CHAPITRE XIX
Le maréchal , ne pouvant se dissimuler les dangers de sa position, se retira dans la nuit, sur Wilsdruf, où il s'établit entre Sohra et Blanckenstein ; la réserve et les carabiniers sur les hauteurs de Polentz; le marquis d'Ainse à Batzdorf sur l'Elbe, visà-vis deMeissen; Brentano à Herzogswalde.
Aussitôt que le roi apprit le départ des Impériaux , il ordonna au général Wedel de les poursuivre, et se mettant lui-même à la tête de 3 bataillons de grenadiers et du petit corps d'Aschersleben , il atteignit le général Sincère près de Korbitz, et lui fit éprouver une perte considérable : l'armée partit le 14 à midi pour aller camper à Krogis ; le corps de Wedel à Korbitz, celui de Schenkendorf à DeuUch-Bohra.
Cependant , Finck avait détaché le général Wunsch à la poursuite de l'ennemi, et envoyé Sydow, avec 4 bataillons à Freyberg. Frédéric jugeant que Daun allait se replier en Bohême, ne voulut pas lui laisser achever paisiblement sa retraite , et donna l'ordre à Finck de se porter en toute bâte à Max en. Ce général arriva le 16 à Dippodiswalde , occupé depuis deux jours par une division de l'armée des cercles , qui ne put se retirer sur Possendorf sans perte : l'avant-garde, sous le général Wunsch, coucha à Maxen, et poussa une reconnaissance sur Donna.
Le 17, Finck se réunit à son avant-garde.
Le général Lindstedt, qui était resté à l'escorte des parcs avec 4 bataillons et 6 escadrons, occupa Dippodiswalde, pour couvrir ses communications.
L'arrivée d'un corps aussi nombreux sur ses derrières, donna des inquiétudes au maréchal Daun , qui quitta Wilsdruf le 1 7 , et vint asseoir son camp dans le val dcPlauen.
Ce vallon formé par la Weistritz n'a que quatre cents pas de largeur depuis Plauen jusqu'à Postchapel : dans l'espace d'une lieue il s'élargit sensiblement, mais se resserre de nouveau et continue jusqu'à Dippodiswaldc, au milieu d'une chaîne de dé-
filés, formée par des groupes variés de hauteurs escarpées ou de rochers (1). De Dresde à Plauen, règne une plaine ; la cavalerie autrichienne y fut réunie : l'infanterie occupa les hauteurs de Plauen au Windberg. Le corps de Sincère fut placé sur les hauteurs de Hainchen, pour couvrir les derrières , et garder les défilés de Possendorf où passe la route de Dresde à Dippodiswalde. Brentano s'établit à Strelen sur la route de Pirna, et ensuite à Niekern. Enfin l'armée des cercles quitta le camp de Dresde, et prit position entre Cotta et Gishubel ; ses troupes légères, sous Ried, marchèrent à Glashutten et Lipsladt ; le comte de Palfy, avec les hussards, à Zéhist; le général Kleefeld , avec l'infanterie croate et hongroise, à Zaschendorf.
Finck aperçut, des hauteurs de Maxen, le mouvement de l'année des cercles, et porta Wunsch sur Dohna.
Tandis que ces choses se passaient, le roi était venu, le 18, s'établir à Wilsdruf, l'avant-garde sous Ziethen , à Kesselsdorf.
Frédéric informé des dispositions de Finck, engagea ce général à retirer le détachement de Lindstedt, attendu qu'il était insuffisant pour empêcher un corps nombreux d'arriver sur lui. Finck obéit, et ne laissa dans ce poste que 3 escadrons de hussards, afin d'épier les mouvements du camp autrichien ; mais il écrivit au roi pour lui faire observer les dangers qu'il courait, et lui indiquer la position des corps ennemis. Sa dépêche fut vraisemblablement interceptée, car elle resta sans réponse.
Finck reçut bien ensuite une lettre du roi qui le laissait maître d'agir suivant les circonstances ; mais Frédéric avait ajouté de sa propre main : vous aura sans doute une affaire avec les cercles ou avec Sincère, et Finck inféra de ce post-scriptum, que le roi préférait qu'il défendit son poste. Il y resta
(1) Voyex lu carte spéciale des environ* de Dresde, par Pétry, ou celle de BakcnbcrR.
