‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 85 sur 196 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

des Impériaux, devant Torgau, le colonel Grolmann, commandant de la place, prit la résolution de sortir à leur rencontre, persuadé qu'il leur en imposerait assez pour gagner quelques heures, et donner le temps à l'armée d'arriver. Cette ruse réussit, Haddick n'imagina pas qu'une simple garnison osât venir au-devant de lui ; il crut que Wedel était à Torgau, et suspendit l'attaque. Sur ces entrefaites , 5 escadrons entrèrent dans la place, où le reste du corps ne tarda pas à les suivre. Dohna y arriva, le 14. Le lendemain, Haddick fut attaqué à Eulenbourg, battu et repoussé avec perte sur Grimraa ; il attira à lui les généraux Kleefeld, Lichtenstein, Ried et Luzinsky, qui se trouvaient à Meissen. La petite armée prussienne campa alors près d'Eulenbourg.

L'armée des cercles, qui devait concourir au grand projet de Daun, et débuter par la prise de Leipsig, s'était dirigée, le 12, sur cette ville, que bloquaient les généraux Kleefeld et Lichtenstein; elle se porta, le 15, à Kolditz, où elle apprit la défaite de Haddick. Cet événement et l'approche des renforts déterminèrent le duc de Deux-Ponts à renoncer à ses projets de conquêtes, et à prendre ses quartiers d'hiver aux environs de Chemnitz.

Nous avons vu que Frédéric, après avoir visité Neiss, le 7 septembre, en était reparti, le 8, pour la Saxe ; ses troupes marchèrent avec une telle rapidité, que le 1 S il fut de retour à Lauban. Le prince Henri chargé de couvrir la Silésie fit observer les corps de Kalnocky et de Laudon par des divisions laissées à Landrfhut et Greifenberg. Laudon convaincu qu'il ne lui restait rien de bon à entreprendre, évacua la Silésie, et se retira sur Zittau.

Daun jugeant par le retour du roi que son entreprise était raanquée, leva le blocus de Dresde, le 16, et se retira à Pirna. Frédéric en fut informé à Wcissemberg, où il passa la Lœbau le 17 ; il prit alors les 8 bataillons tirés de l'armée de Saxe après l'affaire de

Hohenkirch, y joignit 20 escadrons, et marcha à Dresde avec le prince Henri. Le reste de l'armée retourna en Silésie, sous les ordres du margrave Charles, et cantonna, le 23, près de Naumbourg. Le corps de Finck leva son camp, le 20, et prit ses quartiers dans les environs de Dresde.

Le 21 , le roi apprit que Daun, après avoir rasé le fort de Sonenstein, se retirait en Bohême ; l'armée reçut ordre de prendre ses quartiers d'hiver, et d'expulser les détachements autrichiens restés en Saxe. Le général Widersheim se porta à Pirna avec 2 bataillons et 5 escadrons; Hulsen, à Frieberg, avec 5 bataillons et 8 escadrons ; la cavalerie quitta ses cantonnements autour de Dresde, pour s'étendre dans les belles contrées de Leipzig et de Halle ; les généraux Itzenplitz et Knoblock se dirigèrent avec 13 bataillons, dans le Voigtland, pour le faire évacuer, et prendre leurs quartiers à Zwickau et Géra. Wedel et Dohna quittèrent les environs d'Eulenbourg; le premier alla renforcer la division du Voigtland , et le dernier retourna par Leipzig, en Poméranie, afin d'en chasser les Suédois. Le corps de Margrave Charles quitta aussi ses cantonnements de Naumbourg , et prit ses quartiers d'hiver le 1" décembre, ainsi que celui de Ziethen. Frédéric partit de Dresde, le 10, pour retourner en Silésie, il arriva, le U, àBreslau.

En partant de Neiss, le roi avait laissé Fouquet avec 13 bataillons et 20 escadrons, pour tenir tête à Deville. Après quelques petites opérations, Fouquet ayant reçu, le 9 décembre, des renforts du margrave Charles, força son adversaire à retourner en Moravie. Les armées prussiennes occupèrent alors leurs quartiers d'hiver dans l'ordre suivant, à partir de la gauche.

