JJ
sur le fiurgberg, près de Jauernîck, le centre sur le Landskrone, la gauche à Markersdorf. Le corps de Laudon , qui avait suivi rarrière-garde et la colonne du train , vint camper, le 27, sur les hauteurs de Konigshain, sur le flanc droit des Prussiens.
Daun désespérant de couper le roi , de la Silésie , à moins de livrer une nouvelle bataille , résolut de se borner à retarder sa marche, en la faisant inquiéter par de forts détachements ; il espérait par là donner au général Harsch le temps de prendre Neiss , et lui envoya à cet effet , le 28, un renfort de 1 1 bataillons et A régiments de cavalerie. Cette division, aux ordres du général Wied, marcha par Zittau et Frankenstein. L'armée de siège fut ainsi portée à 40 bataillons , tans compter la cavalerie, les Croates et autres troupes légères. Le général Wehla fut détaché pour occuper les montagnes de Schcenberg, et Laudon se prépara à poursuivre vigoureusement l'arrière-garde. Daun , alors, forma le projet de tenter un coup de raain sur Dresde, aussitôt que le roi continuerait sa marche.
L'armée prussienne ayant été suffisamment pourvue de pain , Bornstedt partit, le $9 après midi, avec le parc des vivres pour Gruna. Le général Braun, avec le train d'artillerie et les bagages, escortés par -4 bataillons, se rendit à Leopoldshain ; le pont fui levé, et son équipage suivit cette colonne. L'avant-garde se mit en mouvement à l'entrée de la nuit ; passa la Neiss , et se forma ■ur la rive opposée, afin de couvrir la marche de l'armée. Les bataillons qui cantonnaient dans les villages s'en retirèrent à minuit ; les tentes furent abattues ; l'infanterie passa la Neiss sur les ponts de chevalets, et la cavalerie la traversa à gué. Au point du jour toute l'armée avait passé, et continua sa marche ; le roi se porta avec l'avant-garde à Schœnberg, afin d'expulser le général Wehla ; mais celui-ci s'était déjà retiré, et l'avant-garde poussa jusqu'à Lich*
tenau. La première colonne , composée de toute l'infanterie de l'armée, suivit la même route par Pfaffendorf et Niedcr-Geilsdorf.
La deuxième, formée de la cavalerie, se porta au camp par Herrasdorf et Lauterbach. La troisième consistant dans le parc et les bagages , suivit la route directe do Leopoldshain par Lichtenberg à Lauban ; l'ambulance sous le général Bornstedt forma la quatrième colonne , et marcha de Gruna à Windschdorf.
Aussitôt que Laudon fut informé du départ de l'armée, il traversa Gcorlitz avec 2 régiments de cavalerie, et prit les devants.
Le reste de son corps le suivit de près, afin de harceler l'arrière-garde ; celle-ci commandée par le prince Henri, était composée de 6 bataillons et de 10 escadrons de hussards.
Le retard, occasionné par le défilé d'Ober- Schœnborn, donna le temps à Laudon de réunir son corps, et d'engager une canonnade, qui demeura sans effet. Le prince Henri continua sa marche sans s'arrêter; après avoir mis le feu au village pour chasser les Croates, qui suivaient trop vivement les bataillons francs. Wehla se réunit à Laudon dans les environs de Pfaffendorf, où l'engagement devint plus sérieux, et se prolongea jusqu'au soir; le roi revint sur ses pas avec quelques régiments de cavalerie pour faire jour à son arrière-garde; Pfaffendorf fut également incendié.
L'armée prussienne campa sur les hauteurs en arrière de Geilsdorf ; l'aile droite appuyait à un bois occupé par les troupes légères; le quartier général fut établi à Lauban.
Laudon se posta à peu de distance dans les bois, entre Pfaffendorf et Ileidcrsdorf.
Le maréchal Daun fit passer la Neiss, le 31 , au duc d'Aremberg avec la réserve, qui campa entre Moys et Leopoldshaiu, afin de soutenir Laudon. La grande armée ne fit aucun mouvement.
