‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 17 sur 196 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

par une simple conversion à droite de chaque peloton, eût formé la ligne oblique projetée ; car sa gauche eût été établie vis-à-vis de Radowcsnitz, et sa droite près de l'auberge. Par cette position, le flanc droit de l'ennemi eût été complètement déborde; •es bataillons n'auraient pu donner que l'un après l'autre, et la moitié de sa ligne aurait été déjà en désordre , dans l'instant où l'armée prussienne se serait engagée en totalité.

Peut-être convenait-il, au lien de former une ligne contiguë, de l'établir en échelons. Cet ordre offre de très-grands avantages ; l'armée se trouve par là divisée en plutieura corps, dont chacun présente néanmoins une masse suffisante; ils peuvent manœuvrer isolément, et avec plus de facilité, sans que leurs mouvements cessent pour cela d'être combinés, et de s'exécuter avec l'ensemble nécessaire. Chaque échelon couvre les flancs de celui qui le précède ; le premier seulement doit être bien flanqué, à moins qu'il ne le soit déjà par la nature du terrain auquel il est appuyé. La cavalerie peut être répartie en troisième ligne de chaque échelon, ce qui la met toujours à portée de soutenir l'infanterie , et même de charger l'ennemi, pour achever sa déroute.

Cette manœuvre a de plus l'avantage de ne point engager l'armée : si le premier échelon est battu, le deuxième couvre sa retraite, et le général est maître de faire retirer les autres dans le meilleur ordre, ou de les diriger sur le point qui lui paraîtrait le plus convenable. La nature de cet ordre d'attaque démontre qu'il est plus particulièrement avantageux, lorsque le succès d'une bataille dépend de l'enlèvement d'un certain point de la position ennemie : ces points principaux ne pouvant se trouver que sur le front ou sur un des flancs, il est fa-

(1) Cette idée est, sans contredit, une belle leçon pour les militaires , animés d'une noble émulation, qui se vouent an service des états-majors. L'armé», dont tous les officiers généraux appro-

cile de juger si c'est sur le centre ou sur une des ailes que la tête des échelons doit se former. Il est d'ailleurs bien entendu qu'il faut considérablement renforcer celui destiné à la première attaque.

Loin de perfectionner dans l'exécution, l'ordre que le roi avait donné, on le dénatura entièrement , et il parait que ce fut la faute du prince Maurice ou du général Manstein ; tous deux étaient doués d'une valeur brillante et tous deux susceptibles de se laisser entraîner par trop d'ardeur. Il ne suffit pas, pour un officier général, de connaître les dispositions d'un général en chef ; il ne suffit pas même d'être parfaitement en mesure de les exécuter, il faut encore embrasser d'un coup d'œil l'ensemble du plan, saisir le vrai sens de l'opération projetée, prendre alors ses mesures , pour que chaque mouvement, chaque manœuvre de la division qu'on commande, s'accordent parfaitement avec cette opération. 11 importe surtout de savoir rattacher aux mêmes vues, les circonstances imprévues qui se rencontrent si souvent à la guerre, et qui ont parfois une influence décisive sur ses résultats (1).

Lorsque le roi eut donné ses ordres, que les bataillons eurent franchi le défilé de Planian, et rétabli leurs distances, l'armée repartit, à une heure après-midi, marchant par pelotons sur trois colonnes le long de la grande route. Le général Nadasty, en ayant été informé, se porta avec sa cavalerie sur Kutlierz, et la plaça sur plusieurs lignes, de manière que le prolongement de son front formait un angle rentrant avec celui du reste de l'armée. 11 comptait sans doute, par le choix de cette position, couvrir le flanc droit de l'armée . et agir en même temps sur celui de l'année prussienne lorsqu'elle attaquerait Daun ; cela aurait pu

fondiraient les maiimes et les vues du chef, serait la première armée du monde. Le chef, qui aurait de pareils instruments, pourrait tout entreprendre ; il serait invincible.

