CHAPITRE
où les bataillons ne rencontrèrent que des hauteurs presque inaccessibles (1). Jamais il ne se donna de plus grandes preuves de bravoure individuelle, que dans les efforts réitérés de l'infanterie prussienne sur ces positions : elle revint cinq à six fois à la charge, mais toujours sans succès. Cette lutte inégale dura jusqu'à la nuit.
Pendant que ceci se passait à la droite de 1 armée, les bataillons en avant du deuxième de Bornstedt, avaient continué leur marche pour soutenir le général Hulsen ; il en résulta un intervalle considérable. Lorsque le général qui les conduisait s'aperçut que le reste de la colonne faisait halte^il crut devoir en faire autant, et commanda front en avant, marche /.... sans s'inquiéter de la nature des obstacles qui se trouvaient devant lui.
Tempelhof qui parait faire consister tout le gain d'une bataille à la conservation d'une ligne contiguè', attribue la perte de celle de Roi lin à ces attaques ainsi coupées ; il prétend que les colonnes furent forcées d'escalader des montagnes ou des hauteurs à pic:
le fait est que le champ sur lequel elle s'est livrée n'est à proprement parler qu'une grande plaine ; on n'y rencontre que des mouvements de terrain insignifiants, et rien n'empêche d'y manœuvrer aisément sur tout le front avec toutes les armes , il n'y aurait guère que quelques clôtures de jardins et quelques faibles levées de terre autour des propriétés , qui ne peuvent pas même être comptées pour des obstacles.
La droite des Prussiens ne fut pas plus heureuse que leur gauche, quelques bataillons gravirent les hauteurs, mais leurs efforts n'étaient point soutenus, ils furent bientôt repoussés. Quatre régiments de cuirassiers s'avancèrent dans l'intervalle, visà-vis de Brzist pour tenter une charge sur
(I) Je ne sai* où Tempelhof s trouvé des hauteurs inaccessibles sur ce champ de bataille. Je l'ai nareouro et n'y ai «u qu'un assemblage de 3 ou 4
l'infanterie, et l'un d'eux se précipita sur uue batterie ; tout cela fut infructueux.
Le général Hulsen, voyant arriver quelques bataillons, avait repris son mouvement, et attaqué le bois : il réussit à chasser l'infanterie et les Croates qui l'occupaient, mais l'ennemi fit avancer de nouvelles troupes, et repoussa la gauche de cette brigade ; le reste se maintint sur les hauteurs avec le plus grand acharnement, malgré le feu meurtrier , qui dura deux heures. Les Autrichiens conservant aussi le terrain qu'ils avaient gagné sur la gauche , Hulsen y fit marcher 2 bataillons qui venaient d'arriver, gagna le flanc de l'ennemi, et allait rétablir les affaires, en s' emparant d'une seconde batterie , lorsqu'un incident malheureux vint détruire toutes les espérances.
Il parait que Daun, inquiet des vives attaques dirigées contre son front, avait déjà ordonné la retraite sur Suchdol ; mais que le général saxon Nostitx, secondé par le commandant du régiment de prince Charles, ne crut pas devoir l'exécuter sans y être forcé, et reprit sa position vis-à-vis du point où s'était avancé la brigade du prince de Brunswick, à droite de Kréxor. Cette brigade combattant avec vigueur contre la droite de l'infanterie autrichienne avait mis en désordre le régiment de Salm, lorsque la cavalerie saxonne soutenue, par 1 ,000 chevaux autrichiens, chargea avec impétuosité sur quelques escadrons prussiens, les culbuta, tourna l'infanterie et se précipita sur les régiments de Bévern, de prince Henri et de Hulsen, engagés de front avec l'infanterie ennemie, et harassés par les difficultés qu'ils avaient surmontées jusque-là.
