CHAPITRE III
a clé fait contre les règles militaires, soit <|ue cela provienne de la faute du général ou du cabinet ; son ouvrage, conçu sur un bon plan, est une relation critique dans laquelle les combinaisons sont presque toujours rattachées au principe général de l'application des masses. Pour démontrer un principe, on est forcé de censurer tout ce qui lui est contraire, et c'est la marche que je prendrai dans la relation des campagnes mirantes, que cet auteur estimable ne nous ■i pas données.
Les dispositions de la ligne d'opérations «le cette campagne sont assez remarquables; Frédéric forma une ligne d'opérations double, mais concentrique, qui a beaucoup de rapport avec celles des campagnes de 1794, fii Flandre, et de 1796, sur le Rhin. Son armée parut de deux points, isolés sur une base de soixante ou quatre-vingts lieues , pour se réunir au point donné de Prague :
elle réussit dans cette entreprise, parce que les Autrichiens ne surent point profiter de la position centrale de la Bohême, ou de la ligne de l'Elbe, et qu'au lieu de tenir leur niasse vers Budyu ou Mclnick, pour attaquer le premier corps qui déboucherait des défilés, ils commirent la faute grossière de vouloir tout couvrir, et de porter un gros • orps vers Egra, tandis qu'ils en avaient un non inoins nombreux , à cent lieues de la, vers Olnuiti. Ce n'est certainement pas le moyen de s'opposer avec succès à une invasion, ni de prouver que les doubles lignes d'opérations sur une même frontière , sont dangereuses. Si une armée réunie dans une position centrale ne peut pas résister à l'ennemi , comment veut-on déjouer ses projets en divisant cette même armée en quatre corps isolés à des distances énorme* ?
Soti que le cabinet de Vienne voulût prendre l'offensive, soit qu'il résolût d'attendre •tne diversion de ses alliés, sur la Saie d'un fôté, et sur la Vistule de l'autre, on ne saurait nier que ses troupes ne fussent placées
contre tous les principes de l'art de la ;;uerre. La formation d'une petite année versOlniuU, était surtout ridicule : la majeure partie des forces prussienne; se trouvant en Saxe et en Lu sa ce, on n'avait rien à craindre pour la Moravie, puisqu'il eût fallu faire de grands mouvements pour s'y porter depuis Dresde par Neiss ; le corps de Dnun aurait été bien mieux placé vers KœnigsgraU. Supposons Napoléon à la place de Frédéric, et dans la même position relative avec les quatre corps autrichiens, jamais ces corps ne se seraient réunis; pour s'en assurer, il suffit de jeter un regard sur les brillantes opérations de Lonato et de Castiglioue , de Trente et de Bassano en 1796, d'Abeusbergetd'Eckmuhl en 1809.
Les Autrichiens furent assez heureux pour réunir leurs troupes, parce que le roi ne marcha pas assex vivement; et qu'au lieu de s'emparer des positions centrales avec la masse de ses forces, il les porta sur les deux extrémités de la ligne morcelée de ses adversaires. 11 est vrai que ceux-ci furent forcés par là à une retraite concentrique qui leur coûta la moitié de la Bohème; mais ils devenaient forts par leur réunion (1). Brou n et le prince Charles, après leur concentration, ne surent pas profiter de cet avantage pour attaquer isolément le roi ou le maréchal de Schwérin, qui étaient encore bien éloignés, et séparés par l'Elbe.
Nous allons d'abord rapporter les observations de Lloyd. Il blâme avec raison touie la conduite du général autrichien sous Prague : Frédéric, en réunissant la majeure partie de ses forces, le 6 mai, en présence des ennemis, et en laissant le maréchal Keith sur la rive gauche de la Btoldau, annonçait très-clairement qu'il avait des desseins sur la rive droite : les Autrichiens n'auraient pas dû, se fiant à leur nombre et
(I) S'ils traient fait une relraitc excculrique d'après le faux système de Bulow , leur armée eût été perdue.
