‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 4 sur 196 · PREMIÈRE GUERRE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE GUERRE

CAMAUSS DK 1740—1741.

État de la Prusse à l'avènement de Frédéiic an trône; invasion de la Silésie; bataille de Molwits.

A la mort de Frédéric-Guillaume, l'Europe était en paix, à l'exception de l'Angleterre et de l'Espagne qui se faisaient la guerre en Amérique. La Prusse, avec une population de % millions d'âmes , entretenait une armée de 76,000 hommes , dont 26,000 étrangers. L'État avait peu de ressources, et ses revenus annuels ne montaient qu'à 30 millions ; mais il existait une épargne de M millions dans les coffres.

L'empereur Charles VI venait de conclure avec les Turcs le honteux traité de Belgrade, lorsque la mort du prince Eugène plongea l'Autriche, vers la fin de son règne, dans la langueur et le dépérissement. La perte de ce grand homme fut irréparable, ou du moins le souverain ne sut pas lui trouver de successeur.

L'armée, qui par ses conseils avait été portée à 180,000 hommes, fut réduite d'un tiers, à cause du mauvais état des finances, tomba dans un délabrement affreux après la

INTRODUCTION

guerre de 1794, entreprise pour élever l'électeur de Saxe au trône de Pologne. Affaiblie par les pertes qu'elle avait faites à Widdin, à Seraendria, à Panchowo, au Timoc, à Crutzka ; décimée par la peste, elle était en même temps ruinée et découragée.

La majeure partie des troupes resta en Hongrie j mais leur nombre ne dépassait pas -48,000 combattants. L'Empereur n'avait que 16,000 hommes en Italie, 13,000 au plus en Flandre, et (S ou 6 régiments dans les pays héréditaires. Cette armée, qui aurait dû être de 178,000 hommes , n'en comptait pas 8Î,000. Cependant l'Autriche, malgré les vices de son gouvernement, figurait, en 1740, au nombre des puissances les plus formidables ; car elle était féconde en ressources , et il ne manquait qu'un homme capable de les exploiter.

Charles VI mourut dans ces circonstances, et sa succession devint un sujet de trouble pour l'Europe. Ce prince ne laissait point d'enfants mâles, et la dignité impériale, alors élective, se trouvait convoitée par la maison de Bavière. La longue rivalité de la France et de l'Autriche, suspendue par le traité de Vienne de 17S5, devait imposer au cabinet de Versailles l'obligation de soutenir les prétentions de l'électeur palatin, et l'époque semblait venue d'arracher l'Allemagne à l'influence autrichienne.

Le cardinal de Fleury, âgé de 86 ans, n'avait plus assez d'énergie pour concevoir et exécuter ce grand projet ; mais quoiqu'il captivât toute la confiance de son maître, on pouvait prévoir que l'intérêt national triompherait dp la faiblesse du ministre, et que des démonstrations du moins seraient faites en faveur de la Bavière. Frédéric saisit cet instant pour faire valoir ses droits sur la Silésie, présumant que l'Autriche serait alors plus disposée à les reconnaître, afin de tenir tête à ses autres ennemis.

(1) Glogau était une mauvaise place, mais l'ignorance des Prussiens dans l'art de diriger uu siège ,

La mort de l'impératrice Anne de Russie, qui suivit de près celle de l'Empereur, vint encore ajouter aux motifs d'entreprendre la guerre. La rivalité qui subsistait entre la France et l'Angleterre, assurait au roi uno de ces deux puissances : et tous les prétendants à la succession de Charles VI devant unir leurs intérêts aux siens, ces alliances lui promettaient des chances de succès.

Campagne d'hiver en Silésie.

Ferme dans la résolution qu'il avait prise, le roi jugea cependant convenable de faire des tentatives d'accommodement avec la cour de Vienne. 11 envoya le comte de Grotter avec ordre d'offrir à la reine de Hongrie, son assistance contre tous les prétendants à la succession de Charles, si elle voulait reconnaître ses droits sur la Silésie. Tontefois l'armée prussienne fut plus diligente que cet ambassadeur ; 20 bataillons et 36 escadrons entrèrent dans cette province, deux jours avant l'arrivée du comte de Grotter à Vienne : ils devaient être suivis par 6 bataillons destinés à former le blocus de Glogau.