Dès que le colonel du régiment de Bévern aperçut la cavalerie sur ses derrières, il commanda : demi-tour à droite, feu de peloton $ur la droite, commence* le feu ! ainsi
grands platcaui d'une pente presque imperceptible. La planche 6 en offre le tracé exact.
que le prescrit l'ordonnance. Le régiment crut être à la revue de Stargard, et fit plusieurs décharges dans la même position ;'les régiments de Uulsen et de prince Henri l'imitèrent : entourés d'une cavalerie nombreuse, épuisés de fatigues, ils ne purent l'empêcher de pénétrer, et furent forcés à mettre bas les armes après avoir vendu chèrement leur liberté.
Cette attaque décida la victoire sur le point principal ; car, quoique plusieurs bataillons se fussent reformés, et que le roi se fût mis lui-même à la tête d'une charge de cavalerie, tout fut inutile : les Prussiens se virent forcés d'abandonner le champ de bataille, et de se retirer en désordre sur Itirabourg.
Ce fatal événement ne serait pas arrivé si l'aile droite au lieu d'être engagée se fût trouvée là pour repousser les Saxons.
L'armée prussienne perdit 13,700 tués, blessés ou prisonniers ; les Autrichiens comptèrent près de 6,000 hommes hors de combat.
Levée du siège de Prague ; opérations jusqu'à la prise de ZUtau , et à la marche du roi en Saxe.
La perte de la bataille de Kollin, mit le roi dans une situation très-critique. Les Français, commandés par le maréchal d'Estrées, après s'être emparés de ses Etats de Westphalic, accablaient l'armée du duc de Cumberland. et menaçaient ses États héréditaires. Le prince de Soubisc conduisait, dans l'Empire, une seconde année, qui devait agir de concert avec celle des cercles.
Au nord, les Russes dont l'armée était hors de toute proportion avec celle que le roi leur avait opposée , pénétraient dans la Prusse, sous le commandement du maréchal Lehwald. Les Suédois commençaient à opérer en Poméranie ; enfin Frédéric voyait
PÉRATIONS MILITAIRES.
devant lui une armée de 100,000 Autrichiens, qui se renforçait tous les jours. Sa perte paraissait certaine, et personne no jugeait possible d'arrêter ce torrent menaçant, ou de lui faire prendre un autre cours. La sage et prudente diète germanique crut même pouvoir braver le roi et le mettre impunément au ban de l'Empire. Frédéric seul conservait sa présence d'esprit ; il trouvait dans lui-même cette confiance qu'on ne peut définir, et qui remplaçait d'un côté, tout ce que ses armées perdaient de l'autre.
Sans doute les fautes de ses ennemis contribuèrent beaucoup à le sauver ; mais on doit convenir néanmoins que , si au début de la campagne il ne fit pas tout ce qu'on pouvait attendre de lui, il répara ses désastres avec une grandeur d'âme et une supériorité de génie admirables.
Nous ne répéterons pas toutes les luttes hypothétiques de Tempelhof et de Lloyd , et nous nous bornerons à examiner l'état des deux partis , pour donner ensuite le narré succinct de leurs mouvements.
Le 19 juin, le roi se rendit à Prague, pour en faire lever le siège; tout le matériel réuni à la gauche de la Moldau, fut évacué sur Leutmcritz ; l'armée marcha à Brandeis.
Le 20 , le maréchal Keith se porta à Leutmcritz, son arrière-garde vivement attaquée, arriva avec perte de 600 hommes.
Le 21 , le roi marcha à Lissa pour soutenir les débris de l'armée battue à Kollin depuis trois jours, et que Daun, malgré son énorme supériorité, ne poursuivait pas. Ces débris étaient postés entre INimbourg et Zdonitn.
Frédéric informé de cette inaction de Daun contre l'armée battue, et de la marche du prince Charles, de Prague sur Brandeis ; crut que le projet des deux généraux ennemis était de se réunir par la rive gauche de l'Elbe.
Pour s'opposer à leurs desseins, le roi dirigea le duc de Bévern, de Zdonim sur Leipa , et marcha lui-même avec 14 bataillons et 85 escadrons sur Leutmeritz où il joignit le