‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 148 sur 196 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

ou en interceptant ses communications avec cette place, et que d'ailleurs cette bataille n'assurait pas de grands résultats à cause de la proximité de cette capitale. Tempelhof relève le gant, et cherche à détruire cette opinion ; en effet, il eût été dangereux pour le roi de venir, avec une armée inférieure , se camper entre Daun et la place de Dresde, mettant ainsi à la merci du premier ses communications avec ses États. Mais , si Warnery s'est trompé, il me parait aussi que Frédéric négligea de plus belles occasions d'attaquer Daun, et que son apologiste est tombé dans l'erreur opposée, en avançant qu'une bataille était indispensable , et soutenant que les Prussiens se trouvaient hors d'état de tenter une entreprise sur Dresde, parce qu'Us ne traînaient que pour quinte jours de vitres arec eux.

Quel que soit le fondement de ces différentes assertions, il parait que Frédéric a légitimé sa résolution en nous disant , dans «es œuvres , <jfw't7 avait appris de très-bonne source, que les Russes cantonnés entre la W art ha et l'Oder, se proposaient de passer l'hiter au cœur de ses Etats, si les Autrichiens se maintenaient à Torgau : alors il ne lui serait resté aucun moyen de recruter son armée. Dans tous les cas, puisque les Prussiens avaient perdu de si belles occasions, et que les Autrichiens occupaient une position si forte , la prudence conseillait d'attendre jusqu'au milieu de novembre ; car il eût été possible que Daun se retirât en Bohême, ou les Russes en Pologne, suivant leur usage.

Pour remplir en partie cet objet, le roi laissa la brigade Roebel vers Eulenbourg , et s'ébranla , le 3 novembre , en quatre colonnes, sur Schilda; se tenant, pendant la marche, à l'avant-garde, afin de connaître la direction que prendraient les postes ennemis : tous se repliant sur Torgau, il jugea que Daun se préparait à l'y recevoir, et qu'il n'y avait pas d'autre moyen de l'en déloger, que de l'y attaquer. On donna,

près de Schona, sur les Croates deBrentano, dont on prit 400 hommes. L'armée prussienne campa , la droite sur les hauteurs en avant de Schilda , la gauche au delà de Lang-Reichenbach : dans l'ordre de bataille ci-contre.

L'armée autrichienne changea alors de front et fit face en arrière, portant sa gauche sur les hauteurs de Zinna; la droite sur los vignes en arrière de Siptitz [Voues pl.

XXIV) : le corps de réserve, près de Groswig; la division de grenadiers de l'aile gauche, à Weidenhain ; celle de grenadiers et carabiniers de la droite, en arrière de Neiden. Lascy se retira de Schilda sur Loswig et Torgau ; Ried, avec les troupes légères , sur l'extrême droite, vers Mokrena.

Cette position était redoutable; la gauche appuyait à l'Elbe ; le grand étang de Torgau, et cette ville fermée, la mettaient à l'abri de toute entreprise ; le front, presque inabordable, était couvert par le ruisseau de Rohrgraben, encaissé et marécageux, et par des hauteurs escarpées , en partie garnies de vignobles ; la droite, appuyée à la forêt de Dommitsch, avait son flanc couvert par cette forêt, et des abatis considérables ; le front de cette aile était à l'abri d'insulte sur les hauteurs de Groswig.

S'il fallait en juger par le résultat des attaques, et ce que Tempelhof nous dit, le roi aurait conçu un projet aussi hardi que savant. Le front des Autrichiens était inattaquable , les flancs ne pouvaient être débordés ; mais comme leur camp était peu profond , et que les lignes étaient l'une sur l'autre, Frédéric calcula qu'il pourrait mettre leur centre facilement en désordre, en le prenant entre deux feux , au moyen d'une double attaque de front et à revers. Ce plan n'était pas des plus prudents, et nous observerons dans le chapitre suivant, qu'il eut plus de succès qu'on n'avait droit de l'espérer.