TRAITÉ DES GRANDES OPERATIONS MILITAIRES

réussir si les Prussiens l'avaient complaise m ioent laissé là , et eussent attaqué le front de la ligne ennemie en ordre parallèle; mais] le général Ziétben, ayant fait mine de le charger, il se retira en arrière de Kutlierz, à droite du bois.

A deux heures, les têtes de colonnes arrivèrent à la hauteur de l'extrême droite des Autrichiens; le général Ziéthen se forma à la gauche du général Hulsen ; celui-ci plaça les $ bataillons de grenadiers en première ligne, les régiments de M une ho w et Schultz en seconde ; et les dragons de Normann en troisième. Tandis que l'avant-garde marchait à l'ennemi, l'armée continuait sa route dans l'ordre arrêté ; les Autrichiens fournirent, de la batterie de Krézor, un feu d'artillerie très-nourri, mais sans effet, à cause du trop grand éloignement : les Prussiens n'y répondirent pas. Les sept bataillons de la brigade Hulsen gravirent rapidement les hauteurs , et tombèrent avec impétuosité sur l'infanterie postée à Krézor, la culbutèrent, enlevèrent le village et la batterie; l'ennemi se retira partie sur le bois, partie sur la réserve des Saxons. Le général Hulsen reformait ses troupes pour les mener à l'attaque du bois, lorsqu'il aperçut une grande ligne d'infanterie qui s'étendait depuis ce bois jusqu'en arrière du village. Pour ne pas être débordé sur aa droite, ce général prolongea sa ligne, fit entrer la seconde dans la première , et voyant que l'armée restait en arrière , et qu'il n'était point appuyé, suspendit sa marche pour se borner à maintenir son poste.

Tandis que ceci se passait, le général Ziéthen attaqua la cavalerie de Nadasty, la culbuta, partie sur Kollin, partie au delà de Radowesnitz, et la traita si mal qu'elle ne reparut de la journée. En la poursuivant, le corps de Ziéthen prêta le flanc droit aux batteries et à la nombreuse infanterie que les Autrichiens avaient dans le bois ; la cavalerie prussienne fut obligée de revenir

sur ses pas; les hussards au delà du ruisseau, les dragons en avant de Kutlierz. Les dragons de Normann, qui soutenaient la brigade Hulsen , se formèrent à gauche , chargèrent l'infanterie qui se retirait, lui enlevèrent 7 drapeaux et culbutèrent les carabiniers saxons.

Pendant ces attaques de l'avant-garde, qui promettaient de bons résultats, le reate de l'armée négligeait les instructions du roi; et en s'occupant de misérables accessoires, on perdit de vue le grand ensemble qui doit nécessairement exister dans une pareille opération. Le front des Autrichiens était couvert par plusieurs villages dont le»

champs se trouvaient garni de blés trèshauts ; les Croates, répandus dans ces blés; tiraillaient sur les flancs des colonnes prussiennes, mais sans faire d'autre mal que de blesser de temps en temps quelques hommes .

Un général en fut inquiété, et ordonna au deuxième bataillon de Bornstedt de faire front, pour chasser les Croates. S'il en avait instruit les bataillons qui suivaient, en leur faisant continuer la marche, ce n'eût été qu'un peut mal, mais il ne pensa qu'à l'expulsion de l'ennemi. Comme l'ordre du roi portait de se diriger sur la gauche, il était naturel que dès qu'un bataillon se formerait, ceux qui se trouveraient à droite en feraient autant, et c'est ce qui arriva malheureusement. Toute la partie de l'armée qui venait après le deuxième bataillon de Bornstedt, fit front, et celui-ci ayant déjà pris une position oblique sur laquelle les autres dirigèrent leur alignement, la ligne se trouva ainsi engagée sous le feu de l'ennemi pour appuyer ce bataillon. Cette manœuvre fut jugée d'autant plus nécessaire, que l'on éprouva , principalement à l'attaque de Chotzemitz, une résistance beaucoup plus forte que l'on ne s'y était attendu : en effet une infanterie et une artillerie très -nombreuses garnissaient ce village. 11 résultat de cet accident que l'armée forma quatre attaques isolées sur tout le front de l'ennemi,

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