‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 88 sur 196 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Définition des ligne» d'opération* considérées comme ma m œuvres.

Les rapporta de ces lignes avec celles que la nature a tracées , les positions de l'ennemi, et les vues d'un général en chef, forment autant de classes différentes qui reçoivent un nom du caractère de ces mêmes rapports; il est important d'établir celte classification avant de passer plus loin.

Nous appellerons lignes a" opérations simples, celles d'une armée agissant sur la même direction d'une frontière, sans former de ;;rands corps isolés.

Les lignes doubles et multipliées sont celles d'une armée qui opère sur la même frontière, en formant deux ou trois corps «igistant isolément vers un seul ou vers plusieurs buts.

Les lignée d'opérations intérieures sont celles qu'une armée forme pour s'opposer a plusieurs lignes de l'ennemi, et auxquelles ou donne une direction telle qu'on puisse rapprocher les différents corps et lier leurs mouvements, sans que l'ennemi ait la possibilité de leur opposer une plus grande masse.

Les lignes extérieures présentent le résultat opposé; ce sont celles qu'une armée formera en même temps sur les deux extrémités d'une ou de plusieurs lignes ennemies.

J'appellerai lignes d'opérations sur un front étendu, celles qui seront entreprises sur on grand développement contigu , par des divisions isolées, mais appartenant à la même masse et marchant au même but. On comprendra aussi sous cette dénomination les lignes formées, par deux corps séparés, *ur une seule étendue donnée; elles formeront alors lignes doubles sur un grand front.

Les lignes profondes sont celles qui, parlant de leur base , parcourent une grande «Rendue de terrain pour arriver à leur but.

Ijss lignes d'opérations concentriques sont plusieurs lignes ou une seule divisée, qui

partent de deux points éloignés, pour arriver sur un même point, en avant ou en arrière de leur base.

On entend par lignes excentriques celles que parcourt une seule masse qui part d'un point, et se divise pour se porter sur plusieurs points divergents.

Enfin , les dernières combinaisons que nous présentent les opérations générales des armées sont, les lignes secondaires et les lignes accidentelles. Les premières servent à désigner les rapports de deux armées entre elles, lorsqu'elles agissent sur un même développement de frontières ; ainsi l'armée de Sambre-et- Meuse était, en 1796, ligne secondaire de l'armée du Rhin. Les lignes accidentelles sont celles qu'amènent des événements qui font changer le plan primitif de campagne, donnent une nouvelle direction aux opérations : ces dernières sont rares et de la plus haute importance ; elles ne sont ordinairement découvertes que par un génie vaste et actif.

En jetant un coup d'œil sur ces diverses combinaisons , on se convaincra combien

| mes idées diffèrent de celles des auteurs qui ont écrit sur ce sujet jusqu'à ce jour. En effet, on a considéré ces lignes sous les rapports matériels seulement. Lloyd et Bulow, ne leur ont donné qu'une valeur relative

| aux magasins et aux dépôts des armées. Le dernier a même avancé qu'il n'y avait plus de lignes d'opérations lorsque l'armée campait

j près de ses magasins. L'exemple suivant suffira pour détruire ce paradoxe. Je suppose deux armées campées , la première sur le haut Rhin, en avant de Brisach, et l'autre sur le bas Rhin, en avant de Dusseldorf, ou tout autre point de cette frontière ; j'admets que leurs grands dépôts sont immédiatement au delà du fleuve, ce qui est sans con-

| tredit, la position la plus sûre et la plus

; avantageuse. Ces armées auront un but of-

! fetisif ou défensif; dès lors elles auront lignes territoriales et lignes manœucres.

| l°Leur ligne territoriale défensive partira

TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES

du point où elles se trouvent jusqu'à celui de seconde ligne qu'elles doivent couvrir ; or elles en seraient coupées l'une et l'autre «i l'ennemi venait à s'y établir. L'année de Mêlas aurait eu pour dix ans de munitions dans Alexandrie, qu'elle n'était pas moins coupée de sa ligne, dès que l'ennemi victorieux occupait celle du Pô. 2* Leur ligne-manœuvre serait double contre une simple, si l'ennemi concentrait ses forces pour accabler une de ces armées : elle sera double extérieure contre double intérieure, si l'ennemi fait aussi deui corps , mais qu'il leur donne une direction telle qu'il pût les réunir plus promptement.

On voit donc que Bulow est parti d'un principeabsolument faux ; son ouvrage a dû nécessairement s'en ressentir, et renfermer des maximes dangereuses.

Nous allons passer maintenant à l'examen des lignes d'opérations les plus importantes, qui ont eu lieu depuis la guerre de sept ans, en 1756, jusqu'en 1800. Nous les appliquerons aux différentes classes que l'on vient de lire; et après en avoir comparé les résultats avec les causes, nous justifierons par cette masse de preuves, les maximes posées dans le chapitre Vil.

Observations sur les trois lignes d'opérations de Frédéric en 1786, 1787, 1758, et les lignes défensives qu'il adopta les campagnes suivantes.

Un plan de campagne repose sur six combinaisons essentielles : 1° La situation politique des deux partis ; 2° la situation du moment ; Z° la force relative et les moyens de guerre ; 4° la répartition et l'emplacement des armées ; o° la ligne d'opérations naturelle ; 6° la ligne la plus avantageuse.

Je ne prétends pas qu'il faille arrêter un plan de campagne uniquement d'après une balance exacte des moyens de guerre; on m'accordera seulement, qu'ils y entrent pour beaucoup. Ces plans, qui ne sont autre

chose que le choix des lignes-manœuvres, sont soumis à beaucoup de considération»

accessoires ; mais je pense qu'elles doivent être subordonnées aux règles de l'art, aux principes invariables, reconnus pour en faire la base. La hardiesse, l'audace même, ces qualités, souvent nécessaires et décisives, sont toujours compatibles avec leur application. Les plus grandes preuves que l'histoire puisse nous en fournir, sont les opérations de l'armée de réserve, eu 18UH Aucune entreprise ne fut plus hardie, aucune ne fut plus riche eu grandes combinaisons, aucune n'était plus prudente et plus sage, puisqu'elle menaçait l'ennemi d'une ruine totale, sans courir d'autre m que que le sacrifice de l'extrême arrièregarde.

En appliquant ces maximes aux différente* lignes d'opérations de Frédéric, on sera forcé de convenir que les plans accidentels qui lui furent inspirés, dans le cours d'une campagne, par la tournure des événements, l'emportèrent de beaucoup sur ses plan* primitifs.

On a vu, par la description du théâtre de la guerre, que la Prusse avait trois lignes d'opérations contre l'Autriche , celle de gauche contre la Moravie, celle du centre sur la Bohême, celle de droite sur la Saxe.

La première était la plus favorable aux opérations, sous le rapport militaire, parce que les communications y étaient moins pénibles : si Frédéric poussait ses vues jusqu'à Vienne , centre de puissance de ses ennemis, elle l'y conduisait plus rapidement et avec moins de difficultés ; mais bornait-il au contraire ses projets aux provinces limitrophes de ses États, elle se trouvait alors la plus longue des trois, parce qu'elle était plus éloignée du Brandebourg, centre de sa propre puissance.

Le roi savait bien qu'il existait une coalition contre lui ; et s'il n'en connaissait peutêtre pas tous les membres, il ne doutait pa* qu'elle fût formidable. Les préparatifs de

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