Pour exécuter son dessein, le roi partagea son année en deux parties ; il devait

TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES

tourner le» ennemis avec la gauche et déboucher sur leurs derrières, à la faveur de la forêt de Dommitsch, qui lui permettait de cacher son mouvement. Ziethen, avec l'aile droite, devait vraisemblablement faire des démonstrations sur le front, et attaquer ensuite le centre des Autrichiens, dans l'inx tant où Frédéric l'attaquerait à revers. 11 fallait un concours d'événements bien rares pour assurer la réussite d'un mouvement sujet à manquer, soit par le retard d'une des colonnes, soit par les difficultés du terrain, soit par la position même de l'ennemi, qui

avait l'avantage d'être centrale. Mais au lieu d'anticiper sur les observations que nous aurons à faire, revenons à la relation de la bataille.

Frédéric après avoir dicté à Ziethen des instructions particulières, rassembla ses généraux, et leur donna l'ordre suivant :

« L'armée partira demain , 3 novembre,

• à six heures et demie, sur quatre colon-

■ nés par la gauche; les dragons de Schor-

■ lemmer, les hussards de Mohring, de

■ Dingelstedt, et les dragons francs res- » teront en observation à Weidenhain.

» Comme il doit exister un corps ennemi

• vers Pretsch , ils auront soin de prendre » position de manière à faire face partout.

• Notre aile gauche attaquera les Autri- » chiens : en conséquence, les généraux veil- » leront à ce que les bataillons marchent ser- » rés, et puissent s'engager à temps pour se » soutenir. Les lignes seront éloignées de

• deux cent cinquante pas.

• Aussitôt que l'ennemi sera chassé des

> vignes, on y établira des batteries de gros » canon, elles bataillons se reformeront. Si » l'on demande de la cavalerie, l'on ne fera » avancer que le nombre d'escadrons qui

> pourraient agir. Sa Majesté se repose sur » la bravoure des officiers, et ne doute pas » qu'ils ne fassent tous leurs efforts pour » remporter une victoire complète. »

En conséquence de ces dispositions, qui subirent néanmoins plusieurs changements,

l'armée partit le lendemain. La première colonne, forte de 10 bataillons de grenadiers et de toute la première ligne d'infanterie, éclairée par les hussards de Ziethen, devait passer entre les moulins de Mokrena , prendre le chemin de Weidenhain , et se prolonger ensuite sur la direction de Neiden.

La deuxième colonne consistant dans 7 bataillons de la réserve de Hulsen, suivis de toute la seconde ligne d'infanterie, côtoya la première à gauche, prit le chemin deLosnitz, se dirigeant ensuite sur Elsnig.

La troisième colonne, composée de toute la cavalerie des deux ailes et du reste de l'infanterie de Hulsen, marcha par Robershain, Schona et Strollen. Son mouvement était beaucoup plus étendu que celui des deux autres ; elle passa par la maison de Chasse , laissant à gauche le village de Roitsch, et changea de direction à droite, pour se porter vers Vogelgesang, à l'extrémité d'EIsnig.

La quatrième colonne formée des équipages escortés de 30 escadrons, devait d'abord rester à Weidenhain , mais se porta par Roitsch à Trossin.

Lorsque la tête des colonnes arriva à la grande route de Leipzig , on fit balte, et ce corps se sépara de l'armée : il était composé des 4 brigades d'infanterie de l'aile droite, forte de 30 bataillons ; de la cavalerie de l'aile droite , et de la brigade Klcist de l'aile gauche, en tout 52 escadrons. Ce corps ayant moins dé chemin à parcourir, attendit dans le bois que les colonnes du roi fussent arrivées à leurs points d'attaque; il continua ensuite son mouvement.

Le roi suivit les routes indiquées ; ses avant-postes poussèrent successivement le corps de Ried, de Mokrena sur Wildenhain et Groswig. On fit quelques prisonniers, qui apprirent que les dragons de Saint-Ignon s'étaient embusqués dans la forêt, de sorte qu'ilf devaient se trouver entourés par les première et deuxième colonnes : les hussard»

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