‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 8 sur 196 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

SI

pées par quatre bataillons. Le surplus de ses troupes traversa Welraina, et bivouaqua en avant de ce village.

Le 1 er octobre, le roi manda tous les lieutenante généraux, avant le jour, afin de reconnaître l'ennemi avec eux ; mais à peine fut-il monté à cheval, qu'on vint lui annoncer le déploiement d'un corps de cavalerie dans la plaine. Il ordonna aussitôt au duc de Bévem de conduire la gauche de l'armée sur la montagne de Lobosch, et au duc de Rrunswick de se porter avec la droite sur les hauteurs de Radostii.

Dès que la gauche fut placée, Frédéric enjoignit au duc de Bévern de ne point quitter son poste : il se proposait de faire une conversion avec toute la ligne , sur le pivot de cette aile, et de s'emparer des villages en avant de son front , ainsi que du mont Homolka. S'apercevant que le terrain destiné à la première ligne était trop étendu , il y fit entrer la seconde ; de manière que l'infanterie fat sur une seule ligne , et la cavalerie sur trois autres.

Les dispositions du roi étaient parfaitement adaptées aux localités ; l'ennemi ayant négligé d'occuper les hauteurs dont nous avons parlé, et qui dominent tous les environs, on devait en conclure que son intention était de se retirer ou de passer l'Elbe à la faveur de la nuit ; le brouillard épais qui couvrit l'horizon toute la matinée , lui aurait facilité l'une ou l'autre de ces opérations.

Frédéric, qui savait ce que l'ennemi aurait pu tenter sur la rive droite de l'Elbe crut que la cavalerie qui s'était déployée, et les Croates postés dans les vignes , n'étaient qu'une arrière-garde, et le placement des troupes le fortifia dans cette opinion : car, au moment où la gauche se formait sur les hauteurs, elle fut harcelée par le tiraillement de ces Croates ; la cavalerie, battue par l'artillerie prussienne, paraissait incertaine dans ses mouvements : jusqu'à midi rien ne devait faire soupçonner la présence de l'armée autrichienne. Pouvait-on prévoir

que le maréchal Brown , avec une certaine réputation, exposerait sans objet sa cavalerie aussi longtemps à un feu meurtrier, séparée de sa ligne par un ruisseau marécageux ? Son camp offre beaucoup de rapprochements avec celui de Villeroi à Ramilies.

L'occupation des hauteurs par les Prussiens empêchant le maréchal de délivrer les Saxons, et fermant le chemin qui conduisait à leur camp, le but de Frédéric se trouvait rempli. Si Brown avait voulu gagner par des manœuvres ce qu'il ne pouvait obtenir par la force, l'armée prussienne eût occupé plutôt que lui les montagnes qu'il devait traverser.

Ces circonstances justifient la résolution que prit le roi de pousser, par une conversion à gauche, l'arrière-garde des Autrichiens sur l'Elbe, et de la ruiner totalement. La cavalerie prussienne reçut ordre de traverser les intervalles de la droite de l'infanterie, et de charger leurs escadrons dans la plaine, à droite de Lowositz. Elle les culbuta, les ramena sous le feu de l'artillerie et de l'infanterie placée dans les villages et les chemins creux, mais fut enfin forcée de se retirer sur la droite. Loin de se décourager, elle se reforma, attaqua une seconde fois avec plus d'impétuosité, mit en déroute l'ennemi, et le poursuivit jusqu'à son infanterie, malgré les tentatives des hussards autrichiens sur les flancs , qui furent repoussés par les dragons de Bareith; elle ne céda qu'au feu d'artillerie et de mousqueterie des nouveaux renforts envoyés par l'ennemi.

Cette résistance opiniâtre aurait bien fait présumer au roi que toute l'armée était là , si dans ce moment le brouillard ne se fût dissipé.