Le roi arriva le 21 décembre, et le surlendemain, l'armée entra en Silésie. Comme la saison rigoureuse empêchait de faire en règle le siège de la forteresse, on se contenta de la bloquer (1). La cour de Vienne avait donné au gouverneur, l'ordre précis de ne point commettre les premières hostilités, aussi se laissa-t-il paisiblement investir.

La plus grande partie de l'armée autrichienne était en Hongrie. Au bruit de l'invasion des Prussiens en Silésie , le général Braun y fut envoyé, et put à peine rassembler 3,000 hommes. Il tenta de s'emparer de Breslau avec ce faible corps; mais ses habitants, qui jouissaient des privilèges des villes impériales, résistèrent à ses sollicita-

surpassait alors tout ce que l'on pourrait imaginer.

INTRODUCTION

lions. Sur ces entrefaites, le prince Léopold d'Anhalt ayant relevé les troupes du blocus de Glogau avec 6 bataillons et t> escadrons, le roi partit sur-le-champ, suivi des grenadiers de Farinée, de 6 bataillons et 10 escadrons, pour se rendre devant Breslau où il arriva en quatre marches; le maréchal de Schwérin au même moment longeait le pied de» montagnes par Liegnitx, Schweidnitx et Frankenstein, pour expulser les partis ennemis de la haute Silésie.

Le 1" janvier, le roi, après s'être emparé sans résistance d'un de ses faubourgs, fit sommer Breslau, et l'investit sur les deux rives de l'Oder : comme la place était mal approvisionnée, elle entra en accommodement et s'engagea à rester neutre.

A quelques jours de là, les Prussiens prirent Ohlau et bloquèrent Brieg où l'ennemi avait jeté 1,300 hommes. 11 ne restait plus que Heiss ; mais cette place valait mieux que toutes les autres. On y jeta vainement 1 ,200 bombes et 3,000 boulets rouges, la fermeté du commandant fit renoncer à cette

Pendant que ces tentatives échouaient, Schwérin, à la tête de 7 bataillons et de 10 escadrons, s'étant avancé en haute Silésie, délogea Braun de Jœgerndorf , de Troppau et du château de Glati, et le força à se retirer en Moravie.

Les Prussiens prirent leurs cantonnements derrière l'Oppa, et s'étendirent jusqu'à Jablunka, sur les frontières de la Hongrie.

Des que lea troupes furent entrées dans leurs quartiers, le roi quitta la Silésie, et vint à Berlin où il fit tous les préparatifs nécessaires pour ouvrir la campagne de bonne heure. Un renfort de 10 bataillons et de 25 escadrons partit pour l'armée ; et emmêles intentions des Saxons et des Hanovrieas paraissaient équivoques, il résolut d'assembler, près de Brandebourg, 80 bataillons et -40 escadrons, sous les ordres du prince d'Anhalt, pour les observer.

CAMVAC*t DS 1741.

Les renforts destinés à l'armée de Silésie arrivèrent à Schweidnitx au mois de février.

De leur coté, les Autrichiens se préparaient également à la guerre; le commandement de leur armée fut confié au maréchal Neuperg, qui rassembla ses troupes aux environs d'Olmutx, et détacha le général Lentulus avec un corps pour occuper les gorges de la principauté de Glati, couvrir la Bohème et joirfdre ensuite l'armée principale dans les opérations qu'il méditait sur Neiss, contre les cantonnements prussiens :

le roi se rendit de Schweidnitx à Franck enstein.

La saison n'étant pas favorable pour le siège de Glogau, on résolut d'emporter la place d'un coup de main, et cette entreprise fut heureusement exécutée, le 0 mars, par le prince Léopold d'Anhalt ; en moins d'une heure, Glogau fut au pouvoir des assaillants, et la garnison prisonnière : un régiment en prit possession, et le prince rejoignit le roi avec son corps.

Bataille de Moltcita

Frédéric, informé que ICeuperg menaçait ses cantonnements dans la haute Silésie y accourut, rassembla son armée à Neustadt, le 5 avril, et lui fit passer la Neiss, le 8, à Michelau; à l'exception du corps du duc de Holstein qui resta à Ottmachau.

