‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 41 sur 196 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

fraient donc ««prince, celui d'entreprendre le siège de quelque place, ou d'attaquer le duc Bévern sous Breslau. Son énorme supériorité aurait dû lui faire adopter le dernier, qui promettait les plus grands résultats; mais les conseils autrichiens étaient trop pusillanimes pour arrêter une entreprise qui présentât la moindre chance contraire : ils n'osèrent se décider ù celle-ci , de peur d'être inquiétés en cas de rêver»

par la garnison de Schweidnitz, et résolurent de faire préalablement le siège de cette place, 1° parce qu'en la prenant, on se rendait maître des principaux défilés qui conduisent en Bohême, et des villes et villages qui se trouvent en arrière; 2° qu'alors on avait la facilité de tenir une grande partie île l'armée en Silésie pendant l'hiver; 8° que si on parvenait à la faire capituler en peu de temps, on pourrait ensuite attaquer le duc <!e Bévern, ou former sans crainte toute autre entreprise, puisqu'on aurait une retraite assurée (1).

En conséquence, Nadasty fut envoyé avec un corps considérable pour former ce siège; il fut joint par les troupes de Bavière et de Wurtemberg. La ville de Schweidniti, silure dans une belle plaine, à une lieue des montagnes qui séparent la Silésie de la Bohême , est riche et bien peuplée. Lorsque les Prussiens s'en emparèrent dans la guerre précédente, elle n'était défendue que par un mur gothique avec quelques tours; mais le roi appréciant les avantages de sa position, tant pour faciliter l'exécution des projets qu'il pourrait former contre la Bohème, que pour couvrir la Silésie , résolut de la fortifier. A la fin de la guerre, ce prince ordonna d'y construire plusieurs forts ou redoutes étoilées. On plaça entre ces ou-

(1) Voilà ce qu'on peut appeler une guerre trop compassée : craindre avec une armée de 85,000 hommes, d'en attaquer 30,000, de peur de ne savoir où se retirer! De semblables combinaisons caractérisent j l'esprit du siècle ; on donnait alors aux armées, aux j forteresses et aux magasins , des valeur» de eonven-

vrages, quelques petites lunettes ou demilunes; le tout était entouré d'un fossé et d'un ehemiu couvert palissade.

Les plus mauvaises fortifications sont les redoutes étoilées ; elles ne peuvent avoir de flancs, et les angles rentrants prennent un si grand espace dans l'intérieur, qu'il est impossible d'y placer la garnison et l'artillerie nécessaires pour les défendre ; elles sont de plus exposées à être enfilées d'un bout à l'autre, ce qui les met hors d'état de faire une longue résistance.

Nadasty forma trois attaques, dont deux seulement étaient sérieuses. La tranchée fut ouverte dans la nuit du 27 octobre; l'artillerie ayant fait brèche à trois de ces redoutes, elles furent emportées d'assaut dans la nuit du 11 novembre; le gouverneur capitula le lendemain. La garnison, forte de 6,000 hommes, resta prisonnière de guerre. On trouva dans la place une grande quantité d'artillerie, de munitions et de vivres.

Pendant ce temps, les deux armées restèrent tranquilles près de Breslau, lo prinee Charles couvrant le siège de Schweidnit»., le duc de Bévern se fortifiant dans son camp qu'il n'osait quitter de crainte de perdre Breslau, et d'être enfermé entre l'armée d'observation et celle de siège.

Le prince Charles, encouragé par la reddition de cette ville, résolut d'attaquer les Prussiens , quoiqu'ils eussent alors fortifié leur position, qu'il eût été beaucoup plus facile d'emporter dès les premiers jours :

il ordonna donc à Nadasty de venir joindre la grande armée; ce général arriva le 17, et campa sur la droite. Les jours suivants furent employés aux préparatifs de l'attaque fixée pour le 22 novembre.

tion , à peu près comme a des pièces du jeu d'écher Les raisonnements du conseil autrichien ne sont ni d'un prince Eugène ni d'un Montécuculli. Schweidnitt n'eût pas été mis dans la balance par le général le plus médiocre de nos jours.

TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES

Bataille de Breelau.

