CHAPITRE XV
une position inabordable. Entre cette aile et la droite , on avait aussi placé 11 bataillons en colonnes. Une réserve intermédiaire de 31 escadrons fut établie, sur trois lignes, en arrière de la tour de Berg-Warthe. L'artillerie enfilait toutes les avenues par des feux croisés.
Le 13 avril, au point du jour, l'armée alliée s'avança sur 5 colonnes , directement sur Bergen , et se forma , entre huit et neuf heures, au revers des collines qui s'étendent entre Bischofsheim jusqu'à Wilbel. Pendant ce temps , le duc de Broglie avait réuni ses généraux à la tour de Berg-Warthe, et leur donna ses ordres, en insistant particulièrement sur une défense opiniâtre du poste de Bergen.
De son côté , le duc Ferdinand jugea que ' le seul point attaquable était susceptible d'une résistance vigoureuse, et ne voulant pas remettre le sort de la campagne au résultat d'une action qui lui offrait si peu de chances favorables, il se décida à n'engager d'abord que ses brigades de gauche , sous le prince d'Isenbourg, et à les faire soutenir ensuite par le prince héréditaire qui .uait passé par Bischofsheim pour tourner l'ennemi. La droite, sous le général Grandby, fut refusée.
Ce mouvement commença à dix heures.
Bès que le duc de Broglie s'en aperçut, il fit porter en avant de Bergen , les 6 bataillons français et les 4 bataillons suisses, qui s'y formèrent à l'instant où les grenadiers hessois attaquaient avec vigueur : ce combat d'infanterie fut meurtrier, et continua, sur le même terrain, jusqu'à l'entier épuisement des munitions.
Sur ces entrefaites, la division du prince héréditaire longeant le bourg à droite, allait déborder le flanc gauche du corps français qui le défendait, à l'instant où lu prince d'Isenbourg, le faisait plier. Le moment était décisif : le duc de Broglie fil soutenir les troupes , en avant de Bergen , par le régiment de Beauvoisis, et conduisit, en même
temps , celui de Rohan aur la droite dn prince héréditaire, tandis que deux régiments du centre bordaient la gauche des Hessois. Cet effort simultané, exécuté à l'instant où le prince d'Isenbourg venait d'être tué, força les alliés à un mouvement rétrograde. Les régiments de Rohan et de Beauvoisis , qui s'abandonnèrent trop vivement à leur poursuite , furent chargés et entamés par la cavalerie , que le terrain avait , jus» qu'alors , empêchée d'entrer en action.
Le duc n'avait été que repoussé , et rien n'était perdu s'il eût attiré les Français hors de leur position; il se retira dans ce but, d'abord dans le vallon où l'armée s'était formée le matin, puis reparut bientôt après sur la hauteur, faisant quelques démonstrations contre Wilbel et le corps saxon, tandis qu'à la gauche il engageait une vive canonnade. Mais le duc de Broglie, inébranlable, se borna à poster sa réserve de manière à soutenir les deux ailes au besoin, en sorte que son adversaire fut obligé de regagner, dans la nuit, sa position de Windeken.
Les suites de ce combat n'offrent rien d'important. Le comte de Saint-Germain joignit l'armée le lendemain , sans que ee renfort pût déterminer le duc de Broglie à changer de rôle et à poursuivre ses succès.
Bien que le duc semblât l'y provoquer en faisant raine d'assiéger le château de Marbourg avec le corps du général Hardenberg.
Broglie , fidèle à son système , inquiéta seulement les arrière-gardes , et , après quelques escarmouches, voyant que le duc cantonnait son arméej aux environs de Fritzlar, établit la sienne, derrière la Lahn.
