TRAITE
nu
GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES
GUERRE DE SEPT ANS
Coup d'ail sur les motifs et les premiers écénetnents de cette guerre (1).
Les hostilités avaient commence entie la France et l'Angleterre dès 1758 ; et quelques disputes incidentes furent le prétexte d'une explosion, que la rivalité naturelle des intérêts maritimes pouvait faire regarder depuis longtemps comme inévitable.
Ce n'est point ici qu'il convient d'examiner les fautes graves que le cabinet de Versailles commit depuis Louis XIV, tant sous le régent que sous l'administration du cardinal de Fleury. La rivalité qui prit naissance sous Guillaume aurait dù engager le ministère français à faire les plus grands efforts pour le rétablissement de sa marine ;
(I) Dans mes premières éditions j'ai présente une analyse critique des motif* que Llojd arnit attribi.é* aux différentes puissances ; mais à celte époque n'ayant pas asseï médité sur les relations qui
mais sa fausse politique et celle de la Hollande, préparèrent dès lors la domination des Anglais sur les mers.
Le système de la France pouvait, à l'avéncment de Louis XV au trône, se réduire aux axiomes suivants :
1° User de la plus grande modération sur le continent , et prouver que la politique des Anglais était plus à craindre que la sienne ;
2° Maintenir l'équilibre en Allemagne, pour donner un contre-poids à l'Autriche, et ne pas soutenir seule de grandes guerres continentales, tandis qu'elle-même serait engagée avec les Anglais ;
3° Tourner toutes ses vues vers sa marine, et s'assurer par tous les moyens pos-
c.istaient entre les différents États, au moment où I.i rupture éclata , je me suis laissé entraîner par If* apparences; l'expérience acquise depuis m'a mis à même de rectifier mon jugement.
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bibles l'alliance de la Hollande et de l'Espagne.
Le cardinal de Fleury prit souvent la faiblesse pour la modération ; cependant à quelques fautes près, il suivit assez bien le premier des principes indiqués plus haut ; mais il négligea entièrement les deux autres» La guerre de 1741, entreprise pour l'élévation de la Bavière et de la Prusse, le fut malgré lui; elle avait un but raisonnable, mais les opérations furent si mal conduites, que malgré le concours de ces deux alliés, l'issue en fut malheureuse. Toutefois elle contribua à l'élévation de la monarchie prussienne, en lui assurant la Silésie. Le cardinal mourut avant la paix d'Aix-la-Chapelle, en 1748.
Tel était l'état des affaires au dehors en 17 58, lorsque le ministère, las des provocations des Anglais, s'engagea dans une lutte imprudente, sans s'être ménage d'alliés, ni avoir préparé les moyens de relever sa marine.
La guerre se faisait depuis deux ans dans l'Inde entre Duplcix et lord Clive ; le premier avait eu des succès qui lui valurent la vice-royauté du Carnate, et l'appui du Grand Mogol, dont il promettait bientôt la soumission si on lui envoyait quelques vaisseaux et quelques milliers d'hommes ; mais l'inconcevable système du ministère renversa ces belles espérances ; le vainqueur fut bientôt accable vers Maduré par les Anglais et leurs alliés , qui suivaient un système bien différent de celui de la cour de Versailles. Disgracié , il mourut à son retour en France aussi malheureux que Labourdonnaye auquel il avait succédé : ces deux honime8 capables de sauver les affaires de Louis XV dans l'Inde abreuvés de dégoûts, d'humiliations et d'injustices, furent payés de services éclatants par la plus noire ingratitude, et devinrent responsables des fautes et de l'incurie du gouvernement.
Les Anglais voyaient avec un dépit jaloux la France maîtresse du Canada. Cette belle
colonie, voisine des États-Unis alors soumis à l'Angleterre, pouvait être attaquée avec succès par une nation qui dominait la mer et avait à la proximité du point d'attaque d'aussi grands éléments de force.
Us commencent à élever le fort de la Nécessité, au revers des Apalaches, sur le territoire français ; un officier» nommé Juraonville, envoyé pour les observer avec 30 hommes, est massacré par eux avec nne barbarie dont les Canadiens mêmes sont révoltés. Son frère met le siège devant le fort, le prend, et par une générosité rare accorde libre sortie à la garnison pour la soustraire aux Indiens qui en avaient juré le massacre.