Frédéric séjourna dans sa position, et résolut de diviser ses forces, de marcher
TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES
au secours de Neiss, avec 29 bataillons et 68 escadrons , et de détacher le prince Henri avec 25 bataillons et 45 escadrons, par Hirschberg , dans les montagnes , afin d'empêcher Daun d'envoyer des renforts à Ilarsch. Le 1" novembre, les bataillons cantonnes à Lauban, partirent avant le jour, et se formèrent sur la rive gauche de la Queiss, pour couvrir le passage de l'armée.
L'infanterie se mit en mouvement à sept heures, et passa la rivière sur quatre ponts de chevalets ; la cavalerie le traversa sur plusieurs gués. Laudon se mit en inarche, mais n'entreprit rien avant que l'armée ne fût entièrement passée ; alors seulement il fit amener 16 bouches à feu sur les hauteurs entre Geilsdorf et Lauban, d'où il canonna l'arrière- garde; celle-ci, dirigée parle roi en personne, se retira dans le meilleur ordre, et manœuvra comme à l'exercice.
Dès qu'elle eut passé la rivière, Laudon dirigea promptement son artillerie sur le Streitberg, et accompagna d'une canonnade très-vive les derniers bataillons du corps que le prince Henri conduisait à Greifenberg. 11 y a des circonstances à la guerre où il faut faire beaucoup de bruit, quand bien même on a la certitude de brûler de la poudre inutilement : le roi fit répondre à cette canonnade ; mais comme elle ne tua pas un seul homme, il y mit bientôt fin, et continua sa route par Lœwenberg. Le parc des vivres du prince Henri se rendit de Greifenberg à Hirschberg. Laudon passa la Queiss, et campa à une petite distance du roi.
Le 2 novembre, Frédéric se mit en route au point du jour, et vint auprès de Jauer. Le corps cantonna à Conradswalde, Pomsen et environs. Laudon réussit à prendre 11 pontons et une centaine d'hommes à la colonne du train. Le prince Henri se porta sur deux colonnes à Hirschberg.
Le 3 novembre, l'armée du roi arriva dans les environs de SchweidniU , où elle cantonna.
Le 4, le prince Henri se porta à Landshut,
et laissa Ziethen à Hirschberg aveo 1 bataillons. Fouquet, qui était depuis trois mois a Landshut , en partit à l'arrivée du prince pour se réunir au roi à Waldenbourg et Freibourg. Laudon suivit l'armée à Jauer, et campa à Petcrswitu ; son corps poussa des partis jusqu'aux environs de Breslau et de Hirschberg.
Sur ces entrefaites, Harsch ouvrit la tranchée contre le fort de Prusse, et un feu violent contre ce fort et la place de Neisa ; mais, informé que le roi s'approchait de la Silésie, il fit évacuer toute son artillerie de siège, dans la nuit du 1 er novembre, parla route de Zuckmantel, tout en gardant fortement la tranchée. Le renfort envoyé par Daun, arriva le 4 novembre, et porta son armée à 80,000 hommes ; malgré cela, il no crut pas devoir risquer une bataille, et le prépara sérieusement à lever le siège ; une forte division passa la Neiss, le 5, et le reste se disposait à la suivre, lorsque le général Treskow, commandant de la place, fit une sortie dans laquelle il prit 458 hommes.
Frédéric s'était réuni, le même jour à Fouquet, entre Nimptsch et Rcichembach. Ziethen se porta au camp de Thomasdorf, pour couvrir les communications de SchweidniU avec l'armée du prince Henri. Laudon se retira à Lahn.
Le roi marcha le 6 , à Munsterberg, où l'on apprit la levée du Biége de Neiss, la retraite de Harsch en Moravie par Zuckmantel, et l'arrivée du général Deville à Troppuu, avec 18 bataillons et 8 régiments de cavalerie. Frédéric se rendit en personne a Neiss, le 7, y examina les travaux, et détacha 13 bataillons et 20 escadrons, sous Fouquet, à Glumpigau pour observer les deux divisions ennemies. L'armée repartit le lendemain pour la Saxe.