Lo duo de Bévern ayant passé la Lohe, prit position, l'aile droite appuyée à Kosel, la gauche à Klein-Mochber, le front couvert par la Lohe et les villages dePilsnitz, Schmidefeld et Ilœfgen. (Voye* pl. 10.) Le flanc se prolongeait depuis Klein-Mochber jusqu'au faubourg Saint-Nicolas ; l'aile droite était couverte par un abatis qui s'étendait depuis Pilsnitz jusqu'à l'Oder, gardé par les chasseurs à pied et six bataillons de grenadiers.

Les Autrichiens campaient sur la rive gauche de la Lohe, entre Slrachwitz et Masselwitz ; la réserve s'étendait de Goldschmieden à Stabelwitz; le village de Neukirch fortement retranché couvrait leur front.

Les deux armées restèrent dans ces position» jusqu'après la prise de Schweidnits.

Nadasty rejoignit celle de l'ennemi avec son corps, qui fut placé sur la droite, entre Bethlern et Operau ; ce général avait d'abord pris la direction de Brieg, ce qui détermina le duc à y faire marcher le régiment de Neuwicd le 17; on éleva aussi quelques redoutes en avant du faubourg d'Ohlau, afin d'empêcher l'ennemi de s'en emparer, et de gagner le flanc gauche de l'armée. Un bataillon fut posté dans le couvent.

Le corps du général Zielhen, consistant en 7 bataillons et 50 escadrons, s'avança sur les hauteurs de Grabischen à Gahitz, afin de faire face au général Nadasty ; on éleva une redoute sur la hauteur, en avant de ee premier village , et Kleinbourg fut gardé par un bataillon franc.

L'armée prit les armes le 22 à la pointe du jour ; celle des Autrichiens s'approcha de la Lohe, et disposa ses trois attaques. Le corps de Nadasty passa la rivière près de Harllicb , et marcha èn GG. Les bataillons prussiens sortirent du camp, et occupèrent, en avant du front, les postes qui leur étaient assignés. Le général Windersheim, qui se trouvait au delà de l'Oder, fut retiré et placé à l'aile droite. Comme l'on s'aperçut

que l'ennemi marchait sur le faubourg, le général Ziethcn s'avança par la gauche pour arrêter ce mouvement ; il fut renforcé par •4 bataillons 10 escadrons, et prit la position suivante :

Le régiment de Schultz , à la redoute en avant de Grabischen; celui de Lcstewitz aux deux autres , entre ce village et Gabitz ; les 1 0 escadrons de cuirassiers Gésier et margrave Frédéric entre ces redoutes pour soutenir l'infanterie.

7 Bataillons et 20 escadrons s'étaient déployés en première ligne entre Neudorf et Herdara.

31 Escadrons en 2 e ligne.

Le centre était formé comme il suit :

4 Bataillons en 1" ligne, 10 Escadrons ed 2« ligne ,

10 Bataillons en 1" ligne, 10 Escadrons en 2" ligne ,

j Entre Grabischen et

) ordres du général ) SchulU.

Entre Doergcn et Schmidfeld, aux oi~ dres du général de Lcstewits.

La droite était composée de la division du général Brandeis, savoir :

3 Bataillons aux redoutes derrière Pilsniti.

7 Bat. de gren. en 1" ligne,) .

15 Escadrons en 2« ligne, j * mèn ce " 1U « e -

On renforça ensuite le poste de Pilsnitz par 2 bataillons de grenadiers.

Un brouillard assez épais dura toute la matinée. Les Autrichiens établirent à neuf heures plusieurs batteries de gros calibre , pour protéger la construction des ponts et le passage de la Lohe ; savoir, à droite et à gauche de Klein-Mochber , 3 batteries de 13 pièces chacune ; à Neukirch, une de 10 ; à Pilsnitz, une autre de même force, sans compter l'artillerie de campagne. Ces batteries firent un feu violent jusqu'à midi : le brouillard «'étant alors dissipé, l'armée s'avança et jeta sept ponts, sous le feu des Prussiens, en moins de trois quarts d'heure.