Il avait résolu de marcher le lendemain sur Ohlau, dont l'ennemi menaçait d'enlever la garnison, mais il tomba une telle quantité de neige, qu'à peine on distinguait les objets. Si ce mauvais temps eût continué, l'embarras des Prussiens serait devenu extrême ; les vivres commençaient à devenir rares, l'on était encore loin d'Ohlau, et, en cas de malheur, il n'y avait aucune retraite»; mais la fortune suppléa à la prudence. Le 10 avril, le temps fut clair et serein, et quoique la terre se trouvât couverte de deux

INTRODUCTION

pieds de neige, l'armée forte de 27 bataillons et 32 escadrons, se mit en marche à cinq heures du matin sur cinq colonnes.

(Pl. l re , n° 1 .) Le roi savait que l'ennemi lui était supérieur en cavalerie, et pour obvier à cet inconvénient, il mêla 2 bataillons de grenadiers entre les escadrons de chaque aile, à l'instar de Gustave-Adolphe qui avait fait une disposition pareille à la bataille de Lu tien. L'armée s'avança dans cet ordre, en suivant la direction du chemin qui mène à Ohlau. Lorsque les colonnes se trouvèrent à deux mille pas environ de Molwitz, elles se déployèrent tans qu'on vit paraître d'ennemis : la droite devait s'appuyer au village de Hermsdorf ; mais le comte de Schulenbourg, qui commandait la cavalerie de cette aile, prit si mal ses mesures qu'il n'y arriva point. La gauche le fut au ruisseau de Lauchwilz, dont les bords sont marécageux et profonds ; cependant comme la cavalerie de la droite s'était trop rejetée sur l'infanterie, 8 bataillons furent retirés de la première ligne, pour couvrir le flanc droit : cette disposition accidentelle devint, comme nous le verrons plus bas, la principale cause du gain de la bataille.

Le comte de Rottembourg, avec l'avantgarde, s'approcha de Molwitz, d'où il vit déboucher les Autrichiens. 11 convenait de les attaquer dans ce moment décisif ; cependant, suivant l'ordre qu'il avait reçu de ne rien engager, il ramena sa troupe à l'aile droite dont elle faisait partie. On pourrait s'étonner qu'un général expérimenté, comme le maréchal de Neuperg, se soit laissé surprendre en marche de cette manière : mais il était excusable, attendu que malgré l'injonction faite à différents officiers de hussards de battre la campagne, le maréchal n'eut des nouvelles de l'approche du roi, qu'en voyant son armée en bataille devant ses cantonnements, et fut réduit à former ses troupes sous le feu du canon prussien.

L'aile gauche de cavalerie autrichienne, sous les ordres de M. de Ramier, arriva la

première. Cet officier, intelligent et déterminé, s'apercevant que l'aile droite des Prussiens était plus avancée vers Molwitz que la gauche, comprit que s'il restait passivement dans sa position, son général en chef risquait d'être battu avant que la cavalerie de l'autre aile fût arrivée ; et sans attendrel'ordre, résolut d'attaquer. Schulenbourg, pour regagner le village de Hermsdorf, avait fait, très-maladroitement, un quart de conversion à droite par escadrons :

Rœmer le chargea en pleine carrière et en colonne. Les 30 escadrons qu'il menait, culbutèrent facilement les 10 escadrons prussiens, dont chacun présentait le flanc gauche. Cette cavalerie en déroute passa dans les intervalles des bataillons de grenadiers, et les eût culbutés, s'ils n'avaient fait feu indistinctement sur les fuyards et sur les Autrichiens, qui perdirent leur brave général. Les deux bataillons se soutinrent seuls et rejoignirent, en bon ordre, la droite de l'infanterie.

Entraîné jusqu'au centre de l'armée, le roi parvint à y rallier quelques escadrons qu'il ramena à la droite : mais obligés à leur tour d'attaquer les Autrichiens, ils se débandèrent de nouveau, et Schulenbourg périt dans cette charge. La cavalerie ennemie, victorieuse, se jeta alors sur le flanc droit de l'infanterie prussienne, où se trouvaient les 3 bataillons en potence : ils furent vigoureusement attaqués à trois reprises, et des officiers autrichiens tombèrent blessés dans leurs rangs ; cependant, à force de valeur, ils repoussèrent toutes les charges. Le maréchal de Neuperg saisit ce moment et fit avancer son infanterie pour entraîner la droite des Prussiens abandonnée par ses escadrons : secondé de sa cavalerie, il fit des efforts incroyables et inutiles pour enfoncer les troupes du roi. Cette valeureuse infanterie offrait une barrière d'airain a toutes les attaques ; et son feu nourri, causa des pertes immenses à l'ennemi.

