‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 141 sur 196 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

suivit pas Laudon. Cependant le maréchal s'était mis en marche dans la soirée du U , sur «ix colonnes pour s'approcher des bords de la Katzbach. Les partisans de Ried passèrent la rivière à onze heures du soir, pour déloger les Prussiens du village de Schimelwit», qu'on fut fort étonné de trouver abandonné. Daun n'apprit cet incident qu'à deux heures du matin , et ordonna que l'armée passât sur-le-champ la rivière ; mais cette opération, retardée par la construction des ponts et la fausse direction prise dans l'obscurité par quelques colonnes, ne fut effectuée qu'à cinq heures. Déjà il était trop tard : Laudon était hors de combat : tout contribua dans cette journée à assurer sa défaite; car le vent empêcha le maréchal Daun d'entendre la canonnade et d'accélérer sa marche.

Il était cinq heures, lorsque l'avant-garde autrichienne parut en arrière de Lignitz :

l'aile droite des Prussiens se trouvait alors sur les hauteurs en arrière de Pfaffendorf ; mais il fallait pour l'atteindre, passer la Schwarz- Wasser et traverser Lignitz. Le maréchal fit occuper la ville et le faubourg par les troupes légères de Ried, et passer le ruisseau à une trentaine d'escadrons, qu'il se proposait de suivre avec l'armée. Lascy reçut ordre de remonter la Schwarz-Wasser, et de la passer où il le pourrait, afin de tomber sur les derrières du roi. Le résultat d'une telle conception ne pouvait être douteux ; la cavalerie n'osa déboucher devant l'infanterie prussienne , qui protégeait toutes les batteries de la droite, et Lascy chercha vainement un pont ou un gué pour traverser ce ruisseau : ses rives marécageuses en rendaient l'abord tellement difficile , qu'on n'aurait pu se servir d'un pont de chevalets, sans ouvrir des communications pour y parvenir. Son corps resta donc dans sa position. Le maréchal s'était déployé entre Weishof et Dornigt, niais lorsqu'il apprit la défaite de Laudon et vit la contenance des Prussiens , il se retira élans sa

première position, entre Neudorf et Cosendau.

Cette victoire lira le roi du pas le plus difficile où il se fût trouvé ; et il importait d'en profiter promptement, car on n'avait battu qu'un détachement de l'ennemi ; son armée, intacte , tenait toujours la route directe de Lignitx à Rreslau, et un corps nombreux de Russes avait pris position à Gros-Rrcsa.

Frédéric, après avoir fait tirer plusieurs salves en réjouissance, prit donc ses mesures pour emmener avec lui les blessés et les prisonniers : de peur que Daun ne le prévint à Neumarck, ne s'y réunit aux Russes, et ne lui coupât de nouveau la route de Breslau, il partit à dix heures du matin, avee 6 bataillons et 30 escadrons, passa la Katzbach et prit position sur les hauteurs de Parchwitz : le margrave Charles suivit de près, avec le reste de l'aile qui avait combattu; la droite, sous Ziethen, y m nicha dans la soirée. Le général autrichien Nauendorf se retira de Parchwitz sur Mottigt.

Frédéric informé à Parchwitz, que le général Czernischef campait vers Lissa , en conçut de nouvelles inquiétudes : l'armée n'avait que pour un jour de vivres, et n'en pouvait tirer que des magasins de Breslau.

Il s'agissait donc de détourner les Russes de Neumarck ; le roi eut recours à la ruse, et feignit d'envoyer un espion, porteur d'une dépêche au prince Henri , dans laquelle il l'informait de sa victoire, et lui annonçait qu'il allait se réunir à lui pour attaquer Soltikof. Sans savoir quel serait le résultat de ce stratagème, l'armée se mit en route le lendemain, 16 août, sur trois colonnes; le roi conduisit celle de droite, composée de l'aile gauche, et couvrant la inarche du côté des Autrichiens; la seconde colonne fut précédée d'une forte avant-garde, après laquelle marchaient les prisonniers et les blessés ; la troisième composée de cavalerie légère, aux ordres du duc de Holstein et soutenue de quelques bataillons, la flanquait à gauche contre les Russes et les Co-

au

TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES

saques, qui pouvaient passer l'Oder au gué de Leubus. Ziethen, avec l'aile droite, forma l'arrière-gardc.

