CHAPITRE VII
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attaques, est bonne sans contredit, puisqu'elle est conforme au principe que nous ayons posé pour base de toutes les opérations ; néanmoins elle offre plusieurs inconvénients. La partie faible de la ligne étant trop rapprochée de l'ennemi , peut se trouver engagée malgré elle, et battue; ce qui balancerait et arrêterait les avantages remportés sur un autre point. L'aile renforcée peut battre celle qui lui est opposée , mais ne parviendra pas à prendre la ligne ennemie en flanc et à revers, sans faire un grand mouvement qui la séparerait des autres divisions, dans le cas où celles-ci se trouveraient engagées. Si ces divisions , au contraire , n'étaient pas en action , et qu'elles pussent suivre le mouvement de l'aile renforcée, ce mouvement serait nécessairement circulaire ; celui que l'ennemi lui opposerait, formant la corde de l'arc, serait beaucoup plus rapide, et lui donnerait les moyens de prendre l'offensive au point principal , en y portant le premier la masse de ses forces.
Il en est bien autrement de l'ordre du roi à Leuthen; l'extrémité de l'aîTe attaquée n'est pas seulement accablée par une ligne entière, le flanc de cette aile se trouve continuellement débordé, et sa ligne prise à revers, sans manœuvre, sans prolongement de direction , mais par une simple marche en avant de la ligne oblique. L'éloignement des divisions qui ne sont pas destinées à la principale attaque, leur Ole le danger d'être engagées avec un ennemi supérieur , et les met à portée de soutenir successivement l'aile agissante.
Ces résultats de l'ordre oblique ouvert , quoique connus , ne sauraient être soumis trop souvent à la méditation des militaires ; cet ordre présente encore un avantage plus décisif , c'est que l'extrémité de l'aile attaquée (je suppose les deux dernières brigades) reçoit successivement la charge de la moitié de l'armée ennemie, sans pouvoir arrêter sa marche par aucune contre-manœuvre. Quelle est la troupe capabledo sou-
tenir une telle lutte , lorsqu'outre cela elle se trouve débordée et prise à revers? Le trouble et l'épouvante ne seront-ils pas semés dans toute une ligne ainsi culbutée sur les flancs, et menacée d'une destruction entière par la direction de l'ennemi sur ses derrières ?
Telles seront les suites infaillibles d'une attaque en ordre oblique, lorsqu'on sera parvenu à gagner le flanc de son adversaire sans être aperçu , suivant les procédés que j'ai indiqués au chapitre V , et lorsqu'on formera rapidement sa ligne par la méthode simple de Frédéric, développée dans le chapitre VIII.
La figure suivante le démontrera d'une manière plus claire :
L'aile gauche BC de l'armée AC recevra le feu de la deuxième brigade de l'armée DKL, tandis que la première brigade, formée en colonne par peloton, la débordera, afin de décider vivement cette première attaque.
La deuxième brigade, en suivant son prolongement oblique, se trouvera immédiatement appuyée par la troisième, qui fera son attaque sur l'extrémité de la ligne , et continuera à la déborder en marchant droit devant elle. Lorsqu'elle aura dépassé cette extrémité , la quatrième brigade la remplacera et en fera autant. En supposant l'armée DF, KL arrivée à la ligne pointillée HI, on la
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TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES
verra totalement engagée avec le quart ou le tiers tout au plus de l'armée ennemie , dont les bataillons, successivement écrasés, seront presque enveloppés.
Cette démonstration suffira , sans doute , pour faire saisir les avantages de l'ordre oblique ouvert ; j'ai qualifié ainsi toute disposition pareille à celle du roi à Leuthen , parce qu'elle formait presque angle droit avec la ligne des Autrichiens, et qu'elle diffère absolument d'une disposition parallèle : le propre du premier est, que l'aile refusée se trouvant plus rapprochée de l'aile ennemie sur laquelle on dirige ses efforts , que du reste de sa ligne , elle peut soutenir le point principal de l'attaque, sans laisser l'ennemi maître de l'engager dans une affaire où il aurait la grande supériorité numérique.
Tous ces avantages de l'ordre oblique, quoique rapportés à l'hypothèse d'une armée attaquant en ligne de bataille déployée, sont également applicables aux masses concentrées sur l'extrémité que l'on voudrait accabler , comme cela est indiqué par la figure suivante :
L'armée AB , au lieu de former deux lignes, comme l'armée DF, KL, dans la figure qui précède , pourra ne donner cet ordre qu'à la moitié de ses forces , le surplus sera disposé en colonnes serrées, à demi-distance , sur les deux ailes et le centre , pour manœuvrer, ou frapper au besoin des coups de vigueur. Ces colonnes rendront ainsi,
(1) Je crois cependant devoir rappellcr ici qu'il ne faut jamais diriger ses efforts sur celleJes cx-
bien pluftinobile , la partie des troupes qui n'est pas destinée à la première attaque ; et les couvrent contre tous les mouvements de l'ennemi.
La bataille de Leuthen fournit encore une maxime importante : c'est qu'une armée dont les flancs sont appuyés à un obstacle, tel que le grand étang de Gohlau, qui couvrait le crochet de Nadasty, peut être également débordée au moyen d'une attaque oblique.
Il suffira , pour cela , de faire observer la brigade ennemie qui s'y trouve , et de disposer la ligne , de manière à diriger l'effort principal contre la deuxième brigade : on comprend que , la ligne étant rompue , et ayant perdu son appui, ces obstacles du terrain ne lui seront d'aucune utilité, et pourront même contribuer à faire prendre la première brigade , si elle tentait de s'y maintenir (1).
Celte manœuvre ne vaut pas, sans doute, une attaque sur un flanc mal appuyé , ou facile à déborder: mais elle est bonne néanmoins , et prouve qu'aucune position ne garantit une armée contre un ennemi habile ; que le seul moyen de lui résister est de manœuvrer dans le racine sens que lui ; enfin elle justifie les maximes indiquées à la suite de la bataille de Prague.
Toutes ces considérations prouvent, qur l'auteur de l'article susmentionné a contesté sans motif, à Frédéric , la gloire de sa disposition oblique , différente de tout ce qui avait été écrit sur cette matière. Il a trop accordé d'influence au détail de l'instruction des troupes ; ces dénominations vagues de troupes raanœuvrières ne disent rien. Le secret de la guerre ne sera jamais dans tes jambes, il est tout entier dans la tête qui les fait mouvoir; une armée fera vainement des marches forcées toute une campagne, si leur direction est fautive, elle n'en sera pas moins perdue. Cette vérité a été prouvée par les
trémités qui serait appuyé a un obstacle insurmontable, tel qu'un grand fleuve ou une uier.