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TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITATKES
à leur position, envoyer la cavalerie au fourrage, tandis que le» Prussiens faisaient des mouvements en leur présence. Lorsqu'ils virent l'armée du roi en marche par sa gauche, ils firent bien de changer de position; mais au lieu de s'en tenir là, ils auraient dû pointer le plus d'artillerie possible contre le village de Podschernitz , attaquer l'ennemi lorsqu'il traversait ce village en colonne, sans lui laisser le terrain nécessaire pour se former.
L'auteur anglais pense également que les Autrichiens devaient placer leur cavalerie .sur deux lignes continues, afin de prolon gerla droite jusqu'aux étangs, de couvrir le flanc par cet obstacle, et d'enlever aux Prussiens le seul terrain où ils pussent former leur cavalerie ; il aurait donné à ces deux lignes une disposition ployée sur le centre, de manière à former une ligne concave vis-à-vis de l'ennemi, et à ce que celuici ne pût se porter en avant sans prêter le flanc. Il prétend que cet ordre eût paré à tout danger, la droite étant couverte par des étangs, et la gauche par l'artillerie et par leur aile droite d'infanterie. Mais les Autrichiens négligèrent toutes précautions, et se laissèrent même prendre en flanc par la cavalerie ennemie, quoiqu'elle fût moins nombreuse que la leur.
Lorsque le maréchal Brown repoussa et poursuivit les Prussiens, il n'aurait pas dû rompre la ligne, niseporteren avant comme un soldat qui ne voit que ce qui se passe directement devant lui, sans observer l'ensemble ; et quand il fit ce mouvement, il fallait que l'armée l'appuyât : s'il désirait maintenir sa gauche et son centre sur les hauteurs qu'ils occupaient, il pouvait donner
(1) On fait là un reproche au maréchal Brown, sans savoir si ce fut lui qui ordonna la marche en avant de l'aile droite, qui peut-être fut le résultat naturel des circonstances et de la retraite des Prussiens. Mais, comme je l'ai dit, on ne peut connaître tous ces détails, et on blâme moins te général , que le mouvement qui fut exécuté.
I à sa droite la direction nécessaire pour former une ligne oblique avec le reste de l'armée (1). Par cette manœuvre, il aurait eu la liberté de disposer de sa réserve et de la droite de la seconde ligne, pour soutenir le point d'attaque duquel la victoire dépendait. En conservant une ligne contiguê', il aurait pu s'avancer à volonté avec sa droite, et poursuivre l'ennemi vers Podschernitz, sans lui donner aucun avantage. Cet ordre oblique lui permettait, en outre, de prendre
\ l'armée prussienne par son flanc, et de la balayer d'un bout à l'autre : le maréchal rompit la ligne en faisant avancer sa droite partiellement, et l'armée fut ainsi enfoncée et défaite.
Il y a dans chaque camp un point qu'on peut en appeler la clef, et de la prise duquel le succès de l'action dépend presque tonjours : tant que l'ennemi ne s'en est point emparé, ses avantages sont éphémères; mais s'il parvient à remporter, tout est perdu. Le plus rare des talents militaires est peut-être de trouver cette clef, car la science d'attaquer les camps et de les défendre, en résulte nécessairement (2). Dans la bataille de Prague, le point important était, sans contredit, l'espace entre l'aile droite de l'infanterie et l'étang de Sterboholi ; c'est là qu'on aurait dû porter la cavalerie, en la faisant soutenir par une batterie sur la hauteur en avant de sa droite, et par de l'infanterie dans le village. Les Autrichiens entendaient si peu lacastramétation, qu'ils formèrent leur cavalerie fort loin en arrière.
Les dispositions du roi de Prusse pour l'invasion, paraîtront savantes à ceux qui n'ont qu'une connaissance superficielle des
(2) Ces points décisifs ne sont pas si nombreux, ni si difficiles i déterminer. Dans une ligne morcelée, c'est le centre , d'où l'on accable ensuite une des extrémités isolées; dons une ligue contiguP, c'est colle des deux extrémités qui a plus de rapport avec l'ensemble des bases d'opérations.