Cependant les Anglais arment, les Français n'osent pas même se plaindre d'un attentat inconnu jusque-là dans les temps modernes. Le cabinet de Saint-James négocie pour endormir ses adversaires et voiler ses préparatifs.
Déjà le général Braddock part pour assaillir le Canada, et une escadre se présente à l'embouchure du fleuve Saint-Laurent, qu'à Versailles on ne songe pas même à la guerre. On se livre à des regrets tardifs et à une vaine indignation lorsqu'on voit des escadres sortir de tous les ports anglais, et enlever plus de 800 bâtiments de commerce, richement chargés , de retour des deux Indes. Alors il fallut bien armer pour soutenir un commerce déjà ruiné avant la déclaration de guerre, et cette faiblesse de Mircpoix et du ministère de Louis , porta le coup le plus fatal à la prospérité française.
Le général Braddock fut à la vérité battu et blessé mortellement à l'attaque du fort Duchesne, en 1755. MM. de Vaudreuil et de Montcalm pénétrèrent même dans les provinces ennemies ; mais à quoi servaient ces légers avantages, lorsque tant de moyens se préparaient sur tous les points de la domination anglaise?
L'indignation qui s'était manifestée en France ne contribua pas peu au traité de
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\ersaille», et à l'alliance avec l'Autriche, à laquelle l'ascendant de Marie-Thérèse sur la favorite avait insensiblement préparé tout le ministère. Cette alliance fut conclue , le I" mai 1756, par l'abbé de Bernis et M. de Stahremberg.
De grands préparatifs se faisaient dans les ports de France, 15 vaisseaux nouveaux venaient d'être lancés avec une rapidité qui accuse d'autant plus l'inaction antérieure du gouvernement. Pour faire diversion aux escadres ennemies et en occuper une partie dans la Manche , on menaça l'Angleterre (Tune descente, ce qui obligea le cabinet de Saint-James d'appeler des Hanovriens et ties Hessois à sa défense.
Une expédition importante se prépara à Toulon pour délivrer la Méditerranée.
Le duc de Richelieu partit le 10 avril de la rade d'Hvères avec 12 vaisseaux et 20,000 hommes pour enlever Minorquc aux Anglais, et s'assurer la supériorité dans c es parages. La place de Port-Mahon passait pour un second Gibraltar, et l'entreprise (Hait difficile ; cependant les Anglais n'y araient que -4 bataillons, ce qui était peu pour le développement de la place. L'amiral Hing voulut y jeter des munitions et des renforts, et se présenta, devant le port, avec U vaisseaux ; mais la Galissonière le repoussa avec les 12 qu'il commandait. L'amiral anglais fut jugé et fusillé pour n'avoir pas vaincu : jugement barbare, moins ré- » oltanl néanmoins que ceux qui condamnèrent Labourdonnaye et Lally pour avoir osé trop entreprendre à la gloire et à l'avantage d'un gouvernement qui les abandonnait.
Enfin, le 27 juin, l'assaut ayant été donné aux ouvrages extérieurs du fort Saint-Philippe, on enleva 5 redoutes, ce qui décida le gouverneur à capituler. Richelieu alla jouir de son triomphe à Paris, et la Galisftonière mourut ignoré dans le courant de la même année ; prouvant à la France indignée, que dans l'enceinte du Pare-aux-Cerfs,
on s'occupait moins d'une victoire navale que d'une intrigue galante.
Il n'était pas impossible de tirer parti de ces avantages, en intéressant l'Espagne à se venger des revers de la guerre précédente, et à débarrasser pour toujours ses colonies du voisinage de la Jamaïque. Ce moment était encore propice, l'alliance des denx États pouvait tout réparer. Le gouvernement français au contraire s'endormit sur ses premiers succès, par un esprit de vertige difficile à expliquer. Tandis que les Anglais redoublaient d'efforts pour venger cet affront, on oublia à Versailles qu'on avait une guerre maritime , et tout céda au désir d'accabler Frédéric.
Nous allons voir qu'on ne prit pas de meilleurs moyens pour y parvenir, que pour lutter avec succès contre la puissance toujours croissante d'un rival plus redoutable.