1° Le corps de Fouquet de 25 bataillons et 80 escadrons , aux environs de Ratibor, Zulz, Oltmachau et Oberglogao; 2° Celui de Ziethen, consistant en 36 bataillons et 35 escadrons, dans les mon-

TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES

tagnes de Greifenberg, Hirschberg, Lœwenberg jusqu'à Silberberg;

8° Seize bataillons et 80 escadrons dans l'intérieur de la Silésie, vers Breslau, Sagan, etc. ;

-4° L'année de Saie avait 41 bataillons, cantonnés dans les environs de Meissen et Dresde et en Voigtland; sa cavalerie forte de 80 escadrons dans le voisinage de Leipzig ;

5" Enfin, 3 bataillons et 80 escadrons , se trouvaient répartis dans les différents postes de l'intérieur et des montagnes.

On sait que Dohna était retourné en Potnéranie avec ses 21 bataillons et 3o escadrons.

L'armée autrichienne prit ses quartiers dans les cercles de Saatz , Leutmeritz et Bunzlau : le quartier général était à Prague, le corps de Harsch dans le cercle de Kœnigsgratz, celui de Deville en Moravie, l'armée des cercles en Franconie.

Avant de passer à la relation des opérations contre les Russes et les Suédois, je ne puis me dispenser de faire quelques observations sur les précédentes.

On ne peut trop admirer la conduite de Frédéric après la bataille de Hohenkirch.

La rapidité avec laquelle il conçut, pour ainsi dire, un nouveau plan de campagne , et la profondeur de ses combinaisons, sont un monument éternel de son génie. La campagne était à peu près terminée, lorsque Frédéric fut surpris et battu ; toute balance entre ses forces et celles des Autrichiens se trouvait rompue ; Daun, en profitant de sa supériorité, pouvait expulser les Prussiens de la Saxe, y prendre ses quartiers d'hiver et bloquer Dresde. Le roi ainsi privé d'une province , si nécessaire à l'entretien et au recrutement de ses années, eût commencé la campagne suivante en Brandebourg. D'un autre côté pendant qu'il aurait vainement lutté contre la supériorité de Daun , le général Harsch eut pris Neiss et se fût établi en Silésie.

Frédéric jugea en maître que Daun n'étant point pourvu d'équipage de siège , le petit corps de Finck rendrait en Saxe , le* mêmes services qu'une armée; qu'il tiendrait la campagne jusqu'au dernier moment et se jetterait enfin dans Dresde, plus aisément qu'un corps nombreux. 11 pénétra , avec la promptitude de l'éclair , ce qui lui restait à faire ; et résolut de porter le théâtre de la guerre en Silésie. Si Daun le suivait dans cette province , la Saxe était sauvée ; s'il se contentait de l'y faire suivre par de forts détachements, il ne conservait plus assez de nerf pour ses opérations principales , et Dresde était également sauvé , parce que la direction intérieure de aes lignes , y ramènerait promptement la grande armée prussienne et les corps opposés aux Suédois et aux Russes , et qu'avec ses trois années réunies, le roi accablait celle des Autrichiens affaiblie par ses détachements. Ainsi, avant que les Russes eussent pu rassembler leurs quartiers dispersés en Pologne , pour profiter de l'absence de Dohna, le siège de Xeiss était levé, la Saxe, délivrée, et l'armée de son lieutenant de retour sur les frontières de la Poméranie.

Tels furent en effet les brillants résultats des lignes intérieures du roi , et de l'heureux choix d'une ligne d'opérations accidentelle. La postérité admirera toujours l'armée battue , qui change deux fois en su semaines au cœur de l'hiver la direction de la guerre, délivre deux places du premier rang, arrache, à une armée supérieure, tous les fruits de sa victoire, et la rejette au delà de ses frontières. Un semblable résultat prouve mieux que tous les raisonnements systématiques, l'avantage des lignesmanœuvres intérieures contre les extérieures.

La conduite de Daun offre un grand contraste avec celle de Frédéric. Il est deux maximes reconnues à la guerre : la première est de ne livrer bataille que lorsqu'il en peut têsulter un grand avantage . ou que k poti-

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