‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 75 sur 196 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

pal (I). Au reste, il faut convenir que la victoire fut principalement due aux charges multipliées de la cavalerie prussienne et au coup d'œil du général Seidlitz, qui réparèrent les fautes commises et l'inexécution du plan du roi.

Comme nous l'avons déjà observe, Fernior suivit un système reçu dans l'armée russe, en formant un carré. Cet ordre est dangereux avec des troupes déployées , parce que celles des flancs sont peu mobiles , inutiles , et naturellement enfilées par l'artillerie; que les angles sont sans défense ; enfin que les troupes de la dernière face sont trop éloignées pour soutenir celles de la ligne attaquée. Néanmoins la bravoure de l'infanterie russe aurait bien remédié à ces défauts, si elle ne s'était imprudemment abandonnée à la poursuite des Prussiens. La même faute fit perdre les batailles de Prague et de Kesselsdorf ; d'où je conclus qu'un moyen d'attirer f ennemi hors d'une position avantageuse, serait de le faire attaquer par quelques bataillons, qui se retireraient en désordre derrière une troupe disposée pour les soutenir.

La position que l'armée russe avait prise, reposait sur l'hypothèse d'une attaque de front, et sous ce rapport on conviendra qu'elle était très-forte; mais comme elle pouvait être tournée sur les deux flancs et prise à revers, et que le terrain était sur ces points très-avantageux à la cavalerie , elle n'en devenait que plus dangereuse. Il est certain que Femior ne comptait point d'être attaqué sur ses derrières ; car il n'eût pas détaché 4,000 grenadiers, ses gros bagages et le train des vivres à Kamin, puisqu'il en fut coupé par la marche des Prussiens. Ce fut un très-grand bonheur pour les Russes que le roi ignorât ce détachement, attendu qu'au lieu d'attaquer l'ennemi le même jour , il se serait porté sur Kamin , et eût

( 1 > Celle pensée justifie le» maximes que j'ai donnée» dans le ehap. VII, à la suite de la bataille de

enlevé l'escorte et la barricade; ce qui aurait valu une victoire en mettant le général russe dans un grand embarras pour rejoindre ses magasins en Pologne. Enfin Tempelhof pense que pour l'intérêt des coalisés, il convenait au général Fermor d'éviter une bataille, pendant que Daun opérait en Saxe, puisqu'en la livrant , il mettait le roi à même d'exécuter son plan, et de retourner sur les Autrichiens avant qu'ils eussent obtenu de grands succès.

Dans la nuit du 20 au 27 , les Russes se rapprochèrent de leur barricade de Kamin.

Afin de cacher ce mouvement, les Cosaques attaquèrent les gardes avancées de cavalerie, à deux heures du matin, avec leurs cris accoutumés ; l'armée prussienne prit les armes , le roi monta à cheval pour reconnaitre le camp russe, et trouva effectivement l'armée en marche sur plusieurs colonnes; il ordonna à la cavalerie de se mettre aussitôt en devoir de l'observer, et la fit suivre du reste de l'armée. Les Russes élevèrent d'abord une batterie sur les hauteurs de Wilkersdorf , et canonnèrent la cavalerie ; mais un brouillard épais qui survint protégea leur retraite sur Kamin.

Le 31 , les Russes se remirent en route, et campèrent à Landsberg ; le roi prit position à Blumenberg, d'où il détacha le général Manteufcl avec 10 bataillons et 20 escadrons à la suite de l'ennemi. Le 2 septemcre, ayant appris que le maréchal Daun venait d'envahir la Saxe, et faisait mine de se diriger sur Dresde, il partit dans l'aprèsmidi pour cet électorat, avec 18 bataillons et 38 escadrons.

Il fut précédé en Lusace par 10 escadrons de hussards et 6 bataillons, destinés à arrêter les incursions du corps de Laudon sur les frontières de la Marche. Le reste de l'armée, composé de 21 bataillons et 35 escadrons , resta sous le commandement de

Jegcrndorf, sur les avantages de reruser l'aile affaiblie.

TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES

Dohnn , pour observer celle de Fermor.

Avant de suivre les mouvements du roi et de reprendre le récit de ce qui s'était passé sur les différentes lignes d'opérations , je crois devoir faire quelques observations sur la bataille de Zorndorf.

Observations.

Cette action mémorable, est, sans contredit, aussi intéressante pour l'art, que pour l'histoire. Frédéric, par la position de ses Etats, son habileté, la combinaison intérieure de ses lignes et les mauvais plans de ses ennemis, leur présenta successivement une masse de forces imposantes. Forcé de laisser quelques succès aux Autrichiens , afin de se débarrasser des Russes, de chercher à les rejeter en Pologne, et de les paralyser pour le reste de la campagne, il marche contre ces derniers avec la rapidité de l'éclair, et passe l'Oder avant même qu'ils soient instruits de son arrivée. Ses dispositions pour la bataille reposent sur des principes également grands. L'idée de prendre une position qui lui conservait une communication avec Custrin, et qui tournait en même temps l'armée ennemie, en la séparant de sa principale ligne d'opérations, est une de ses plus belles combinaisons ; elle menaçait les Russes d'une ruine complète s'il remportait une victoire décisive, et ne l'exposait lui-même à aucun danger ; mais il semble que les dispositions secondaires n'ont pas tout à fait répondu à ce grand but.

En examinant le carré des Russes, on conviendra qu'il était plus avantageux de l'attaquer par l'angle aigu vis-à-vis de Zicher. Cette extrémité était, à mon avis, le point où les troupes pouvaient être le moins promptement soutenues ; mais les deux longs côtés du carré se seraient trouvés pris dans leur prolongement, comme la ligne des Autrichiens l'avait été à Lcuthen. Le roi aurait donc atteint le but qu'il se proposait, et même avec plus d'espoir de succès, s'il eût

attaqué par sa droite renforcée de l'avantgarde et de toute la cavalerie, tenu la gauche en arrière de Zorndorf, et dirigé ses efforts sur l'extrémité mentionnée. Sa meilleure infanterie était sur cette aile, où il plaça les braves régiments qui avaient combattu à Prague, à Rosbach, à Leuthen. Au milieu de l'action le roi fut forcé d'en revenir à une attaque par la droite ; les seuls régiments qui s'y trouvaient, culbutèrent la ligne ennemie et l'extrémité du carré dont nous venons de parler ; on peut juger ce qu'ils auraient fait si l'avant-garde et la cavalerie eussent été là, et si l'aile gauche, au lieu d'être rompue, eût été à même de soutenir successivement l'attaque. L'armée russe eût été fortement compromise si l'action avait commencé par oû elle finit. Ces deux lignes prises dans leur prolongement, attaquées en flanc et à revers, battues successivement , et hors d'état de se rallier, auraient eu bien de la peine à se faire jour.

Le roi, dans cette position, ne risquait pas davantage de perdre ses communications avec Custrin ; la gauche appuyant obliquement à Zorndorf, aurait reçu la droite repoussée , et pris la route de cette place aussi facilement que si l'ennemi eut débordé la gauche dans remplacement qui lui fut assigné par son premier mouvement.

On voit par là qu'il ne suffit pas toujours de suivre un système reconnu pour bon, mais qu'il faut encore le coup d'œil, le tact, le i jugement rapide, pour l'appliquer au point convenable. Si Frédéric eut le bonheur de pouvoir sans inconvénient changer ses dispositions au fort de Faction, il en fut rede- , vable à sa cavalerie et au général SeidliU ; d'ailleurs , quelle différence n'y eut-il pas dans les résultats de la victoire ?

Ces observations n'àtent rien au mérite d'une attaque oblique sur la gauche renforcée ; si l'on avait suivi exactement les ordres du roi, il est très-vraisemblable qu'elle eût réussi ; mais elle était dans tous les cas moins avantageuse que l'autre.

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