TRAITE DES GRANDES OPÉK ATIOIVS MILITAIRES.
donc, comptant d'ailleurs que le roi qui devait avoir reçu sa précédente, ferait un mouvement en sa faveur, dès qu'il apercevrait Daun se tourner contre lui.
Cependant, ce maréchal voyant que Finck «'obstinait à conserver son poste , malgré ses premiers mouvements , résolut de l'enlever. Il s'aboucha le 18 avec le duc de Deux-Ponts, et convint que l'armée des cercles prendrait l'ennemi à revers parDohna, tandis que Rrentano l'aborderait de front, et que la grande année, réunie au corps de Sincère, l'attaquerait sur la gauche , pour lui couper sa retraite sur l'armée du roi. A cet effet, le corps de Sincère, dont le général Odonell prit le commandement, fut renforcé de 12 bataillons et 10 escadrons, qui le portèrent à 80,000 hommes. Celte armée partit de Rupchen, le 19, à 7 heures du matin, et marcha directement sur Dippodiswalde, sous la conduite du maréchal.
Daim. D'abord un brouillard épais empêcha Finck de s'apercevoir de ce mouvement; mais, lorsque l'horizon s'éclaircit, il aurait encore eu le temps de le prévenir à Dippodiswalde, s'il n'avait cru de son honneur et de son devoir de l'attendre. Le général Platten occupa Reinhardsgrimma et les hauteurs de Hausdorf, avec 5 bataillons et 5 escadrons. Les Autrichiens campèrent, la droite sur les hauteurs de Maltcrn, la gauche à Oberhaselich ; le prince de Stolberg, avec 7 bataillons et S escadrons, prit poste a Ruckardswalde.
Finck , ne doutant plus des projets de l'ennemi, fit ses dipositions de défense. Le général Wunsch resta avec 5 bataillons et ■4 escadrons sur les hauteurs de Plaschwiti, vers Dohna, pour contenir l'armée des cercles et l'empêcher de franchir le ravin. Le reste des troupes fut rangé en bataille, en forme de croissant autour de Max en. La ligne, prenant dans la direction de Muhlbach , se prolongeait sur les hauteurs en arrière de Witgendorf; le général LimUtedt rouvrait la cavalerie et la droite, avec .i
bataillons sur les hauteurs en avant de Schmorsdorf.
Le 20, le corps autrichien se mit en marche sur quatre colonnes, la cavalerie sur les ailes; ne laissant à Maltcrn que la brigade Schenkendorr pour couvrir ses derrières. Daun fit former ses troupes sur deux lignes près de Reinhardsgrimma, et reconnut la position des Prussiens.
Finck , de son côté, était allé en reconnaissance, lorsqu'on vint lui annoncer que l'ennemi se formait en même temps vers Bohrsdorf, et derrière Reinhardsgrimma.
Il ordonna au général Platten de se retirer en arrière de Hausdorf. Cette mesure parait avoir été précipitée, car le défilé de Reinhardsgrimma présentait des obstacles difficiles à vaincre. Entre Hausdorf et le bois de ce village, est une hauteur très-élevée qui masquait le débouché des colonnes autrichiennes. Les grenadiers étant parvenus à la gravir, Daun y établit une batterie dont le feu protégea le déploiement des troupes qui se formèrent en bataille la droite sur les hauteurs en avant de Mulbach, la gauche vers Hausdorf. (Pl. XXJ1I, n" 2.)
Aussitôt après , le général ZiskowiU, à la téte de 5 bataillons de grenadiers, soutenus par les brigades d'Ainse, et de Dorabasle, attaqua les Prussiens sur les hauteurs en avant de Witgendorf et de Maxen. Ces grenadiers furent un peu reployés à droite et à gauche ; mais ils se jetèrent avec tant d'impétuosité par le centre, qu'ils enfoncèrent les bataillons de Grabow et de £astrow, percèrent ainsi la ligne, et se précipitèrent dans le village de Maxen. Le gênerai Finck envoya pour les contenir les dragons de Platten et le régiment de Rebentisch, qui furent entraînés par les fuyards. Les bataillons de Billerbeck, Kleist et Finck, furent ainsi enveloppés et pris entre deux feux : une charge de celui de Willemai, sauva, il est vrai, les deux derniers ; cependant, comme celte aile ne put opérer de concert avec la droite, puisque l'ennemi tenait le centre en