqnet. Hulsen se porta en Saxe avec 19 bataillons et $0 eseadrons : le roi toujours malade, se fit transporter à Glogau.
Opérations en Saxe, après P arrivée de Hulsen; affaire de Maxeti.
Nous avons laissé plus haut Daun campe à Schilda, le prince lien ri à Torgau, Finck à Dubcn. Le dép:«U des Russes et l'arrivée de Hulsen. à Muska. engagèri'iit Daun à se re-
plier sur Dresde ; il se porta, le k novembre, à Naundorf, où le corps d'Aremberg le rejoignit. Le 5, il prit position à Lorainatsch, et le 6 à Hcinitz. Les corps d'Eslerhazy et de Brentano éclairèrent cette marche.
Le prince Henri, de son cùté, vint camper le 8 à Belgcrn et le jour suivant à Strehlen; Finck, avec 1$ bataillons et 35 escadrons, à Mutschen. Le 8, l'armée forte de 40 bataillons et 6$ escadrons, s'établit à Altsattel; le général Ascherslcben à Naundorf, sur l'Elbe, avec 4 bataillons et 17 escadrons:
une forte division sous Wedel s'établit près de Hirschstein ; Schenkendorf à Karschitz, en intermédiaire de Finck, avec 2 bataillons et 8 escadrons ; le général Dierke, à Grossenhain, avec A bataillons et autant d'escadrons.
Ces renforts mettaient le prince Henri en état de prendre l'offensive ; mais, la position des Autrichiens étant trop forte , il résolut de les en déloger, en débordant leur gauche, et les coupant des montagnes de l'Erzgebirge. Finck prit dans cette vue position le 9 à Etzdorf. Brentano, qui flanquait la gauche de l'ennemi, se retira à N'ossen, à l'approche des Prussiens.
Le prince remarquant avec plaisir l'immobilité de Daun, renforça Finck de 6 bataillons et 20 escadrons, et lui ordonna de déloger le 13, Brentano de Noasen, d'occuper Freybcrg, et de pousser des partis sur Dippodiswalde et Donna.
Aux premiers coups de canon, le maréchal se rendit au galop, auprès de son lieutenant, et devinant le projet de son adversaire, il retira ses troupes, et une partie de sa gauche en crochet vers Deutsch-Bohra, afin de couvrir son flanc et ses derrières.
Finck s'établit alors sur les hauteurs qui s'étendent entre Z,elle et Siebenlehn, de manière que sans aucun effort, il se trouva sur l'extrême gauche des Autrichiens , ei coupa leurs communications avec Freyberg. 1^ roi arriva sur ces entrefaites a l'année.