Les affaires allaient un peu mieux à la

gauche des Prussiens ; celle aile était refusée, et s'appuyait au ruisseau de Lauchwitz ; la cavalerie du roi avait battu celle des Impériaux au delà du ruisseau.

Le feu de l'infanterie de la droite durait depuis près de cinq heures avec beaucoup d acharnement ; et malgré que les munitions fussent épuisées, elle se soutint, et gagna du terrain sur l'ennemi. Dans cet instant le maréchal de Schwérin porta sa gauche sur le flanc droit des Autrichiens : cette manœuvre fut décisive, et la déroute des Impériaux totale. La nuit empêcha les vainqueurs de poursuivre leurs avantages au delà du village de Lauchwitz. Cette journée coûta à l'armée Autrichienne 180 officiers et 7,000 hommes hors de combat, 7 pièces de canon, <$ étendards et 1 ,200 prisonniers. Du côté des Prussiens, on compta 2,500 morts et •3,000 blessés ; parmi les premiers se trontait le margrave Frédéric, cousin du roi.

Le duc deHolstein avait eu, mais en vain, occasion de frapper un grand coup : ne recevant point d'ordre du roi, il avait marché, mus trop savoir pourquoi, d'Ottraachau à Sirénien, où il se trouvait précisément le jour de la bataille; le 11, l'armée autrichienne passa en déroute, à deux lieues de lai, sans qu'il entreprit d'en achever les débris ; et tandis que le maréchal de Neuperg r.tâ.tcmblait ses fuyards en arrière de Neiss, il rejoignit tranquillement le roi à Ohlau.

Après sa jonction, et l'arrivée d'autres renforts, l'armée fut portée à 43 bataillons, ')6 escadrons de grosse cavalerie et 80 de hussards.

Pour profiter de la victoire de Molwitz, on résolut d'entreprendre le siège deBrieg:

le maréchal de Kalckstein fut chargé de le diriger, et l'armée du roi ?c campa près de lolwitz pour le couvrir. La place înolle- ■ent défendue par le général Piccolomini, capitula après huit jours de tranchée, avant <pie son chemin couvert fut emporté, et qu'il t eut aucune brèche aux ouvrages.

Frédéric ne sut pas tirer meilleur parti de

ses succès ; il resta trois semaines au camp de Molwitz, pour donner le tempe de réparer I le» tranckéee et de ravitailler la place.

Mais si l'armée demeura oisive, la politique n'en devint que plus active ; le camp du roi ressemblait à un congrès. Le cabinet de Versailles, entraîné par l'influence du maréchal de Belle-lslc, s'était enfin décidé à entreprendre la guerre ; cependant comme il arrive toujours lorsqu'un ministère caduc dirige un jeune général, il ne prenait que des demi-mesures et ne voulait opérer que comme auxiliaire avec des moyens insuffisants. Le bruit de la victoire de Molwitz annonça bientôt à la France, ce qu'elle pouvait espérer de l'alliance du jeune roi ; on lui dépêcha le maréchal de Belle-Isle, avec lequel, après beaucoup de négociations, il conclut un traité. Les armées françaises durent passer le Rhin, longer le Danube et envahir l'Autriche de concert avec les Bavarois.

En attendant ces mouvements, qui ne pouvaient avoir lieu qu'à la fin d'août, le roi voulut se rapprocher de l'ennemi, et vint à Grotkau. Le maréchal de Neuperg était campé à cinq lieues de là, la droite à Franckenstein, la gauche sur les hauteurs de Silberberg, le front couvert par deux ruisseaux dans une position très-forte. Les Prussiens se portèrent alors sur les hauteurs de Strehlen, d'où ils pouvaient tirer par Breslau leurs vivres et leurs fourrages pour le reste de la campagne. Ce poste également à portée de Brieg et de Schwcidnitz, couvrait d'ailleurs toute la basse Silésie. Les deux mois qui s'écoulèrent dans cette position, laissèrent au roi la facilité de recruter l'infanterie et de remonter la cavalerie. Enfin il prit le parti qu'il aurait dû adopter trois mois plutôt ; mais au lieu d'attaquer son adversaire , il manœuvra seulement pour menacer ses communications avec la Moravie.