Le maréchal Brown sentant aussitôt la faute qu'il avait commise, et enhardi par ses succès sur la cavalerie prussienne, résolut de la réparer. Il fit attaquer à cet effet la montagne de Lobosch par 1 1 bataillons de sa droite et par les Croates, tandis que l'in-

TRAITÉ DES GRANDES OPKRATIONS MILITAIRES

fanterie de la gauche déboucherait de Sulowitz pour les seconder, en emportant le mont Homalka. Cette tentative n'eut aucun succès; la colonne qui devait déboucher par la digue de Sulowitz, sous le feu de la grande batterie prussienne, ne put parvenir à franchir ce défilé. La droite se porta sur le Lobosch, qu'elle attaqua vivement. Les troupes du roi résistèrent d'abord avec vigueur. Quelques bataillons ayant épuisé leurs cartouches , prirent aussitôt l'offensive, se précipitèrent sur l'ennemi, la baïonnette au bout du fusil, et entrèrent pèlemèle avec lui dans Lowositz. Alors tout ce qui était sur la montagne descendit rapidement sur ce village; les régiments placés plus loin à droite, suivirent le mouvement.

Cette ardeur entraîna un peu de confusion ; plusieurs bataillons se mêlèrent, ce qui a fait croire à plusieurs écrivains, que l'infanterie prussienne marcha sur trois lignes, tandis qu'elle n'en formait qu'une.

Lowositz enlevé, le maréchal prit une nouvelle position un peu plus reculée ; la gauche et le centre toujours derrière les ruisseaux marécageux formaient un angle avec la droite , faisant face à l'Elbe et à la plaine en arrière de Lowositz. Par cette disposition, le roi ne pouvait traverser le village pour se former dans la plaine, sans se mettre sous le feu d'une nombreuse artillerie, et l'Elbe à dos ; situation d'autant plus dangereuse, qu'il aurait présenté le flanc pendant sa marche. Les Prussiens se contentèrent donc de l'avantage qu'ils venaient de remporter, et restèrent derrière Lowositz.

Tant que les Autrichiens gardaient leur position, l'action n'était pas décisive ; et Brown, qui avait perdu moins de monde que les Prussiens, pouvait toujours délivrer les Saxons : le roi ne l'aurait pas attaqué sans rencontrer les mêmes obstacles qui arrêtaient son adversaire ; mais ses talents supérieurs le tirèrent de cette situation. 11 porta le duc de Bévem avec un corps nombreux à Tschikowitz, pour mena-

cer de tourner le flanc gauche des ennemis, et de les renfermer entre l'Elbe et VEger.

Brown, craignant les résultats de cette manœuvre, se hâta de repasser l'Eger et alla reprendre sans perte son ancien camp de Budyn.

Ainsi se termina l'affaire de Lowositz, qui commença à sept heures et finit à trois.

Les deux parti* s'attribuèrent la victoire ; mais il faut convenir que les Prussiens v avaient plus de droit que les Autrichiens , si Ton en juge d'après les suites de l'action , qui seules doivent en décider. La perte des Autrichiens montait à 3,000 hommes :

celle des Prussiens fut de 3,300 tués , blessés ou prisonniers.

Le maréchal Brown avant échoué dans le projet de secourir ses alliés par la rive gauche de l'Elbe , résolut de faire la même tentative sur la rive droite. U fut convenu que les Saxons passeraient l'Elbe près de Kœnigstein , dans la nuit du 1 1 octobre , et attaqueraient les Prussiens le 12 au matin, pendant que le maréchal en ferait autant à Ratraansdorf et Borsdorf. Brown , à la tète d'environ 8,000 hommes, passa l'Elbe près de Raudnitz , marcha par Neustadtel , Rombourg et Hanspach , et arriva à Ltchtenhayn , où il campa en attendant que les Prussiens et les Saxons fussent engagés.

Le temps avait été si pluvieux, que les Saxons ne purent passer l'Elbe que le 18 , à quatre heures du matin, avec beaucoup de difficulté. Ce retard donna aux Prussiens le loisir de renforcer tous leurs postes ; de sorte que les Saxons y trouvèrent des forces plus nombreuses qu'ils ne pensaient. Le terrain sur la droite de l'Elbe, aux environs de Pirna et de Kœnigstein, est coupé de montagnes couvertes de bois épais et de ravins profonds, où il y a très-peu de chemins praticables; les Prussiens les avaient occupées et fortifiées avec le plus grand soin par des ouvrages, des coupures et des abatis. On distingue parmi ces montagnes le Lilienstein, qui est très-escarpé et si près de

CHAPITllE 1.