Le marquis de Contades, était encore à Paris, lorsqu'on apprit la nouvelle du combat de Bergen ; il en partit , dès qu'il eût reçu ses dernières instructions, et arriva à Creveldt le -4 mai. Son premier soin fut de jeter un pont sur le Rhin, entre Wesel et Rhées , pour donner le change à l'ennemi, tandis que l'armée se rassemblait , près de Cologne et de Dusseldorf. Ce mouvement
TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES
attira l'attention du duc Ferdinand sur la Westphalie; car ce prince ne laissa au général Irahof que 13,000 hommes, pour couvrir la Hesse, et se porta en toute diligence à Lipstndt.
Le marquis de Contades savait maintenant, par expérience , que l'établissement d'une double ligne d'opérations sur la Lippe et sur le Mein, n'était pas propre à donner de grands avantages ; il paraissait évident que Ferdinand , maître des places de Munster, Lipstadt et Hameln, pouvait envisager sans crainte les progrès momentanés de l'armée française de Westphalie , et profiter de la position centrale de Fritilar et Cassel, pour opérer successivement contre celle des deux qui lui offrirait les chances les plus favorables. 11 résolut donc d'agir en masse par la liesse, en descendant le Weser, afin de forcer les alliés à repasser ce fleuve, et à évacuer ainsi la Westphalie, dont le duc d'Arraentières aurait pris possession en assiégeant Munster avec 25,000 hommes.
L'armée française partit, le 20 mai, de ses quartiers, pour se rassembler à Giesen ; elle occupait, le S juin, les positions suivantes :
82 bat. 54 esc. à Marbourg.
Ifl — 31 — réserve sous le duc de Broglie, sur l'Hom, vers Hombourg.
19 — 20 — sur le bas Rhin, aux ordres du duc d'Armentières.
7 — » — à Francfort et Hanau.
• — 20 — carabiniers et gendarmes, sous le général Poyanne, à Cologne, devant se réunir à l'armée.
126 128 non compris quelques
corps francs ou légions.
Ferdinand voyant les projets de son adversaire aussi prononcés, chercha à gagner
du temps pour réunir ses troupes ; et, dans cet espoir, il poussa le prince héréditaire, avec 3,000 hommes, en partisans sur Dusseldorf, afin de donner aux Français des inquiétudes sur leurs communications et leurs magasins. Mais ce faible moyen eut le résultat que l'on devait en attendre : tandis que le duc rassemblait ses forces au camp de Werle, le marquis de Contades profita de son éloignement pour envahir la Hesse, avec toute l'activité que l'on mettait alors dans les opérations.
L'avant-garde, de 14 bataillons, dont 10 de grenadiers, partit, le 5, de Marbourg, et se porta , le 9 , vers Corbach. La réserve partit, en même temps, de sa position de Jantershausen, et arriva, le 9, à Niederurf.
La grande armée campa, le 8, à Sachsenberg. Ce mouvement paraissait avoir aussi pour but d'isoler le corps d'Imhof ; mais l'exécution n'en fut pas assez prompte, car ce général, instruit de la marche des Français, se porta, le 9, à Warbourg, et se réunit, le 1 1, àBuren au corps du général Wuigenau. Le duc de Broglie entra ainsi, san»
opposition, à Cassel, le 11, et n'y rencontrant point l'ennemi, il poussa de suite son avant-garde sur Minden.
Pendant que ces choses se passaient, le maréchal de Contades avait porté l'armée, le 10, à Corbach, avec le projet de s'emparer des défilés de Stadt-Bergen, ou de soutenir au besoin l'expédition de son lieutenant. Ces défilés, si importants et si faciles à défendre, furent abandonnés par Wutgenau, et le marquis de Contades , instruit de l'occupation de Minden, les fit passer à son armée, le 18 au matin. Elle campa en arrière de la Dimel, et le marquis d'Auvet la couvrit, en prenant poste à Essen , sur la rive gauche, avec 4 bataillons soutenus de 2 brigades. Le duc de Broglie reçut ordre de se diriger sur Paderborn. Ferdinand, de son côté , se réunit , le 1 1 , avec les corps des généraux Sackville et Sporken , à Soest où il séjourna le 12, campa, le 14, à Buren, el