‹ Histoire d'Alcibiade et de la république AthénienneChapitre 126 sur 241 · Isocrate, De Big,, XIII · texte numérisé non relu

Isocrate, De Big,, XIII

SS8 HISTOnUE d'alcibiade.

Selon une autre version moins vraisemblable, Alcibiade épousa Hipparète à la suite d'une grave insulte qu'il fit au père de celle-ci. Il avait parié avec quelques jeunes fous de ses amis qu'il donnerait, sans aucun motif, un soufQet à Hipponikos. Il gagna le pari, mais cette action aussitôt connue dans toute la ville excita une indignation générale. Le lendemain, au lever du jour y Alcibiade accourut chez Hipponikos ; se mettant à sa discrétion^ il l'engagea à le faire châtier par ses esclaves. Hipponikos lui pardonna, et son juste ressentiment s'évanouit si complètement qu'il donoa sa fille en mariage au coupable ^ Enfin, selon une troisième version, ce ne fût pas le père d'Hipparète, mais son frère Kallias, devenu son tuteur après la mort d'HipponikosS qui la maria à Alcibiade, et qui lui constitua une dot de dix talents * •

1. Plutarque, Alcibiad.j VIII; Hecker, De Aleib, morib,, p. 52, 53, 54. — Le début da récit de Plutarque n'a rien d*inyriisembUble, eu égard au caractère violent d'Alcibiade. Mais, si cette histoire commence en yéridique anecdote, elle se poursuit en chapitre d^Svangile et se termine comme un conte de fée*

2. Hipponikos fut tué à la bataille de Délion, en 424. Pseudo- Andocide, C, Àkibiad., 13.

3. Plutarque, Aktbiad., VIII. — Cette troisième version choque la vraisemblance en ceci, que si Hipponikos était déjà mort quand le mariage se fit, Kallias et Hipparète avaient hérité de leur père, en verta de cet article de la loi athénienne sur les héritages, dté par Isée, De hierêdit. PhUoct, : a Tous les enCuits légitimes auront une part

VIE PRIVÉE D'aLCIBIADS. 229

Plusieurs années après son mariage, Âlcibiade eut dit-on, à l'occasion de la naissance de son fils*, un assez grave différend avec son beau- frère Kallias. Il lui réclama dix autres talents, rappelant que cette duplication de dot, au cas bien probable où Hipparète aurait des enfants, avait été convenue à l'époque du ma-

« égale dans l'héritage paternel. » Or, Kallias ne put donner dix talents à sa sœur, et, comme le prétend Plutarque {Alcibi^ide, VIU), lui en promettre dix autres au cas où elle aurait des enfants, puisque sa sœur était alors héritière, du fait de la mort de son père. En admettant qu'Hipparète fût encore mineure à Tépoque de son mariage, Kallias, son frère et son tuteur naturel, n'avait que l'administration et non la possession de sa fortune, et devait lui remettre cette fortune quand elle épousa Alcibiade. Pour mettre d'accord la loi athénienne et le récit de Plutarque relatif au mariage et à la dot d'Hipparète, deux hypothèses se présentent : ou, ce qui est bien peu probable, Rallias, en mariant sa aoBur, lui remit la fortune personnelle dont elle était la légitime héritière, et ajouta à cette fortune, comme don, une somme de dix talents (.nous nous conformons ici à la troisième version de Plutarque). Ou, ce qui est plus probable, ce fut, selon les deux premières versions de Plu- Uiqne, Hipponikos qui maria Hipparète à Âlcibiade et qui lui constitua une dot de dix talents, avec promesse que cette somme serait doublée Bi la jeune femme avait des enfants. Puis il testa en faveur de son fils lallias, et l'institua son légataire universel, à la charge qu'il remettrait dix talents à Hipparète si elle avait un enfant. Le testameot au détriment d'une fille mariée était autorisé par cet autre arb'cle de la loi attique : « Celui qui n'a qu'une fille peut léguer ses tbiens à une autre personoe, pourvu qu'il ait marié sa fille. » (Isée,

1^ platAT^^^ [Alcihiad. VIII), qui rapporte ce fait sans en prendre bre^P^'^^^^^' puisqu'il commence ce récit par le mot f oetv « on

380 HISTOIRE d'aLCIBIABB.

riage^ Quelle que fût sa fortune, Kallias, qui dissipait tout son patrimoine avec les sophistes, les courtisanes»

dit, > ne donne pas le nom de cet enfant. Il dit seulement > d*un enfaaX, tcxo^(n)c. » Gomme nous ne Gonnaissons qu*un enfknt d*Aleibiade, un fils nommé aussi Alcibiade (Lysias, C, Àkib, Minor, l, et C. Alcitnad. Minor, II; Isocrate, De Big.), il est présumable que c'est de lui que parle ici Plutarquë. Le jeune Alcibiade naquit, ainsi qu'on peut en inférer du plaidoyer de Lysias (C. Alcibiad. I, 22, sq.) comparé avec le plaidoyer d'isocrate {De Big, XVIII), peu de temps avant Texpédition de Sicile , qui fut aussitôt suivie de Tezil d'Alcibiade, son père, c'est-à-dire vers 420 ou 418. Cependant, ce nom paternel d' Alcibiade semblerait indiquer que celui qui le porta était le second fils et non le fils aîné d' Alcibiade, car l'atné des familles athéniennes était généralement appelé du nom de son aïeul, et le cadet du nom de son père (Voir chapitre premier, p. 98.). Lysias parle aussi der enfants d'Alcibiade, au pluriel : toic iraivCv. (De Bon. Aristophane 52.)

On peut donc admettre qu'Alcibiade eut deux fils : Tainé, dont on ignore le nom, qui serait mort en bas âge, et dont parle Plutarquë; le cadet, connu sous le nom du jeune Alcibiade par les plaidoyers de Lysias etd'Isocrate, et qui serait né après la mort de son frère.

Lysias (C. AlcOnad, 1) dit que « Hipponikos répudia son épouse, préce teztant que le jeune Alcibiade venait dans sa maison, non en frère de c sa femme, mais comme son mari. » Ainsi, Alcibiade aurait eu une fiUe qui aurait été mariée à Hipponikos, fils cadet du stratège Hipponikos et frère de Rallias et d'Hipparète. Cette jeune fille ei^tdonc épousé sod oncle. Cela n'est pas impossible; mais les auteurs anciens ne parlent pas d'un frère de Kallias, et Wigger {Quxst, de Aleibiad., p. 44), qui cependant mentionne ce frère sans citer d'ailleurs l'autorité sur laquelle il s'appuie, ne le nomme pas Hipponikos, mais Hermogène. Cest le nom d'un des interlocuteurs du Symposion de Xénophon.

Page 1