La résolution du ministère français de s'allier à la maison d'Autriche, fut signalée comme une faute grave , et cependant en considérant avec plus d'attention ce premier traité de 1756, on est forcé de convenir que son but était sage, et que s'il devint onéreux par la suite, ce fut parce qu'on s'en écarta.
Si jamais alliance entre la France et l'Autriche pouvait être utile, c'était celle de 1756, en modifiant toutefois quelques stipulations; loin de là, on en conclut une seconde bien plus onéreuse en 1758 : cependant, comme les alliances se renouvellent, ainsi que les ministres qui les forment, il était naturel de craindre que l'Autriche, après avoir détruit la Prusse , avec l'assistance des Français, ne dominât en Allemagne et en Italie, et ne tournât alors ses armes victorieuses contre la France elle-même, tandis que celle-ci serait aux prises avec les Anglais.
L'alliance de la Prusse paraissaitdonc plus naturelle, puisqu'en agrandissant cette puissance aux dépens de l'Autriche, l'équilibre
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de l'Allemagne n'en était que mieux établi ; et qu'on n'eût jamais été attaqué par l'une de ce» puissances rivales, sans avoir l'autre pour auxiliaire.
Les motifs qui firent donner la préférence à l'alliance de l'Autriche , nous sont inconnus ; peut-être trouva-t-on des inconvénients à s'unir avec Frédéric, qui avait abandonné légèrement les Français en 1 7-42.
Peut-être aussi le ministère jugea-t-il plus avantageux de s'allier avec une puissance du premier rang, sur le continent, afin d'appliquer la plus grande partie de ses moyens à la guerre maritime et dans les colonies.
En effet, cette combinaison n'aurait pas manqué de justesse, si les clauses du traité n'eussent été directement contraires au but qu'on devait se proposer. La France, en voulant éviter une guerre continentale, s'obligea à faire marcher 100,000 hommes en Allemagne, où ses armées furent constamment défaites : d'un autre côté, elle ne porta aucun soin vers sa marine, et battue sur mer comme sur terre , il ne lui resta d'autre parti que de signer une paix honteuse.
Madame de Porapadour voulut s'emparer de l'électorat de Hanovre, avec le concours de l'Autriche, comptant trouver, à la paix, dans ce domaine particulier des rois d'Angleterre, une compensation suffisante des îles enlevées à la France pendant la guerre.
Ce calcul était faux : les Anglais n'auraient jamais subordonné leurs grands intérêts maritimes à la conservation de cet électoral: d'ailleurs il ne s'agissait pas de l'échange d'un espace de territoire dans les deux Indes contre un équivalent en Allemagne; les vaisseaux capturés, les matelots pris, la confiance des escadres détruite, le commerce ruiné, l'influence maritime anéantie ; voilà les suites les plus redoutables qu'une guerre mal conduite devait entraîner ; et ce
(1) Les États héréditaires de la maison d'Autriche et l'empire germanique réunis présentaient alors
n'était pas la possession du Hanovre qui en aurait garanti la France.
Cet état de choses porte donc à croire, que l'alliance de l'Autriche n'eût été préférable que dans le cas où l'on aurait voulu se contenter d'un rôle passif et purement auxiliaire; mais dès qu'on entreprenait une grande guerre en Allemagne, et qu'on voulait y porter 100,000 combattants, il eût mieux valu la faire de concert avec Frédéric.
Le résultat le plus prochain du traité de Versailles devant être d'humilier la Prusse, de lui arracher la Silésie pour les Autrichiens, et de séquestrer momentanément le Hanovre, il n'y avait rien dans cet acte d'avantageux à la France. Le cabinet de Vienne exerçait une influence décisive sur l'empire germanique, et menaçait de le réduire entièrement sous sa domination : il est incontestable que si cet événement fût arrivé sous le règne d'un monarque faible, paresseux, et livré aux vices d'une cour immorale et efféminée, l'Europe entière eût changé de face, et la France aurait été écrasée sous le poids de ce colosse formidable et de tous les efforts de l'Angleterre (1). Le roi de Prusse était le seul prince qui pût disputer à l'Autriche cette influence sur l'Empire et lutter contre elle en faveur de la gothique constitution germanique.
