CHAPITRE XIV
peut avoir la même importance que celle des frontières (1).
En effet, tout théâtre de guerre forme une figure à quatre face».
Pour faire mieux saisir cette idée, je citerai le théâtre de la guerre des armées françaises, en WestphaUe, depuis 1757 jusqu'à 176*, et celui de Napoléon en 1606.
Dans le premier de ces théâtres de guerre, le côté AB était fermé par la mer du Nord ; le côté BD par la ligne du Weser, base de l'armée du duc Ferdinand. La ligne du Mein formait le côté CD, base de l'armée française; et la face AC était formée par la ligne du Rhin, également gardée par les années de Louis XV.
On Toit donc que les armées françaises opérant offensiveinent , sur deux faces , avaient en leur faveur la mer du Nord formant le troisième côté ; et que par conséquent, elles n'avaient qu'à gagner le côté BD par des manœuvres, pour être maîtresses des quatre faces , c'est-à-dire de la base et de toutes les communications de l'ennemi, comme le démontre la figure suivante:
(1) Cet article 7 est le seul du chapitre qui ait été •jouté depuis la première édition, tous les autres •ni été écrits en 1804.
L'armée française E, partant de la base CD, pour gagner la position FGH, coupait l'armée alliée J du côté BD qui formait sa seule communication et sa seule base : cette dernière aurait donc été rejetée sur l'angle L A M qui était formé, vers Erabden , par la ligne du Rhin , de l'Ems et par la mer du Nord, tandis que l'armée française E, pouvait toujours communiquer avec le Mein.
La manœuvre de Napoléon sur la Saale, en 1 806, fut combinée absolument de même :
il vint occuper à Jéna et Naumbourg, la ligne FGH, et marcha ensuite par Halle et Dessau pour rejeter l'armée prussienne J sur le côté AB formé par la mer. Le sort que les débris de cette armée éprouvèrent à Erfurt, Hagdebourg, Lubeck et Prentlow, est asse* connu. Le grand art consiste donc à combiner ses marches , de manière à s'emparer des communications de l'ennemi, sans perdre les siennes; on voit aisément que la ligne FGH, par sa position prolongée, et le crochet laissé sur l'extrémité de l'ennemi, conserve toujours ses communications avec la base CD; c'est l'application exacte des manœuvres de Marengo et de Jéna.
Lorsque le théâtre des opérations ne sera pas voisin d'une mer, il sera toujours borné par une grande puissance neutre, qui gardera
TRAITE DES GRANDES OPERATIONS MILITAIRES
•es frontières , et fermera un des côtés du carré. Sans doute ce n'est jamais une barrière équivalente à une mer; mais, en thèse générale, on doit toujours la considérer comme mi obstacle sur lequel il est dangereux de so retirer après avoir été battu, et avantageux de pousser son adversaire. On ne viole pas impunément le territoire d'une puissancequi n 200,000 hommes, et si une armée battue prenait ce parti , elle n'en serait pas moins coupée de sa base. Si c'est une petite puissance qui limite le théâtre de la guerre, alors elle y serait englobée, et la face du carré reculerait j usqu'aux frontières d'une grande puissance ou d'une mer.
Pour s'assurer de la justesse des idées que je viens de présenter, il suffit de jeter les yeux sur le théâtre de la campagne de Pologne en 1806 et 1807. La mer Baltique et les frontières de la Gallicie autrichienne formaient les deux faces AB et CD du carré ci-dessus. Je crois qu'il importait beaucoup aux deux armées de ne pas se laisser rejeter sur l'un ni sur l'autre de ces obstacles.
La configuration des frontières modifiera quelquefois celle des faces du carré. D pourra avoir la forme d'un parallélogramme, ou d'un trapèze , comme dans la figure suivante :
Dans ce dernier cas, l'année lill, qui serait maîtresse des faces AC et CD, aurait encore bien plus d'avantages, puisque la base
de son adversaire se rétrécissant vers BD, il aurait bien moins de facilité à regagner tes communications : le front de cette base offrant moins de développement, présenterait aussi moins de ressources pour manœufrer, il donnerait au contraire à l'armée GH, le moyen d'opérer avec plus de succès, puisque la direction de sa ligne CD, la mènerait naturellement sur les communications de l'ennemi, et que l'espace dont elle aurait»
s'emparer pour les couper, serait raoin»
étendu, par conséquent plus facile à garder par des forces concentrées.
Le théâtre de la guerre de Prusse et dr Pologne dont nous venons de parler, était absolument semblable à cette figure; Ici frontières de Gallicie s'étendant jusqu'à U Narew, formaient par la ligne de la Vistule.
le côté rétréci BD. La manière dont Napoléon embrassa cette ligne à Pultusk 'et a Eylau, fut absolument la même que celle qui se trouve tracée.
Cependant cette opération offrait chances défavorables ; la première sur le peu de confiance qu'on pouvait accorder à la neutralité autrichienne, la seconde sur le grand éloignement de la base de* armées, livrant ses communications arec l'Oder à la merci du cabinet de Vienne: il n'eût tenu qu'à celui-ci de mettre, dès cette époque, un terme à ces invasions démesurées. La manœuvre du général français étfit bonne ; l'opération de l'homme d'État n'était qu'audacieuse.
Voilà assez d'exemples, j'espère, pour démontrer que la manière d'embrasser un théâtre de guerre, se réduit à un très-petit nombre de combinaisons découlant du même principe et qui sont,
1° De diriger ses masses vers les points décisifs de la ligne d'opérations, c'est-àrdire sur le centre, si l'ennemi a commis la faute de s* morceler, ou sur une de ses extrémités t «' reste en ligne contiguè ;
T Défaire effort, dans ce dernier f«,M" celle des extrémités opposée à un
CHAPIT