IT.Ibe, qu'il n'y a d'espace entre sa base et | le* bords du fleuve , que celui d'un chemin très-étroit. Les Saxons effectuèrent leur passuge vis-à-vis de cette montagne , et tentèrent de se former, mais ils ne purent y réus- »îr, et restèrent en désordre sur un plateau près du village d'Ebenheit.

Sur cea entrefaites, les Prussiens atteignirent l'arrière-garde ennemie dans le camp de Pirna; le pont de l'Elbe ayant été rompu trop tôt, le plus grand nombre tomba entre leurs mains avec beaucoup de bagages. Privée de toutes ressources, mourant de faim et de froid, l'armée, après avoir été sous les armes pendant 36 heures, sans espoir d'ailleurs d'être secourue, capitula.

Brown, de son côté, aynnt été deux jours rntiers sans nouvelles dos Saxons, crut néressaire de pourvoir & sa propre sûreté, et se retira sans perdre plus de 200 hommes, ce qui doit paraître fort heureux quand on considère que les Prussiens campés à Lowo- »itx auraient pu le couper en passant l'Elbe derrière lui, près de celte ville ou de Leutnaeritx. ■ ♦ - ^

Pendant que ceci se passait, Frédéric rejoignit, le 14 au matin, son armée de Saxe ; et le 18, après plusieurs négociations, il conclut avec le roi de Pologne un traité par lequel l'armée saxonne s'engagea âne point servir contre le roi de Prusse, laissant celuici maitre de la Saxe , et le roi de Pologne libre de se retirer dans son royaume.

Frédéric ayant ainsi rempli son but, donna ordre à ses armées de quitter la Bohème. Celle du maréchal Schwérin rétrograda sur la Silésie, et cantonna sur les frontières de la Bohême, depuis Zukraantel jusqu'à Greiffenberg ; celle du roi, dans la Saxe, formant un cordon depuis Egra jusqu'à Pirna, et de là, en traversant la Lusace, jusqu'à laQueiss.

L'électeur Auguste promettant de ne pas réuair *on armée, aurait certainement tenu parole si k roi avait envahi la Moravie et menacé la capitale

Obset ration* $ur la campagne de 1780.

Lloyd et Tempelhof ont différé d'opinion sur les combinaisons de cette campagne. Le premier a reproché au roi, avec quelque raison, de n'avoir point su profiter de l'avantage du rassemblement de ses forces, pour entrer en action à la fin de 1755, ou au commencement de 1756, attendu qu'il connaissait déjà à cette époque la coalition méditée contre lui. Par une bizarrerie singulière , il l'approuve en même temps d'avoir envahi la Saxe, tandis qu'il aurait eu bien plus d'avantage à pénétrer en Moravie, et à marcher vivement par Olmutx sur Vienne. On eût par là détaché les Saxons d'une alliance opposée à leurs intérêts, et porté des coups sensibles à la maison d'Autriche, au cœur même de ses États, dans un moment où ses armées n'étaient point rassemblées. L'invasion de la Saxe au contraire devait aliéner cette nation pour jamais, et en la faisant on renonçait à des opérations décisives , pour s'amuser à bloquer des troupes que l'on aurait pu considérer comme neutres.

Quant à l'exécution de cette entreprise, Lloyd prétend qu'elle fut bien conduite sous les rapports politiques et militaires. Le roi connaissait trop bien les dispositions de la cour de Saxe à son égard, pour se fier à aucune de ses offres. 11 n'était pas prudent de laisser une armée de 14,000 hommes derrière lui ; car, malgré sa promesse, le roi de Pologne pouvait la rassembler, l'augmenter même à son gré, et se trouver bientôt en état de faire repentir Frédéric de sa confiance (1).

La Saxe considérée sous un rapport militaire, lui parait d'une telle importance, qu'il serait impossible, sans en être le maitre, d'attaquer l'Autriche de ce côté, avec la

de l'Autriche. On eut donc tous les torts de oc pas porter, dès le principe, des coups décisifs aux Autrichiens.

TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MIL1Î AIRES

moindre apparence de succès. La richesse et la population de cet électorat permettent d'y entretenir 40,000 hommes. On peut former sur l'Elbe des magasins considérables de subsistances pour une armée qui occuperait la Bohême.