Neuperg prit alors la roule de cette province ; on peut croire qu'il y fut décidé par

l>TRODliCTIO>.

l'assurance qu'on lui donna de ne pas inquiéter les États de sa souveraine , qui se trouvaient à cette époque, envahis pnr une réunion formidable d'ennemis. Dans le fait, il paraît que Frédéric conclut une trêve secrète avec la reine de Hongrie. Le raaréeh.il de Broglie avait conduit en Bohème une armée française et bavaroise, tandis que Maillebois marchait en Westphalie. Auguste III, électeur de Saxe et roi de Pologne, avait fait marcher également ses troupes sur Prague. Linti était déjà au pouvoir des alliés.

Ce fut donc pour la forme que le siège de Neiss fut entrepris. La ville ne tint que douze jours, et la garnison autrichienne n'en était pas encore sortie, que les ingénieurs prussiens y traçaient les ouvrages, qui devaient la rendre une des meilleures places de l'Europe. L'armée du roi se divisa: une partie marcha en Bohème, sous les or dres du prince Léopold d'Anhalt ; quelques régiments furent employés au blocus de Glati, et le reste, aux ordres du maréchal Schwérin, s'établit dans la haute Silésie.

L'acquisition de cette riche province procura au roi de grands moyens de recrutement et un surcroît de revenus de 15 millions. La plus grande partie de cet argent fut employée à l'augmentation de son armée, ce qui la porta à 106 bataillons et à 101 escadrons.

Cette campagne n'offre aucune combinaison digne de remarque. Le roi n'y fit rien de grand. Neuperg se flattait de couper les cantonnements prussiens, isolés sur une ligne étendue, et il y eût réussi, s'il avait marché plus vivement ; mais il semble que dans ce siècle, on se fût étudié à rendre cette opération difficile; et même que, sans le bon mot du maréchal de Saxe et les leçons de Frédéric, on aurait, à cette époque, tout à fait perdu l'usage de marcher à la guerre. Le roi ne manœuvra pas à Molwita ; on se battit en ordre parallèle ; ce fut le mouvement de Schwérin qui détermina

l'emploi d'une masse sur l'extrême gauche autrichienne, et qui gagna la bataille.

càMPAcnE ne 1742.

Frédéric, en faisant une trêve avec Marie- Thérèse, avait sans doute pour but d'empêcher la ruine totale de la maison d'Autriche, et une prépondérance trop décisive de la France. 11 espérait que cette princesse, pour sauver ses États, consentirait à lui abandonner la Silésie; mais cette cession lui ayant été refusée, le roi résolut de reprendre les armes, et de porter le théâtre de la guerre jusqu'aux portes de Vienne. Il avait laissé des instructions au maréchal Schwérin, qui pénétra en Moravie, et attaqua Olmutz. La garnison, composée de 1 ,000 Autrichiens, l'évacua le 26 de décembre, et obtint la faculté de se retirer à Brunn.

Frédéric, qui était retourné de Breslau à Berlin, en partit le 18 janvier, se rendit le 19 à Dresde, afin de se concerter avec le roi de Pologne, et continua sa route le lendemain, pour Prague, où l'électeur de Bavière s'était réuni avec les Français et les Saxons. Le 23, le roi en repartit pour Glati. Le commandant de cette place l'avait rendue aux Prussiens le 9, et s'était retiré avec sa garnison, dans le château, dont le général Derschau continua le blocus.

Le 28, Frédéric se rendit à Olmutx, où il joignit l'armée de Schwérin. Le 9 février, il s'aboucha à Lang-Biliska, avec les généraux français et saxons, et y concerta une entreprise sur Iglau. Le roi fut joint le U, par un corps de troupes de ces deux nations.

Le 15, le prince Thierri d'Anbalt-Deasau s'empara d'Iglau avec les Saxons. Les Français retournèrent peu après en Bohême.

Frédéric se porta le 19, à Znaïm, après avoir ordonné au prince Thierri de diriger sa marche vers les frontières de Hongrie, où la cour de Vienne faisait rassembler un grand nombre de milices qui furent bientôt

INTRODUCTION

dissipée* ; ce détachement rejoignit l'année le 40. L'avant-garde du roi s'étant avancée jusqu'aux portes de Vienne, il voulait la suivre avec toutes ses forces ; mais les Français l'ayant quitté, et les difficultés élevées par les généraux saxons le contrariant sans cesse, il renonça à son dessein.