La conduite de Frédéric dans la guerre de la succession, en 1778, et à l'époque des projets d'échange de la Flandre contre la Bavière, prouve suffisamment mon assertion.
Quelle vigueur ne déploya-t-il pas pour déjouer les vues profondes de Joseph, qui menaçait l'indépendance de l'Allemagne î L'Autriche aurait doublé ses forces en les concentrant et couvrant ses frontières du puissant électoral de Bavière, qu'elle eût obtenu en abandonnant la Flandre, possession lointaine, trop coûteuse et toujours enune population d'ennron quarante millions d'habitants, et une force militaire proportionnée.
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value ; acquérant ainsi au moyen d'un seul '•change, l'influence qu'elle n'avait pu obtenir par la force. Frédéric s'éveille, sonne l'alarme dans toute l'Allemagne, prononce son opposition par des manifestes, et provoque une ligue. 11 réusssit, et tandis que l'Europe reste dans l'apathie, il est proclamé de nouveau le sauveur de l'Empire ; et c'était pour anéantir ce prince que la France réunissait ses forces à oelles de Marie- Thérèse !
Les raisons qui déterminèrent le cabinet de Vienne à faire la guerre, se trouvent dans la nature des circonstances ; ayant perdu la Silésie, sa rivalité avec la Prusse . tait inévitable. Il avait à sa tête le prince de Kaunitz ; cet habile ministre eut le talent de persuader à toutes les cours qu'il était de leur intérêt d'effacer la Prusse du tableau des puissances, et de reconnaître la prépondérance du cabinet de Vienne ; et il parvint à former une coalition formidable à laquelle on dut présumer que Frédéric ne résisterait pas.
Le roi de Prusse n'avait d'autre but que celui de se défendre ; il est vrai qu'il prit l'initiative de l'attaque; mais instruit des trames ourdies contre lui, il ne pouvait les déjouer qu'en prévenant ses ennemis, et empêchant la réunion de leurs forces.
Les motifs de la Russie pour combattre le roi, se puisaient dans une politique profonde, dont les vues éloignées paraissaient redouter les barrières que Frédéric allait lui élever en agrandissant la Prusse : un tel voisin devenait importun , même redoutable pour une nation qui comptait se placer un jour au premier rang des puissances de l'Europe.
La Pologne et la Saxe obéirent plutôt à l'impulsion étrangère qu'à leurs véritables intérêts , comme toutes les puissances
(1) Il faut observer qu'à l'époque de la guerre de sept ans , la grande chaussée qui conduit de Dresde à Prague paT Peterswalde et Trcplift n'eii*-
faibles ou mal gouvernées, lorsqu'elles sont voisines des grands Etats qui se font la guerre. L'électeur de Saxe en fut la victime; ce qu'il aurait évité en se rangeant du côté de la Prusse. Mais était-il probable que celle-ci pût résister ? Dans le cas contraire, l'électeur ne devait-il pas tout craindre des vainqueurs, s'il eût combattu pour le roi, ou maintenu seulement sa neutralité?
La Suède fit également la guerre , parce qu'elle avait plus à redouter de la Russie que des Prussiens , et qu'elle espérait des subsides de la France. Le prétexte de ses hostilités fut la garantie du traité de Westphalie, tandis que la coalition suscitée contre Frédéric devait en détruire tous les principes.
Au surplus, cette masse d'intérêts opposés, fut peut-être la seule cause du salut de la monarchie prussienne; car l'étonnant résultat de cette guerre fait soupçonner une arrière-pensée dans ta conduite de plusieurs cabinets. On a vu de tout temps des ministres engagés dans des guerres contre leur système, s'efforcer de pallier, par des instructions aux généraux qui commandaient leurs armées, la faute qu'ils étaient forcés de commettre. Laissons au temps à dévoiler ce mystère, et passons à la narration des faits d'où doivent découler les principes que nous développerons successivement.
Notes sur h théâtre de la guerre.