Telles furent les suites de la marche hardie, rapide et savante de Frédéric. La cour de Vienne, se flattait déjà de reconquérir la Silésie, et, par cette seule combinaison, elle fut plus éloignée que jamais de réussir dans
CnAPITKB Xlli.
w projet. Il est vrai qu'elle eût pu s'en dé «loramager largement, si Dn un avait su profiler de l'absence de l'armée prussienne pour opérer vivement sur Dresde, Torgau et Wirtemberg. Le maréchal voyant enfin que tous ses efforts pour arrêter le roi seraient infructueux, porta bien ses vues sur Dresde, mais il le fit avec tant de lenteur et de mollesse qu'il n'en obtint aucun succès. 11 envoya, le 27 octobre, le général Tillier au duc de Deux-Ponts, pour combiner la part que l'armée des cercles prendrait à l'exécution desonfirojet. Afin de donner le change aux Prussiens, il fit jeter un pont sur la Neiss, et ordonna à l'armée de se préparer à marcher le 3 novembre, comme s'il eût Toulu poursuivre le roi ; mais, le 4 au matin, il prit la direction de Bautzen, laissant le général Okelli à Lauban, pour soutenir Laudon au besoin. L'armée des cercles, qui svait quitté, le 14 octobre, son fameux camp de Pirna, pour occuper celui de Gieshubel, se porta , le 3 novembre, à Lauenstein, et le 4, à Hermsdorf; il ne resta qu'une brigade, pour la garde du pont de bateaux de Pirna.
Frédéric ordonna au général major Finek de prendre, après le départ du prince Henri, une part active aux délibérations du conseil, quoique ce petit corps d'armée eût les lieutenants généraux, Hulsen et Itzenplitz. Ces derniers avaient une manière de penser si noble, qu'il vécurent avec lui dans la meilleure intelligence, et le secondèrent de tous leurs moyens (1).
Les mouvements de l'armée des cercles et de la grande armée autrichienne, engagèrent les Prussieus à quitter le camp de Gauiich , le 5 novembre, et a se retirer derrière le Val de Plauen, afin de ne pas être
(1) Cette bharrerie ne pouvait manquer d'arriver <hns an Élat où l'avancement était exclusivement f»»nc à l'ancienneté, oii le mérite le plus transportant était condamne à la nullité, à moins qu'il »c fût mi* en scène par un événement de cette na- Il fout convenir qu'il aurait mieux valu créer
attaqués de front par la dernière, el pris à revers par la première. Cette nouvelle position appuyait sa droite vers Zolmen, sa gauche à Postewitz.
Le roi avait donné avis à Finck, de l'ordre expédié aux corps de Dohna et de Wedel, de se porter en Saxe à marches forcées. 11 savait, en outre, que Frédéric reviendrait dans ce pays, aussitôt que la Silésie serait délivrée; il n'avait, en conséquence, qu'à se maintenir, jusqu'à cette époque, en évitant de se laisser entourer. Si cela ne pouvait s'opérer que par une retraite, il fallait la diriger de manière à conserver ses communications avec les corps qui devaient le renforcer, à soutenir Dresde, et empêcher les Autrichiens de s'établir solidement en Saxe.
Le choix des mesures tendantes à un tel résultat, devait être déterminé sur les mouvements ultérieurs du maréchal Daun ; or celui-ci était parti, le 6,deDitersbach, avait passé l'Elbe à Pirna, le 7, et campé à Lockwitz, pendant que l'armée des cercles prenait position à Frieberg.
Dès que les généraux prussiens en furent informés, ils se réunirent, dans la nuit du 7 au 8, et résolurent de se mettre en mouvement au point du jour, pour se porter à Meissen, avant d'être entièrement cernés.
On expédia deux officiers au général Schmettau, commandant de Dresde, pour l'en prévenir, et l'engager à se défendre vigoureusement jusqu'à l'arrivée des secours. Ces officiers étaient chargés de ramener les équipages du prince Henri , les conseillers du cabinet du roi, et les chiffres. On peut se faire une idée de la sensation que cette évacuation causa dans la capitale. La majeure partie des habitants n'était pas portée pour
un lieutenant général avant son tour, que d'exposer ces deux généraux 4 un affront semblable ; leur dévouement est sans contredit louable; mais osait-on espérer de leur part un désintéressement dont l'histoire offre si peu d'exemples ?
TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITA
les Prussiens ; aussi Daon fut-il bientôt instruit du projet de leurs généraux. C'est justement ce que désirait Finck, dont le dessein n'était pas d'aller à Meissen ; mais de gagner quelques jours, en donnant à Daun un avis qui l'engageât à ralentir les préparatifs d'une conquête qui lui paraissait dès lors facile.
Finck se rendit à Dresde au point du jour, et fit part de son projet au commandant ; il mit à l'ordre de l'armée , de cuire les vivres et de se tenir prêt à marcher. Le capitaine de pontonniers fut chargé de jeter, dans le plus grand silence, un pont au-dessous de la ville, vers lequel on ouvrit de la porte de Wildsruf et du camp trois débouchés. Daun fit après midi une légère reconnaissance.
Le 9 novembre, à six heures du matin, le parc d'artillerie et les équipages filèrent sous l'escorte d'un détachement de trente hommes par bataillon (1). A deux heures, on apprit que l'armée ennemie était en mouvement, Finck fit prendre les armes, replia les avant-postes, et se mit en marche sur deux colonnes qui traversèrent Dresde et allèrent camper sur la rive droite de l'Elbe. Leur mouvement fut couvert par 6 bataillons que Finck conduisit à Plauen. Le colonel Meyer posté dans le grand parc, y fut attaqué, et disputa le terrain jusqu'au soir qu'il se retira dans le faubourg, où il fut faiblement poursuivi. Cependant Schmettau avait fait garnir les faubourgs de matières combustibles. Informé que Daun faisait élever des batteries, et voulait s'y loger, il y fit mettre le feu le 10 novembre, et ses troupes l'évacuèrent au milieu des flammes. Daun connaissait trop bien les lois de la guerre pour désapprouver cette mesure; mais
(1) Cette méthode de tirer les détachements de tous les corps, est très-avantageuse, surtout pour une armée inférieure } un bataillon de 600 hommes rend pour un instant les mêmes services qu'un de 700 hommes. En détachant l'excédant , on ne s'affaiblit point; car on ne diminue point le nombre des corps organisés, qui constitue la force réelle d'une armée.
comme il prévit le résultat qu'aurait son entreprise, il envoya un parlementaire au commandant, pour lui demander s'il avait l'ordre d'agir d'une manière aussi contraire aux usages des nations policées, et le rendre responsable des événements ultérieurs.
Schmettau lui répondit : qu'ayant ordre de défendre la ville jusqu'à l'extrémité, si l'ennemi s'en approchait davantage, il ne ferait pas seulemeut brûler le reste des faubourgs, mais encore qu'il défendrait toutes les rues, se retrancherait, s'il le fallait, dans le château électoral (2). Daun à couvert par cette réponse martiale, déclara qu'il préférait les devoirs de l'humanité, aux lauriers achetés à un tel prix; il forma le blocus de la place, et se borna a détacher le général Odonel a Gersdorf, de l'autre côté de l'Elbe, afin d'observer les Prussiens.
Tandis que ces événements se passaient, les généraux Wedel et Dohna s'étant réunis à Berlin, conformément aux ordres du roi, se dirigèrent sur Torgau avec 28 bataillons et 22 escadrons.
L'armée des cercles, avait détaché du camp de Frieberg le général Haddick pour s'emparer de cette place, qui renfermait un des grands magasins du roi; on savait qu'elle n'était ceinte que d'un simple retranchement, et gardée par 2 bataillons. Le général Wedel s'était fait précéder sur la rive droite de l'Elbe par un détachement sous le major Lossow. Cet officier, instruit par quelques prisonniers du projet de Haddick, en rendit compte à Wedel, qui arriva, le 10 décembre, à Hertxberg. A l'approche
(2) Autant on a loué Schmettau de cette condaile énergique , autant on a blâmé Davoust d'en avoir tenu une pareille è Hambourg ; l'esprit de parti denature tout. Je suis loin d'avoir aucun motif d'être l'apologiste du dernier, mais je me suis fait u« devoir d'être toujours juste.