Cependant Daun , sortant de son état de stupeur, avait envoyé, le 16 au matin, deux officiers au maréchal Soltikof, pour l'informer de ce qui s'était passé, et des mouvements qu'il allait faire pour gagner Neumarck ; les corps de Lowensteiu et de Beck s'y dirigèrent aussitôt , afin de s'y réunir avec Cxernisehef, que l'on espérait trouver encore sur la rive gauche de l'Oder; Laudon devait suivre de près cette avant-garde, et Daun, avec l'armée, se proposait de côtoyer sans cesse celle du roi, pour arriver en même temps que lui.

Sur ces entrefaites, lavant-garde de Frédéric donna, près de Mottigt, sur le corps deXauendorf, qui se retira aussitôt: les hussards prussiens rencontrèrent ensuite les éclaireurs du corps de Beck , et les repoussèrent. Ce corps parut bientôt après sur les hauteurs de Kumernig, et à une forte lieue en arrière, toute la grande armée autrichienne en pleine marche sur plusieurs eolonnes, sans qu'on pût distinguer la direction qu'elle tenait. La position du roi était très-embarrassante : il se voyait au moment de perdre les fruits de sa victoire , et d'être coupé de ses dépôts ; car il ignorait que Czernischef se fût retiré. En effet , soit qu'il eût reçu la lettre supposée , soit qu'il se fut déterminé par le rapport d'un officier de Cosaques, qui lui apprit, le 15 au soir, la défaite de Laudon, ou qu'au lieu d'Autrichiens, il eût rencontré à Parchwitz le corps commandé par le roi même , ce général n'avant aucune nouvelle de Daun, s'était retiré le même soir, et avait repassé l'Oder à Auras. Soltikof approuva cettt* conduite irréfléchie, et fit même détruire le pont.

Frédéric dévoré d'inquiétudes, dans'Fignoranec de ce mouvement, prit les devants avec quelques hussards , et se glissa par la forêt , asseï près de Neumarck , pour découvrir tous les environs; /à, ses craintes

se dissipèrent, et l'armée s'établit tranquillement à Neumarck , communiqua avec Breslau et le prince Henri, auquel on dépêcha un courrier pour l'informer de la victoire de LigniU. Le général Krokow , avec l'avant-garde et les prisonniers, partit pour Breslau, et se porta ce jour-là jusqu'à Borna. Le général autrichien voyant son but manqué, se retira vers Strigau.

D'un autre côte, Soltikof avait quitté le même jour le camp d'Obernig, pour celui de Peterwitz, afin de se rapprocher du flanc droit du prince Henri, et de mieux communiquer avec Militsch. Il répondit à l'officier envoyé par Daun, qu'il consentait à pousser Czernischef sur Neumarck , pour se reunir à Laudon , et se disposait en effet à jeter un pont, vers Auras, lorsqu'il apprit , dans la nuit du 16 au 17, que le roi occupait Neumarck. Cette nouvelle mit le comble au mécontentement du maréchal russe, qui, n'ayant aucun renseignement positif sur la position des armées autrichiennes, ignorait encore ce qui s'était passé. D'abord, il toulut se retirer sur les frontières de Pologne , attendu que le plan de campagne se trouvant renversé, rien n'empêchait le roi de se réunir au prince Henri , et qu'il n'écrasât l'armée russe avec toutes ses forces , avant qu'il fût possible de concerter de nouvelles entreprises avec Daun. Néanmoins, il ne refusa pas de concourir encore aux opérations des Autrichiens, mais il jugea prudent de ne pas attendre que le roi passât l'Oder, et se retira, le 18 août, sur Militsch. Ces petites contestations entre les généraux alliés, leurs mauvais plans , le défaut de confiance et d'accord, la lenteur, la pusillanimité , le disséminement des forces, furent les seules causes qui sauvèrent Frédéric. S'il avait eu affaire à un général vigoureux , quoique médiocre , et à des ennemis qui s'entendissent, il aurait succombé dans une seule campagne.

Le prince Henri le suivit le 19, et campa vers Trebcnitt : le roi partit le même jour

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