Le théâtre principal des opérations du roi étant présenté, par aperçu, dans la carte générale annexée à cet ouvrage , je ne crois pas devoir en faire une description particulière (1). On verra par cette carte, comme par la pl. 20, fig. 2, que la Bohême formait une ligne centrale et saillante , coupée par l'Elbe, qui devenait le point de démarcation
tait pas, et que les places de Tkeresienstadt , Jo- «ephstadt et Kcenigsgratx ne furent construites que sous le règne de Josnph 11.
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des bases d'opérations. La Silésie et la Moravie étaient, pour le roi, la ligne d'opérations de gauche ; la Saxe celle de droite, la Lusace au centre. Ce centre n'avait que deux mauvaises communications, par Zittau, Gabel, etc. Il était ainsi difficile que le roi y marchât avec autant d'avantage que par la gauche sur la Moravie, d'où il pouvait frapper des coups décisifs au cœur des États de ses ennemis. La ligne d'opérations de droite ne menait les Prussiens que sur Prague ; et ne devait être qu'accessoire, parce qu'elle présentait des difficultés presque insurmontables ; qu'elle n'offrait pas, comme la ligne de gauche , une base couverte par de bonnes places , et que les succès sur ce point n'avaient aucun résultat décisif.
Le théâtre des opérations offensives des Autrichiens était naturellement inverse ; leur droite, opposée à la gauche du roi, avait toujours pour obstacles les places de Silésie; des succès sur cette ligne ne les menaient à rien. Ils avaient tous les avantages à porter leurs efforts par leur gauche en Saxe, sur la rive droite de l'Elbe, parce qu'ils attaquaient la partie faible des frontières du roi.
La Bohême offrait aux Autrichiens la ligne défensive la plus avantageuse. Sa configuration saillante au centre de tout le théâtre des opérations, donnait les moyens de rassembler les masses concentriquementsur l'Elbe, et de les porter de même offensivement sur Dresde, ou sur la Silésie avec la même facilité. La chaîne de montagnes qui «épare ce pays de tous ceux qui l'avoisinent, était en majeure partie au pouvoir des Autrichiens, et leur donnait de grands avantages offensifs et défensifs ; il n'y avait qu'une opération en masse sur la Moravie qui pût tourner toutes ces positions, les rendre inutiles, et forcer l'armée autrichienne à venir combattre sur un terrain moins favorable.
Je ne donnerai pas, comme Lloyd , une longue description du théâtre de la guerre;
lorsqu'on veut faire de grands mouvements stratégiques, on trouve des chemins partout. Je ne le suivrai pas dans l'énumération des camps qui n'ont point été occupés : nn bon camp décide rarement des opérations de la guerre.
La carte générale annexée à cet ouvrage suffira pour donner une idée des lignes de montagnes et de fleuves. J'aurais désiré l'enrichir de toutes celles qui sont nécessaires à l'intelligence des mouvements, mais cette entreprise eût été trop coûteuse; ceux qui voudront les suivre en détail, pourront consulter les cartes de Julien, Muller, Pétri, et surtout celles de Backenberg, où les marches sont indiquées.
Je ne dirai rien non plus de l'importance des forteresses ; tout le monde sait que la Silésie en avait huit assez médiocres , qui eurent une trop grande influence sur les opérations ; mais propres cependant à couvrir des magasins et des dépôts. A cette époque , des armées de 100,000 hommes n'osèrent prendre l'offensive, de peur d'être coupées par la garnison de SchweidniU, forte de 6,000 hommes.
Neiss et Glatx étaient les places les plus avantageuses pour les opérations offensives du roi. Schweidnitx couvrait faiblement l'issue des défilés qui conduisent de Bohême en Silésie par Friedland. Glatz au contraire avait le même avantage pour les débouchés de Kœnij;sgrati sur Neiss. Custriu et Glogau couvraient l'Oder du côté de la Pologne, et donnaient, ainsi que Breslau, Brigg etCosel, l'avantage d'être maître des ponts et des deux rives de ce fleuve. Stettin et Colberg étaient des points importants relativement à des débarquements russes.
Du côté de la Saxe, les Prussiens tenaient Dresde, le reste du pays était ouvert.
Les Autrichiens ne possédaient sur toutes leurs frontières que Prague et Olmutz : Egra n'eut aucune importance, et Brunn était à peine à l'abri d'un coup de main.