CHAPITRE XIV
Observations générales sur les lignes d'opérations . Maximes sur cette branche importante de l'art de la guerre (1).
En donnant la relation des campagnes de 1756 et 1757, j'ai émis quelques maximes qui dérivaient immédiatement des événements. Mais il m'a paru nécessaire de réunir en un chapitre toutes les combinaisons qui se rattacheut à l'établissement des lignes d'opérations.
Cette tâche devrait sans doute être réser- i vée à un homme plus exercé que moi, à un de ces militaires qui joignent à une instruction profonde, le talent de faire disparaître la sécheresse du sujet par le charme du coloris. Pénétré de toute mon insuffisance, j'ai prévenu que ma seule ambition était de donner des points de comparaison, des rapprochements intéressants pour l'art, puisés dans ces deux périodes les plus importantes et les plus célèbres. Sous ce rapport, j'ose espérer d'atteindre mon but. Avant de passer à une discussion sur les combinaisons des lignes d'opérations, définissons ce que l'on doit comprendre sous cette dénomination.
Les lignes d'opérations doivent être considérées sous deux points de vue. 1° Celui des lignes territoriales; î° celui des lignes-manœuvres. Cette distinction sera peut-être mal accueillie, parce qu'elle est nouvelle; je m'efforcerai de la justifier.
J'entends par lignes d'opérations territoriales, celles que la nature ou l'art ont tracées pour la défense ou l'invasion des États.
(1) J'ai longtemps balancé sur la place et les bornes que je donnerais à ce chapitre. Si je Tarais plHcc au commencement, on n'aurait pas saisi aussi bien les événements auxquels il se rapporte, puisqu'on n'en avait pas encore la relation , si je l'avais mis a la fin de l'ouviagc, il eût pu être conçu
Les frontières couvertes de forteresses, celles qui sont défendues par la nature , des chaînes de montagnes, des grands fleuves, la mer, ou autres obstacles insurmontables, forment à mon avis la première combinaison des lignes d'opérations ; les dispositions du général pour les embrasser dans leur développement, les parcourir offensi veinent et les couvrir défensi vement , exigent une seconde combinaison plus importante encore , et presque toujours décisive; elle est sans contredit liée avec la précédente, mais comme elle présente un point de vue tout différent, j'ai cru pouvoir la désigner exactement par le titre de lignes-manctuvres , • parce qu'elle est réellement la base de la stratégie. Quelques exemples ne seront pas inutiles pour rendre mon idée plus intelligible.
Les trois grandes lignes d'opérations de la France contre l'Autriche, sont : l'Italie à droite ; la Suisse et le Tyrol au centre; l'Allemagne à gauche : celles qui sont les plus naturelles pour entrer en Allemagne, sont celles du Mein et du Danube : voilà le matériel des lignes, qu'on ne peut soumettre qu'à un petit nombre de règles, dictées pour ainsi dire par la nature.
Frédéric est entré en Bohême, par sa ligne du centre, sur quatre points. Les armée»
françaises ont envahi l'Allemagne eu 1796 et 1799, sur deux lignes subdivisées. Napoléon n'a jamais opéré que sur une ligne principale : voilà des combinaisons de lignes-manœuvres. Cette dernière partie de l'art militaire, n'a jamais été réduite en principes; ses rapports avec les autres branches n'ont point été établies , et je vais essayer de le faire aussi bien qu'il me t>era possible.
sur un plan plus étendu , mais on aurait lu la relation de vingt campagnes sans connaître le principe auquel les observations et les jugements se rattachaient. Je me suis enfin décidé à le placer a la suile de Tinvasion de la Moravie.