Lorsqu'on est maitre de la Saxe et de la Silésie, on environne la Bohême; ce qui oblige les Autrichiens à diviser leur armée en plusieurs corps, et les empêche, par ce moyen, de s'opposer eu forces à l'invasion de ce royaume ; les guerres dont ce pays a été plusieurs fois le théâtre, justifient cette assertion (1). Si au contraire on n'est pas maitre de la Saxe, on ne peut entrer en Bohême que par la Silésie, ce qui donne à l'ennemi la faculté de rassembler ses troupes (2) ; et si elles sont forcées à se retirer, elle peuvent prendre position sous la protection d'Olmuti et de Prague, pour couvrir l'Autriche, ce qui obligerait le roi de Prusse de laisser une armée sur le bas Elbe, pour couvrir son propre pays, de crainte que l'électeur de Saxe ne se joignît de force ou de gré à Marie-Thérèse.

Lloyd, après avoir pensé que Frédéric était trop sage pour laisser derrière lui 14,000 Saxons encore neutres, prétend qu'il aurait dû les laisser dans leur camp de Pirna, et marcher en Bohême, lorsque l'invasion de leur pays en eût fait des ennemis jurés. Il serait difficile d'arranger deux raisonnements aussi contradictoires ; je vais au reste continuer l'analyse de ses observations.

(1) Cette opinion de Lloyd est bien peu conforme aux principes qui paraissent faire la base de tous ses raisonnements. Il a blâmé le roi d'être entré en Bohême sur deux lignes d'opérations , dans la campagne de 1757; et il prétond ici que la position de ce royaume, en donnant la facilité de l'envahir de cette manière, est avnntagcusc pour une telle entreprise. Sans doute , on est force de faire éclairer les frontières d'un pays; mais je ne rois pas la nécessité de les garder partout. Ce système a toujours été celui des Autrichiens, qui s'en sont mtil trouvés. Nous verrons, au reste, au chapitre XIV, ootnbien les lignes d'opérations centrales sont avan-

Suivant cet auteur, le roi devait savoir que l'armée autrichienne n'était pas encore rassemblée ; qu'elle manquait d'artillerie et de munitions ; enfin qu'elle se trouvait trop éloignée pour s'opposer à l'entrée des Prussiens , ou pour arrêter leurs progrès. Si Brown avait donc été repoussé, il se serait rejeté sur le Danube, autant pour couvrir la capitale, que pour assurer ses communications avec les troupes qu'il attendait de Flandre, d'Italie et de Hongrie.

Le roi trouvant ainsi la Bohême abandonnée , il eût été facile, pendant l'hiver, de réduire Prague et Olmutz, dépourvues d'aprovisionneraents. Le général anglais à qui les entreprises les plus gigantesques ne paraissent que des jeux d'enfants lorsqu'elles peuvent donner du poids à ses jugements, affirme que la prise de ces deux places aurait mis les Prussiens en état de commencer la campagne suivante, au moins en Moravie, peut-être même sur le Danube; de faire le siège ou le blocus de Vienne, d'où ils auraient pu, sans danger, envoyer un corps considérable sur les frontières de la Hongrie, et enfin faire avancer dans l'Empire, entre les sources du Mein et le Danube, l'armée destinée à couvrir la Saxe. Le premier de ces corps eût coupé tous les secours que l'impératrice pouvait tirer de la Hongrie ; et le second eût empêché les princes ennemis du roi de s'unir contre lui, encouragé ceux de son parti, contenu les Français en Alsace, et sur le Mein, recruté ses ar-

tageuses, et la Bohême en formait une semblable contre la Saxe et la Silésie.

(2) Ce raisonnement n'est pas juste , rien ne peut empêcher une armée chargée de défendre la Bohême de rester dans tous les cas réunie; forma ut ligne intérieure contre deux autres extérieures; elle serait toujours informée si les forces ennemies sont en Saxe ou en Silésie, pour faire face sur l'une ou l'autre direction ; et si ces forces étaient divisées sur deux lignes, l'armée pourrait faire masse sur l'une des deux divisions et les accabler successivement. (J'oy. chapitre XIV, sur les lignes d'opérations.)

