‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 73 sur 196 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

sans ennemis devant Custrin , il détacha, le H , le lieutenant général Schorlemmer, arec 4 bataillons et 16 escadrons, pour les observer. Ces troupes arrivèrent dans la place le même soir ; l'infanterie la traversa, et campa entre la ville et le petit faubourg. Le corps du général Manteufel reçut ordre de rejoindre l'armée à Francfort.

Fermor arriva sur ces entrefaites , à Camin : bien qu'il n'eût aucun attirail de siège, il résolut d'entreprendre celui de cette place, malgré la situation et les secours qu'elle pouvait recevoir de l'armée de Dohna. Le quartier-maître général Stoffel reçut ordre de marcher contre Custrin avec 20 compagnies de grenadiers, les Cosaques de Tschojujew, un régiment de hussards, 4 licornes (1), 2 obusiers et 10 pièces de canon. Le bombardement commença aussitôt, et fut poussé avec tant de vivacité , que le lendemain , à neuf heures, la ville fut réduite en cendres , à l'exception du collège , et de l'église.

Pendant ce temps l'armée russe, forte de 40 bataillons, 28 escadrons de grosse cavalerie, plusieurs régiments de hussards et un grand nombre de Cosaques, s'établit militairement. Dohna quitta Francfort et vint prendre poste, le 16 au malin, près de Reitwen où il fut joint par le général Manteufel.

Le commandant de Custrin , se défendit avec vigueur. Fermor paraissait vouloir passer l'Oder aux environs de Schaumbourg ; mais le comte de Dohna s'en étant aperçu, détacha Manteufel avec 4 bataillons et une batterie de gros calibre, pour se porter derrière la digue de l'Oder, et s'opposer au passage. L'ennemi continuant ses démonstrations, l'armée se rapprocha de la place, et campa, le 17, entre Manchenow et Gurgast : on jeta un pont de bateaux pour

(1) Lu licorne est une espèce d'obusicr dont les Russes faisaient grand usage ; elle lance également I» boulets, ln mitraille et les obus horiiontaleinent.

ouvrir les communications avec la forteresse, et on renforça la garnison de 3 bataillons qui se relevaient tous les jours.

Le 20, Je commandant de Custrin fit brûler le petit faubourg, qui protégeait les travaux de l'assiégeant.

Le 21, le roi arriva enfin à l'armée, et le 22, à cinq heures du matin, il fut suivi par le prince Maurice, avec le corps qui, parti le 11 de Landshut en Silésie, avait fait des marches forcées par Lignitz , Wartenberg, Krossen, Ziebigen et Francfort.

Le roi porta Manteufel avec l'avant-garde plus près de l'Oder, vis-à-vis de Schaurabourg, afin de faire croire à l'ennemi qu'étant trop faible pour lui livrer bataille et agir offensivement, on se bornerait à lui en disputer les rives ; tandis que d'un autre côté il détacha le général Kanitz, avec -4 bataillons et 200 hussards à Wrilzen , pour prendre les embarcations qu'on y avait | rassemblées.

Après avoir reconnu, depuis Custrin, la position de l'ennemi, et parcouru les rives de l'Oder, Frédéric, pour mieux assurer le secret de son entreprise et tromper les espions, annonça un séjour, mais prescrivit à ses lieutenants généraux les dispositions de passage. L'armée se mit en marche à 1 0 heures du soir, par lignes, et arriva le 23 à la pointe du jour, vis-à-vis de Gustebise.

Kanitz s'y était rendu avec les bateaux destinés à la construction du pont, qui fut commencée à neuf heures ; en attendant , l'infanterie de l'avant-garde avait été passée sur de grandes barques ; le roi s'embarqua le premier avec les grenadiers de Wedel, les plaça lui-même sur les hauteurs, et ordonna de faire arriver de suite un escadron des hussards de Ziethen ; il poussa une reconnaissance avec ce détachement, sans rencontrer un Cosaque. Cependant l'infanterie avait presqu'enti crement effectué son passage lorsque le pont fut terminé. La cavalerie et l'artillerie défilèrent après midi.

