scène changea de face sur ce point comme sur les autres
Cependant si les victoires de Frédéric avaient amélioré sous un rapport l'état do ses affaires, et sa position militaire du moment, elles n'apportèrent aucun changement dans les projets politiques de Marie- Thérèse, ni dans les plans des coalisés pour la campagne qui allait s'ouvrir.
L'Autriche, jouant le rôle principal dans cette guerre, fondait ses espérances sur les forces colossales de son alliance et sur l'hypothèse que le roi, après avoir épuisé tout ce que l'énergie, la constance et l'activité pouvaient lui procurer de moyens, finirait par laisser ses États à la merci de ses ennemis. L'impératrice fut sourde à toutes les propositions de paix.
TRAITE DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES
La Russie lui donnait l'assurance de redoubler ses efforts. La ciarine, irritée de In retraite de son armée, ordonna une enquête sur la conduite du général Apraxin. Le général ayant exhibé les ordres du premier ministre Bestuchef, celui-ci fut destitué et renfermé; le comte Woronzow lui succéda, et le général Fennor, qui commanda l'armée, reçut ordre de rentrer sur-le-chninp en Prusse : la conquête n'en fut pas difficile, puisque le maréchal Lchwald s'était dirigé contre les Suédois ; et avant la fin de janvier, les Russes devinrent maîtres de tout le pays.
La France et la Suède se montraient également disposées à redoubler d'activité pour atteindre le but qu'elles se proposaient. Les mesures de la cour de Vienne, pour compléter son armée, furent conformes à la grandeur de ses moyens.
D'après un plan qui reçut plusieurs modifications par la tournure des affaires, l'année principale sous le maréchal Daun.
devait être de 64 bataillons , 45 compagnies de grenadiers, et 17 régiments de cavalerie.
Une autre, sous le maréchal Rathiany, de 30 bataillons, 28 compagnies de grenadiers, 40 escadrons.
Un troisième corps , sous le général Nadasty, de 6 bataillons, 4 compagnies de grenadiers et 24 escadrons.
Dans ce nombre n'étaient pas comprises les troupes légères , qu'on devait porter à 60,000 hommes, Croates, Bosniaques, Italiens, Dalmates, Tyroliens, etc.
Le roi , de son côté, recompléta les cadres que la sanglante campagne de 1757 avait réduits des deux tiers, et augmenta son armée de 4 bataillons francs ; ses alliés se trouvaient également dans le meilleur état.
Néanmoins la position de Frédéric était plus critique qu'à l'ouverture de la campagne précédente. Ses ennemis bien plus en mesure et bien plus rapprochés, occupaient plusieurs de ses provinces, ce qui les mettait à même de l'attaquer simultanément au cœur de ses États ; des lors, il paraissait
probable qu'il y aurait de l'ensemble dans leurs opérations , et qu'ils les pousseraient avec plus d'activité et de dévouement pour l'intérêt général.
Le sort de la monarchie prussienne eut dépendu en effet d'un simple mouvement concerté par toutes les masses coalisées, qui pouvaient en peu de marches se réunir au centre de sa puissance, et anéantir d'un même coup son armée et les moyens de la recréer. Frédéric n'avait que deux chance»
de succès, la pusillanimité de ses ennemis et le peu d'accord qui devait exister dans une coalition composée d'intérêts aussi opposés ; ces deux chances se trouvant réunie»
dans cette occasion, décidèrent la campagne en sa faveur.
Le système du roi était au fond défensif ; mais chaque moment devait être mis à profit pour écraser une des parties faibles et isolées avec une masse de forces imposantes, afin de la mettre hors de lice pour le reste de ln campagne. On résolut en conséquence d'attaquer les Français au milieu de l'hiver , et de les chasser de leurs conquêtes.
Poursuivre ces opérations, il faut remonter plus haut. Après la bataille d'Hastembeck , le duc de Cumberland cédant aux forces supérieures dont il était entouré, conclut le 9 septembre la fameuse convention de Closter-Seven (Voyez chap. IV) , par laqnelle les hostilités devaient cesser sous vingt-quatre heures. Les Hanovricns se retirèrent à Stade et au delà de l'Elbe, dans le duché de Lauenbourg ; les troupes de Brunswick, de Saxe-Gotha, de Buckebourg et les Hessois eurent la faculté de retourner dans leur patrie sans être considérés comme prisonniers. Il serait assez difficile d'indiquer la cause qui porta le duc de Richelieu à celte démarche précipitée (1).
(!) Le ministère n'approuva par les termes de cette contention , et voulut que les troupes déposassent les a nues; mais il n'était plus temps.
Quoi qu'il en soit, celle convention amena rff s débats pour la répartition des cantonnements; la cour de Londres refusa de la ratifier. Quand on commet de telles infraclions on a toujours quelques motifs pour en voiler l'odieux ; les alliés prétendirent que le premier article de ce traité portant que les§ hostilités cesseraient dans vingt-quatre heures, semblait avoir pour but d'améliorer le sort des pays ravagés par la guerre ; car •i l'armée française devait y être entretenue, on croyait du moins être à l'abri du pillage a main armée et de toutes vexations. Tem- ]»e!bof accuse le général français d'en avoir donné l'exemple en voulant profiter de celte occasion pour rétablir sa fortune, dissipée par le luxe et les plaisirs ; il imposa de fortes contributions, ne mit aucun frein au t/rigandage des employés aux vivres , et laissa l'armée dans la disette au milieu des «•outrées les plus riches et les plus fertiles ; les chétives' rations qu'elle recevait ne se composaient que d'articles dont on no pouvait faire un trafic.
Ce désordre eut les suites les plus funestes. L'indiscipline étant portée à son comble , le soldat autorisé par l'exemple commettait partout des dévastations. Les efforts de quelques chefs étaient inutiles ; car lorsqu'ils voulaient punir, le soldat se «oustrayait au châtiment par la désertion. Ce fut ainsi que la brillante armée du maréchal d'Estrées se trouva considérablement affaiblie , et hors d'état d'entreprendre une opération importante.
Les alliés, indignés des traitements qu'ils éprouvaient, reprirent les armes, et se réunirent de nouveau. Richelieu après la signature du traité, avait mis ses troupes en 'juartier d'hiver dans le Hanovre, en Westpbalieet dansla liesse. Il apprit à Brunswick la nouvelle de la bataille de Rosbach et le rassemblement des troupes alliées, ce qui lui faisait craindre la rupture de la convention, il rassembla le corps du marquis de Villemur à Soltau, pour le diriger sur