Le général autrichien de Roth, bloqué dans Bru nu, prit le parti de dévaster les environs de celte place et de brûler tous les villages, afin d'empêcher le roi d'entreprendre un siège, dont la rigueur de la saison devait encore augmenter les difficultés. Le 25 avril, les Saxons se séparèrent entièrement de l'armée prussienne, et prirent des quartiers dans les environs de Leitineritz.

Frédéric , qui prévoyait, depuis quelque temps, la défection de ses alliés, avait commencé à se replier vers la Bohème pour rejoindre le prince Léopold d'Anhalt qui s'était avancé à Konigsgratz. 11 arriva le 1 7 à Chrudim.

Sur ces entrefaites, le prince Charles de Lorraine, qui avait rassemblé 80,000 hommes dans la basse Autriche, suivit les Prussiens en Bohème, pour les empêcher de se réunir au maréchal deBroglie, près de Prague, et ruiner, avant leur arrivée, les magasins de Czaslau et de Kollin : le roi pressa ie maréchal de lui envoyer des renforts ; mais comme il ne put les obtenir, et qu'il jugea indispensable de sauver ses magasins, d marcha, le 15 mai, avec une partie de ses forces, vers Choltitz et Czaslau. Le prince Léopold le suivit, le lendemain, avec le reste de l'année. A l'entrée de la nuit, le prince se trouva en présence des Autrichiens qui s'étaient déjà emparés de Czaslau, et campa à peu de distance de cette ville, derrière le village de Chotusitz. (Pl. 1", n M 2.)

Le roi, qui s'était avancé jusqu'à Kuttemberg, en revint promptement la nuit même, à l'instant où le prince de Lorraine venait attaquer le prince d'Anhalt.

Le 17 mai, à la pointe du jour, l'année impériale se mit en bataille en face du camp

prussien. A son aspect le prince Léopold établit sa grosse artillerie sur une hauteur devant sa droite, et se forma, avec la plus grande promptitude en avant de Chotusitz.

Le roi arriva dans ce moment, et les troupes qu'il amenait furent rangées en seconde ligne : les forces du monarque consistaient en 21 ou 24,000 combattants. L'aile gauche de la cavalerie autrichienne essuyait un feu terrible, et tandis qu'elle se mettait en bataille, son flanc exposé fournit à celle du roi une occasion favorable pour l'assaillir et la culbuter. Un incident singulier faillit devenir funeste aux vainqueurs. Quelques régiments prussiens ne connaissant pas un corps de hussards nouvellement levé, le crurent ennemi, et se sauvèrent en désordre, de peur d'être coupés : les Autrichiens en profitèrent pour se rallier et se retirer.

Le début fut également heureux pour la gauche de la cavalerie prussienne, qui culbuta d'abord la première ligne et hacha deux régiments. Mais le comte deKonigseck ayant résolu de faire un effort sur ce point, les Autrichiens, soutenus par le mouvement qui en résulta, se rallièrent, firent plier les escadrons ennemis jusqu'à Chotusitz, et s'emparèrent même de leur camp. L'infanterie impériale s'étant avancée en même temps vers ce village, il s'engagea un combat opiniâtre où le feu supérieur des Prussiens triompha enfin de tous les effort».

L'aile droite du roi, déjà victorieuse, fixa le son de la journée en débordant l'ennemi près de Chotusitz : les Autrichiens se rejetèrent sur leur droite, qui se trouvait alors acculée à la Dobroya. Engagés ainsi dans un terrain où ils ne pouvaient combattre, le désordre s'introduisit dans leurs rangs, et bientôt toute la campagne fut couverte de fuyards ; le maréchal Buddenbrock se mit à leur poursuite avec 40 escadrons. Le roi campa près de Czaslau. Les Autrichiens eurent 5,600 tués ou blessés, et 1,200 prisonniers ; ils perdirent 17 canons et 1 drapeau. Les Prussiens comptèrent 3,600 hommes

ÎSTRODUCTIOS.

hors de combat. Le 1 er de juin, l'armée victorieuse campa entre Kuttemberg et Maleschan.

