‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 2 sur 196 · DE VOTRE MAJESTÉ IMPERIALE ET ROYALE · texte numérisé non relu

DE VOTRE MAJESTÉ IMPERIALE ET ROYALE

Le très-humble et fidèle serviteur, Lieut. Gés. JOMINI.

V«nnc , !c 20 «Iccembnr 1814.

AVERTISSEMENT

J'offre à mes lecteurs une nouvelle édition d'un ouvrage commencé en 1802; imprimé pour la première fois en 1804, et qui dès lors a été augmenté de plusieurs notes.

H se compose de deux parties, la première est l'Histoire critique des campagnes de Frédéric n ; la seconde est l'Histoire critique des premières guerres de la révolution.

Les personnes qui lisent pour passer agréablement leur temps, trouvent surtout la guerre de sept ans lourde et minutieuse; loin de les blâmer d'un tel jugement, j'ai balancé longtemps si je ne referais pas entièrement ces campagnes , en ne donnant que les grands traits des opérations.

Mais il m'a paru plus convenable de laisser mon ouvrage tel à peu près qu'il était d'abord ; il est destiné aux jeunes gens qui veulent s'instruire, et pour lesquels on ne saurait donner trop de ces détails qui aident à saisir toutes les petites et les grandes combinaisons du métier de la guerre.

On verra donc dans ces détails, fastidieux en apparence, quelle était alors la manière de marcher, de camper, et de subordonner tout à la marche des magasins : ils sont le type des combinaisons de cette guerre.

Quand j'ai publié mes premiers essais, très-jeune encore, je me défiais de mes (orées, je voulais détruire le système des vastes champs de bataille de 800 lieues, prôné par des écrivains renommés ; celui des longues lignes de feux imaginé par Mack, et les retraites excentriques de Bulow : je présentais des principes qui n'étaient pas neufs sans

doute, puisque les principes sont de tous les temps ; mais je les présentais , et les appliquais d'une manière jusqu'alors inconnue.

Pour appuyer mes raisonnements, je crus devoir prendre des preuves dans l'ancien et dans le nouveau système.

Les campagnes de 1792 à 1800, étant, à cette époque, les plus récentes , elles no suffisaient pas , il fallut remonter à celles du grand Frédéric, pour les mettre en opposition aux combinaisons nouvelles. Telle fut la première cause du plan que j'adoptai.

Pouvais -je changer ce plan en 1816, sans dénaturer mon ouvrage, sans lui enlever au moins le mérite d'être le premier, parmi les modernes , qui ait présenté les principes du l'art sous un vrai jour.

Dès lors on a publié des maximes de stratégie, et l'archiduc Charles surtout, après s'être couvert des palmes de la victoire , n'a pas dédaigné de transmettre à ses compagnons d'armes, les fruits de ses études, et de son expérience. Hais j'ai publié mon travail en 1804 et 1808 ; le prince a publié le sien en 1814 ; et si son ouvrage est beaucoup plus complet que le mien, je crois pouvoir revendiquer sur lui l'ancienneté et la simplicité. Ses Principes de Stratégie sont faits pour des militaires consommés, les miens sont mis à la portée de tout le monde.

Je dois prévenir mes lecteurs qu'ils trouveront toutes mes observations sur les campagnes de 1792 et 179S, répétées dans un

AVERTISSEMENT

Tableau des guerres de la révolution, imprimé chex Treuttel et Wiïrtz, et attribué nu général Grimoard . Des pages entières de mon tome V, publié ohez Michaud, en 1808, se trouvent dans cet ouvrage publié deux ans plus tard. Il est permis de copier des relations, mais non les jugements des autres ; je n'aurai qu'à indiquer ce larcin littéraire, pour qu'on en fasse justice.

Quoique j'aie augmenté l'atlas d'un grand nombre de planches gravées avec soin, je n'ai pu néanmoins donner toute l'exactitude désirable à un travail qui s'est fait si loin de moi. 11 serait impossible d'ailleurs d'indiquer tous les villages cités ; les opérations militaires ayant embrassé l'Europe entière, , il faudrait pour cela donner la carte topographiquo de toute cette partie du monde.

Je réclame l'indulgence des militaires, parce qu'un soldat écrit toujours assez bien lorsqu'on peut le comprendre ; celle des littéra leurs, parce que je suis étranger. Un travail pareil au mien doit être simple, exempt de phrases , car elles ne tendent qu'à détourner l'attention du but essentiel :

les sophismes, parés des fleurs de l'éloquence, n'en sont que plus dangereux ; une vérité nue en est plus belle et plus sensible.

On trouvera dans les chapitres historiques des raisonnements sur les plans d'opérations, qui sont basés sur les calculs les pins stricts des marches de la boulangerie, et sur toutes les dispositions qui peuvent résulter de ce système ; mais on jugera avec moi que si ces raisonnements sont contraires à des maximes consacrées dès lors par une longue expérience, il n'en est pas moins vrai que les combinaisons des généraux ne sauraient être rapportées qu'aux principes reconnus dans le temps où ils opéraient : ces combinaisons , que je m'efforcerai de présenter sous leur vrai point de vue, ne seront donc pas la balance dans laquelle on devra peser mes jugements ; ce n'est que dans les chapitres de mes observations particulières que l'on pourra retrouver les véritables principes qui me servent de guide ; tout le reste de mon ouvrage est relatif aux temps et aux lieux.

INTRODUCTION

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