CHANTRE V
au
Le but de celte direction doit être de présenter toute sa ligne à une tète de colonne , par conséquent, à une extrémité seule de la ligne ennemie. On conçoit en effet que, si deux têtes de colonnes se rencontraient dans la mémo direction et déployaient réciproquement , il en dériverait un ordre parallèle, un choc de deux fronts égaux en force, nn défaut total de combinaisons; je vais expliquer cette idée par la figure suivante :
L'armée AB inarche sur deux colonnes , et rencontre celle CD sur sa direction ; la première, craignant d'être attaquée, déploiera sans contredit le plus promptement possible; si la deuxième n'en faisait pas autant , elle serait battue , suivant le procédé de la première figure.
AB formera donc la ligne KG.
CD formera la ligne HI.
Ce rétablissement de l'ordre parallèle d'un front contre un autre, de bataillon contre bataillon, est, sans contredit, une preuve d'incapacité ; les' armées ainsi engagées peuvent se détruire sans un grand succès ; et, si l'une d'elles remporte la victoire, elle ne la devra certainement pas à son général.
Je crois utile de rappeler ici l'observa-
tion faite , au sujet des ordres de marche de Guibert, et notamment à l'égard de celui de sa planche 15, répété dans sa Défense du système moderne : l'auteur voulant faire exécuter à l'ennemi une marche dérobée pour gagner la tète de ses colonnes , fait arriver tête contre tête, suivant la figure ci-dessus ; tandis qu'en changeant de direction au delà du village , après le passage du bois, et se prolongeant horizontalement avec distances entières , l'ennemi se serait mis en bataille sur les tètes de colonne par une simple conversion des pelotons ; il aurait manœuvré dans le sens de la première figure, et dans celui du roi à Rosbach.
Cette nouvelle application prouve combien il a méconnu la tactique de Frédéric, malgré sa simplicité.
La position des armées dans celle ba taille, et la démonstration que je viens de faire, justifient mon observation sur les déploiements de l'Essai général de tactique ; c'est qu'ils peuvent être indispensables pour une partie d'armée surprise en marche, et forcée de former un crochet. Celte modification ne doit avoir lieu cependant que pour une avant-garde ou les télés de colonnes attaquées subitement ; le reste de l'armée, instruit de celte attaque, pourra manœuvrer sans déploiement dans la direction la plus avantageuse, soit pour protéger la retraite de la brigade qui aura formé le crochet, soit pour agir offensivement sur les flancs de l'ennemi.
Cette dernière supposition fait naître une discussion incidente; Tempelhofcsl d'avis, et je crois aussi qu'une armée attaquée en marche, formera avant tout un crochet, c'est-à-dire que la brigade, formant tête de colonne, se déploiera à droite ou à gauche de la colonne, en forme de crochet, ainsi qu'on le voit dans la figure suivante.
TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES
Si l'avant-garde AR ou lète de la colonne BA Hl est attaquée par l'ennemi , elle déploie à droite ou a gauehe, suivant la direction de cette attaque, et occupe la ligne poinlilléc RC, AD qui figure un crochet relativement à la colonne; cette mano;uvre est nécessaire, pour opposer une résistance au premier effort do l'ennemi FG ; mai* l'armée, étant à l'abri de ce danger, doit-elle suicre le mouvement de la brigade AR, et rétablir l'ordre parallèle? Cette question se lie à la suivante : une armée, attaquée par un de ses flancs, ayant fait front ou crochet avec la brigade du flanc menacé, doit-elle continuer un changement de front dans la même direcfion, et se former parallèlement à l'ennemi ?
Ces deux questions, me paraissent inséparables, puisque les positions supposées respectivement, offrent les mêmes causes el les mêmes résultats : je ne craindrai pas de me tromper, en prononçant la négative sur l'une et sur l'autre.
Cette manœuvre parait bien, au premier abord, la plus naturelle; elle est aussi or dinairement appliquée pur les généraux médiocres , mais en est-elle plus sage pour cela? Il est reconnu que l'attaque sur un flanc est des plus favorables ; pourquoi uiu-
armée, dont l avant-garde ou la brigade de l'aile seraient engagées de front avec Pennemi, ne chercherait-elle pas, à «on tour, à gagner un de ses flancs, el à changer ainsi la défensive contre l'offensive, une défaite probable contre une victoire presque certaine ? Qui empêchera un général attaqué de cette manière, d'ordonner à *a brigade engagée de défendre le terrain pied à pied, en se retirant sur une seconde placée en échelon ? Pendant ce temps , ne pourra-t-il pas faire, avec le reste delà colonne ou de l'armée, un changement de direction, en faisant exécuter un quart de conversion à ses pelotons pour se diriger par ce moyen, sur une extrémité de la ligne ennemie? (Foyesfig. 5, planche U, les colonnes DD.)
Il résultera de cette disposition un ordre oblique sur un flanc de l'adversaire, qui n'osera certainement pas poursuivre les brigades en retraite, pouvant être attaqué lui-même avantageusement si le général opère avec vigueur cl ensemble. Cette manœuvre est beaucoup plus simple, et plus rapide qu'un changement de front; elle donne l'avantage inappréciable d'établir toute l'armée sur une seule extrémité de la ligne opposée, tandis que le changement de front, qui ne s'achèverait vraisemblablement pas, ne tend qu'à rétablir Tordre parallèle.
Si cette manœuvre parait compliquée, on peut lui en substituer d'autres , pourvu que ce soit dans le but d'amener la masse de ses forces contre une seule aile de l'ennemi.
C'est dans des circonstances semblables qu'un général peut apprécier une théorie basée sur les vrais principes. Cn homme ordinaire, qui n'a pour lui que sa longue expérience, sera toujours surpris, embarrassé, lorsqu'on lui annoncera que ses têtes de colonnes sont attaquées par une ligne, ou un de ses flânes culbuté; mais s'il connait l.t juste valeur de la position où il se trouve, e t les contre-manœuvres qu'il peut opposer,