Mécontent de ses alliés, ou plutôt satisfait de s'être servi d'eux pour arriver à ses fins, Frédéric résolut de traiter séparément avec la reine de Hongrie par la médiation du roi d'Angleterre. Les préliminaires de paix furent signés à Breslau, le 11. Ha rie-Thérèse lui céda le comté de Glati, avec la haute et basse Silésie, à l'exception de la principauté de Tcschen, de la ville de Troppau, et de ce qui se trouve situé sur la droite de la rivière d'Oppa, ou enclavé dans la Moravie.

Le traité définitif fut signé à Berlin , le 28 juillet. La Saxe y accéda le 2 décembre.

Georges II conclut avec le roi de Prusse, le 18 novembre, l'alliance défensive de Westminster, par laquelle ils se garantissaient réciproquement leurs possessions en Europe. La France se plaignit de ce que la Prusse l'avait abandonnée sans ménagement, et Frédéric lui répondit par une plaisanterie qui peint toute l'originalité de son caractère.

Marie-Thérèse continua avec succès la guerre contre la France et la Bavière. Le prince Charles , débarrassé des Prussiens, resserra Prague, où le duc de Broglie était réduit à la dernière extrémité, lorsque le maréchal de Maillebois vint à son secours (1). Le prince Charles ayant marché à sa rencontre jusqu'à Egra, M. de Broglie en profita pour quitter Prague avec une partie de ses forces, en y laissant néanmoins 22,000 hommes sous le maréchal de Bel le- Isle. Les Autrichiens en reprirent bientôt le blocus ; il fut .si rigoureux que la famine fit des ravages affreux et enleva la moitié de la

(1) La multiplicité et l'incohérence des cotreprises furent , comme dans taut d'autres occasions, la cause des revers que les alliés essuyèrent. Les Français voulurent combattre en même temps en Autriche vers Lintt, en Bohême vers Prague, et garder la Westphalie. Frédério ne put ou ne jugea pas devoir s'entendre n\tc eux, et laissa la moitié

garnison. De Belle-lsle prit enfin la résolution d'en sortir pendant la nuit, et parvint à faire une retraite glorieuse jusqu'à Egra, où il arriva, au milieu de décembre, avec environ 9,000 hommes.

L'électeur de Bavière, élu empereur sous le nom de Charles VU, le A janvier 1741.

ne trouva pas dans ce titre un préservatif contre les revers. Tandis qu'on le couronnait à Francfort, le comte de Kevcnhul 1er dévasta ses États héréditaires.

La campagne suivante, lord Stairs renforça l'armée autrichienne sur le Rhin, d'un corps nombreux de troupes anglaises et hanovriennes. Marie-Thérèse acquit, par là, une supériorité décidée sur Icb Français et sur les alliés du prétendant : non-seulement elle ne le reconnut point, mais elle lui enleva tous ses États, et l'obligea à se réfugier successivement à Augsbourg et à Francfort.

L'armée combinée, dont le roi d'Angleterre était venu prendre le commandement, gagna, le 27 juin, la bataille de Dettingensur le maréchal dcISoailles, qui fut forcé de revenir sur la rive gauche du Rhin, où les alliés le suivirent.

Tel fut le résultat d'une lutte remarquable par les changements rapides de fortune auxquels les deux partis furent exposés. On combattit successivement, ou en même temps, en Moravie, en Bohême, en Bavière et sur les bords du Hhin. Je n'en ai tracé qu'un tableau rapide pour lier ces premiers événements du règne de Frédéric avec la guerre de sept nns. On ne peut juger de l'ensemble des opérations sous les rapports purement militaires, car on trouverait trop de fautes grossières à relever : dans le fait, la politique eut beaucoup de part dans les

de ses forces en Silésie, tandis qu'il marchait sur Prague avec un détachement. Si la France aTal ' l ^ fait un effort avec toutes ses forces réunies a celle! , des Bavarois, Marie-Thérése eut certainement suc- 0 ' coinbé. L'histoire moderne nous offre les même* 1 ï résultats produits par les mêmes causes.

INTRODUCTION

plana du roi. Marie-Thérèse, qui avait vu Frédéric à Znaïm , et les Français à Prague et à LinU, dut se trouver heureuse d'en être quitte pour la Silésie.

Page 1