‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 122 sur 196 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

masse, elle fut forcée à se faire jour pour se retirer sur Schmorsdorf.

D'un autre côté, Brentano s'étendait de plus en plus sur les derrières des Prussiens. Quelques instants avant l'enlèvement des hauteurs de Maxen, Finck voulut le faire charger par toute la cavalerie, afin de s'en débarrasser et d'opposer ensuite son infanterie au maréchal ; mais le feu de l'artillerie tint ses escadrons en respect , et ce mouvement ne servit qu'à les paralyser en les isolant du reste de la division. Daun fit reformer sa ligne et en lia la gauche au corps de Brentano.

Finck, avec les débris de ses bataillons, se retira sur les hauteurs en arrière de Falkenhain et Blochwitz, où Wunsch tenait encore après avoir repoussé toutes les attaques dirigées contre lui; ils y furent bientôt cernés. Comme il ne restait d'autre parti que de se faire jour, Finck fit reconnaître tous les chemins vers Burckardswalde, et convoqua un conseil : celui-ci considérant que le corps se trouvait réduit à moins de 12,000 combattants, désespéra de forcer le défilé tenu par un ennemi cinq à six fois plus nombreux, et fut d'avis de capituler.

Wunsch, que rien n'intimidait, proposa de se faire jour, pendant la nuit, aux environs de Sillen , avec toute la cavalerie ; et Finck y ayant consenti, ce général partit, le 21 novembre, à trois heures du matin:

mais il est probable qu'il aurait eu de la peine à réussir. On envoyaaprèa son départ le général Rebentisch à Daun, qui ne voulut entendre de proposition qu'autant qu'on fit revenir le général Wunsch. Les Prussiens n'étaient pas dans une position à dicter des conditions : après quelques débals, on fut forcé d'accepter celles de Daun, et environ 14,000 hommes se rendirent prisonniers :

3,000 avaient été mis hors de combat.

Le roi, mécontent du général Finck, le fit traduire à un conseil de guerre, qui le cassa et le condamna à deux ans de détention, ainsi que les généraux Rebentisch et Gersdorf.

Tandis que la fortune semblait épuiser tous ses coups sur Frédéric, il détachait par la forêt de Tharandt , au secours do Finch, le général Hulsen avec 0 bataillons et 20 escadrons. Hais ce dernier apprenant le 21 . près de Dippodisw aide, le sort de son collègue, se retira à Freyberg.Le roi établit alors -4 bataillons à Hohorn pour communiquer avec lui.

Daun se reposant sur ses lauriers, cantonna son armée aux environs de Dresde ; celle des cercles alla prendre ses quartiers d'hiver en Franconie.

Le roi prit aussi des cantonnements resserrés en face des Autrichiens : Pavantgarde, de 0 bataillons et 24 escadrons, fut établie aux environs de Kesselsdorf; la première ligne , de 23 bataillons auprès de Wilsdruf et Liinbach ; la deuxième, de 8 bataillons, non loin de Blankenstein et Meissen; la troisième, de 28 escadrons, près de Heraogswalde ; la réserve, sous Hulsen , de 1 1 bataillons et 25 escadrons , dans le voisinage de Freyberg ; 6 bataillons et 1000 chevaux furent postés à Koln , visà-vis de Meissen, sur la rive droite de l'Elbe, pour empêcher les Impériaux de fourrager le pays. Attendu la proximité de l'ennemi, les bataillons de piquet baraquèrent, malgré l'extrême rigueur du froid : ce service pénible coûta un grand nombre d'hommes.

Daun , encouragé par la réussite de son opération de Maxen , résolut d'enlever le corps de Koln; il attira à lui, dans cette vue, la division de Beck , qui avait été si longtemps à Zittau, la renforça de 5 bataillons, et la poussa, le 3 décembre, devant ce poste ; le général Dierke qui le commandait ne pouvant rétablir le pont à cause des glaçons énormes que l'Elbe charriait , ramena avec des peines infinies, durant la nuit la plus grande partie de son corps sur des nacelles : le lendemain, ce qui restait fut attaqué avec impétuosité, et fait prisonnier, au nombre de 1,500 hommes.

Après des revers aussi accablants et

TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES

aussi multipliés, il ne paraissait pas possible que le roi se maintint longtemps contre les forces du maréchal Daun ; cependant ils n'apportèrent aucun changement notable dans les affaires : la présence d'esprit et le génie du grand homme égalaient la faiblesse de son vainqueur , qui se retrancha sous le canon de Dresde, comme après une défaite, et laissa l'armée battue maîtresse de la campagne.

Mouvements en Silésie.

Tandis que les événements se pressaient sur les bords de l'Elbe et de l'Oder , la plus grande tranquillité régnait en haute Silésie , où les Autrichiens avaient laissé 33 bataillons et 50 escadrons devant un faible cordon prussien. Le général Beck couvrait les environs de Zittau avec 13 bataillons et 30 escadrons, et n'était observé que par -4 bataillons et 4 escadrons . sous le général Goltz. llarsch et Janus, avec 20 bataillons et 30 escadrons, couvraient la Bohême vers Trautenau et Schatzlar. Fouquet leur opposait, à Landshut, 13 bataillons et 6 escadrons.

Lorsque les Russes furent partis pour la Pologne, et que le roi eut renforcé Fouquet de 8 bataillons et 10 escadrons , celui-ci rejoignit avec une division le corps de Schmettau , resté à Militsch pour observer les mouvements de Laudon. De là ils se dirigèrent vers les frontières de Pologne; mais en apprenant que le général autrichien revenait directement par la Gallicie sur la Moravie, Fouquet repartit , le 9 novembre , pour Cosel ; harcela la marche de Laudon , et vint camper enfin, le 30 novembre, à Ratibor. Le général autrichien arriva le même jour à Teschen, après avoir marché sans relâche par Cracovie , Bieliti et Plessen : il se joignit au corps de Draskowiti, que Harsch avait envoyé à Troppau pour communiquer avec lui.

Laudon, dont les régiments se trouvaient

réduits de moitié, las de guerroyer dans un hiver aussi rude, demanda un armistice pour prendre ses quartiers, et cette proposition fut accueillie avec joie par Fouquet, qui envoya Schmettau cantonner en Lusace, aux environs de Gorlitt.

Campagne contre le» Suédois.

Les opérations en Poméranie méritent a peine une place dans l'histoire. Lorsque Kleist fut obligé de conduire son corps au roi , après la bataille de Kunersdorf , le-* Suédois eurent le champ libre, et s'arausèrent à fourrager , et à lever des contributions dans la Marche, où ils occupèrent Prentzlow.

Immédiatement après le départ des Russe»

pour la Pologne, le roi y détacha le régiment de hussards de Belling, et ordonna au général Manteufel, qui avait été légèrement blessé à Kunersdorf, de former quelques bataillons de convalescents ; ce qui suffit pour contenir l'armée suédoise et lui faire repasser la Peene.

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