‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 40 sur 196 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

CASPAGBB DS 1757. — 8ECOHDK PÉRIOlJI.

Invasion des Autrichiens en Silésie ; bataille de Breslau. Frédéric y revient ; bataille de

Nous avons dit que le roi, en marchant contre l'armée combinée, avait laissé un corps sous tes ordres du duc de Bévern pour observer le prince Charles , et l'empêcher défaire aucune entreprise sur la Silésic : en conséquence, le duc quitta Bernstadel, et campa sur la montagne de LanJscron, près de Gœrlitz ; il détacha le général Winti:rfeld avec une forte division à Moys, entre la Neiss et la Queiss, pour garder le passage de ces rivières.

Le prince Charles s'avança jusqu'à Bernstadel, et porta Nadasty, avec un corps considérable, à Seidenberg, afin d'observer Winterfeld, de s'assurer un passage sur la >eiss, et d'être prêt à suivre ou à prévenir le duc de Bévern, s'il voulait gagner la Silésie.

Les Autrichiens croyaient avoir le plus grand intérêt à porter le théâtre de la guerre sur l'Oder, parce qu'ils y auraient vécu aux dépens de l'ennemi, et que leur supériorité pouvait leur faire espérer, avec raison, de

I conquérir la Silésie : pour atteindre ce but, il importait de forcer les Prussiens à quitter la position défensive de Gœrlitz, qui aurait pu lenr donner le temps d'attendre le retour du roi , et de repreudre l'offensive à la fin de la campagne.

Par la raison inverse, il convenait au duc de Bévern de maintenir les choses dans l'état où elles étaient , et de prolonger les opérations sans laisser remporter d'avantage décisif à l'ennemi. Sa position favorisait ses vues : il jugeait, d'après le système de ces temps-là, que les Autrichiens ne seraient jamais entrés en Silésie, en le laissant derrière eux, parce qu'il eût été à même de rentrer en Bohême, et de les couper de leurs magasins : la division qui gardait Bautzen, liait les deux armées prussiennes et leur facilitait les moyens de se concerter et se soutenir réciproquement. Il suffisait de maintenir cet état de choses jusqu'à ce que le roi eût délivré la Saxe, pour so trouver en mesure de rejeter l'ennemi en Bohême.

Le prince Charles résolut donc de faire évacuer, par ses manœuvres, une position qu'il ne pouvait enlever de force, il détacha une division pour chasser les Prussiens de Bautzen, et couper la communication de la Saxe, tandis que le corps de Nadasty attaquait Winlerfcld pour intercepter celle de la Silésie.

Le corps de Nadasty renforcé, attaqua, le 7 septembre, deux bataillons postés sur la montagne de Holtzberg, en avant du camp.

II espérait les accabler avant qu'ils ne posent se retirer ou recevoir du secours ; mais ces braves se défendirent avec tant de cj tirage qu'ils donnèrent le temps à Winterfeld d'accourir : le combat s'engagea avec plus de chaleur qu'auparavant ; cependant les Prussiens furent forcés de céder au nombre et de se retirer après avoir perdu leur général et la plus grande partie de leurs troupes. Les Autrichiens prirent possession du Holzberg qu'ils évacuèrent le lendemain, après

TRAITÉ DES GR\NDES OPÉRATIONS MILITAIRES

avoir eu 3,000 hommes tué» ou blessés dans cette affaire.

Le duc de Bévern apprit en même temps l'occupation de Bautzen par l'ennemi ; cet événement lui coupant ses communications avec le roi, lui fit craindre que le» Autrichiens , après avoir détruit Winterfeld , ne passassent la Neiss avec leur grande armée pour lui fermer les routes de la Silésie ; il prit le parti d'y marcher sans délai. Cette résolution était d'ailleurs commandée par l'impossibilité de subsister dans la position de Gœrlitz. En conséquence, il descendit la Neiss qu'il passa à quelques lieues de cette ville, et marcha par Naumbourg, Buntzlau, Hainau et Liegnitz, où il arriva le 10.

Dès que le prince Charles fut informé de la retraite des Prussiens, il se dirigea par Lauban, Lowenberg, Goldcrg, Jauer, Nicolstadt et Greibnig. où il arriva le 26. Cette position coupa à son adversaire la communication de Breslau, de Schweidnitz et de la haute Silésie. Le jour suivant, il fit rationner Barsdorff, où les Prussiens avaient posté quelque infanterie : le feu ayant pris au village, elle fut obligée de se retirer, et occupa une position en arrière , où elle put être soutenue par l'armée. L'intention du prince était de l'attaquer ; mais le duc de Bévern se proposant de regagner, s'il était possible , la communication perdue, quitta Liegnitz dans la nuit du 27, et se dirigea vers Glogau.

Le duc cherchait à y passer l'Oder en sûreté, dans le cas où il serait poursuivi par toute l'armée autrichienne ; mais comme il s'aperçut qu'il n'était suivi que par l'avantgarde, et qu'elle marchait sur la droite de la Katzbach vers Parsehwitz, il effectua ce passage le 20 près de Lampersdorff. Après avoir marché sur la droite de ce fleuve, il le

(1) Ces raisonnements, les motifs allégués, et les résultats que l'on se proposait, sont «les combinaisons aussi étroites quo toutes celles «les Autrichiens dans celte guerre : au lieu He chercher les points décisifs, d'y porter ses masses et de combattre, on s'amusait à des calculs sans fin et sans

repassa à Breslau, et campa le 1 er octobre sur les bords de la Lohe , ayant la ville à dos ; rétablissant de nouveau sa communication avec la haute Silésie , et «'appuyant à Breslau.

Le prince Charles croyant que son adversaire se retirait de Liegnitz sur Glogaujugea inutile de le poursuivre, parce qu'il avait un refuge assuré sous le canon de cette ville, où il aurait pu s'approvisionner de tout ce dont il aurait eu besoin ; les Autrichiens, au contraire, sans nuls dépôts sur cette ligne, jugeaient impossible d'en former en face de l'ennemi, qui avait plusieurs places fortes sur ses derrières. Ainsi pour ne point fatiguer ses troupes par une poursuite inutile, le prince Charles se dirigea sur Breslau , espérant sans doute qu'avant l'arrivée des Prussiens il pourrait s'emparer de cette place, très-faible par elle-même, et défendue par une garnison peu considérable. Mais lorsqu'il arriva sur la Schweid nitzwasser, il se trouva prévenu par le duc de Bévern, établi comme on vient de le dire entre son armée et la ville.

II était difficile aux Autrichiens de rester dans cette position, car le défaut de subsistances et l'approche de l'hiver les eussent bientôt mis hors d'état de tenir la campagne. Le prince Charles ne pouvait pas non plus étendre ses troupes en quartiers d'hiver, au milieu d'un pays où l'ennemi avait une armée et toutes les places fortes : d'un autre côté, il lui paraissait humiliant de se retirer en Bohème sans avoir fait aucune entreprise, et de perdre le fruit de ses opérations précédentes ; cela aurait paru d'autant plus extraordinaire que son armée était supérieure à celle des Prussiens, et qu'il attendait un renfort considérable de Bavarois et de Wurtembergeois (1). Deux partis s'of-

hut ; rouis je ne puis arranger les raisonnements dos généraux «le Marie-Tliérésc , d'après le système moderne , ni d'après mes propres principes ; je les présente tels qu'ils étaient; le lecteur saura les apprécier en les comparant aui guerres qui ont eu lieu depuis.

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