CHAPITRE V
ments de grands magasins et à la marche régulière de la boulangerie (1).
Quant au second point, il est certain qu'une armée qui prend l'offensive et tente une invasion, a l'initiative de touê le* mouvements, et que ceux de l'ennemi doivent être rapportés aux siens. Si elle occupe donc, par un de ses corps, chacune des grandes communications qui mènent à lui, il sera inquiété à la fois sur tout le développement de sa ligne d'opérations, et il se trouvera embarrassé pour décider sur quel point il doit porter les principaux efforts de sa défense.
Pour s'assurer de la justesse de ces assertions, on n'a qu'à méditer un instant sur les mouvements que la grande .armée a effectués, en 1805, depuis le Rhin jusqu'à Donawerth , Zumershausen , Gunzbourg et Meromingen, et ensuite depuis le Danube jusqu'en Moravie.
11 me parait que ce système d'opérations peut être consacré par les maximes suivantes :
1° Lorsqu'une armée te décide à effectuer une invasion y ou qu'elle prend l'offensive, elle a l'initiative des mouvements.
2° Cet avantage la dispense de marcher en tuasse, tant quelle n'a pas atteint le point où file doit rencontrer l 'ennemi et le combattre. Elle devra, au contraire, former, suivant sa force, plusieurs gros corps d'armée, et les diriger êur les communications qui conduisent concentriquement vers ce point important.
i' La direction générale ne peut être dannée que sur le centre, une des extrémités ou 1rs derrières de la ligne ennemie (2) ; mais, en
(1) On sent bien que ce système ne peut être suivi que dans un pays peuplé et cultivé. Il serait , par ciemplc, impraticable dans la Russie et dans la Suéde. { SoU> de 1806. )
(2) Voyez chapitre XIV, de» Ligne» d'opération».
(3) Il ne faut pas confondre ce système avec celui de» divisions isolées sur un front trop étendu J'ai compris sons cette dénomination, les opérations entreprises sur un front de trente on de quarante
thèse générale, il vaut mieux se diriger mr une extrémité ; de là on peut, au besoin, arriver sur les derrières. La direction sur le centre ne convient que dans le cas où la ligne de son adversaire serait disséminée, et ses corps séparés par de grands intervalles.
4° Dans ce cas, il faut porter le plus grand nombre de ses corps sur l'une de ces parties isolées, et chercher à l'envelopper ; pendant ce temps, les autres corps gardent le point central, et tiennent en respect l'autre partie de l'armée.
8° Lorsqu'on fait avancer la plus grande masse de ses corps sur les derrières d'une armée, en passant par une des extrémités de la ligne ennemie , il faut laisser un corps sur cette extrémité : par ce moyen, on conserve les communications avec sa ligne d'opérations, tandis que l 'adversaire est coupé de la sienne ; ce corps sert en même temps à attaquer en flanc, et à empêcher l'ennemi de sortir de sa mauvaise position par un mouvement dérobé.
6° Ces opérations sont surtout avantageuses lorsque l'ennemi est à une grande distance de la base d'où elles partent. On peut néanmoins appliquer les mêmes principes à des positions plus rapprochées ( deux ou trois marches ) ; dans ce cas , il faut que les différents corps n'aient pas plus de chemin à parcourir pour se réunir au point principal, qu'il n'y a de distance entre ces corps et les postes avancés en face de F ennemi (S).
7° Par le moyen de ce système, l'armée embrassant une plus grande étendue de terrain et marchant plus rapidement , pourra trouver une partie de sa subsistance dans le pays
lieues, par des divisions isolées, hors d'état de se réunir dans un jour de combat, et dont les mouvements ne peuvent pas être simultanés sur le point décisif. H est facile de juger la différence qui existe entre ces opérations et celles de plusieurs corps d'armée qui auraient une position concentrée, dont la profondeur égalerait le front , et qui pourraient ainsi être mis en action simultanément, avant que l'ennemi pût rien tenter sur leur ligne.
TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES
même, surtout lorsqu'il s'agira de contrées où la population est nombreuse , et où les tilles sont en grand nombre. Il sera seulement indispensable de faire suivre chaque corps par les bestiaux et la quantité de biscuit suffisante pour le nourrir lorsqu'il aura atteint l'ennemi, et sera forcé de séjourner dans un espace resserré, conjointement arec les autres corps. Cet approvisionnement sera suffisant, s'il peut fournir à la subsistance pendant le même espace de temps qui serait nécessaire pour le renouveler.
8° Les magasins pourront être alors établis sur les derrières à mesure que l'armée avancera . On y procédera par des réquisitions légales, frappées sur toutes les prorinces voisines, et appuyées de quelques troupes d'exécution; par des marchés avec les administrations du pays, et par les convois de précaution que l'on pourra tirer de son propre territoire. Les bestiaux , le riz , et le biscuit sont les approvisionnements les plus sûrs et les plus faciles à transporter.
Sur l'attaque d'une armée en marche.
J'ai terminé ce chapitre dans mes premières éditions , par quelques idées sur les attaques contre une année en marche, dont la bataille de Rosbach offre un exemple si frappant.
Les changements survenus dans l'art de la guerre, et dans l'organisation des armées rendront sans doute de tels événements plus rares. Cependant si l'organisation par divisions et par corps d'armées , semble beaucoup plus propre à arrêter un mouvement dirigé sur la tête d'une colonne ; il n'en est pas moins vrai que la bataille d'Auerstedt fut perdue par les Prussiens , et que celles de Marengo, d'Eylau et de Lui zen furent sur le point de l'être aussi par les Français , parce qu'on les attaqua en mouvement, et au moment où ils ne s'attendaient point à une affaire générale.
On peut donc en conclure que les atta-
ques faites contre une armée en marche n'ont rien perdu de leur importance, et je me suis décidé à représenter ici les observations que j'avais déjà faites , en rappelant seulement qu'elles sont basées sur le système des marches , campements , et ordres de batailles en lignes contigué's.
Une attaque contre une armée en marche est avantageuse, par la même raison que l'est celle sur une extrémité de la ligne ennemie, c'est-à-dire, parce que l'armée attaquée sur la tête de ses colonnes se trouve , relativement à l'ennemi , dans la même disposition que si elle était assaillie sur une de ses extrémités. La figure suivante le démontre.
L'armée AB est dans la même position que celle du roi à Rosbach ; celle BC dans la même disposition relative que celle des alliés : en les supposant donc toutes deux en bataille, on verra que BC se trouve attaqué en ordre perpendiculaire débordé sur un des flancs, comme il le serait sur la tête de ses colonnes, s'il était en marche.
L'avantage de ces deux manœuvres provient de ce que l'armée attaquée ne peut engager ses bataillons que successivement , et que l'ennemi , opérant avec vigueur , les accable ainsi en détail. Pour obtenir ce résultat, il ne suffit pas d'attaquer une colonne en marche , il faut encore que l'armée AB prenne une direction convenable; par exemple, un prolongement horizontal , si la marche des colonnes est perpendiculaire , et perpendiculaire , si elle est horizontale-