Le corps de Nadasty passa le premier ; les Croates et l'infanterie traversèrent

CflAPlTHE VI.

Woischwiti, afin de tomber sur le flanc gauche de Ziethen. Dès que ce général aperçut les Autrichiens, il les fit canonner, et ordonna aux dragons et hussards d'attaquer les tôles de leurs colonnes. L'infanterie hongroise et celle de Wurtemberg furent culbutées et se retirèrent en désordre sur la Lohe. Au même instant, 1 "2 compagnies de jjrenadiers, aux ordres du général Wolfersdorf, attaquaient le poste de Kleinbourg ; le bataillon d'Angenelly , après une vigoureuse résistance fut forcé à l'évacuer en y mettant le feu pour ralentir l'ardeur des grenadiers ; ce bataillon s'arrêta à quelques pas plus loin , et se reforma derrière un fossé, où il se maintint jusqu'à l'arrivée du premier bataillon de Lestcwitz, conduit par le jeune prince de Bévern. Un terrible combat s'engagea alors; les grenadiers de Schenkendorf et de Rosenberg, les hussards de Werner et de Ziethen , furent envoyés successivement au soutien; ces derniers chargèrent avec impétuosité les grenadiers autrichiens, et en sabrèrent -4 compagnies ; le village fut repris avec 13 pièces de canon : cet effort vigoureux étonna Nadnsty, qui resta dans sa position jusqu'à la nuit :

Ziethen conserva le champ de bataille.

Pendant que ceci se passait à la droite des Autrichiens, le prince Charles avançai!

avec le reste de l'armée, et tentait de passer la Lohe, sur trois colonnes. Il réussit en effet à jeter , sous la protection d'un feu d'artillerie très-vif , plusieurs ponts vis-à-vis de Klein-Mochbcr et à droite de Schinidefeld. L'artillerie prussienne n'était pas en état de répondre à celle des ennemis, dont l'infanterie franchit rapidement les ponts, et chercha à se former. Le premier passage eut lieu à Mochber, et fut exécuté par 35 compagnies de grenadiers et 12 escadrons de carabiniers, soutenus par les deux lignes d'infanterie de l'aile droite, aux ordres des généraux Andlau et Stahremberg, et par le « orps de réserve des généraux Wied et Es- Urhaiv. L'aile droite delà cavalerie devait

ensuite passer sur le même point, où le prince Charles de Lorraine et le maréchal Daun se trouvaient en personne.

Lorsque quelques bataillons autrichiens eurent franchi le pont, le général Pcnnavaire avança, pour les charger, avec les 10 escadrons de cuirassiers de Schœncich ; mais outre qu'il fut accueilli par une grêle de mitraille et de mousqueterie, le terrain était si humide et si glissant que les chevaux pouvaient à peine marcher : il fut forcé de se retirer. Au même instant le général Schulu aborda l'ennemi avec les régiments du prince de Prusse et Ferdinand :

les Autrichiens déployés n'avaient d'autre alternative que de vaincre où d'être culbutés dans la rivière ; leur défense fut opiniâtre ; protégés par leur nombreuse artillerie, ils attendirent avec sang-froid cette charge de l'infanterie prussienne, qui n'eut aucun succès, parce que les régiments exposés longtemps à la mitraille, arrivèrent sans vigueur, et déjà en désordre sous le feu des bataillons ennemis. En vain le prince Ferdinand de Prusse s'élança, avec un drapeau à la main, pour renouveler l'attaque, il fut également repoussé.

Une autre circonstance, non moins malheureuse, fut l'évacuation prématurée de la redoute en avant de Grabischen. Le colonel de Schultx, afin de soutenir les régiments du priucede Prusse, et Ferdinand, ordonna aux deux bataillons formés devant le village, de marcher contre la colonne qui défilait sur le pont de Mochber : le major croyant que la garnison de cette redoute appartenant à son corps , devait être retirée , lui donna ordre de se joindre à lui ; cet événement fit une telle impression sur le régiment, composé de recrues du canton même, qu'il prit la fuite et retourna à Grabischen. Il fallut le courage et l'habileté du colonel Lindstedt pour le rallier. L'ennemi profita de cette faute, occupa la redoute et y plaça du canon et des obusiers qui battaient les flanc» de la ligne ; plusieurs bataillons au-

TRAITE DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES

trichieus avancèrent en même temps et s'emparèrent du village.