CHAPITKK ï.

mecs, et levé le» contributions nécessaires pour les entretenir.

Par ces deux opérations , le roi aurait coupé aux Autrichiens la communication avec la Flandre et la Hongrie, et même avec leTyrol, si l'armée que l'on supposait dans l'Empire eût détaché un gros corps de troupes pour occuper la ville et le château de Passau au confluent de Plnn et du Danube.

Ce poste, l'un des plus importants sur ce fleuve, intercepte toute communication entre V ienne et l'Empire, et tient en respect la haute Autriche ainsi que le Tyroi. Le peu de ressources qui serait resté à l'impératrice aurait été bientôt épuisé.

Le roi de Prusse, maître de toutes les places sur l'Elbe, en laissant un petit corps pour observer le camp de Pirna, eût mis les Saxons dans l'impossibilité de rien entreprendre contre lui, car lors même qu'ils fussent parvenus à quitter leur camp, enfermés entre l'armée du roi et le corps resté en Saxe, il leur eût été difficile de se porter vers la Bohême pour se joindre aux Autrichiens.

Entraîné par son imagination, l'auteur anglais croit que Frédéric pouvait exécuter ces grandes choses avec 100,000 hommes, dont 20,000 eussent été plus qne suffisants pour bloquer les Saxons dans leur camp de Pirna, puisqu'il n'y en avait pas un plus grand nombre sous les ordres du prince Maurice lorsqu'ils furent obligés de capituler. Les 80,000 hommes restants eussent facilement repoussé les Autrichiens sur le Danube.

L'armée aux ordres du maréchal de Schwérin étant fort supérieure à celle du prince Piccolomini, Lloyd pense qu'il aurait du l'attaquer ; s'il jugeait le camp de Kœnigsgrati trop redoutable, il pouvait l'y laisser et marcher sur la droite de l'Elbe vers Brantlcis, ou Prague ; cette manœuvre aurait in failliblement forcé le maréchal Brown à quitter sa position sur l'Eger, et à rétrograder pour couvrir cette place. Schwérin n'avait rien à craindre de ce mouvement,

parce que Piccolomini était trop faible pour exécuter aucune entreprise importante en Silésie ; et, quant aux subsistances, le maréchal n'en eût pas manqué, dans ce pays fertile.

Si ce que nous venons de supposer avait eu lieu, les Autrichiens auraient été forcés d'abandonner les cercles de Saatz, Leutmeriti, Buntzlau, et Kœnigsgratz, afin de rassembler leurs forces aux environs de Prague, et de conserver la communication avec le Danube. Le mauvais état de leur armée peut faire présumer qu'elle eût été repoussée jusqu'en Moravie; de sorte que le roi, snns en venir à une action, se serait rendu maître de la plus grande partie de la Bohême, où il eût pris ses quartiers d'hiver : enfin, les Saxons voyant leurs alliés repoussés, n'auraient fait aucune résistance dans le camp de Pirna.

Lloyd examinant ensuite les fautes des Autrichiens, affirme qu'elles eussent décidé du sort des États de l'impératrice, si le roi de Prusse avait pris les mesures que nous venons d'indiquer.

On savait dès le mois de juin, qu'il voulait attaquer l'Autriche. Ses mouvements de troupes dans le duché de Magdebourg et les pays voisins, donnaient lieu de présumer qu'une partie de ses forces marcherait par la Saxe , ce qui aurait dû déterminer les Autrichiens à y envoyer une armée pour soutenir les alliés, et faciliter leur retraite en Bohème. Cette précaution ayant été négligée, il fallait au moins occuper les défilés d'Altemberg et ceux jusqu'au ravin de Gishubel, par où ils se seraient conservé une communication libre avec eux. La moitié des troupes postée avec intelligence sur ces montagnes, aurait mis les Prussiens dans l'impossibilité de pénétrer en Bohême, et le reste de l'armée, destiné à agir de ce côté, pouvait camper partout, entre l'Eger et les défilés dont on a parlé, jeter les ponts sur l'Elbe pour envoyer des troupes légères sur la droite de cette rivière, jusqu'à Schandau et Hohenstein.