L'armée continua sa marche et campa le

soir, la droite à Zellin, la gauche à KIossow ; elle était répartie dans Tordre de bataille ci-contre. Tous les bagages restèrent sur la rive gauche de l'Oder, et le bataillon Hordt à la garde du pont.

Le général Fermor sachant enfin que le roi avait passé l'Oder et coupé ses communications avec Romanzow, posté à Schwedt avec une forte division de cavalerie, ordonna à Brown, dont le corps d'observation arrivait à l'instant même à Landsberg , de venir le joindre en toute hâte ; il leva le siège et détacha les bagages et le train d'artillerie à petit Kamin, sous l'escorte de 4,000 grenadiers, qui formèrent une barricade de chariots. {Voijes pl. 17.) L'armée russe prit, le 24 , position dans la plaine, ayant à dos le grand vallon de Quartschen et Zorndorf, la droite à la Mutzel et la gauche à la forêt de Drewitz. Le général Brown arriva après-midi et s'établit en potence sur le flanc , faisant face à Quartschen ; son corps consistait en ÎS légions, 8 régiments d'infanterie et 16 escadrons.

L'armée du roi, fatiguée de la grande marche et des opérations du jour précédent, se reposa la matinée, et suivit à deux heures, sur deux colonnes, l'avant-garde qui était partie à une heure : la première colonne longea le bois de Furstenfeld, qu'elle con- .serva toujours à sa droite, la deuxième marcha par Neudara, et campa, couverte par la Mutzel. Le roi passa la nuit au moulin ; l'avant-garde ayant rétabli le pont, bivouaqua en demi-cercle, en avant de la rivière, ayant ses flancs appuyés sur ses bords. Les grenadiers de "Wedel et le régiment de Forcade occupèrent Darmutzel , dont le pont fut coupé ; pendant cette marche, les patrouilles tiraillèrent avec les Co- Baques.

Jusque-là Fermor s'attendait à être attaqué du côté de Rutzdorf ; mais lorsqu'il vit le roi déjà prolongé au delà de son flanc droit, il fît faire demi-tour à droite pour prendre une nouvelle position, tandis que

le général Brown se rapprochait de "W'ilkersdorf. Pendant la nuit, il en changea de nouveau, mit les meilleurs régiments de la première ligne dans la seconde qui faisait face à l'ennemi, et plaça l'armée sur les hauteurs de Quartschen, formant une es»

pèce de quadrilatère avec des angles rentrants et saillants, où la cavalerie et les petits bagages furent renfermés ; les Cosaques seuls étaient en dehors. Les Russes conservaient cet ordre de bataille, auquel ils étaient accoutumés contre la cavalerie des Turcs, dans les plaines de la Moldavie, en a attribué la raison à ce que leur général ignorait de quel côté le roi l'attaquerait, : à son attachement pour un système auquel on avait dû plusieurs victoires.

Le 25, à trois heures et demie du matin, l'armée prussienne se mit en marche ; l'infanterie passa la Mutzel sur le pont du moulin, et la cavalerie sur celui de Kersten. Les bagages et les chevaux de pelotons furent renvoyés vers Neudara sous escorte. Alors l'armée continua son mouvement par lignes et par la gauche, sur trois colonnes, les deux premières composées de deux lignes d'infanterie, et la troisième de la cavalerie; elle se dirigèrent par la forêt sur Batzlow, où elles firent changement de direction à droite ; lorsqu'elles furent sorties du bois, les 8 bataillons de l'avant -gdtde, formèrent, avec les hussards de Zielhen et de Malachousky, une quatrième colonne à droite de la première. La marche fut ainsi continuée sur Zorndorf, au milieu des Cosaques, qui venaient jusque dans les rangs tirer des coups de pistolets, auxquels le roi avait défendu expressément de riposter; dans leur retraite sur l'armée, ils brûlèrent Zorndorf, sans espoir d'en tirer aucun avantage.

Le premier projet de Frédéric lorsque l'armée russe eut fait demi-tour à droite, était d'attaquer son flanc gauche, de la rejeter sur les marais de Quartschen, et de lui couper sa retraite sur Landsberg. Ce projet avait l'avantage d'assurer celle du roi sur

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