Tandis que ceci se passait, le pont de Schmidefeld s'achevait, et le centre de l'ennemi composé des divisions d'infanterie d'Arberg et Maquire, soutenues de la première ligne de cavalerie de l'aile gauche aux ordres du général Stampach , y avait passé la Lohe.

Les généraux d'Arberg et Maquire attaquèrent les redoutes près de Schmidefeld :

le régiment de Mantcufe), qui gardait le village , s'y défendit jusqu'à l'entier épuisement de ses munitions. Le comte de Wied vint de l'aile droite , avec la réserve , pour attaquer Hœfgcn que le régiment du prince Henri défendit avec la même bravoure ; il ne quitta ce poste qu'après l'enlèvement de Grabischen et de Mochber, par la droite de l'ennemi, ce qui le débordait et menaçait sa retraite. Le général Lestewitz était resté, avec sa division, en arrière de Schmidefeld et Hœfgen, afin de ne pas l'exposer inutilement au feu de l'artillerie; il la fit alors avancer, et reprit Schmidefeld; mais comme la ligne se trouvait battue en flanc et à revers par la redoute de Grabischen, quelques bataillons ployèrent, et il fut forcé à se retirer pour les reformer. Ce mouvement rétrograde permit aux Autrichiens de s'établir aussi dans Klein-Mochber.

Le duc de Bévern n'avait cependant point encore envie de renoncer à la partie ; à quatre heures et demie, les 10 régiments d'infanterie aux ordres des généraux Schultz et Lestewitz, s'étaient formés de nouveau, ainsi que plusieurs régiments de cuirassiers. La ligne se porta alors sur Schmidefeld , Hœfgen et Mochber , poussant les Autrichiens jusque sur la Lohe. Mais . peu après, le feu cessa, et la nuit étant survenue, la plus grande partie des troupes se retira sans au-

(1) I.' historien prussien cherche ici ù excuser la défaite du duc, en lui supposant des causes singuliers»; mais si l'attaque du centre sur Mochber

cun motif sur le faubourg Saint-Nicolas ; le duc les trouva là en revenant de l'aile gai» che, où il s'était rendu pour combiner avec Ziethen les moyens de surprendre l'ennemi à minuit , comptant que Lestewitz et Schultz avaient repris Klein-Mochber (1).

La troisième attaque, dirigée contre la droite à Pilsnitz, fut plus vive et plus longue que les autres. Ce village , d'un accôs naturellement difficile, était encore défendu par des redoutes ; la Lohe dont les rives y sont très-escarpées, le partageait en deux.

Le général Ketihl , avec l'aile gauche de l'armée autrichienne , soutenue par la gnude la seconde ligne de cavalerie, eut ordre d'attaquer ce poste et les ouvrages aux environs ; mais, par la difficulté du terrain, la force de ces ouvrages et la bravoure de l'ennemi, il fut repoussé trois fois avec une très-grande perte. Enfin , lorsqu'il fut nuit , les Prussiens se retirèrent : la relation autrichienne dit qu'ils y furent contraints ; Terapelhof, témoin oculaire , assure qu'ils le firent volontairement , ou par ordre , ou par suite des mouvements du reste de l'armée. Cet auteur n'a jamais pu comprendre pourquoi on abandonnait ainsi un poste, dont l'évacuation resta même ignorée de l'ennemi; elle fut d'autant plus étonnante que toutes les troupes étaient animées de la plus vive ardeur , et qu'on leur avait annoncé des avantages remportés par la gauche.

Les Prussiens perdirent environ 6,000 hommes tués, pris ou désertés. Les Autrichiens eurent environ A, 000 hommes hors de combat.

Bataille de Leuthen.

Le lendemain de la bataille de Breslau ,

devait décider la bataille, pourquoi ,1c duc allait-il courir ailleurs avant qu'elle fût exécutée? on ne quitte pas le point décisif pour aller conférer nillenri.

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