TRAITÉ DES GRANDES 01ERAT10SS MILITAIRES

Lloyd ne borne pas là ses suppositions, il | Ta jusqu'à vouloir deviner ce que le roi eût fait si les Autrichiens avaient opéré d'après son idée ; il prétend que ce prince se fût rejeté sur Dresde, et que rencontrant les mêmes obstacles l'année suivante, il eût renoncé à porter la guerre en Bohême, pour I se décider à la faire en Silésie. Alors les 20,000 Autrichiens, placés dans les montagnes, réunis avec les 14,000 Saxons, auraient reconquis la Saxe, d'autant plus facilement que l'armée combinée de France et des cercles, y pénétrant en même temps par la Saale, eût pu ensuite opérer sur la Lusacc, et même sur le marquisat de Brandebourg.

Ces positions favorites de Lloyd, n'ayant pas été occupées, la seule chose convenable , à son avis , était de laisser 20,000 i hommes au camp de Budyn, de porter quelques troupes légères dans les montagnes de Lowositx et d'Altemberg, pour y attirer l'attention des Prussiens, et de marcher ensuite avec le reste de l'armée sur la droite de l'Elbe, par Schandau et Hohenstein, afin d'attaquer les Prussiens postés sur le Lilienstein et à Ratmnnsdorf. Ces postes n'étant fortifiés que du côté des Saxons, eussent été facilement enlevés, si ces derniers avaient fait une attaque combinée avec celle des Autrichiens.

La jonction des alliés ainsi effectuée, i comme ils auraient été maîtres de la rive droite de l'Elbe jusqu'à Pirna, le roi se se- | rait vu forcé d'évacuer les montagnes de la Bohême pour éviter le risque d'y périr de faim. Cette manœuvre n'exposait en rien le maréchal Brown ; car Frédéric , avec la petite armée qu'il avait alors dans ce pays, n'eût pas osé passer l'Eger pour attaquer le camp de Budyn, en s'exposant à se séparer du prince Maurice, et à être battu en détail.

Lloyd passe ensuite à l'examen de la conduite du maréchal Brown dans la bataille ; il le blâme surtout du mauvais choix de son camp. Tout ce qu'il pouvait espérer était de

repousser les Prussiens au delà des vignes, sur les monts de Lobosch et d'Homolka, où il n'aurait jamais pu les attaquer, puisque leur armée occupait ces montagnes en forces avec cent pièces de canon. Cette attaque était d'autant moins possible, que les Autrichiens devaient déboucher par les villa* ges de Sulowitz et de Lowositx, et se former sur un terrain à portée de mousquet des positions de l'ennemi ; on sait assez combien une telle manœuvre est difficile, pour ne pas dire désastreuse.

Le maréchal ayant négligé d'occuper les monts Lobosch et Homolka, dont il eût pu s'emparer plusieurs heures encore avant l'arrivée des Prussiens , il ne lui restait d'autre parti à prendre que de passer l'Elbe la nuit qui précéda la bataille, laissant quelques troupes légères pour tenir le roi eu échec. Par ce moyen, Brown aurait pu diriger sur Schandau, un corps assez considérable pour ouvrir une communication sûre avec les Suxons, et enlever tous les Prussiens qui se seraient trouvés de ce côté de l'Elbe ; le reste de l'armée eût couvert tout le pays.

Le roi se fût bien gardé de passer l'Eger, parce qu'il tirait principalement ses subsistances de la Saxe, et qu'il eût été imprudent de se porter en avant avec 23,000 hommes, laissant un ennemi supérieur maître des défilés entre lui, son autre année, et la ligne de ses magasins.

La position prise à Lowositx était, suivant Lloyd, aussi mauvaise que possible.

Rien n'est plus contraire à une bonne théorie, que d'occuper un camp commandé par des hauteurs, oû il est impossible de mettre en action, au même instant et au même point, autant de troupes que l'ennemi ; or c'est ce qui arriva : les Prussiens pouvaient employer les deux tiers de leur armée à l'attaque de Lowositx, tandis qne les Autrichiens ne pouvaient la soutenir qu'avec très-peu de bataillons. Le centre et la gauche étant inattaquables, celte ville

Page 1